Le Maître de maison

De
Publié par

Un homme et une femme, en automne, parcourent les routes du Midi à la recherche d'une maison. Ils en choisissent une, l'achètent, la restaurent, s'y installent. Voilà bien l'aventure la plus raisonnable. D'où vient alors qu'ils la mènent dans cette fièvre, ces incertitudes ? Autour d'eux - le village, les gens - on observe ces nouveaux venus. On se pose sur eux des questions. D'autant plus de questions que leur vie ne ressemble pas à l'idée qu'on s'en fait. Trop nocturne, peut-être ? Ou bien quelque angoisse qui sourd d'eux comme une sueur sur le visage des citadins qu'indispose la chaleur de ces pays...

Un voisin parle d'eux. Agacé parfois, ou fasciné, ou dérouté, il donne forme aux chuchotements, aux racontars qui se colportent. Sa propre vie, bientôt, lui remonte aux lèvres. Les usages de parole et de liberté qu'il découvre, trop étrangers aux siens, lui tournent la tête, comme la lui font tourner ces verres d'alcool qu'on lui offre au Lossan en trop grande abondance.

Entre le moment où les étrangers sont arrivés au village, sous la pluie, pour la première fois, et le drame confus où paraît se dissoudre leur histoire, une année s'écoule. Les quatre saisons des efforts vains, des travaux, des peurs, des mauvais rêves. Arracher une maison à son passé, à sa vermine, tirer de la ruine et de la léthargie ce qui aurait tellement tendance à s'y enfoncer : il y faudrait une force et une lucidité que ne paraît pas posséder le maître de maison. Loin de là. On habite sa maison comme on habite sa vie, mais celui qui n'a pas appris à vivre, comment saurait-il aménager les lieux qui se refusent à lui ?
Publié le : jeudi 19 septembre 1968
Lecture(s) : 18
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246796008
Nombre de pages : 272
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Un homme et une femme, en automne, parcourent les routes du Midi à la recherche d'une maison. Ils en choisissent une, l'achètent, la restaurent, s'y installent. Voilà bien l'aventure la plus raisonnable. D'où vient alors qu'ils la mènent dans cette fièvre, ces incertitudes ? Autour d'eux - le village, les gens - on observe ces nouveaux venus. On se pose sur eux des questions. D'autant plus de questions que leur vie ne ressemble pas à l'idée qu'on s'en fait. Trop nocturne, peut-être ? Ou bien quelque angoisse qui sourd d'eux comme une sueur sur le visage des citadins qu'indispose la chaleur de ces pays...

Un voisin parle d'eux. Agacé parfois, ou fasciné, ou dérouté, il donne forme aux chuchotements, aux racontars qui se colportent. Sa propre vie, bientôt, lui remonte aux lèvres. Les usages de parole et de liberté qu'il découvre, trop étrangers aux siens, lui tournent la tête, comme la lui font tourner ces verres d'alcool qu'on lui offre au Lossan en trop grande abondance.

Entre le moment où les étrangers sont arrivés au village, sous la pluie, pour la première fois, et le drame confus où paraît se dissoudre leur histoire, une année s'écoule. Les quatre saisons des efforts vains, des travaux, des peurs, des mauvais rêves. Arracher une maison à son passé, à sa vermine, tirer de la ruine et de la léthargie ce qui aurait tellement tendance à s'y enfoncer : il y faudrait une force et une lucidité que ne paraît pas posséder le maître de maison. Loin de là. On habite sa maison comme on habite sa vie, mais celui qui n'a pas appris à vivre, comment saurait-il aménager les lieux qui se refusent à lui ?
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.