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Le livre sans nom

De
200 pages
Ce livre s’adresse aux rêveurs ! Que souhaiter de mieux : à deux doigts d’être à la rue, une colossale fortune vous tombe dessus! C’est que qui arrive à Hélène, jeune secrétaire au chômage ! Elle, l’orpheline, hérite d’un fabuleux domaine breton. Pourtant, des rumeurs circulent : le château serait maudit ! Des phénomènes anormaux se produisent quand elle trouve un curieux livre vierge. Ce carnet refuse qu’elle y écrive jusqu’au moment où, mystérieusement, son nom y apparaît. De plus, il réaliserait ses vœux ! Doit-elle y croire ? Est-ce un canular ? Les deux ? À vous de le découvrir. Deux fins au choix : une pour ceux qui aiment imaginer que… Une pour ceux qui veulent clarifier les choses, bien que…
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Le Livre sans nom
ROSE CAMBIER
Le Livre sans nom





ROMAN











Le Manuscrit
www.manuscrit.com













© Éditions Le Manuscrit, 2005
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-5631-5 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-5630-7 (livre imprimé) ROSE CAMBIER


I: LA LETTRE





Hélène s’étira, souriant au tapis fleuri du
plafond. Le rêve, d’où elle émergeait, rendait son
humeur joyeuse. Pourtant…
Cette sensation d’euphorie ne demeura qu’un
instant, le temps de retomber dans la triste réalité de
son existence. Quel avenir, en effet !
« Si je ne trouve rien, d’ici la fin du mois, c’est la
rue ! »
Cette encourageante perspective l’aiguillonna
hors du lit. Vite ! Se ruer au kiosque le plus proche
pour se procurer le premier quotidien !
Sans prendre la peine de se débarbouiller, elle
caressa machinalement sa chatte siamoise qui
somnolait sur son oreiller pour sauter dans ses
vêtements, puis dans l’escalier. Trois volées plus tard,
elle déboulait sur le pavé qu’elle avala à défaut de petit
déjeuner.
« Bonjour, mademoiselle Dubois ! la salua le
commerçant habituel. Cette fois-ci sera peut-être la
bonne ? »
Prestement, elle régla son dû, et remonta chez
elle en entamant directement l’effeuillage du journal.
La page des petites annonces était déjà largement
parcourue quand elle tourna la clef de son logement.
Aussitôt, la chatte bondit en réclamant sa pitance.
« Oui, tu vas l’avoir ! Tais-toi, tu ameutes le
9 LE LIVRE SANS NOM

voisinage ! »
Quand une siamoise miaule sa réprobation, il y
a intérêt à s’activer si on ne veut pas s’endommager les
tympans !
La boîte déversée, Hélène s’arma d’un feutre
pour détailler sans relâche la rubrique des offres
d’emploi qui lui paraissaient dignes de son intérêt. Vu
sa situation actuelle, elle était prête à accepter
n’importe quoi… ou presque ! De serveuse à caissière,
elle en avait connu des places ! Trop précaires ou peu
rentables, hélas. Rien de durable, en fait, et jamais dans
ses cordes ! Qui pouvait requérir les services d’une
secrétaire stylée, possédant trois langues, un chat et
une voiture ? Apparemment, personne pour l’instant.
Dommage, car son véhicule lui passerait sous le nez si
elle ne dégotait pas sous peu une gentille occupation !
Entre son studio et sa mobilité, le choix, quoique cruel,
s’imposait.
Elle pensait sincèrement que Bruxelles la
comblerait davantage qu’une ville de province… Raté !
Le prix du loyer était exorbitant pour une bourse aussi
plate que la sienne ! Elle s’en mordait les doigts autant
que le pain rassis qu’elle s’efforça de mastiquer
religieusement en continuant sa lecture.
Huit mois de galère, sans résultat ! L’école d’où
elle sortait se vantait de caser rapidement ses
ouailles… La vérité était tout autre ! En dernier
recours, elle vendrait sa voiture pour boucler la
location, après… ?
En soupirant, Hélène gagna le palier, son
nécessaire de toilette sous le bras. Ouf, ses voisines
n’avaient pas encore investi ce lieu, sinon elle aurait dû
poiroter au minimum une heure avant d’espérer son
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tour de douche. Quelle plaie ! Même pas une salle de
bains privée. Bah ! Cela lui rappelait le pensionnat…
en mieux ! Là-bas, c’était devant une trentaine de filles
qu’il fallait se laver.
Le miroir lui renvoya une image dont elle
s’empressa de modifier l’expression. Pourquoi ce pli
soucieux, après tout ! Elle n’était pas une « beauté »,
certes, pas moche néanmoins, avec ces lèvres fines
ourlant une dentition saine, des yeux verts piquetés
d’or et des cheveux blond foncé qui ondulaient
naturellement.
Ayant soigneusement effacé les traces de ses
ablutions pour permettre aux autres habitantes de
l’étage de lui succéder dans la sérénité, elle quitta la
salle d’eaux et s’enferma chez elle pour changer de
tenue. Si elle désirait aguicher un patron, ce ne serait
pas en jeans et polo délavés ! Son tailleur strict, acheté
avec ses ultimes bonnes cartouches, lui sembla assez
miteux et démodé, qu’importe ! Elle ne disposait
d’aucune autre panoplie pour affronter un employeur
potentiel, alors…
Rafraîchie et pimpante, elle redressa l’échine,
prête à forcer le destin, au besoin. Son enquête
renseignait une possibilité d’embauche, pour dix
heures, dans un hôtel de la place de Brouckère, il était
temps de se mettre en route. Dédaignant sa voiture,
elle profita du métro, plus pratique que l’auto, pour se
déplacer dans ces artères, en perpétuel encombrement,
de la capitale belge.
Misère ! Ils étaient légion à tenter leur chance,
ce jour !
Comment se débrouillaient-ils pour recevoir le
tuyau avant les autres ? Elle était pourtant certaine
11 LE LIVRE SANS NOM

