Le Manteau réversible

De

Louise décide de faire le vide. Son amant, son mari, ses fringues, sa maison. Tout. Elle largue tout. Seul son vieux manteau résiste à ce grand nettoyage méthodiquement orchestré. Sans se retourner, elle s’en va au volant de son coupé Mercedes. Hanté par le départ de sa femme, happé par le même vide, Laurent se lance à ses trousses. Dans une agglomération-fantôme où l’affolement et le chaos général font écho au chaos des cœurs, une course-poursuite à deux voix s’engage, sans cesse freinée par des rencontres menaçantes et semée d’embûches mortelles.

« Un road-movie existentiel. » François Lestavel, Paris Match


Publié le : mercredi 7 janvier 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791091416320
Nombre de pages : 160
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Louise décide de faire le vide. Son amant, son mari, ses fringues, sa maison. Tout. Elle largue tout. Seul son vieux manteau résiste à ce grand nettoyage méthodiquement orchestré. Sans se retourner, elle s'en va au volant de son coupé Mercedes. Hantée par le départ de sa femme, happé par le même vide, Laurent se lance à ses trousses. Dans une agglomération-fantôme où l'affollement et le chaos général font écho au chaos des cœurs, une course-poursuite à deux voix s'engage, sans cesse freinée par des rencontres menaçantes et semées d'embûches mortelles. Plongée dans l'encre rouge de la mémoire, la plume acérée d'Odile Barski trace obstinément les contours du motvérité.
Odile Barski est romancière et scénariste. Elle a signé certains des plus célèbres films de Claude Chabrol (Violette Nozière,Masques,Au cœur du mensonge,L’Ivresse du pouvoir, Bellamy), mais aussi des film d'André Téchiné(La fille du RER) et de Serge Bozon(TipTop). Elle est également l'auteur de plusieurs romans dontNever mort(Le Masque), primé Masque de l'année 2011.Le Manteau réversibleest son douzième roman.
À Marco,
« Passé un certain point il n’est plus de retour. C’est ce point qu’il faut atteindre. »
Franz Kafka Les aphorismes de Zürau.
1
Elle marche dans une rue commerçante de la ville sans regarder les boutiques aux portes closes. Tailleur gris à passepoils noirs, escarpins noirs à passepoils gris. Les dessous chics qu’on ne voit pas obéissent au même type d’harmonisation. À son poignet, une montre-bracelet indique treize heures. Pas d’autre signalement dans l’immédiat. Qui est cette femme ? C’est précisément la question qu’elle se pose tandis que son impeccable silhouette progresse le long des vitrines mises sous alarme où des vêtements avec ou sans passepoils sont présentés sur des anatomies au regard peint. Une voix s’engouffre plein pot dans la ramure des platanes. élagueurs et grutiers s’y activent. NOTRE GRAND JEU COMMENCE. NOUS VOUS RAPPELONS LE RÈGLEMENT : LA DÉCLARATION D’AMOUR DOIT COMPORTER CENT CINQUANTE MOTS, LES PARTICIPANTS ÂGÉS DE MOINS DE DIX-HUIT ANS DEVRONT JOINDRE UNE AUTORISATION SIGNÉE DE LEURS PARENTS OU DE LEUR TUTEUR. Elle peine à comprendre. Ce qui vient du dehors, avec ou sans haut-parleur, la surprend chaque jour davantage. Ce qui vient d’elle aussi. Elle s’étonne de plus en plus. Elle se découvre. De quoi suis-je capable ? C’est aussi la question qu’elle se pose. Ce matin elle a renoncé à prendre son sac. Il suffisait d’emporter le trousseau de clefs, l’enveloppe, ça logeait dans sa poche de tailleur, une enveloppe bleue manuscrite, son nom au dos, Louise Défoer, écriture inchangée depuis la sixième, mêmes lettres rondes, mêmes ballons en guise de points. Dans les platanes, la voix enregistrée monte vers le ciel : À L’ISSUE DU CONCOURS AUCUNE DÉCLARATION D’AMOUR NE SERA RESTITUÉE. BONNE CHANCE À TOUS ET À TOUTES. N’EXCÉDEZ PAS LES DIX LIGNES. SOYEZ CRÉATIFS ET PERFORMANTS. Au moment où elle va traverser en direction de la boîte aux lettres, la voix déraille et se disloque. Un grutier a heurté la sono. On lui crie de dégager. Une branche s’abat sur la chaussée, pile devant elle. C’est un incident sans victime, elle a eu de la chance. Ses oreilles bourdonnent, la sono siffle et se rétablit : LES AUTEURS DES TROIS DÉCLARATIONS D’AMOUR GAGNANTES AURONT DROIT À UNE PLACE EN FINALE DE NOTRE JEU EMBARQUEMENT SURPRISE, DOTÉ POUR LE COUPLE DES VAINQUEURS D’UNE CROISIÈRE À DESTINATION SECRÈTE. Elle n’entend pas la suite. Il y a ce cri. Un enfant crie, pas moyen de le faire taire.Je peux crier plus fort,se déchaîne la mère,lâche ces bonbons,qui t’a donné ces bonbons ? Le feu passe au vert, les bonbons sont par terre. Une voiture freine, le chauffeur lui montre un doigt et disparaît dans une gerbe noire. Son tailleur est taché, elle efface les traces de boue sur l’enveloppe et réussit enfin à traverser. CONCOURS DE DÉCLARATIONS D’AMOUR, une affichette était collée sur l’urne destinée à les recevoir. Elle a jeté les bonbons dedans, s’est avancée vers la boîte aux lettres, l’enveloppe bleue a glissé dans la fente au moment où son mobile sonnait. C’était son amant.
