Le Matricule 3146

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Prolongée durant cent dix ans (1847-1957) par le mensonge, la lâcheté et le dogme de l'infaillibilité de la Justice, l'énigme criminelle du cimetière Saint-Aubin fut enfin résolue le jour béni du siècle dernier quand la vérité et l'identité du coupable furent révélées. En dépit de l'erreur judiciaire reconnue qui entacha gravement le jugement de 1848, celui-ci ne fut et ne sera jamais révisé, livrant désormais à la flétrissure d'une infamante sanction la mémoire d'un innocent condamné au bagne où il mourut désespéré. Deux villes ont partagé malgré elles cette vilenie: Toulouse la ville du crime et du jugement, Toulon en son bagne portuaire. Ce présent ouvrage, s'il n'a pas la prétention d'agir contre ce qu'une loi a commandé, est animé toutefois par la volonté de rapporter les arcanes d'une historique et malheureuse décision de justice quand s'imposaient les préjugés, les calculs égoïstes, les mensonges et la pusillanimité des hommes. Puisse-t-il, seulement, insuffler aux esprits d'aujourd'hui la grâce d'une réhabilitation charitable du forçat toulonnais. L'Histoire est ici constamment présente, et elle est suivie page après page dans l'accompagnement des faits vécus et dans leur relation romancée. L’Académie poétique et littéraire de Provence a, dans le cadre de son concours annuel, décerné au roman Le Matricule 3146 le premier grand prix du monde francophone 2015.
Publié le : jeudi 27 août 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342041408
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342041408
Nombre de pages : 302
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Bernard Jean-Dami LE MATRICULE 3146 Le roman et l’histoire
Mon Petit Éditeur
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Avant-propos Cécile Combettes, frère Léotade ? Ces noms, auxquels s’associe celui de Louis Bonafous, ont été voués aux tourments d’une tragédie qui, sur la scène de son siècle, se joua en deux actes. Ils en furent les principaux acteurs et souffrirent pour en avoir été les victimes. Le crime horrible de Toulouse, commis sur la jeune Cécile âgée de quatorze ans, précéda et conduisit à la condamnation à vie au bagne de Toulon d’un innocent, qui mourut peu après, victime propitiatoire du culte païen de la déesse Justice. 15 avril 1847 – 26 janvier 1850 ! Ce double drame continu de trente-trois mois, joué sans entracte, ne connut jamais un seul jour de relâche ! Avec le souffle ultime du dernier homme de ces temps, sa réminiscence, celle des choses vécues, s’est enfuie depuis plus d’un siècle, mais elle demeure toujours écrite dans quelques pages discrètes de notre mémoire, sauvée ainsi d’une mort autrement inéluctable. Car, chez Cécile, chez le frère Léotade, le legs d’une génération a su défier l’usure de plusieurs vies. En bernant l’oubli humain, il s’est inséré dans ce catalogue des souvenirs qu’est notre Histoire. Ainsi, la perpétuation d’un fait devenu historique par le pouvoir du temps, comme nous l’enseigne l’exemple de la dramaturgie de Cécile Combettes et de Léotade, nous entraîne à mesurer les pouvoirs contraires de l’Histoire et de l’oubli. L’Histoire est la fille aimée du temps ; elle se souvient, analyse et rapporte, se prévaut d’être l’antithèse et l’adversaire victorieux de l’oubli. Elle est la face heu-reuse et savante du souvenir, n’exalte rien ni personne sinon la connaissance et l’exemple. L’oubli, quant à lui, n’est que l’indigente distraction de ce même temps, sa propre méconnaissance. En choisissant de détruire la mémoire et de refuser la main de l’Histoire, l’homme oublieux n’a de vie que dans l’instantanéité éphé-mère, admet d’être sans passé et sans avenir. De là, son individualisme dénie à travers lui jusqu’à la pérennité de notre humanité. Par contre, grâce au puissant souffle mnémonique que la science historique offre à tous, notre passé ne sera ja-mais perdu comme ne le sont pas, et ne le seront jamais, les tragiques destinées de Cécile Combettes et de frère Léotade. C’est ainsi que, par l’écriture de ces lignes et