d’être dans les primeurs de l’info ! C’est vrai que ses
moyens la privaient du recours au Net, ceci expliquait
sans doute cela ! Quoi qu’il en soit, elle s’installa dans
la file, déjà longue, des candidats à l’emploi convoité.
Tuant l’attente, elle noua conversation avec l’un
ou l’autre, ne s’étonnant pas outre mesure de
rencontrer plusieurs têtes déjà entrevues dans des
conditions identiques. Ne ramaient-ils pas, tous, dans
la galère de la quête au travail ?
À midi, un larbin, la mine de circonstance, pria
les patients solliciteurs de rentrer chez eux, la cage
avait trouvé son oiseau rare.
Maugréant sur le sort qui s’acharnait, Hélène
Dubois flâna sans but sur la place du centre-ville.
Négligeant de s’attarder à détailler l’architecture
environnante, toutefois remarquable avec son mélange
de styles, elle s’assit sur un banc et médita sur son
futur. Pas brillant ! Vingt-deux ans, un diplôme
élogieux, des stages à la pelle, et… rien !
Heureusement, elle était débrouillarde, sans cela, c’est
S.D.F qu’elle serait, sûrement ! À quoi pouvait-elle
prétendre sans ancienneté, ni famille de soutien ? À
part les institutions, elle ne connaissait pas grand-chose
de la vie. Enfant abandonnée, ballottée de parents
d’accueil en pensionnats, elle survivait, c’est tout !
Quelques amis, pour cercle de relations, c’était peu et
tellement à la fois ! Pauline, surtout, lui tenait à cœur.
Quelle joie de fréquenter cette pétulante jeune fille
toujours rieuse et ouverte, contre vents et marées. Lui
téléphonerait-elle tantôt ? Probablement ! Histoire
d’échanger leurs récentes déceptions. C’est fou ce que
Pauline avait le chic pour s’attirer les ennuis…
sentimentaux ! Hélène, elle, se moquait éperdument de
12 ROSE CAMBIER

