Le Monde nous regardera

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Jacques Aureilh, dit « Guilhem » est un jeune publiciste provincial. Il vient à Paris couvrir la réunion des Etats généraux, en 1789. Il devient l'ami et l'espion de Danton. Il découvre la face cachée de la Révolution et de lui-même. Alors que la Terreur déchire 1794, la lecture de son journal personnel jette une lumière sur l'enchevêtrement des destins pris dans le déchainement des passions. Dans son sillage, son frère Jean, et son amie d'enfance Catherine, sont eux aussi entrainés par les événements. Derrière ces bouleversements, se tiennent de mystérieux personnages : Martin et Barbara. Bruno Beau rend ici l'absurdité de tous les manichéismes. Dans un style qui colle à l'époque, il livre un récit d'une rigueur savoureuse.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 117
EAN13 : 9782748179484
Nombre de pages : 295
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Le Monde Nous Regardera
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Bruno BEAU
Le Monde Nous Regardera
Roman
Éditions Le Manuscrit
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© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-7949-8 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748179491 (livre numérique) ISBN : 2-7481-7948-X (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748179484 (livre imprimé)
À la mémoire d’Albert Camus. À tous ceux qui savent que je les remercie.
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L’ABORDAGEIls se croyaient soustraits aux regards du monde ; escamotés par les hautes vagues à tout ho-rizon. L’embarcation, par une suite de mouvements indécis, tentait vainement de se dérober aux assauts des cimes effrénées que la mer, dans une furie sou-daine, brandissait autour d’eux. L’averse étouffait les cris des hommes. Elle frappait les échines ployées avec une hargne démesurée. Nul ne fléchis-sait, malgré cette pluie qui semblait s’acharner à vouloir avaler les visages recuits. Si près des côtes, on redoutait que le navire fût drossé vers quelques brisants. Affairé à ramener la voilure, à souquer et à jurer, l’équipage, replié dans un rêve mauvais, ne sépara la lumière des ténèbres qu’après que le ba-teau eut consenti à se poser dans l’accalmie subrep-tice. Une nouvelle fois, la mer leur offrait un repos déloyal. Surgi de nulle part, un brick de guerre, barre au vent, s’en vint les border de long en long. Rompus aux manœuvres des corsaires, la com-pagnie ne manifesta d’étonnement qu’à la vue du
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pavillon anglais. Certes, en ces temps troublés, les flots étaient le dernier endroit où se fier à qui-conque. Il n’y avait néanmoins aucune explication qui pût rapidement mettre un terme à l’interrogation, aussi incontrôlable qu’inutile, appa-rue en même temps que l’agresseur. Une cacophonie rassembla une nuée de dialectes du Levant et du Couchant méditerranéens, avec des parlers mal appris sur les routes des Amériques. Le tout formait un sabir confus et chantant. Dans un espagnol approximatif et saupoudré de catalan, quelques ordres, compris des seuls destina-taires, transformèrent les marins en guerriers. Pendant ce temps, l’Anglais, comme ramassé en un unique mouvement, avait lâché une bordée dans les mâts, lofé pour ranger le navire espagnol et en-gagé son beaupré dans les haubans d’artimon. Un cri retentit : « Gare à celui qui brasse à culer ! » Il y a donc un Français à bord. Il n’est pas temps de mollir. C’est l’assaut. Les Espagnols reculent jusqu’au gaillard d’arrière. Les voici qui s’engagent dans un féroce corps à corps. On se bat avec des pinces, des barres, des espars. D’un côté le métier, de l’autre la détermination. L’Anglais est en mission, l’Espagnol en survie. Mais voilà qu’un paquet de mitraille s’abat sur le tillac ! Là où se regroupait l’espoir, il n’y a plus que lambeaux gémissants sur un tapis de molles étoffes sanguinolentes. C’est la fin.
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