Le lac de Grunewald

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Paul aime Berlin. Pour lui, vivre dans un logement sur cour un peu sinistre à Kreuzberg, c’est toujours mieux que de mourir d’ennui dans sa Westphalie natale. Mais la vie fait régulièrement trébucher Paul, que ce soit dans sa modeste carrière universitaire ou sur la plage nudiste du lac de Grunewald. Lors d’un séjour à Málaga, il rencontre María, une jolie Espagnole dont il s’éprend. Malheureusement, María est mariée, enceinte même, et quand Paul quitte Málaga pour retourner à Berlin, ses mots d’adieu mal compris ne vont pas lui simplifier les choses…
Sous la plume acérée de Treichel, les tribulations d’un antihéros des temps modernes et son histoire d’amour pleine de chausse-trappes deviennent un plaisir de lecture irrésistible de drôlerie.
Publié le : mardi 27 mai 2014
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EAN13 : 9782072448485
Nombre de pages : 208
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monde
HANS ULRICH TREICHEL
LE LAC DE GRUNEWALD
R O MA N T R A D U I T D E L’ A L L E MA N D PA R B A R B A R A F O N TA I N E
G A L L I M A R D
D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard LE DïSPARU VOL HUMAïN ANATOLïN
Aux Éditions Hachette Littératures L’AMOUR TERRESTRE
Du monde entier
HANS-ULRïCH TREïCHEL
L E L A C D E G R U N E WA L D
r o m a n
Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine
G A L L ï M A R D
Titre original : grunewaldsee
© Suhrkamp Verlag, Berlin, 2010. © Éditions Gallimard, 2014, pour la traduction française.
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Lors de eur premîère rencontre, îs aaîent tous deuX une bonne îngtaîne d’années et îaîent dans a même îe portuaîre du Sud, maîs dans deuX mondes compètement dîférents. Ee aaît tout ce quî aît une îe însoucîante. Du moîns e perceaîtî aînsî. Ee étaît marîée aec un homme quî réussîssaît en tant que cadre supérîeur dans ’admînîs tratîon régîonae de Máaga. Ee possédaît un be apparte ment à proXîmîté de a page, que ses parents aaîent eu a préoyance de uî acheter quand ee étaît enant et qu’ee habîtaît aec son marî depuîs eur marîage. De pus, ee hérîteraît un jour d’un terraîn aec ue sur a mer apparte nant à ses parents, sîtué sur ’une des coînes pantées d’oî îers quî bordent a îe. Aec un terraîn dans une pareîe sîtuatîon, María seraît pus qu’à ’abrî du besoîn, même sî ee uî aaît assuré qu’î étaît sacré pour ee et qu’ee ne e endraît jamaîs. Ce terraîn étaît dans a amîe depuîs pusîeurs généra tîons et aaît rapîdement été décaré constructîbe. Autre oîs, ce n’étaît qu’un sîmpe opîn de terre sur eque ses grandsparents paternes aaîent cutîé des ruîts et des égumes pour eurs besoîns personnes et que ses parents aaîent utîîsé ensuîte de a même manîère. Son père y aaît
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même éeé des chères pendant queques années, jusqu’à ce que ce soît trop contraîgnant pour uî, car cea nécessîtaît d’y aer tous es jours, d’apporter de a nourrîture et de a paîe pour ’étabe, d’entretenîr a côture et de soîgner es sabots des bêtes, de es traîter contre es parasîtes, etc. María aaît înstruît Pau de tous es aantages et înconénîents de ’éeage caprîn. Ee s’y connaîssaît étonnamment bîen, pourtant ee n’încarnaît pas du tout e type rura, même sî ee étaît orîgînaîre du sud de ’Espagne. Ses cheeuX n’étaîent nî noîrs nî même bruns, maîs bonds, d’un bond sombre et doré comme e mîe, ce quî n’étaît pas sî rare en Andaousîe et étaît probabement un hérîtage des Vîkîngs ou des Normands. Pau enîaît María et sa amîe pour ce terraîn. Non pas tant à cause de ’argent que ’on pouaît en retîrer e cas échéant que pour a sécurîté que procuraît sa possessîon. Aoîr des terres constructîbes dans cette régîon, quî pus est aec ue sur a mer, c’étaît jouîr d’une însoucîance finan cîère absoue et être épargné des angoîsses eXîstentîees pour e restant de ses jours. Les angoîsses eXîstentîees aaîent toujours eXîsté dans a amîe de Pau, et cea aaît un rapport aec e aît que son père étaît îssu d’une sîmpe amîe d’artîsans. Son grand père aaît été menuîsîer, son père aaît égaement suîî une ormatîon de menuîsîer après ’écoe, aant de se recon ertîr dans e dessîn îndustrîe en suîant des cours du soîr et au prîX d’énormes eforts. Sa mère, en reanche, n’aaît aucune ormatîon proessîonnee, ayant traaîé comme empoyée non quaîfiée dans un magasîn de teXtîe aant de se marîer et de onder une amîe. ïs aaîent certes réussî à acquérîr eur propre maîson dans a banîeue est de Braun schweîg, à Gîesmarode, maîs îs aaîent mîs de nombreuses années à rembourser eur crédît. Ses parents étaîent fiers