Elle ne le verrait pas aujourd’hui ni les jours suivants. Elle l’entendait suffoquer, perturbée par l’image de l’enfant au bras de cette mère qui hurlait. L’amant aussi hurlait,aucune femme ne m’a jamais fait ça ! On se retrouvera, tu ne perds rien pour attendre !Elle a éloigné le portable de son oreille, la voix grésillait, oppressante mais déjà lointaine et elle a coupé. Il allait bientôt recevoir ce qu’elle avait à lui dire, par voie postale, une lettre, tout était expliqué dans la lettre.
2
L’amant rappelle plusieurs fois, son nom s’inscrit sur le viseur, Louise laisse la messagerie répondre à sa place. Elle n’éprouve ni embarras ni jouissance. Rien de cet ordre ne peut la rappeler à l’ordre. C’est derrière elle, en plein brouillard, une gare minuscule dans une vie éloignée où elle n’a plus sa place. Où est ma place ? Je le saurai un jour. Cette affirmation à quoi elle se raccroche vaut certitude, absurde peut-être mais nécessaire. Une énergie nouvelle la galvanise. Elle a chaud et soif d’agir. Après avoir ôté ses escarpins et son tailleur, elle ouvre une penderie à miroirs où se reflète un appartement bourgeois de la province française. Opulence, calme, rigidité, un tombeau à la lumière du jour. Hier encore elle aurait pu en rire mais aujourd’hui le cœur lui manque. Pas le cœur à l’ouvrage, non. Elle se sent fébrile, capable de réduire cette penderie, d’en évacuer l’ensemble en un temps record. Ôter les vêtements des cintres, tout devra y passer.Qu’est-ce qui m’a pris d’acheter tout ça ? Fond de garde-robe et accessoires, ces choses à peine portées, ces trop-pleins d’achats à bourrer les armoires jusqu’à la gueule, forcer la fermeture des portes, fausser leurs serrures pour au bout du compte ne pas pouvoir s’endormir. Ne jamais trouver le repos. Elle se débarrassera de l’ensemble. Ne garder que deux jupes longues, un pantalon, quelques chemisiers, une paire de souliers plats et le grand manteau réversible à capuche, un solide drap de laine datant des années trente, vert d’un côté, noir de l’autre, indémodable comme les vieux souvenirs. Montée sur un escabeau, elle cherche les malles avec ses initiales gravées dans un cartouche, L.D.D., Louise Desaint Défoer.Si j’avais un couteau, là, tout de suite, je taillerais dedans. Mais elle a mieux à faire. Et elle porte les malles sur le lit. Les bagages de luxe sont les plus lourds. Même vides, ils pèsent leur poids. Plier, empiler, tasser pour que ça loge dans les deux cercueils de cuir négociés en prévision de longs voyages aux dates toujours reportées. Elle s’absente si peu. Quand elle quitte la ville, elle va à Paris d’où elle revient avec de nouveaux bagages remplis de nouveaux vêtements. Aucun ne lui a été offert. Aucun n’est la récompense d’un travail particulier. Elle doit toutes ces jolies choses à ce que sa banquière nomme le loyer de son argent, un chiffre à plusieurs zéros qui lui tombe chaque début de mois sans qu’il faille réclamer.