ces tracas, elle avait suffisamment de problèmes à
régler pour s’embarrasser d’un galant ! Elle n’avait
qu’un seul amour, sa chatte siamoise qui lui rendait
toute l’affection qu’elle lui portait. Sa copine, par
contre, accumulait les conquêtes… et leurs revers ! Au
moins ne se plaignait-elle pas question boulot ! Elle
avait une place, elle ! Aléatoire, oui, puisqu’elle se
dirigeait personnellement : antiquaire ! C’est ce que sa
carte de visite énonçait fièrement. En réalité, ce serait
plutôt le terme de brocanteur ou chineur occasionnel
qui cadrerait le mieux avec la profession de Pauline.
Enfin… Elle travaillait, tandis qu’elle, Hélène…
Si à maintes reprises, elle avait secondé Pauline
dans ses foires et marchés, en complément de pécule,
elle résistait farouchement aux propositions de son
amie qui souhaitait la prendre pour associée. Fouiller
dans les vieilleries du soir au matin, attendre le client
des heures durant sur la Place du Jeu-de-Balle, n’était
franchement pas ce qui la branchait ; elle ignorait tout
de ce monde-là, sans s’en porter plus mal.
Chassant ses idées pessimistes, la jeune fille se
releva, et reprit le métro.
Rêveuse, elle regagna son antre, grimpant les
étages jusqu’à son minable logement. Tiens ? Le
facteur était venu !
Sans trop regarder, Hélène ramassa le courrier
distribué par sa concierge et éplucha les diverses
enveloppes : publicités, lettres de remerciement, etc. La
routine. Ouille ! Une fenêtrée ! En général ce genre de
missive n’annonçait rien d’heureux. Serait-ce un rappel
des contributions ? Une contravention, une taxe ou
une mise en demeure ? Méfiante, elle palpa
longuement la grosse enveloppe brune, la retourna
13 LE LIVRE SANS NOM

dans tous les sens, avant d’oser la décacheter. Ça avait
l’air officiel, et émanait d’une étude de notaire :
« Mademoiselle Dubois, après de nombreuses
recherches, il apparaît que vous êtes effectivement… »
Incrédule, son cerveau refusa d’enregistrer ces
mots pendant plusieurs minutes : héritière ! De qui se
moquait-on ? De qui pouvait-elle, elle, enfant trouvée,
être la légataire universelle ? Cela dépassait
l’entendement ! Il s’agissait d’une erreur, impossible
autrement.

« Je te l’ai souvent dit : un jour, ça te tomberait
dessus ; c’est fait ! riait la jeune fille rousse assise en
face d’Hélène. J’espère que c’est un richard qui, pris
de remords, se décide à réparer les torts qu’il t’a causés
en te négligeant dès ta naissance ! Qui sait, il ignorait
peut-être ton existence ? À moins que ce ne soit ta
mère qui se manifeste vingt-deux ans après avoir
oublié qu’elle t’avait pondue ! Tu seras défrayée pour
ce trajet, je suppose, car… »
Cette Pauline : un moulin à paroles ! Avec elle,
Hélène était certaine de ne pas s’ennuyer durant ce
voyage vers Mons.
Dès qu’elle avait réalisé ce que ce notaire lui
voulait, elle s’était ruée sur le téléphone pour avertir sa
copine qui, aussitôt, avait répondu : présent ! Oui, elle
l’accompagnerait, Hélène pouvait compter, sans
retenue, sur elle.
Les voilà donc dans le train semi - direct qui les
acheminait tranquillement vers le chef-lieu du Hainaut.
Elles avaient choisi ce moyen de transport pour pallier
les aléas du trafic routier, toujours bondé dans les deux
sens, quelle que fût l’heure. De plus, renseignements
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pris, l’étude était située non loin de la gare, ce qui
faciliterait encore les choses en évitant de se perdre
dans cette ville inconnue tant pour Hélène que pour sa
copine.
« Un collègue m’a refilé un plan ! Il vient parfois
pour le marché qui se tient tous les dimanches matins,
place du béguinage. J’y jetterai un œil, à l’occasion ; les
bonnes affaires ne se réalisent pas qu’à la capitale ! »
Les trois quarts d’heure de rails glissèrent si
rapidement que, c’est un peu désorientées, qu’elles
débouchèrent des locaux de la S.N.C.B.
« Pas mal ! Ça manque de verdure, mais c’est
chouette quand même ! commenta Pauline en jaugeant
les environs d’un œil critique. »
La large esplanade, fraîchement aménagée, qui
s’ouvrait devant elles, les surprit agréablement. Elles la
traversèrent en prenant garde aux multiples véhicules
qui la contournaient dans un flot assez dense.
« Tu vois, on a bien fait de venir en train ! Il y a
tellement de sens uniques qu’on risquait de tourner
indéfiniment en rond avant de tomber sur la bonne
rue. Attends ! J’examine le plan. »
Pendant que Pauline se repérait, Hélène détailla
les hautes façades qui cernaient les abords de la gare.
Un mélange de style, comme dans toutes villes au riche
passé historique qui essaient d’allier modernisme et
conservation du patrimoine.
Sa copine semblant sûre de sa route, elles
s’enfoncèrent dans la cité.
« Le rendez-vous est pour 11 heures 15, nous
avons juste le temps ; nous chinerons après ! pressa
Pauline empêchant Hélène de lécher les vitrines. Ces
boutiques sont d’ailleurs trop chères pour ta bourse, du
15 LE LIVRE SANS NOM