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de son inséparable roman, l’unique prétention de l’auteur consiste à vouloir être une des sentinelles du temps susceptible de perpétuer leur souvenir. À Toulouse, au cimetière de Terre Cabade, parmi les tombeaux grisés par le temps, l’un d’eux, moins large, plus discret, est toujours fleuri par une main pieuse. Sa stèle, surmontée d’une coiffe curviligne de pierre portant une croix, s’élève en trois ossuaires. Sous cette coiffe, une inscription gravée signale au passant 1 la mémoire de la famille Barthélémy. Elle en possède l’âme et le lieu. Mais, même en s’y attardant, lepassant ne saurait deviner que sous la première pierre ne repose pas un corps de cette famille. Seule, une plaque de marbre, scellée très haut sur le côté droit, presque inaccessible à cause de la proximité de l’édifice voisin, saurait le renseigner. Discrète comme le fut celle qui l’inspira, elle se dissimule volontiers à l’indifférence d’un regard. Il faudrait que la curiosité de notre passant le guide pour qu’il y déchiffre ces quelques mots :
« Sous la première pierre repose Cécile Anne Combettes morte martyre de sa vertu le 15 avril 1847 à l’âge de 14 ans et 5 mois »
Oui ! Le nom de Cécile Combettes ne sera jamais celui du sacrifice obscur d’une toute jeune fille offert à l’inhumanité sur terre. Il est mémorisé à jamais par la présence de sa dépouille au sein de ce champ de morts. Par contre, celui de Louis Bonafous ne bénéficiera pas d’un renom posthume gravé dans le marbre funéraire. L’évanescente et volatile matière terrestre de celui qui, inspiré par sa foi et l’ancestrale propension vers le monachisme de son Rouergue natal, était devenu en religion le frère Léotade, n’aura d’autre sépulcre que l’immensité insondable de quelque mandala cosmique. Cependant, tous deux sont des noms humbles parmi
1  Appartenant par alliance à la famille Barthélémy, et propriétaire successoral du tombeau, le sieur Bonnefoi manifesta le désir d’accueillir la dépouille de Cécile Com-bettes, autrement promise à la terre des indigents. Son désir fut exaucé, et Cécile Combettes y fut inhumée le mardi 20 avril 1847. La cérémonie (de « deuxième classe » offerte par le clergé de l’église de la Daurade), fut très longue, une foule immense y assista. Le cérémonial, prévu à 10 heures le matin, fut tel qu’on dut traver-ser trois fois la ville parmi la quasi-totalité des Toulousains, d’abord entre l’église et le cimetière désaffecté Saint-Aubin où le corps avait été trouvé, puis un retour vers l’église, et enfin, un ultime trajet vers le cimetière d’inhumation de Terre-Cabade. Hormis une couronne de roses blanches qui fut déposée sur le cercueil, la foule s’arracha le reste des fleurs jusqu’à leurs moindres pétales (cf. Journal de Toulouse du 21 avril 1847).
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les plus humbles marqués par l’empreinte de l’Histoire. Ils lui appartiennent toujours par l’unique volonté de ceux qui s’appliquent à vouloir garder en eux leur souvenir, car jamais livre d’école n’en parla. Ils furent portés sous le règne du dernier roi des Français l’un par une très jeune fille, l’autre par un seul homme. La première fut la victime d’un crime monstrueux, une enfant du petit peuple fille d’un ouvrier en usine et d’une allumeuse de réverbères ; le second était un religieux 2 devenu par la volonté des hommes le forçat Bonafous, appelé le frocard par tout un bagne, contre lequel une déesse Thémis aveuglée avait oublié que le symbole de ses yeux bandés signifiait jadis au monde, non pas sa cécité mais l’impartialité de ses sentences. Nous sommes en droit de nous demander comment une si courte et humiliante présence au bagne avait suffi à faire de l’histoire d’un malheureux un événement majeur susceptible d’intéresser des lecteurs, car les apparences ne distinguent en rien le sort de Bonafous de celui des milliers de réprouvés qui, en un siècle, rencontrè-rent la mort dans les fers du bagne toulonnais ! Et pourtant ! Ne parler que d’un seul serait déjà vouloir sauver la mémoire de tous ceux ve-nus des quatre horizons de la France, mais aussi de la nouvelle Afrique et de nombreux autres pays, que le crime souvent, le malheur parfois, avaient conduit sous nos cieux. Ce serait sauver de notre oubli, comme pour l’humble frère igno-rantin, ceux inscrits à jamais à l’obituaire du bagne, ceux que la mort attacha définitivement à la terre provençale où les corps se perdirent dans l’anonymat des fosses communes du vieux cimetière des réprouvés du chemin de La Malgue aux 3 portes de Toulon. Leurs mânes, s’ils n’ont pas tous trouvé le repos qu’on accorde