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de eur maîson, maîs teement marqués par es ongues années d’endettement qu’îs contînuaîent à ne pas s’ofrîr grandchose aors même qu’îs aaîent finî de payer a maî son. Et quand îs aîsaîent une dépense, îs înestîssaîent dans a maîson. Pour qu’ee aît toujours ’aîr conenabe. La côture du jardîn, a açade, a terrasse, es enêtres et e toît — tout étaît contînueement maîntenu en paraît état, et dès que des petîts dégâts ou traces de dégradatîon appa raîssaîent queque part, son père aîsaît enîr des artîsans, à moîns qu’î ne s’occupât uîmême des réparatîons. Ses parents ne ouaîent pour rîen au monde se aîre désagréa bement remarquer, ce quî deenaît de pus en pus dîIcîe au fi des ans, puîsque eur quartîer autreoîs modeste se dotaît à ue d’œî de pus grandes maîsons et de proprîé taîres bîen pus prospères qu’îs ne ’étaîent euXmêmes. Leur otîssement d’ourîers et de petîts empoyés s’étaît transormé aec es années en un quartîer de personnes aîsées, et eur maîson, magré es rénoatîons réguîères, dégageaît une paureté croîssante, ce dont a mère aaît pus honte que e père. Pour uî, a maîson étaît suIsante. De manîère générae î se contentaît de peu, et même s’î étaît peutêtre trop régo et métîcueuX, c’étaît dans e ond un homme acîe et chaeureuX. Pau ne pouaît pas se paîndre de ses parents. ïs aaîent tout aît pour eur fis et même financé ses études. Leur pus cher désîr étaît qu’î  t des études unîersîtaîres. Pour Pau, au contraîre, es études aaîent été a seue îssue pos sîbe, puîsqu’î n’aaît aucun taent manue. ï uî sembaît beaucoup pus dîIcîe de aîre un apprentîssage de menuî sîer ou de suîre une ormatîon en dessîn îndustrîe que d’étudîer ’hîstoîre, par eXempe. La menuîserîe étaît un art nobe, aînsî que a réaîsatîon de pans de constructîon, tandîs que a partîcîpatîon à des sémînaîres, a ecture et e
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compte rendu d’ourages ne uî demandaîent pas beaucoup d’eforts. Pas pus que a rédactîon d’eXposés. Fînaement, un étudîant n’aaît pas besoîn de penser par uîmême. ï n’aaît qu’à comprendre, mémorîser et éentueement res tîtuer à peu près ce quî aaît déjà été pensé. Cea suIsaît. ï aaît u queque part qu’î eXîste deuX sortes de saants : es érîtabes penseurs et es penseurs du déjàpensé. D’après Pau, a pupart de ses camarades et même un bon nombre des proesseurs qu’î aaît côtoyés durant ses études appar tenaîent à a seconde catégorîe. Et uîmême d’aîeurs aussî. ï étaît un penseur du déjàpensé et ne eraît sûre ment pas une brîante carrîère unîersîtaîre, maîs on pou aît réussîr aînsî ses eXamens d’hîstoîre et d’înstructîon cîîque, et même e tître de docteur n’étaît pas eXcu. Le seu défi enaît à a rîgueur des angues étrangères, car î ne s’étaît jamaîs consîdéré comme spécîaement doué pour es angues — raîson pour aquee î aaît décîdé pendant ses études, et aussî par braade, d’étudîer ’espagno en pus de ’hîstoîre et de ’înstructîon cîîque. En définîtîe, î aaît eu moîns de ma que préu à apprendre ’espagno. Peutêtre du sîmpe aît qu’î ’étudîaît accessoîrement. ï n’împortaît pas qu’î pare bîen espagno, et comme cea n’împortaît pas î aaît déeoppé un paîsîr d’apprendre quî étaît îbre de tous compeXes, aaît e pus souent possîbe au abo ratoîre de angues, s’achetaît es manues et dîctîonnaîres îndîspensabes, dont es deuX oumes duDiccionario de uso del españolet eDiccionario de la lengua española de la Real Academia española, et ut euphorîque a premîère oîs qu’î put îre un teXte espagno — un eXtraît de pusîeurs pages dePedro Páramode Juan Ruo — sans deoîr consuter e dîctîonnaîre. Ces dîctîonnaîres d’une tonne aîsaîent partîe des îres de ’époque de ses études dont î ne se sépareraît jamaîs.
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