moins pour l’instant. Qui sait ? Tantôt, c’est
probablement toi qui en rachèteras le fond de
commerce ! »
Sur ces propos réconfortants, les jeunes filles
galopèrent plus vivement sur les trottoirs étroits
qu’elles remontèrent en chaloupant parmi les badauds.
Au bout de dix minutes, elles s’écartèrent de l’avenue
principale pour grimper une large rue pavée, moins
fréquentée.
« On y est ! déclara Pauline en contemplant une
plaque de cuivre, un peu ternie, témoignant de
l’identité du propriétaire des lieux »
Elles hésitèrent légèrement à s’engager dans la
cour intérieure qui béait sur la chaussée ; aucun
panneau directionnel n’était en vue.
Pouffant, se comparant à d’apprenties
cambrioleuses, elles se risquèrent plus avant, en
reluquant dans les coins. C’était cocasse, l’enceinte
carrée ressemblait plus à une cour de ferme qu’à une
étude fonctionnelle.
« En voilà des portes ! Laquelle prend-on ? »
Hélène haussa les épaules pour foncer
résolument vers la première.
Immédiatement, une dame d’un âge certain se
présenta :
« Vous désirez ? »
« J’ai rendez-vous avec Maître Dampierre, pour
onze heures et quart ! »
« Ah ! Mademoiselle Dubois ? C’est exact !
Veuillez patienter quelques instants. »
Les filles s’installèrent sur la banquette assez
sommaire qu’on leur indiqua, et profitèrent de ce laps
de temps pour observer la salle qui les accueillait.
16 ROSE CAMBIER

Ni l’une ni l’autre n’avait, à ce jour, pénétré
dans ce genre d’endroit qu’elles imaginaient débordant
d’activité ; or, ici…
« Il ne doit pas travailler beaucoup, le
bonhomme ! souffla Pauline à l’oreille de sa
compagne. »
Assez dénudée, la pièce comportait : un
téléphone et écran d’ordinateur posés sur un petit
bureau près de l’entrée dont il réduisait l’accès en
couloir ; le siège sur lequel elles se posaient, et un
élargissement sur le côté, où elles distinguaient une
table garnie de quelques chemises de dossier, ainsi que
de rares armoires de rangement.
« T’as vu la poussière ? chuchota encore
Pauline. »
Oui ! Hélène jugeait sévèrement cette
composition, et cela ne lui disait rien qui vaille. Sa
bonne humeur s’envola, ses idées de fortune
également. Une étude aussi minable ne devait traiter
que de cas pareillement miteux !
« Veuillez me suivre, Maître Dampierre va vous
recevoir. »
Emboîtant le pas à cette secrétaire peu loquace,
les demoiselles débouchèrent dans une autre pièce qui
ne fit que confirmer leur mauvaise impression du
départ : une table bancale tenait lieu de bureau, un
papier peint jauni se décollait en de nombreux
endroits, pas un cadre ou photographies : un
dénuement quasi monacal !
Deux sièges ordinaires les attendant, elles les
accaparèrent pour poiroter à nouveau.
Une porte s’ouvrit sur le fond ; les jeunes filles
se levèrent, par réflexe.
17 LE LIVRE SANS NOM

