Le jour où je me suis rencontrée

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Entre l’éducation d’Aymeric et le restaurant de Rémi, la vie de Sarah s’écoule paisiblement. Après les retrouvailles avec le père de son fils, elle est rentrée à Paris où la présence de Jacques complèterait son bonheur.

Le manuscrit de Marie la préoccupe toujours plus. Doit-elle en parler à Jacques ou d’abord à Pierre ? Une chose est certaine, elle ne pourra plus reporter éternellement le moment où les révélations qu’il contient bouleverseront sa famille.

Depuis la publication de son premier roman, ses amis n’ont de cesse de lui réclamer le deuxième mais Sarah semble avoir définitivement tourné la page, faute d’inspiration. Cependant, rien ne se produisant jamais par hasard, une rencontre pourrait la faire changer d’avis et l’écrivaine n’est pas au bout de ses surprises.

Publié le : mercredi 1 janvier 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782960115130
Nombre de pages : 474
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ChapitreI Septembre 2011, rue Leblanc — Maman, tu vas encore être en retard ! Sarah consulta sa montre. — Mais non, il n’est que dix-neuf heures trente, répondit-elle, trop heureuse de poursuivre sa lecture. — Ah bon ? Alors dis-moi pourquoi Laurence Ferrari est en train d’annoncer une intoxication alimentaire au journal télévisé ? — Parce qu’elle est nulle en cuisine ? — Pfff… Elle jeta un coup d’œil au petit écran pour s’apercevoir aussitôt que son fils disait vrai. — Oh mince, je suis vraiment en retard ! — La vérité sort toujours de la bouche des enfants, se vanta Aymeric. — Tu es surtout pressé de retrouver Nell, rectifia Sarah en rassemblant avec précaution les feuillets. Elle fit mine d’ignorer son fils qui rougissait jusqu’à la racine des cheveux et rangea le manuscrit de Marie à l’inté-rieur du secrétaire qu’elle referma aussi vite à clé.
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— N’oublie pas de planquer la clé des fois que j’irais fouiller dans tes affaires personnelles, lança Aymeric avec une pointe d’agacement dans la voix. Sarah suspendit son geste et lança un regard étonné à son fils. — Je t’attends sur le palier, marmonna le jeune garçon en regrettant aussitôt d’avoir prononcé ces mots. Quelle mouche l’a encore piqué ? se demanda Sarah en enfilant sa veste. Elle attrapa son sac à main et s’engouffra dans la rue après avoir salué madame Martin et embrassé son fils. Elle prit la direction de la bouche de métro la plus proche et se félicita de pouvoir compter sur sa nouvelle voisine pour veiller sur Aymeric. Ce dernier avait décrété qu’il n’était plus un bébé la première fois qu’il avait passé la soirée chez madame Martin, mais n’avait plus protesté la fois suivante après avoir fait la connaissance de sa petite-fille, Nell. Née d’une mère droguée et d’un père alcoolique, la jeune fille était élevée par sa grand-mère depuis toujours : madame Martin l’avait en effet recueillie sous son toit alors qu’elle n’était âgée que de quelques mois. Cette dernière avait bien essayé de raisonner sa fille les rares fois où elle avait semblé ne pas être sous l’emprise de la drogue, mais les tentatives s’étant soldées chaque fois par un échec, elle avait donc choisi d’élever elle-même sa petite-fille. Elle avait bien entendu en-tamé les démarches pour l’adopter, avec l’accord de sa fille. Le beau-fils de madame Martin s’y était opposé mais puis-qu’il s’était désintéressé de la petite au point de nuire à sa santé, le tribunal était passé outre son refus. Quand madame Martin avait vu sa petite-fille pour la première fois, elle avait fondu en larmes : Nell était un bébé si chétif. Sa mère avait bien entendu ignoré les conseils du médecin et ses avertisse-
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ments quant à la consommation de drogue pendant sa gros-sesse, et elle avait accouché prématurément. Nell était maintenant âgé de dix ans et fréquentait la même école qu’Aymeric. Elle était la plus petite de sa classe et subissait en permanence les moqueries de ses camarades. Le jeune garçon n’avait pas été épargné non plus pour avoir voulu prendre sa défense à quelques reprises. Il avait raconté à sa mère comment les autres filles de la classe s’amusaient à tacher ses vêtements ou à lui cacher son cartable. Quant aux garçons, ils prenaient un malin plaisir à tirer sur ses nattes et lui suggéraient à longueur de journée de retourner en mater-nelle. Sarah ne comprenait pas l’intérêt de cette méchanceté gratuite mais