Le LIS et l'alpiniste

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Le Lis et l’Alpiniste est une double aventure, humaine et littéraire. L’œuvre originale et inédite, elle retrace le projet de deux personnages que tout oppose. L’un, lourdement handicapé et entraîné malgré lui dans l’écriture d’un livre, l’autre amoureux nostalgique des cimes enneigées, en quête obstinée de lui-même et d’une utilité citoyenne. Hasard ou destin. Rien a priori n’aurait dû les rapprocher.

Le Lis et l’Alpiniste illustre les tentatives, les ratés, les petits bonheurs et les interrogations de tout citoyen décidé à aider les autres.

À lire comme un conte moderne, un livre sur la montagne ou la chronique épistolaire d’un homme gravement handicapé parvenu à vivre, comme il est.


Ce livre numérique est un « produit-partage » : en l'achetant, vous donnez 5 € à l'association du locked-in syndrome (ALIS) : http://alis-asso.fr


Ce livre est une illustration des deux services rendus par la littérature numérique aux personnes en situation de handicap : celui de la lecture mais aussi celui de l’écriture.

Il n'est pas proposé à l’impression pour rester dans la logique complète du numérique, et en particulier de l'édition numérique en situation de handicap.


Belle lecture !


Publié le : dimanche 1 janvier 2006
Lecture(s) : 21
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9999998733
Nombre de pages : non-communiqué
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PrologueMaxime avait prévu cette visite bien à lavance. Il avait fixé précisément le rendez-vous dans un mail adressé à son ami Alex. Elle revêtait une importance particulière car il comptait lui présenter le fruit dun long travail décriture. Le premier dimanche de décembre, jour du Téléthon français, il parcourut la quinzaine de kilomètres qui sépa-rait leurs domiciles par le boulevard périphérique sans être ralenti par un quelconque embouteillage ni pour autant dépasser la vitesse limitée à quatre-vingt kilomètres par heure. Après moins dune demi-heure de route, il sim-mobilisa dans la petite rue de banlieue déserte où se dressait limmeuble dAlex. Parvenu devant lentrée, il trouva porte close. Les bat-tants de la porte vitrée qui dhabitude souvraient auto-matiquement à lapproche dun passant étaient verrouillés par lhabituel digicode des grandes villes. Pris un peu au dépourvu, Maxime neut pas le réflexe dallumer loutil le plus utile des citadins lorsquils rendaient visite à des amis et avaient oublié chiffres et lettres du sésame. Dans ce cas précis, le portable ne pouvait pas servir. Au bout de quelques instants, une dame très aimable lui ouvrit de lintérieur en lui demandant sil venait bien rendre visite à Alex. Celui-ci, un peu inquiet de la dizaine de minutes de retard de Maxime, avait demandé à son entourage de faire entrer son visiteur et de le faire monter.
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Maxime remarqua en entrant dans le hall de lim-meuble, les deux ailes dun ange déployées à lhori-zontale et accrochées au plafond. Leur envergure devait atteindre près de quatre mètres. Elles étaient confection-nées de véritables plumes blanches et comme un immense accessoire de costume de théâtre, pouvaient être portées sur le dos dun comédien à laide de deux épaulières. Il se remémora un livre de photos quenfant, il feuilletait souvent dans sa grande maison marocaine, celui dun film couronné du prix de la commission tech-nique du Festival de Cannes en 1965 et interprété par Philipe Avron, Fifi la Plume. Lorsquil parvint au troisième étage et marcha jusquau fond du couloir, la grande porte du studio souvrit auto-matiquement dun mouvement rapide et silencieux. Alex était déjà assis derrière son ordinateur posé sur un plan de travail surélevé. Il était en pleine conversation par mes-sagerie instantanée sur le net et renvoya son aimable correspondante sans trop de ménagement par un laco-nique OQP. Puis en regardant Maxime, il lui demanda aussitôt pourquoi il navait pas branché son portable car il lui avait envoyé via le site web approprié et par « mes-sage court » les quatre chiffres du code. Il lui montra à lécran la fiche de son carnet dadresses et Maxime ne put que reconnaître dun air penaud quil navait pas changé de numéro de mobile. Cet incident rapidement clos, les retrouvailles se déroulèrent parfaitement. Maxime navait pas revu son ami depuis des mois car les dépla-cements étaient compliqués. Ils compensaient en sécri-vant beaucoup. Il sortit de son sac le ballotin de chocolats au lait (Alex pour lui confirmer quil les aimait avait même écrit OLE dans un de ses derniers mails), ballotin quil avait acheté le matin même chez un franchisé dorigine belge.
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Maxime offrit un chocolat à son hôte qui le laissa fondre lentement au fond de sa bouche puis lavala dun seul coup. Il déballa comme présent complémentaire, un agrandis-sement dune photo dAlex tirée sur un grand format. Cela fit plaisir au modèle qui lui indiqua quil lafficherait dans son prochain appartement. Leur conversation revint sur la recherche de cet appartement car Alex souhaitait maintenant vivre de façon indépendante. Elle avançait lentement mais sûrement. Le quartier lui importait peu, les bénévoles de lassociation laidaient assez efficacement mais il nétait pas le seul sur la liste dattente. Il tenait à habiter avec sa nouvelle amie et à tout prendre à sa charge, ce qui accroissait les dif-ficultés mais Alex en avait vu dautres. Maxime parla des vacances de Noël qui approchaient et de son prochain séjour à Chamonix. Il y avait repéré lors de son dernier passage une belle et longue voie descalade nouvellement équipée au rocher des Mottets et il pensait pouvoir la faire gravir à ses enfants les beaux jours revenus. Pour linstant, il se réjouissait de retrouver la neige, datteindre le Col des Posettes en raquettes et de redescendre en surf dans la poudreuse fraîche. Maxime se renseigna ensuite, sans prêter trop datten-tion aux réponses dAlex, sur la structure qui gérait son immeuble puis sortit enfin ce qui était le troisième objet important sur la liste des choses quil avait noté dapporter pour cette visite : une épaisse liasse de feuilles imprimées et reliées dans un classeur rouge. Elle recélait des cen-taines dheures délaboration depuis quil avait commencé à écrire un roman dans lequel Alex et lui étaient les person-nages principaux. Il plaçait dans ce classeur après lavoir perforée de deux trous, la toute dernière impression de son ouvrage dont il devait être parvenu à la cinquantième