2  De froc (robe du moine). Le froc était anciennement (jusqu’à la Révolution) un ample manteau en longues manches que les moines revêtaient pour se rendre à l’office. Par extension, le mot « froc » signifie dans le langage commun la robe du moine, synonyme de « coule » qui est l’habit primitif des moines et qui est encore utilisé chez les Bénédictins et les Cisterciens. Dans ce livre, le froc signifie l’habit des frères enseignants de la doctrine chrétienne et le frocard un moine qui en est (ou a été) vêtu. 3  Pour l’information des habitants de Toulon : Le chemin de La Malgue partait du Champ-de-Mars, sous le bastion Saint-Bernard (duquel demeurent aujourd’hui quel-ques vestiges) une fois la porte d’Italie franchie, pour rejoindre par le vaste terrain inculte de « la Rode » la bien nommée la butte de La Malgue (en réalité les trois mamelons formant l’actuel quartier du Mourillon). Le cimetière était situé sensible-ment à l’emplacement qui de nos jours marque l’extrémité nord de l’avenue F. Roosevelt.
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seulement aux âmes des justes, errent encore, tout à la fois fluides et pesants, quelque part parmi nous. Dans le cas particulier de Bonafous, l’anonymat ne couvrit pas de son vivant son nom, sinon, ce serait omettre ce qu’on appelle aujourd’hui l’opinion publique à laquelle le bon peuple de France se soumit avec passion. En effet, cette opinion alla à l’invisible, voulut connaître de tout, de l’homme intime au-delà du religieux, de ses frères en religion, de la justice jusqu’à l’impossible vérité. Les conditions attisant le crime et l’entourant, tel le lieu de la découverte du corps, espace mystérieux au-dessus duquel volait la mort, abandonné aux ornières des tombes éventrées, empreint de mysticisme et de crainte, empli d’ombres murmurantes et de croix ; tels aussi les secrets et les manœuvres d’une congrégation religieuse, les arcanes, les erreurs subodorées de la justice. Ce furent autant d’alarmes interrogantes et troubles enclines à répandre autour de cette affaire un parfum de choses cachées. On parla de sacrilège, des polémiques s’engagèrent, on étala ses émotions. Puis l’absence ne pouvant naître du modique temps qui sépara la mort du condamné du double crime originaire, le retour de Bonafous à son Dieu perpétua le mystère, le cultiva. Toute la presse de l’époque, disposition exceptionnelle pour un misérable bagnard, évoqua les derniers instants du malheureux. On comméra, inventa des volontés, des confidences dernières, de pressions sur le mourant, de confessions volées. Pour avoir engendré autour de son nom autant de bruits, pour avoir exacerbé autant de passions, qui était vraiment Louis Bonafous ? La réponse à cette question pourrait paraître décevante. Ce n’était qu’un pau-vre religieux, laid de visage et de corps, dénué de toute culture de l’esprit autre qu’une foi divine simple et heureuse. Le modeste tailleur d’habits de la campagne rouergate était devenu en religion frère Léotade, et ce fut sous ce nom qu’il entra dans la célébrité de l’histoire du crime avant de trouver une place choisie dans celle 4 des grandes erreurs judiciaires inoubliées et jamais révisées.
4  Maître Jean Cazeneuve du barreau de Toulouse, procureur-fondé de François Bo-nafous, frère de Léotade et présent au procès de 1848, présenta en vain, entre 1849 et 1856, cinq mémoires pour la révision et pour la réhabilitation de Louis Bonafous. Pour avoir porté atteinte dans ces documents à l’impartialité du président et dénoncé la conduite à charge de l’instruction et les erreurs de l’accusation, il fut condamné à une peine de 3 mois de prison assortie d’une amende de 1 000 F. (Somme considéra-ble à l’époque).
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