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Olympie

de bnf-collection-ebooks

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P U N A I S E
Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille CHARLESBAUDELAIRE
Un matin doctobre, la punaise finit par rat-traper Zap. Les pans gigantesques dun rideau dacier se refermèrent alors sur lui pour lisoler du reste du monde. Les matins gris devinrent noirs, les nuits parfaitement blanches. Depuis, comme exilé sur un îlot grisâtre, il bal-butiait, tel un pantin terrorisé, de vagues et pathé-tiques appels au secours. Triste Robinson, maître dun néant doù jaillissait lobscure impression de flotter au centre dun tourbillon, de planer à linté-rieur de nimbes éphémères se déchirant au moindre contact. Pas de temps pour shabituer, car le paysage évoluait, se transformait sans cesse, allait vite. Puis, comme jaillie dune boîte à malices, surgit langoisse. Zap cria très fort, la tête coincée entre
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Le guerrier ordinaire
ses genoux. « Que marrive-t-il ? Aidez-moi. » Aucun écho, aucune réponse. Un mur de silence le toisait, lécrasant de toute sa hauteur. Son univers sécroula. Les repères jusqualors familiers et rassurants devinrent inquiétants, indé-finis. Une sorte de décalage incohérent sinstalla progressivement entre son entourage et lui. Tel un téléviseur mal réglé présentant une distorsion dimage, Zap ressentait une distorsion des sensations. Cette fois la punaise ne lésinait pas. Elle atta-quait en force, balayant toute opposition, tenant fer-mement sa proie. Foi de punaise, elle en avait maté dautres et des plus coriaces ! Hélas, cétait vrai Zap, quant à lui, nétait pas très coriace. La punaise jouait donc une partie assez facile et sen régalait, la méchante ! Il faut dire quelle avait une revanche à prendre. En effet, la venimeuse ne croisait pas la route de sa victime par hasard. Quelques années auparavant, elle avait tenté une première incursion farouche-ment repoussée par le jeune homme déterminé et en pleine forme. La punaise, prudemment patiente, sétait retirée, se jurant de revenir. Aujourdhui elle tenait promesse et, à lorée de ce matin doctobre très ordinaire, balançait le Titanic sur la tête de Zap. La punaise est rancunière À ceux qui se demandent ce quon ressent lorsquon prend un transatlantique gelé en pleine figure, Zap répond : « Ça fait mal ! »
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Punaise
Oui, mal ! Mais dune douleur particulière, profonde, dure et formidable, inconcevable pour lignorant. Cette souffrance-là, insensible au sté-thoscope, ne se diagnostique pas en répétant trente-trois. Sinfiltrant sournoisement, elle fêle peu à peu le miroir, finit par atteindre le reflet pour en altérer lâme. Le poison se répand alors, balayant les certi-tudes les plus ancrées aussi aisément quun tsunami se joue dune digue. Il sinsinue, assène et dévaste, rongeant les fondations dune raison fragilisée par un doute devenu incurable. Poison, méchante, garce, mal absolu ! En un mot : punaise ! Inéluctablement, Zap changea de nationalité. Il rejoignit, sans besoin de visa, le peuple des anxieux, des psychotiques, bref, des cinglés. Le club très peu prisé des sinistres où lon boit de la mélancolie à tous les repas ; le clan des mis de côté, de ceux que lon regarde avec condescendance où incom-préhension, de ceux à qui lon dit : « Tu pourrais prendre sur toi ! » Ou encore : « Fais donc un effort, secoue-toi ! » Secouer quoi ? Il ny a plus rien à secouer. Tout est pêle-mêle, renversé, disparate. Faire un effort ? Alors quon se bat à chaque ins-tant pour ne pas définitivement sombrer dans lir-réparable, dans le non-retour, quà chaque seconde on plonge au centre dune guerre intérieure terri-fiante, combattant un ennemi invisible, inaccessible. La bataille est bien réelle, sans merci. Verdun en circuit interne. En revanche, dans les tranchées de
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Le guerrier ordinaire
ce Verdun-là, les soldats des deux camps arborent un même visage : le vôtre. Farce lugubre alimentée en permanence par un trop-plein dimagination, noir intense, avenir zéro, soupe à la grimace pimentée dun jus didées sinistres, plus rien à voir, rideau Ayant dépassé le stade de létat second, Zap errait dans une zone confuse que lon qualifiera de troi-sième, voire quatrième. Ses rares pics de conscience seffondraient aussi vite que de vulgaires châteaux de cartes. Pourtant, cest lors dune de ces rémis-sions provisoires quun mot magique simposa en plein milieu de son chaos. Un docteur ! Il me faut un docteur ! Chère médecine ! Ouvre-moi ta pano-plie de petites pilules à bonheur, ta pharmacopée de douceurs anxiolytiques, ta D.C.A. anti-paranoïa. À moi lannuaire, les pages jaunes ! Voyons, méde-cins généralistes, non, psychologues, sûrement pas, psychiatres, voilà, du concret, du solide, nous y sommes !
Un pour Un
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