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G A L L I M A R D
D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard LE DïSPARU VOL HUMAïN ANATOLïN
Aux Éditions Hachette Littératures L’AMOUR TERRESTRE
Du monde entier
HANS-ULRïCH TREïCHEL
L E L A C D E G R U N E WA L D
r o m a n
Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine
G A L L ï M A R D
Titre original : grunewaldsee
© Suhrkamp Verlag, Berlin, 2010. © Éditions Gallimard, 2014, pour la traduction française.
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Lors de eur premîère rencontre, îs aaîent tous deuX une bonne îngtaîne d’années et îaîent dans a même îe portuaîre du Sud, maîs dans deuX mondes compètement dîférents. Ee aaît tout ce quî aît une îe însoucîante. Du moîns e perceaîtî aînsî. Ee étaît marîée aec un homme quî réussîssaît en tant que cadre supérîeur dans ’admînîs tratîon régîonae de Máaga. Ee possédaît un be apparte ment à proXîmîté de a page, que ses parents aaîent eu a préoyance de uî acheter quand ee étaît enant et qu’ee habîtaît aec son marî depuîs eur marîage. De pus, ee hérîteraît un jour d’un terraîn aec ue sur a mer apparte nant à ses parents, sîtué sur ’une des coînes pantées d’oî îers quî bordent a îe. Aec un terraîn dans une pareîe sîtuatîon, María seraît pus qu’à ’abrî du besoîn, même sî ee uî aaît assuré qu’î étaît sacré pour ee et qu’ee ne e endraît jamaîs. Ce terraîn étaît dans a amîe depuîs pusîeurs généra tîons et aaît rapîdement été décaré constructîbe. Autre oîs, ce n’étaît qu’un sîmpe opîn de terre sur eque ses grandsparents paternes aaîent cutîé des ruîts et des égumes pour eurs besoîns personnes et que ses parents aaîent utîîsé ensuîte de a même manîère. Son père y aaît
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même éeé des chères pendant queques années, jusqu’à ce que ce soît trop contraîgnant pour uî, car cea nécessîtaît d’y aer tous es jours, d’apporter de a nourrîture et de a paîe pour ’étabe, d’entretenîr a côture et de soîgner es sabots des bêtes, de es traîter contre es parasîtes, etc. María aaît înstruît Pau de tous es aantages et înconénîents de ’éeage caprîn. Ee s’y connaîssaît étonnamment bîen, pourtant ee n’încarnaît pas du tout e type rura, même sî ee étaît orîgînaîre du sud de ’Espagne. Ses cheeuX n’étaîent nî noîrs nî même bruns, maîs bonds, d’un bond sombre et doré comme e mîe, ce quî n’étaît pas sî rare en Andaousîe et étaît probabement un hérîtage des Vîkîngs ou des Normands. Pau enîaît María et sa amîe pour ce terraîn. Non pas tant à cause de ’argent que ’on pouaît en retîrer e cas échéant que pour a sécurîté que procuraît sa possessîon. Aoîr des terres constructîbes dans cette régîon, quî pus est aec ue sur a mer, c’étaît jouîr d’une însoucîance finan cîère absoue et être épargné des angoîsses eXîstentîees pour e restant de ses jours. Les angoîsses eXîstentîees aaîent toujours eXîsté dans a amîe de Pau, et cea aaît un rapport aec e aît que son père étaît îssu d’une sîmpe amîe d’artîsans. Son grand père aaît été menuîsîer, son père aaît égaement suîî une ormatîon de menuîsîer après ’écoe, aant de se recon ertîr dans e dessîn îndustrîe en suîant des cours du soîr et au prîX d’énormes eforts. Sa mère, en reanche, n’aaît aucune ormatîon proessîonnee, ayant traaîé comme empoyée non quaîfiée dans un magasîn de teXtîe aant de se marîer et de onder une amîe. ïs aaîent certes réussî à acquérîr eur propre maîson dans a banîeue est de Braun schweîg, à Gîesmarode, maîs îs aaîent mîs de nombreuses années à rembourser eur crédît. Ses parents étaîent fiers