3
Comme chaque jour de la semaine, Laurent Défoer travaille à son ordinateur portable. Maison Desaint - Vins fins et Liqueurs, ce négoce dans la corbeille de mariage quand il s’est décidé à convoler il y a vingt ans avec Louise. Des vins fins, il n’en vend plus depuis belle lurette. Cette maison est à présent un assemblage de cases à cloisons vitrées, abritant les opérations d’un tout autre commerce aux denrées indécelables. Le bip de sa montre se déclenche. Il doit prendre ses remèdes. Des gouttes tombent dans une tasse, brunes et puantes. C’est en avalant cette mixture qu’il aperçoit sa femme par les vitres de la devanture. Elle s’est arrêtée devant le coupé Mercedes garé en double file, son buste disparaît sous le capot du coffre. S’efforçant de garder son calme, Laurent pousse la porte à carillon, dernier vestige de la boutique, et ô combien horripilant, qu’il aurait dû bazarder, comme il a bazardé le reste. La chaussée brille sous ses pas, anormalement plus large que d’habitude. Le ciel est si noir, il faudrait que cet orage éclate. À hauteur du coupé, son talon dérape sur le rebord du trottoir. Il a failli tomber. Elle se retourne, aussi surprise que lui. Que fait son mari sur le trottoir avec ce compte-gouttes à la main ? Et toi, avec ces valises dans cet accoutrement, ce long manteau cache-formes, qu’est-ce qui t’as pris de le ressortir, et ces grotesques chaussures à lacets, ça ne te va pas du tout. Il souhaiterait qu’elle réponde. Encore faudrait-il poser la question. Pourquoi aucun son ne franchit ses lèvres ? Les mots se refusent, repliés sous sa langue, impossibles à déloger. Elle s’est assise au volant. Sa petite main gantée s’agite devant le pare-brise. Et la pluie s’abat en rideau. La Mercedes est déjà au fond de la rue. Abrité sous sa veste trempée, maudissant la fragilité de ses cordes vocales, Laurent regagne la boutique où il tient ses bureaux, Maison Desaint - Vins fins et Liqueurs, appartement conjugal à l’étage, topographie inchangée depuis 1943, date où le couple Desaint a acquis le commerce pour une bouchée de pain, refait la devanture, modifié l’enseigne, effacé le nom du prédécesseur, un nom bourré de consonnes qui figure encore sur le titre de propriété que Laurent Défoer a classé avec les autres papiers dans un cartonnier au sous-sol, à l’entrée de la cave. Là où Louise refuse de descendre. Ce détail lui revient comme une gifle,ma femme a peur des caves. Il tente de le répéter haut et fort. La phrase reste inaudible. Il s’y reprend à plusieurs fois et renonce. J’ai dû prendre froid à force de rester assis devant cet ordinateur, je me glace sans m’en rendre compte, ce n’est qu’une extinction de voix, c’est provisoire, ça passera.
4
Un hangar en sous-sol, C’est là qu’elle va. Les malles sont arrivées à destination. Derrière une table à tréteaux, deux employés trient des imperméables. C’est la première fois qu’elle vient. On la regarde. On lui sourit. Et elle serre à deux mains les pans de son manteau réversible. La dernière fois qu’elle l’avait sur le dos, c’était… le jour de ses dix-sept ans, quand elle a couché avec cet homme. Un type marié qui lui a fait ce qu’il nommait l’amour comme s’il se fournissait au décrochez-moi-ça, et l’a ensuite quasi fichue dehors. Son épouse venait de téléphoner, un retour anticipé, pas de temps à perdre. Et il lui a rendu ses habits en vrac pour qu’elle dégage. Il avait oublié une pièce, et quand elle est revenue le manteau était roulé sur le palier. Elle a sonné à la porte. Personne ne lui a ouvert. Elle a cru à une blague. Pire qu’une humiliation, une blague du plus mauvais goût. Et elle est repartie le manteau dans les bras jusqu’à ce que le froid relaie sa stupéfaction. Et elle se l’est collé sur le dos ce manteau. Ça lui a fait du bien de marcher avec. Il ne la quitterait plus. Pendu à son armoire de jeune fille, et plus tard à la penderie conjugale, il était là sans qu’il fût nécessaire qu’elle le porte, un pense-bête qui fleurait la naphtaline. C’est aujourd’hui qu’elle l’a remis en service décidant de lui faire prendre l’air comme elle a décidé de le prendre aussi. Les employés du hangar examinent le contenu des deux malles L.D.D. Ils notent au passage la griffe du couturier. Elle souligne que tout est en bon état, certaines robes, plusieurs tailleurs, munis encore de l’étiquette du magasin, jamais portés. Soyez sans crainte Mme  Défoer, nous en ferons bon usage. Leurs visages sont sans expression. Doit-elle signer quelque chose ?Vous verrez ça à l’étage, ici on s’occupe uniquement du tri, chacun son travail chacun son poste, ça évite les confusions, nos bureaux sont au premier, on vous attend, vous pouvez monter, c’est ouvert. En haut de l’escalier