Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,95 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Le livreur et autres histoires étranges

De
102 pages
Combinant les formes propres au roman policier avec celles du fantastique et de la science-fiction, les récits du Livreur et autres histoires étranges se veulent un essai de synthèse de ces genres populaires. Le suspense reste au cour de ces histoires, toujours ancrées dans le réel. Pour l'auteur, le fantastique ne peut exercer sa fascination sur le lecteur que s'il s'inspire du quotidien. Bien que s'enfonçant invariablement dans l'irrationnel, chacun de ces quatre courts récits a été écrit à partir de faits, de situations ou de lieux connus de l'auteur.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Le livreur et autres
histoires étranges
Bastien Sasseville
Le livreur et autres
histoires étranges




NOUVELLES










Le Manuscrit
www.manuscrit.com













© Éditions Le Manuscrit, 2004
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-4451-1 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-4450-3 (livre imprimé)





Ce texte est dédié à Stéphanie

BASTIEN SASSEVILLE






LE LIVREUR

La brise printanière caressait le visage de Philippe
qui descendait, debout sur les pédales de sa
bicyclette de livraison, la pente qui menait de chez
lui au village. Il ferma les yeux une seconde,
savourant l’air frais venu du large. C’était ce matin
de juin qu’il devenait, pour l’été, livreur à l’épicerie
de madame Mercier. Il était fier de son premier
emploi.
Ralentissant un peu son allure, il observa un
moment les petites maisons blanches aux toits de
bardeaux d’asphalte, alignées de chaque côté de la
route principale. Le village s’étendait selon une
courbe assez ouverte, suivant le rivage de la petite
baie, délimitée par le quai des pêcheurs à l’ouest et
par une falaise abrupte à l’est. Il ne put s’empêcher
de remarquer que tous les villages de la Gaspésie se
ressemblaient d’une manière ou d’une autre.
Évidemment, à son âge, il n’avait pas beaucoup
voyagé mais ce qu’il avait pu voir des localités
voisines, lors de ballades occasionnelles dans la
voiture de son frère, était en gros identique à ce qu’il
contemplait en ce moment.
Il se rappela les consignes que lui avait données sa
mère ce matin avant de partir : toujours être poli et
serviable (« Ne me fais surtout pas honte devant
madame Mercier! »), demeurer discret lorsqu’il
9 LE LIVREUR ET AUTRES HISTOIRES ETRANGES
entrait dans une maison pour ses livraisons
(« Personne dans le village n’a besoin de savoir ce
qui bout dans le chaudron du voisin! ») et surtout,
être assidu à la tâche (« C’est ton premier travail,
alors il faut que tu te fasses un nom! »).
Sa mère était nerveuse, c’était elle qui avait plaidé
auprès de l’épicière pour qu’elle prenne son fils
comme livreur. À l’automne, Philippe quitterait le
village pour aller au collège et, malgré l’aide
financière gouvernementale, il avait besoin de tout
l’argent possible pour subvenir à ses futurs besoins.
Bien que ses nombreux frères et sœurs aient quitté le
foyer, la famille qui habitait la petite maison sur la
colline derrière le village était loin d’être riche. De
toute façon, mis à part l’énigmatique propriétaire du
manoir sur la falaise, existait-il des gens riches dans
ce coin de la péninsule? Philippe se le demandait
parfois.
Il accéléra en entrant dans le village. Il ne voulait pas
être en retard le premier jour de travail. Il passa à
toute vitesse devant le garage délabré du père
Alphonse, coupa par le jardin de mademoiselle
Albertine, traversa la cour à bois à l’arrière de la
quincaillerie et déboucha, en faisant crisser ses pneus
sur le trottoir, devant la vitrine de l’épicerie. Il
rangea sa bicyclette le long du mur et regarda sa
montre : neuf heures pile! L’été s’annonçait bien.
En poussant la porte moustiquaire de l’épicerie, il
aperçut la grosse madame Mercier - Gertrude pour
ceux qui la connaissaient bien - au téléphone
derrière son comptoir, prenant la première
commande de la journée. Elle fit signe à Philippe de
s’asseoir au bout du comptoir.
10