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Le manuscrit de l'Auxerrois

De
313 pages

Ce roman , malgré son contexte médiéval, n'est pas une devinette pour historiens , c'est avant tout une histoire d'amour qui traverse les siècles, et une réflexion romanesque sur l'Histoire, non pas celle des Rois mais celle des hommes et de leurs passions.

Publié par :
Ajouté le : 15 juin 2011
Lecture(s) : 139
EAN13 : 9782748102307
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Le manuscrit de l’Auxerrois
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748102312 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748102304 (pour le livre imprimé)
Héléne Perrin
Le manuscrit de l’Auxerrois
ROMAN
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Longtemps j’ai veillé en me racontant des his toires, préférant toujours les miennes à celles des autres ; je croyais emplir des volumes entiers des images qui dansaient dans mes nuits, des consolations que leur douceur m’apportait, des exploits qu’en rêve que je me croyais capable d’accomplir. Au fil des années plutôt roses ou plutôt noires, j’ai toujours gardé cette certi tude qu’ écrire m’était aussi nécessaire que respirer ; qu’écrire était la seule condition pour que la trame grisâtre de ma vie s’efface et que j’entre en aventure. Quelques temps j’ai gardé l’illusion que tout pouvait recommencer comme avant, j’ai même essayé d’écrire quelques lignes d’un quelconque roman avant que ma propre histoire ne me rattrape et ne s’impose à moi ; maintenant je sais que je ne pourrai jamais en écrire d’autre que cellelà : la mienne.
Mon histoire. De l’influence des couleurs et autres signes du destin.
Où et quand commence mon histoire ? Je ne crois pas qu’il y ait un "avant " et un "après"; même si j’ai souvent eu le sentiment que quelque chose se met tait en branle, et commençait à bouleverser ma vie : la mort de tante Dine, la rencontre d’Antoine, la décou verte du manuscrit de l’Auxerrois, ou la naissance de
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Le manuscrit de l’Auxerrois
Jeanne. Mais en vérité mon histoire commence bien avant ma propre naissance, bien avant celle de la prin cesse boiteuse, dans des temps dont la mémoire est per due, et qui ne subsistent que par des légendes des his toires auxquelles personne ne ferait confiance, mais qui nous parlent pourtant de nousmêmes. Mon histoire est une longue trame, ourdie pendant des siècles par le destin, le hasard quel que soit le nom que les hommes donnent aux forces qui les dépassent. Pendant des jours et des nuits d’insomnie, je me suis demandé pourquoi le chevalier à la hache et le poète banni étaient venus bou leverser le fragile équilibre de mon existence ; puis j’ai cessé de vouloir déchiffrer les hasards. Ces personnages m’étaient liés ; leurs douleurs et leurs joies traversaient les siècles pour venir se mêler aux miennes ; à quoi bon savoir pourquoi ? Contrairement à eux, je suis toujours là. Intacte ? non, mais survivante.
Et je suis là maintenant, dans la lumière bleue de l’écran, dans le silence d’un grenier surchauffé, à re garder fixement les caractères qui s’alignent lentement. Pourquoi écrire ? Parce que les petits serpents noirs qui naissent sous mes doigts ont quelque chose de ras surant ; ils obéissent, ils se soumettent aux lois de l’au teur, ils restent soumis sous la menace de l’effacement. Quelle illusion ! voilà pourtant quelque chose que j’au rais dû comprendre, depuis ce jour où nous avons dé couvert le manuscrit de l’Auxerrois… On peut croire, et on le fait trop souvent, que les livres, les mots, les choses et les couleurs n’ont pour seuls pouvoirs que ceux que notre imagination leur prête. Mais la vérité est qu’ils font signe ; ils attirent sur nous la menace, le malheur et la mort.
Pourquoi vouloir raconter cette histoire, et à qui ? La dernière lettre que j’ai réussi à écrire à Anne, encore tiède sur l’imprimante, ne lui parviendra jamais, mais s’en ira rejoindre les autres dans la corbeille à papiers.
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Héléne Perrin