« Bonjour ! lança joyeusement le notaire
Dampierre. Asseyez-vous, je vous prie. Je prends votre
dossier, et on s’y met ! »
Sidérées, les filles s’entre-regardèrent, prêtes à
rigoler. Elles s’imaginaient côtoyer un vieillard chenu
et tremblant, voilà qu’un fringant jeune homme, assez
séduisant, discourait gentiment avec elles.
« Laquelle est Hélène ? Vous ? Bonjour,
mademoiselle Dubois. Avez-vous apporté les
certificats que je vous avais demandés ? »
La jeune fille s’empressa de déballer son sac
pour en offrir le maigre contenu à l’examen de
l’homme de loi.
Tandis que celui-ci se penchait sur ces
documents, Hélène le contempla à la dérobée. Quel
jeune homme attrayant ! Il arborait, quoi… une petite
trentaine d’années ? Ses lunettes le vieillissaient,
assurément ! Son épaisse toison brune ne reflétait ni
grisonnement ni signes d’une calvitie prochaine ; une
peau lisse de tout rides et poils inconvenants traduisait
la santé robuste de ce grand corps visiblement musclé.
« Parfait ! s’exclama le notaire après une
évaluation minutieuse des paperasses. Tout concorde.
Je suis donc en mesure de vous confirmer ce que ma
lettre sous-entendait : vous êtes l’unique descendante
vivante, de feu monsieur Paul Duboscq ! Je sais, ou du
moins je me doute de vos tourments : comment une
jeune personne, de votre condition, peut-elle s’avérer
héritière d’un parfait inconnu ? Je vais donc vous
éclairer… »
Là-dessus, il partit d’un long discours, tellement
ahurissant, qu’Hélène peinait à en saisir le sens. Qu’est-
ce qu’il racontait, ce type ?
18 ROSE CAMBIER

« De nombreuses pistes ont été étudiées
avant de tomber sur vous ! Paul Dubosq, résident
français, semblait décéder intestat. Par une série de
malheurs, il ne subsistait apparemment aucune famille
se reliant à lui ! L’État français étant très pointilleux,
des détectives furent engagés pour dénicher un
éventuel survivant de cette lignée : vous ! »
« Comment… »
« Je résume la situation, voulez-vous ? Dans les
divers documents retrouvés chez ce défunt, un genre
de journal intime a été découvert ; on y retraçait la
présence d’un enfant illégitime, qui fut un peu difficile
à resituer, mais que tout conforte à considérer comme
étant votre père biologique. Je suis navré de vous
annoncer cela crûment : vous êtes orpheline ! »
Hélène haussa les épaules ; cela ne changeait
pas grand-chose à ce qu’elle vivait depuis sa prime
enfance !
« Si je vous suis correctement, mon père était
un… bâtard ; et moi-même… »
« Également ! compléta le notaire en rajustant
ses besicles pour dissimuler sa confusion. L’identité de
votre mère a été déterminée ; je ne suis pas autorisé à
vous la révéler. Elle est décédée depuis peu et désirait
conserver l’anonymat. Il est établi qu’elle a fréquenté
un certain Jean Gallouédec, et que vous êtes le fruit de
cette liaison. C’est votre géniteur qui est, précisément,
de la lignée de Paul Dubosq. D’après la D.A.S, votre
père s’implanta en Belgique où il disparut peu après
son mariage avec une dénommée Rose Applencourt,
qui l’a suivi dans la tombe, un an plus tard, sans
descendance. »
« Et ma mère, a-t-elle eu d’autres enfants ? Ai-je
19 LE LIVRE SANS NOM

des demi-frères ou… »
« Je suis navré, je ne suis pas… »
« Autorisé à le dire ! railla Pauline que ces
cachotteries agaçaient. »
« Vous posséderiez, peut-être, une autre famille
par votre père qui a compté de nombreuses
maîtresses ; il était assez… »
« Coureur ! C’est cela ? »
« Euh., si l’on veut ! Peu importe dans ce cas,
puisque vous êtes la seule descendante survivante que
nous ayons retracée. Curieusement, votre grand-père
paternel serait aussi un orphelin ! »
« Ce doit être une tare génétique ; tu sais ce qui
te reste à faire pour prolonger l’histoire, pouffa
Pauline. »
Hélène eut un rictus amer, puis demanda :
« C’est quoi, finalement, cet héritage ? Un amas
de dettes et récriminations diverses ? »
« Pas du tout ! se défendit le notaire. Au
contraire, on vous léguerait une vaste propriété en
Bretagne ! Bon an, mal an, cela chiffrerait aux
alentours de 1 à 1 million et demi… »
Hélène et Pauline s’ébahirent à l’annonce de
cette somme.
« Ancien ou nouveau ? »
« En euros ! »
« Tant que ça ! s’écria la rouquine, enthousiaste.
Où doit-elle signer ? »
L’homme de loi ne put se retenir de sourire
devant tant de juvéniles débordements, il calma le jeu
aussitôt :
« Ne nous emballons pas ! Ce prix m’est
communiqué par l’intermédiaire d’un confrère de
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