Le jeune amour

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Tout à la fois chronique de l'après-guerre et roman d'initiation, Le Jeune Amour est aussi un roman autobiographique.








1950, une bourgade de la Dordogne. Gil Jallas, dix-sept ans, beau garçon, l'esprit et les sens aiguisés, rêve d'entrer à l'université et de devenir un grand écrivain sous le pseudonyme rutilant de Gil Blas. Hélas, la réalité n'est pas un rêve. Sa mère, simple ouvrière, ne peut lui payer des études et, en guise d'écriture, c'est à celles de la perception qu'il va s'atteler dès qu'il a passé la première partie de son bac. Un vrai travail, un salaire et tout le futur d'un fonctionnaire. Par bonheur, la vie possède plus de ressources qu'il n'y paraît parfois. La perception se révèle un haut lieu stratégique pour l'apprentissage de la réalité nécessaire à un futur écrivain : c'est là que convergent les rumeurs du bourg, les complots, les rancœurs et les affaires de cœur. Et les secrets, dans ces années, ils abondent. La guerre a cessé il y a peu. La résistance et les compromissions rôdent encore dans tous les esprits. C'est l'heure froide de la vengeance. L'heure aussi où les plus malins, les plus forts veulent en profiter pour asseoir leur pouvoir tandis que les autres cherchent tout simplement à survivre avec les moyens du bord. Ainsi " Monsieur l'Adjoint au maire ', Adrien Lécuyer, au passé trouble de vrai-faux résistant, patron d'entreprise, veut se construire une carrière politique. Il utilise sans scrupule les uns et les autres pour parvenir à ses fins... Ainsi la belle, la trop belle et trop légère Marie, dont l'époux, le ténébreux et dangereux Pierre, ne sait pas échapper à son destin de petit malfrat... Devant la beauté de Marie, Gil fond. Il se consume d'un amour adolescent, terrible et joyeux, qui se sait aussi éphémère qu'un printemps. Pour elle, il se veut le Prince charmant, le redresseur de torts. Il déploie tous ses talents, même ceux qu'il s'ignorait : faussaire et écrivain public de lettres vengeresses. Mais ils sont nombreux, presque tout un village, à vouloir jouer avec les mensonges et les faux semblants. Un jeu dangereux qui tournera mal...





Pour une certaine raison, il est assez content. Il a un béguin, qui lui tient chaud au cœur, bien que peu avouable. Il aime une femme mariée. Il rêve d'elle toutes les nuits et ne l'oublie pas le jour. Certains soirs, il songe à sa belle et à la mort. Les Russes ont la bombe atomique depuis un an, la guerre vient d'éclater en Corée. Elle risque de devenir mondiale et de s'achever sous un déluge de feu qui n'épargnera personne. Il se dit, et il n'est pas le seul, qu'il aimerait bien connaître l'amour avant d'être changé en fumée. Vivre l'amour, enfin, celui que la main atteint et que le corps partage. Passer une nuit entière dans le lit d'une jolie femme. Après ça, la planète pourra sauter !
Sa dulcinée vit seule, son mari l'a quittée, circonstance qui atténue le péché et laisse à Gil un bout d'espoir. Mais elle a presque trente ans. Ou un peu plus de trente ans. Il ne sait pas au juste et il n'a pas le courage de se renseigner. Elle a l'air plus jeune que certaines femmes de vingt-cinq ans. Elle est menue, vive, blonde, elle a de grands yeux bleus, presque violets. Elle serait la plus jolie d'Aquitaine et de Paris, si quelques dents gâtées n'abîmaient son sourire, oh à peine, et puis ça la rend plus humaine. Mais elle a un adorable petit nez. Le nez gâche souvent les plus fières beautés : celui de la dame que Gil aime pimente et parfait la sienne. Elle a du monde au balcon, des genoux à vous précipiter dans les tourments éternels, et elle oublie souvent de les cacher. Seigneur, si elle les ouvrait pour moi et que mon cœur éclate sur le pas de la porte... Eh bien, je mourrais dans ses bras et je ne saurais jamais si les Russes et les Américains ont foutu le feu au monde, à la fin !
Voilà. Il était déjà amoureux à seize ans. Maintenant, il la voit plus souvent, presque tous les jours. Elle est gentille avec lui, un peu chineuse, un peu tendre aussi, mais à la façon d'une grande sœur. Pour elle, il n'est qu'un petit garçon tout juste en âge de porter des pantalons longs. Une fois, tout de même, il a chipé au vol une réflexion consolante qu'elle lançait à sa mère... Car elle est aussi la meilleure amie de Félicia Jallas, ce qui multiplie les occasions de la rencontrer, mais aggrave l'embarras de Gil et aiguise son supplice. Elle l'appelle " ma doucette ', un nom de salade. Gil est très gêné. Elle a dit : " Oh, ma doucette, je ne sais pas si tu as remarqué, ton fiston commence à devenir beau gars. Ça ne nous rajeunit pas ! '
La vie est compliquée, il faudrait lire mille romans pour s'y retrouver. Et encore, les romans... La réalité est peut-être pire, va savoir. Il est heureux de rester à Saint-Veillant. Il ne perdra pas de vue les grands yeux violets, le nez mutin et le corsage plein. D'un autre côté, il aimerait s'en aller vivre dans une grande ville, comme n'importe quel héros de roman. Il croiserait par centaines des jeunes filles et des jeunes femmes, il finirait par se trouver un nouvel amour et oublier Marie.








Publié le : jeudi 7 avril 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782221119747
Nombre de pages : 327
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Le jeune amour
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