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de eur maîson, maîs teement marqués par es ongues années d’endettement qu’îs contînuaîent à ne pas s’ofrîr grandchose aors même qu’îs aaîent finî de payer a maî son. Et quand îs aîsaîent une dépense, îs înestîssaîent dans a maîson. Pour qu’ee aît toujours ’aîr conenabe. La côture du jardîn, a açade, a terrasse, es enêtres et e toît — tout étaît contînueement maîntenu en paraît état, et dès que des petîts dégâts ou traces de dégradatîon appa raîssaîent queque part, son père aîsaît enîr des artîsans, à moîns qu’î ne s’occupât uîmême des réparatîons. Ses parents ne ouaîent pour rîen au monde se aîre désagréa bement remarquer, ce quî deenaît de pus en pus dîIcîe au fi des ans, puîsque eur quartîer autreoîs modeste se dotaît à ue d’œî de pus grandes maîsons et de proprîé taîres bîen pus prospères qu’îs ne ’étaîent euXmêmes. Leur otîssement d’ourîers et de petîts empoyés s’étaît transormé aec es années en un quartîer de personnes aîsées, et eur maîson, magré es rénoatîons réguîères, dégageaît une paureté croîssante, ce dont a mère aaît pus honte que e père. Pour uî, a maîson étaît suIsante. De manîère générae î se contentaît de peu, et même s’î étaît peutêtre trop régo et métîcueuX, c’étaît dans e ond un homme acîe et chaeureuX. Pau ne pouaît pas se paîndre de ses parents. ïs aaîent tout aît pour eur fis et même financé ses études. Leur pus cher désîr étaît qu’î  t des études unîersîtaîres. Pour Pau, au contraîre, es études aaîent été a seue îssue pos sîbe, puîsqu’î n’aaît aucun taent manue. ï uî sembaît beaucoup pus dîIcîe de aîre un apprentîssage de menuî sîer ou de suîre une ormatîon en dessîn îndustrîe que d’étudîer ’hîstoîre, par eXempe. La menuîserîe étaît un art nobe, aînsî que a réaîsatîon de pans de constructîon, tandîs que a partîcîpatîon à des sémînaîres, a ecture et e
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compte rendu d’ourages ne uî demandaîent pas beaucoup d’eforts. Pas pus que a rédactîon d’eXposés. Fînaement, un étudîant n’aaît pas besoîn de penser par uîmême. ï n’aaît qu’à comprendre, mémorîser et éentueement res tîtuer à peu près ce quî aaît déjà été pensé. Cea suIsaît. ï aaît u queque part qu’î eXîste deuX sortes de saants : es érîtabes penseurs et es penseurs du déjàpensé. D’après Pau, a pupart de ses camarades et même un bon nombre des proesseurs qu’î aaît côtoyés durant ses études appar tenaîent à a seconde catégorîe. Et uîmême d’aîeurs aussî. ï étaît un penseur du déjàpensé et ne eraît sûre ment pas une brîante carrîère unîersîtaîre, maîs on pou aît réussîr aînsî ses eXamens d’hîstoîre et d’înstructîon cîîque, et même e tître de docteur n’étaît pas eXcu. Le seu défi enaît à a rîgueur des angues étrangères, car î ne s’étaît jamaîs consîdéré comme spécîaement doué pour es angues — raîson pour aquee î aaît décîdé pendant ses études, et aussî par braade, d’étudîer ’espagno en pus de ’hîstoîre et de ’înstructîon cîîque. En définîtîe, î aaît eu moîns de ma que préu à apprendre ’espagno. Peutêtre du sîmpe aît qu’î ’étudîaît accessoîrement. ï n’împortaît pas qu’î pare bîen espagno, et comme cea n’împortaît pas î aaît déeoppé un paîsîr d’apprendre quî étaît îbre de tous compeXes, aaît e pus souent possîbe au abo ratoîre de angues, s’achetaît es manues et dîctîonnaîres îndîspensabes, dont es deuX oumes duDiccionario de uso del españolet eDiccionario de la lengua española de la Real Academia española, et ut euphorîque a premîère oîs qu’î put îre un teXte espagno — un eXtraît de pusîeurs pages dePedro Páramode Juan Ruo — sans deoîr consuter e dîctîonnaîre. Ces dîctîonnaîres d’une tonne aîsaîent partîe des îres de ’époque de ses études dont î ne se sépareraît jamaîs.
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