Faute d’adresse. Sa dernière carte postale, qui date de quelques mois, est encore sur mon bureau : des plages blanches le long d’une mer turquoise et quelques mots laconiques m’indiquant qu’elle a trouvé je ne sais quel obscur travail d’archivage dans les Chiapas. Pourquoi ? parce que je suis là. Je suis là.
Où est Anne ? Pendant ces mois d’excitation nous nous sommes senties plus proches que nous ne l’avions jamais été ; notre amitié née au fond de la classe de khâgne dans le recopiage illicite des versions latines avait survécu aux années d’études et de recherche, puis à la distance : j’étais venue m’installer ici à la mort de tante Dine tandis qu’Anne restait à Paris pour poursuivre sa thèse. Mais penchées toutes les deux sur les pages à l’odeur de moisi, nous étions de nouveau les étudiantes brillantes et facétieuses d’autrefois. Nous n’étions plus seules, de cette solitude amère parce qu’à demi recher chée, qui était notre compagne à toutes les deux. Trop de nos amies, de nos cousines, souvent plus jeunes que nous, vivaient dans une maison aux jardinières fleuries, entre les enfants à l’école et les maris au travail ; nous nous moquions de leur petite réussite bourgeoise, mais nous les jalousions secrètement, nous qui passions le plus clair de nos soirées seules sur nos livres. C’était ce que j’avais cherché à fuir en revenant dans la mai son de tante Dine, sans deviner que la solitude serait plus grande encore loin du rythme universitaire. Anne s’était accrochée, plus pugnace que moi depuis tou jours, mais je savais que pour elle aussi, le quotidien était un perpétuel sacrifice de la vie privée au profit d’une réussite professionnelle lumineuse mais encore lointaine. Atelle gardé cet espoir ? Je le lui souhaite, mais je crains que ces rêves aussi n’aient été balayé par la folie d’Antoine. Comme moi, elle a préféré s’en al ler. Elle continue à fuir, et je ne crois pas qu’elle m’ait pardonné.
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Le manuscrit de l’Auxerrois
Je l’imagine elle aussi seule devant l’écran, pré férant lui confier les cotes des recherches que d’autres chercheurs ont faites à sa place. Quelle ironie ! Anne n’aimait rien au monde que cette excitation que procure la découverte la plus insignifiante soitelle ; les murs et les étagères de son minuscule appartement étaient ta pissés de ses mirifiques trouvailles : bouteille de coca vide pleine du sable d’Hissarlik ("mais la vraie Troie, tu sais, pas celle de cet amateur de Schliemann !") corbeille pleine de fossiles de toutes tailles, fragment d’amphore ramené du fond de la Méditerranée, plan jauni de son quartier des Tournelles sous Louis XI ; et des dizaines de photos hâtivement encadrées de tous les chantiers de fouilles où ses vacances et ses moyens lui avaient per mis de se rendre. Beaucoup de ses souvenirs portaient quelques mots manuscrits des directeurs de chantiers qui reconnaissaient son incontestable talent tout autant que ses méthodes brouillonnes. Sur le mur audessus du piano, j’avais accroché moimême un grand pêle mêle qui reprenait mes meilleurs gros plans des innom brables églises gothiques que nous avions parcourues ensemble. Anne étant à peine capable de cadrer le bâti ment du parvis au clocher dans son viseur, c’était moi qui m’occupait de fixer sur la pellicule les statues de démons lubriques ou d’anges radieux, de jubés flam boyants et de gargouilles grimaçantes. Quelquefois, le démon de la création artistique me prenait, et j’étais tentée de voiler Marie d’un filtre bleu, d’étoiler la tête de JeanBaptiste sur le vitrail ou comble d’hérésie ! de colorer en dégradé de rose et lilas un évangéliste par trop morose. Je me cachais alors frauduleusement der rière un pilier pendant qu’Anne mesurait, recopiait et crayonnait sur un de ses innombrables petits blocs gris ; plus tard, au développement, elle poussait des cris d’in dignation devant mes clichés " fantaisistes, disaitelle, et ce qui est pire, trompeurs !". Sur l’une des étagères qui couvre le mur derrière moi, dans un des cartons que je n’ai pas encore ouverts doit se trouver mon album des
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