Le griffon d'or

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Le Griffon, l'animal fabuleux, n'existe pas. L'être qui erre certaines nuits dans la petite ville de Romicourt-en-Artois et massacre des hommes n'est donc rien d'autre qu'un pauvre fou. Qu'est-ce qui le pousse à tuer ? Est-il l'auteur de tous les crimes ? En réalité, deux forces contraires s'affrontent depuis des siècles à Romicourt. Pour quelle raison ? Un correspondant de presse, José VAILLANT, résout peu à peu le mystère, jusqu'au dénouement.
Publié le : mardi 2 juillet 2002
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EAN13 : 9782748112061
Nombre de pages : 131
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Le griffon dor
Daniel François
Le griffon dor
ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2-7481-1207-5 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-1206-7 (pour le livre imprimé)
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CHAPITRE1 : CEUX DE LACOUR DES MIRACLES
"Lhumain a levé la tête et ma aperçu. Ses yeux se sont arrondis comme des ufs et ne mont plus quitté. Lui non plus ne pouvait croire quun animal tel que moi pût exister. Puis, il a fait volte-face et sest mis à courir dans la nuit. Jimaginais, tandis que mes cuisses puissantes se mettaient en marche sous moi, sa bouche ouverte sur un cri muet, son re-gard éperdu, tout à fait semblable à celui des che-vreuils et des chevaux que jéventre quand la faim se fait impérieuse. Nous nétions que deux êtres vivants dans la ville qui dormait, le chasseur et le chassé. Jai glati. Cest ainsi que nous autres, les plus grands, les plus beaux animaux que la terre ait jamais portés, manifestons notre excitation, notre joie. En même temps que je me rapprochais invinciblement de lui, mes griffes se rétractaient, se préparaient à entrer en action, au bout de mes pattes. Elles entraient et sor-taient de leurs fourreaux. Touché ! Lune de mes griffes sest fichée dans son dos. Il a poussé un cri de douleur, a boulé sur le sol, comme ces lièvres qui constituent mon ordinaire. Lhumain puait la peur. Il a tenté de se relever en agitant les bras, mais mon bec se fichait déjà dans sa tête. Jai tiré un coup sec et ramené de la chair et des cheveux dans mon bec. Lautre hurlait et bredouillait je ne savais quoi. Je
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ne comprends pas leur langue. Il sest débattu tan-dis que je me penchais vers lui. Son visage se cou-vrait de sang. Mes yeux terrifiants se sont approchés des siens, terrifiés. Je veux que chacun deux voit qui le tue. Lune de mes griffes a tranché la gorge blanche, offerte. Il a cessé de bredouiller pour gar-gouiller. Le sang giclait de sa blessure. Il a porté ses deux mains à sa gorge dans un geste dérisoire mais une autre de mes griffes lui tailladait déjà le ventre. Nous autres aimons beaucoup le ventre des humains, tendre et chaud. Nous adorons louvrir, le vider. Jétais comme la mort elle-même. Lhumain ne pouvait plus articuler un seul mot. Seul son re-gard vivait encore. Je lai éteint dun coup de griffe. Zzzip !"
Il était dix-huit heures douze à la pendule mu-rale. Lhomme sassit sur sa chaise, derrière sa table de travail surchargé de paperasses de toutes sortes, puis il alluma la fine petite cigarette quil venait de confectionner dans sa vieille "boîte à cigarettes" mé-tallique, semplit la bouche de fumée quil refoula ensuite par les narines tandis que ses doigts blancs et graciles se mettaient à courir sur le clavier de son ordinateur. Aujourdhui, il avait deux informations à trai-ter. Lune valait dix lignes : on avait volé lun des masques qui ornaient la salle dhonneur de la mai-rie ! Celui qui avait disparu ne possèdait aucune va-leur marchande et personne ne pouvait même préci-ser doù il provenait. Lautre information valait infi-niment plus de mots et plus de lignes. Mais, bien entendu, les détails faisaient cruellement défaut à lhomme ! Selon son habitude, José Vaillant avait longue-ment mûri ses textes. Il les écrivit à toute vitesse, en faisant machinalement voyager sa cigarette dun coin de sa bouche à lautre et en laissant courir son
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regard aigu, aux prunelles sombres et luisantes, sur tous les objets familiers qui encombraient la pièce, comme sils pouvaient linspirer. Durant une demi-heure, le petit homme mince dont le visage sornait dune barbichette, dune moustache de mousquetaire et de fragiles lunettes rondes sactiva dans le silence seulement perturbé par les bruits qui montaient de la rue. Il ressemblait à un étudiant dans son blue jean un peu défraîchi et son vieux chandail, bien quil eût vingt-huit ans. Quand il eut réalisé les premiers jets de ses textes, lhomme simmobilisa. Il était légèrement en sueur et hors dhaleine, comme sil venait de produire un effort physique. Il se leva, marcha jusquà la cuisine, sortit une canette de bière du réfrigérateur, la décap-sula et la vida. Puis, il revint sasseoir devant son ordinateur et relut méthodiquement les textes en ef-fectuant ici et là des corrections. Dehors, le ciel sombre et bas accoucha dune autre averse dont les millions de doigts rageurs tambouri-nèrent contre les vitres de lappartement. Lhomme se leva, saisit son blouson de cuir noir accroché à une patère et sortit.
A cette même heure, Monique Dufresne se tenait debout dans un coin de la vaste salle, vêtue de la courte jupe noire, du chemisier bleu ciel et du pe-tit tablier blanc qui constituaient luniforme des ser-veuses du "King Frites". Elle observait ce qui se pas-sait au-delà de la baie vitrée, dans la rue du Général de Gaulle, lartère principale de Romicourt-en-Ar-tois. Les passants frileux défilaient, les voitures aux feux allumés passaient. Monique avait trente-sept ans mais en paraissait quatre ou cinq de moins. Elle était grande, blonde, jolie, solide sans être grosse. Ses yeux bleu clair regardaient les gens et la vie bien en face.
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Dehors, la pluie tombait elle aussi franchement. Les lampadaires étaient des étoîles jaunes, les vi-trines des magasins, des scènes de théâtre figées et les arbres ressemblaient à de pauvres amputés implo-rant la clémence divine après que ceux que Monique surnommait "les incapables des services techniques de la mairie" fussent passés par là. Les premiers clients, ceux qui souperaient à dix heuf heures, entraient en trombe dans le res-taurant, refermaient leur parapluie ou ôtaient leur imperméable, accueillis par Lucienne, lépouse du propriétaire, et prenaient place autour de lune des trente-cinq tables. Latmosphère, à cette heure-ci, était quasiment fa-miliale au « King Frites ». Mais on était un ven-dredi soir. Létablissement allait se remplir et ne plus désemplir jusquà sa fermeture, aux environs dune heure du matin. Monique travaillait ici depuis cinq jours. Elle avait pris son premier service ce lundi au soir et sétait intégrée à la troupe des serveuses qui assu-raient, en brigades, la vie du plus grand restaurant de Romicourt-en-Artois. Monique sursauta quand un vieux couple vint sasseoir à lune des cinq tables dont elle allait avoir la charge au cours des heures à venir. Elle sapprocha avec dans les mains deux grands menus cartonnés, les distribua et attendit en souriant.
José Vaillant, divorcé sans enfant et actuel titulaire du poste de correspondant local à Romi-court-en-Artois dun quotidien de la région, gara sa voiture et courut pour échapper aux hallebardes dune nouvelle averse. « Le bistrot du coin » devait une bonne partie de sa renommée au fait quil était ironiquement situé au beau milieu dune longue rangée de façades.
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