approuvait pleinement que son fils en ait conscience et qu’il puisse apporter un peu de réconfort à sa nouvelle amie. Les autres sont jaloux, avait conclu Aymeric au terme d’un long entretien. Nell était en effet la plus jolie fille de sa classe et portait de très jolies tenues : les raileries n’étaient finalement qu’un moyen de le lui faire payer. Et si la douceur et la gentillesse de Nell ne laissaient pas Aymeric indifférent, Sarah appréciait beaucoup la compagnie de sa voisine. Madame Martin était une femme douce, gen-tille et très coquette. Elle pouvait la croiser à n’importe quelle heure de la journée, elle arborait toujours un sourire radieux et un brushing parfait comme si elle sortait tout droit de chez le coiffeur. Son style vestimentaire était très classique mais elle avait l’art de choisir des bijoux de fantaisie, plutôt colorés et extravagants, qui rehaussaient son élégance naturelle. Aux dires de l’occupant précédent, madame Martin était célibataire et avait toujours vécu seule avec sa petite-fille. Sarah trouvait étrange qu’aucun homme ne partage sa vie et se demandait ce qu’il avait bien pu arriver au père de sa propre fille. Elle avait été tentée de lui poser ouvertement la question mais chaque fois que leur discussion devenait trop
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personnelle, madame Martin lui demandait subitement si elle avait des nouvelles de Jacques, soucieuse de changer de sujet de conversation. Alors Sarah se plaisait à l’imaginer riche héritière d’un duc, ou heureuse gagnante du loto, ou encore témoin protégé d’une sombre affaire de meurtre. Soit, pensa Sarah tout haut en approchant du lieu de son rendez-vous, ma voisine a sans doute des secrets comme tout le monde, mais elle a avant tout le cœur sur la main. Et au moment de pousser la porte du caféLa Plume, elle se dit qu’elle pourrait lui présenter Pierre, son beau-père. L’homme derrière le bar lui adressa son plus beau sourire quand elle lui demanda si d’autres membres du club de lec-ture étaient déjà arrivés. — Non, vous êtes la première ! Désirez-vous boire quel-que chose ? — Avec plaisir, je veux bien une orangeade, le remercia-t-elle timidement. — Allez donc vous installer au fond, je vais vous apporter votre boisson. Sarah se dirigea donc vers les tables du fond et s’installa dans un canapé. Elle laissa traîner son regard et l’endroit lui sembla tout à coup familier. — Tenez mademoiselle Sarah, c’est moi qui vous l’offre, ça fait plaisir de vous revoir, dit le serveur en arrivant avec un plateau. Il regagna immédiatement son bar sans lui laisser l’occa-sion de s’excuser. Elle se sentait en effet un peu honteuse de ne pas se souvenir du serveur car lui, visiblement, l’avait reconnue. Elle but une gorgée de son jus de fruits et entendit le bruit du carillon qui annonçait l’arrivée d’un client. Le professeur Grégoire entra dans le café et marcha vers le fond de la salle, le dos voûté comme si le poids du monde
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pesait sur ses épaules. Ses yeux s’illuminèrent quand il vit Sarah qui l’accueillait à bras ouverts. — Comme je suis heureux de vous revoir ! s’écria-t-il en l’embrassant affectueusement. — Ça fait une éternité, n’est-ce pas ? — Oui, nous aurions dû nous revoir en début d’année mais le sort en a décidé autrement, répondit tristement le professeur qui se remémora l’annonce de l’accident de Sarah. — Un thé pour vous professeur, comme d’habitude ! in-tervint le serveur. — Comment allez-vous ? s’enquit Sarah, soulagée que ce dernier interrompe ce douloureux souvenir. — Eh bien, je ne rajeunis pas, mais je trouve toujours autant de plaisir à réunir mes élèves autour d’un bon livre. À ce propos, avez-vous apporté le vôtre ? — Non ! — Mais pourquoi ? — Parce que je ne suis pas là pour en parler, je suis là comme élève ! décréta Sarah. — Et moi qui pensais qu’en acceptant ma proposition, vous alliez également vouloir nous présenter votre ouvrage et expliquer aux membres du club comment votre projet avait abouti ! — L’écriture me manque terriblement, c’est comme si j’avais été amputée d’un membre et que j’étais sur une liste d’attente pour une greffe qui n’arrive pas ! Comment voulez-vous que je parle d’un roman dont je ne réalise toujours pas aujourd’hui que j’en suis l’auteur, et que je suis incapable d’écrire la moindre ligne à l’heure actuelle ? se défendit Sarah. — Je suis désolé, je n’avais pas compris la véritable raison de votre présence ce soir. J’ignorais que vous vouliez vous remettre à écrire.