aux marches recouvertes d’une moquette douteuse, une porte rabattue lui fraye la voie. Elle découvre un décor dépouillé de ses meubles dont la trace surgit çà et là sur les murs tapissés d’affiches au logo de l’entraide. Une silhouette de dos parle au téléphone,mettez-vous à l’aise Louise, je suis à vous tout de suite. L’homme se retourne. Elle reste debout, les yeux fixés sur son cachemire violet.Qu’est-ce qui vous arrive ma belle, vous ne savez plus qui je suis ?Une bienveillance alerte enveloppe sa voix blanche. Balayer la question d’un clignement de paupières. Puisque l’échange de balles a commencé, tâchons de renvoyer le mieux possible,vous êtes Jean Delors, l’ami de mon mari. Nous nous voyons plusieurs fois par an aux baptêmes, aux communions et aux mariages. Delors hoche la tête du même mouvement de métronome que ses employés. Il fixe son manteau, le sourcil droit en accent circonflexe et commence à se lustrer les ongles avec un chiffon à lunettes. Elle a déjà envie de partir. C’est hors de question. Elle le sait, lui aussi.Ne restez pas debout voyons, prenez un siège, je suis ravi de votre visite on m’a prévenu au dernier moment, j’ai un emploi du temps chargé mais ce n’est pas grave, je suis à vous. Il lui désigne une chaise au revêtement endommagé, l’unique siège visiteur. Avant de s’y asseoir, elle ramène les pans du manteau sur ses jambes. C’est alors qu’elle remarque le carrelage éclaté sur plusieurs mètres. Elle s’en étonne. Il s’en explique. Les fondations ne sont pas assez profondes, c’est pourquoi la banque qui louait les murs a déménagé. Grâce à ce vice de construction, Delors a obtenu des conditions de bail très raisonnables. Un sourire de reptile anime ses joues molles. Il défroisse son chiffon à lunettes et entreprend de l’aplatir.
Puis-je vous offrir quelque chose à boire ?Elle secoue la tête, il lui faut repartir, reprendre les malles délestées de leur contenu, les rapporter pleines, elle a tant de choses à donner. Un soupir lui échappe, il prend ses deux mains dans les siennes, sa peau a la texture du papier.Tant de choses à donner… C’est très joli ce que vous dites, si toutes les femmes qui en ont les moyens agissaient de cette manière, il y aurait moins de problèmes, permettez-moi de vous féliciter. La féliciter ? De quoi ? Ses vêtements elle ne les voit plus, que peut-elle faire d’autre ? Il réfléchit, l’or d’une chevalière armoriée luit à son poing serré.Le mois prochain si vous êtes libre, grand gala pour les œuvres, Louise. Spectacle et tutti quanti, chacun chacune apporte sa contribution, vous pourriez vous charger des gâteaux. Les gâteaux ? Elle est nulle pour les gâteaux. Que va-t-il lui proposer d’autre ? Il fait mine de réfléchir et la réponse jaillit à petit b r u i t .Un don d’argent par exemple… Un don d’argent ?Vous acceptez aussi les successions ?ouvre de grands yeux, replie ses phalanges, attend qu’elle développe. Delors Elle aussi fait mine de réfléchir. L’échange de balles continue. Elle parle de l’héritage d’une cousine. Il demande combien. Elle donne un chiffre à plusieurs zéros. Elle le devine prêt à s’étrangler, mais non, Delors grimace de joie comme sur les kodachromes où il pose avec Laurent au Club Med, quand ils étaient jeunes l’un et l’autre, comme si ce chiffre produisait en lui l’effet de plusieurs boissons avalées sous les tropiques, comme une série de bulles à l’image des zéros à la suite, crevant l’air qui appartient à tout le monde. Et son visage retrouve la neutralité qui convient,je suis très touché que vous ayez pensé à mon organisation Louise, rassurez-vous, on peut légalement faire le bien sans être lésé, une formule nette d’impôts par exemple. Il a ouvert le tiroir où reposent les formulaires.Parlez-en tranquillement avec Laurent. – Vous n’avez pas compris,dit Louise, je veux me débarrasser de cet héritage, il me pèse autant que mes vêtements. Le chiffon à lunettes réapparaît. Delors éponge ses paumes brillantes de sueur, sa voix ne tremble pas,nous sommes là pour vous soulager de ce qui pèse. Et il lève l’œil au plafond,le dépôt restera ouvert une partie de la nuit, vous pourrez effectuer vos trajets et donner ce que vous avez à donner.Nous en ferons bon usage. Tout sera redistribué. Son regard quitte le plafond. Il envoie valser le chiffon à lunettes et enchaîne, la voix basse et recueillie,l’existence est une longue traversée, ma petite Louise, il faut garder l’espoir dans notre cœur et apaiser la colère. Il hésite à lui tendre la main. Elle hésite entre l’envie de rire ou de l’envoyer paître. Mais elle a mieux à faire.Je ne vous dérange plus, je déposerai le reste de ma penderie à l’accueil.
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