Le guerrier ordinaire

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Zap, artiste déchu, brûle dans la fournaise de ses feux intérieurs. Son passé et sa jeunesse l’emprisonnent dans une tour infernale où, peu à peu, son esprit se consume. La punaise tient bon la barre, dévorant des yeux sa victime déjà soumise qui mijote en cuisine.
Les jeux semblent être faits.

À bout de forces, Zap décide de jeter l’éponge, de se laisser couler, de cesser le combat. Mais le destin, d’humeur plutôt joueuse, pousse alors quelques pions inespérés.

Un ange, un vieil ami, un grand jazzman, un homme-mérou et une gamine effrontée parviendront-ils à enrayer le processus macabre dans lequel Zap s’est engagé ?



Un roman qui se fredonne, entre jazz noir et java rose, entre blues et tango. À lire en rythme sans perdre le tempo, quitte à perdre haleine.


Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 2952777407
Nombre de pages : non-communiqué
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P U N A I S E
Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille CHARLESBAUDELAIRE
Un matin doctobre, la punaise finit par rat-traper Zap. Les pans gigantesques dun rideau dacier se refermèrent alors sur lui pour lisoler du reste du monde. Les matins gris devinrent noirs, les nuits parfaitement blanches. Depuis, comme exilé sur un îlot grisâtre, il bal-butiait, tel un pantin terrorisé, de vagues et pathé-tiques appels au secours. Triste Robinson, maître dun néant doù jaillissait lobscure impression de flotter au centre dun tourbillon, de planer à linté-rieur de nimbes éphémères se déchirant au moindre contact. Pas de temps pour shabituer, car le paysage évoluait, se transformait sans cesse, allait vite. Puis, comme jaillie dune boîte à malices, surgit langoisse. Zap cria très fort, la tête coincée entre
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ses genoux. « Que marrive-t-il ? Aidez-moi. » Aucun écho, aucune réponse. Un mur de silence le toisait, lécrasant de toute sa hauteur. Son univers sécroula. Les repères jusqualors familiers et rassurants devinrent inquiétants, indé-finis. Une sorte de décalage incohérent sinstalla progressivement entre son entourage et lui. Tel un téléviseur mal réglé présentant une distorsion dimage, Zap ressentait une distorsion des sensations. Cette fois la punaise ne lésinait pas. Elle atta-quait en force, balayant toute opposition, tenant fer-mement sa proie. Foi de punaise, elle en avait maté dautres et des plus coriaces ! Hélas, cétait vrai Zap, quant à lui, nétait pas très coriace. La punaise jouait donc une partie assez facile et sen régalait, la méchante ! Il faut dire quelle avait une revanche à prendre. En effet, la venimeuse ne croisait pas la route de sa victime par hasard. Quelques années auparavant, elle avait tenté une première incursion farouche-ment repoussée par le jeune homme déterminé et en pleine forme. La punaise, prudemment patiente, sétait retirée, se jurant de revenir. Aujourdhui elle tenait promesse et, à lorée de ce matin doctobre très ordinaire, balançait le Titanic sur la tête de Zap. La punaise est rancunière À ceux qui se demandent ce quon ressent lorsquon prend un transatlantique gelé en pleine figure, Zap répond : « Ça fait mal ! »
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Oui, mal ! Mais dune douleur particulière, profonde, dure et formidable, inconcevable pour lignorant. Cette souffrance-là, insensible au sté-thoscope, ne se diagnostique pas en répétant trente-trois. Sinfiltrant sournoisement, elle fêle peu à peu le miroir, finit par atteindre le reflet pour en altérer lâme. Le poison se répand alors, balayant les certi-tudes les plus ancrées aussi aisément quun tsunami se joue dune digue. Il sinsinue, assène et dévaste, rongeant les fondations dune raison fragilisée par un doute devenu incurable. Poison, méchante, garce, mal absolu ! En un mot : punaise ! Inéluctablement, Zap changea de nationalité. Il rejoignit, sans besoin de visa, le peuple des anxieux, des psychotiques, bref, des cinglés. Le club très peu prisé des sinistres où lon boit de la mélancolie à tous les repas ; le clan des mis de côté, de ceux que lon regarde avec condescendance où incom-préhension, de ceux à qui lon dit : « Tu pourrais prendre sur toi ! » Ou encore : « Fais donc un effort, secoue-toi ! » Secouer quoi ? Il ny a plus rien à secouer. Tout est pêle-mêle, renversé, disparate. Faire un effort ? Alors quon se bat à chaque ins-tant pour ne pas définitivement sombrer dans lir-réparable, dans le non-retour, quà chaque seconde on plonge au centre dune guerre intérieure terri-fiante, combattant un ennemi invisible, inaccessible. La bataille est bien réelle, sans merci. Verdun en circuit interne. En revanche, dans les tranchées de
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ce Verdun-là, les soldats des deux camps arborent un même visage : le vôtre. Farce lugubre alimentée en permanence par un trop-plein dimagination, noir intense, avenir zéro, soupe à la grimace pimentée dun jus didées sinistres, plus rien à voir, rideau Ayant dépassé le stade de létat second, Zap errait dans une zone confuse que lon qualifiera de troi-sième, voire quatrième. Ses rares pics de conscience seffondraient aussi vite que de vulgaires châteaux de cartes. Pourtant, cest lors dune de ces rémis-sions provisoires quun mot magique simposa en plein milieu de son chaos. Un docteur ! Il me faut un docteur ! Chère médecine ! Ouvre-moi ta pano-plie de petites pilules à bonheur, ta pharmacopée de douceurs anxiolytiques, ta D.C.A. anti-paranoïa. À moi lannuaire, les pages jaunes ! Voyons, méde-cins généralistes, non, psychologues, sûrement pas, psychiatres, voilà, du concret, du solide, nous y sommes !
Les commentaires (1)
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lionel10

Olivier Miller, auteur Moulinois à découvrir en famille (version papier sur demande...)

vendredi 6 décembre 2013 - 16:14

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