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— Moi non plus, soupira Sarah, mais depuis peu je res-sens un besoin vital de renouveler cette folle expérience. Cependant, j’ai beau m’asseoir devant mon ordinateur, mes mains restent figées au-dessus du clavier et cette situation est tout bonnement frustrante ! — Vous vous croyez donc atteinte du syndrome de la page blanche ? Vous n’êtes peut-être tout simplement pas encore prête, laissez donc encore mûrir un peu ce projet dans votre tête, lui conseilla le professeur. — Mouais, si vous le dites… — Avez-vous déjà la moindre idée d’un thème ? — Euh… non. — La réunion de ce soir va sans doute vous inspirer alors… — Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? l’interrogea Sarah, sou-dain intéressée. — Un nouveau membre devrait venir ce soir, une jeune femme. C’est un ami qui lui a suggéré de se joindre à notre club de lecture. Je ne puis malheureusement vous en dire plus car il est resté très discret, mais mon instinct me dit que cette personne doit être particulière. — Particulière ? À quel point de vue ? insista-t-elle. Le professeur Grégoire ne répondit pas. Il se leva pour accueillir les autres membres du club, réjoui de l’intérêt que son ancienne élève portait déjà à l’arrivée de sa nouvelle recrue. Quand tout le monde fut installé, le professeur Grégoire invita Sarah à se présenter. Elle fut très brève et, comme elle l’avait annoncé au professeur un peu plus tôt, ne fit aucune allusion à son roman. Ensuite il sortit de sa serviette le roman de Marc Levy,L’étrange voyage de monsieur Daldry. Sarah ne put s’empêcher de sourire car elle avait emmené ce livre lors de son séjour à Calvi au mois de septembre, et n’avait fina-lement pas eu l’occasion de l’ouvrir tant les évènements qui
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s’étaient produits là-bas l’avaient bouleversée. Un jeune homme était en train d’expliquer qu’Alice, l’héroïne du roman, était en quête de réponses et d’identité lorsque le bruit du carillon interrompit Sarah dans ses rêveries. Elle fut déçue de consta-ter que ce n’était pas la jeune femme attendue qui arrivait. Vers vingt et une heures trente, Sarah, dépitée, serra la main au professeur Grégoire. — Ne faites pas cette tête-là, vous êtes bien plus jolie quand vous souriez ! — J’attendais tellement de cette soirée, avoua Sarah. — Mes élèves ne vous ont pas reconnue mais vous ne leur avez donné aucune chance non plus, la gronda-t-il genti-ment. Quant à la jeune femme à qui mon ami m’a recom-mandé, j’imagine qu’elle viendra la prochaine fois. — Je l’espère. Merci professeur, merci pour tout. Plus tard, ce soir-là, Sarah téléphona à Jacques et lui fit part des conseils du professeur Grégoire. Elle se fiait à son instinct et se réjouissait de faire la connaissance de la jeune femme dont il lui avait parlé avant la réunion. Elle lui raconta aussi qu’il pleuvait des cordes et qu’elle était rentrée à l’appartement trempée jusqu’aux os. Quand Jacques se mit à fredonnerSinging in the rain, elle éclata de rire, et quand il lui expliqua qu’ils avaient chanté cette chanson un soir en quittant le caféLa Plume, elle en eut les larmes aux yeux.
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