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version à force de corriger, supprimer, rajouter, modifier, bref de modeler ce quil considérait comme sa première grande uvre. La nuit précédente avait été courte tant il avait veillé tard pour intégrer les ultimes remarques dune vieille amie  vieille par la longévité de leur amitié, trente ans  dont il avait enfin obtenu en lui téléphonant les remarques pertinentes, éclairées par une véritable culture littéraire et diplomatiquement formulées. Le mail qui les contenait ne lui était jamais parvenu et la date de mise sous presse  numérique  approchant, il avait fini par décrocher son téléphone pour recueillir ce quil attendait avec langoisse de lartiste face à la critique. Agrégée de lettres, elle jugea luvre alors quil aurait aussi voulu quelle apprécie la démarche de lécrivain. Elle lui suggéra une construction narrative différente, moins chronologique et peut-être plus appropriée au goût actuel des lecteurs. Elle lorienta enfin vers lécriture dun scénario de film tant elle pensait que lhistoire de Maxime et dAlex pouvait bénéficier des formes de style du cinéma. Maxime avait lui-même pensé à une adaptation théâtrale de son livre et il avait envoyé son manuscrit à un ami éditeur et réalisateur de films dont il attendait également les obser-vations ou appréciations. Lidée nétait donc pas mauvaise et pouvait être développée... plus tard. A dire vrai, il nétait pas Hemingway, ni Michaël Chrichton ou tout autre auteur de best-seller. Il navait pas envisagé son roman comme une fiction construite pour plaire au lecteur et avait eu beaucoup de mal à distinguer son aventure personnelle de son travail décriture tant elle était intense. Il sétait maintenant assis sur une chaise placée contre le bureau dAlex pour être face à son regard et lire en
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même temps les lettres saisies à lécran. Dans cette position, comme le lui avait demandé Alex, il nétait pas dans le champ du traqueur et ne perturbait plus sa réception. Il avait réussi à gagner sa confiance en ne lui cachant rien et en lui faisant comprendre quil ne profitait pas de sa situation. Il le considérait comme un partenaire à part entière. Alex doutait encore un peu du succès de leur entreprise, mais il lui faisait confiance. Son ami lui expli-qua quils ne prenaient pas de grands risques à essayer de publier. Alex lui répéta plusieurs fois et simplement quil espérait que cela marcherait. Lheure du déjeuner approchait. Ils sortirent tous les deux de la pièce. Alex ouvrit la marche et appela lascenseur quil programma pour descendre au rez-de-chaussée. Arrivés devant lentrée du réfectoire, ils prirent congé lun de lautre. Maxime embrassa son ami et le quitta en lui montrant bien quil croisait les doigts. Alex le suivait du regard jusquà ce quil repasse sous les grandes ailes du hall dentrée et disparaisse. Rentré chez lui, Maxime profita de la fin de son repos dominical pour regarder un DVD quil avait emprunté à la médiathèque et dont il avait beaucoup entendu parlé. Le dimanche précédent, il avait emmené ses enfants voir Charlie et la Chocolaterieet il souhaitait mieux connaître les autres films de ce réalisateur dont un ami alpiniste lui avait déjà vanté les merveilleuses qualités. Le DVD était du même Tim Burton, il sappelaitEdward aux mains dargent. Maxime navait aucune idée du sujet, à part un vague conte de Noël. Dès le début de la projection, il reçut comme une déflagration le thème du film et ne put sempêcher de le rapprocher du roman numérique quil venait de présenter le matin même à Alex.
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En regardantEdward, il pensait à Alex, à tout ce quil avait pu vivre, aux difficultés qu'il avait sans doute ren-contrées pour vivre au milieu des autres et à léventail le plus large des réactions de la société face à la différence depuis le rejet agressif à la compassion catastrophique. Il s'interrogeait aussi sur la nécessité de lutter contre lexclusion plutôt que de laisser vivre, comme ils étaient, les gens rejetés car différents, ainsi que le suggérait la fin du film. Lagrégée avait raison, lhistoire dAlex pouvait être écrite comme un scénario et dire autant de choses sinon plus par un film aussi beau quEdward aux mains dargent. Maxime veilla une seconde soirée très tard et remania son document pour mieux introduire son sujet. Ses modi-fications laissaient planer un peu de mystère quAlex avait jugé initialement si difficile à comprendre par un lecteur non averti quil avait demandé à Maxime de préciser demblée quelle était sa situation réelle. Maxime savait cependant que la confiance de son ami était désormais suffisamment bien installée pour quil acceptât cette petite entorse à leur convention passée. Les mains dAlex nétaient pas en argent. Elles ne bougeaient plus. Il arrivait cependant à manipuler avec le peu de mouvements que son corps autorisait, des machines qui étaient aussi inquiétantes que les longs ciseaux dEdward. Autour de sa tête était fixée une longue baguette, comme une licorne, avec laquelle il parvenait parfaite-ment et délicatement à taper sur les touches de son ordinateur les premières lettres de mots quun logiciel retranscrivait intégralement à lécran. Edward parlait peu, Alex ne parlait plus.
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