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Le Moukala de Kedi

De
52 pages

Kedi, une jeune fille née à Makossi après douze mois de gestation, est à nouveau l'objet de tous les discours dans son village. En effet, la jeune fille va épouser un « moukala ». Mieux encore, elle attend un enfant de lui, un garçon. Épouser un moukala, au-delà de son caractère inédit à Makossi et dans les environs, entraîne un flot insoupçonné de non-dits, d’a priori et de fantasmes aussi colorés les uns que les autres. Épouser un moukala équivaut pour beaucoup à engendrer une progéniture métissée et donc privilégiée, à l’opulence matérielle, à un amour véritable et éternel.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-07040-9

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

 

A Mr Koube
un model, un père,
un ami, un confident
Afin qu’il voit la croissance
de la graine qu’il a semée.

“Ekessi Ernestine
Elato Julienne
Never forget
s you.”

1

Le petit village de Makossi, pour qui connaît sa légendaire torpeur bruissait de façon inhabituelle ce matin-là. Pourtant, une grande pluie s’abattait par trombes intermittentes depuis les premières lueurs de l’aube. Au fil des heures, elle était devenue si fine et si conciliante qu’on l’eut soupçonnée de faire la cour aux grands arbres de la forêt alentour, dont la barbe hirsute et luxuriante se balançait paresseusement au gré de la brise. Dans le ciel gris, un gros disque écarlate achevait de consumer l’épais linceul floconneux qui nimbait toutes les cases dans un paquet informe. En dépit de cette atmosphère tout engourdie, les habitants de Makossi s’étaient levés plus tôt que d’ordinaire.

Après la prière matinale sous le hangar de branchage qui faisait office de temple, les hommes et les femmes, par petits groupes affinitaires, se hâtaient, afin de pouvoir effectuer une ou deux commissions, pendant qu’il était encore temps. On se hâtait d’aller visiter les pièges dans la forêt profonde, d’aller au champ pour faire quelques provisions de céréales ou de tubercules, qui permettraient de tenir pendant la trêve imminente.

Personne mais alors personne ne voulait rien perdre de la cérémonie prévue pour le soir même, qui devait se poursuivre trois ou quatre jours, tant qu’il y aurait à boire et à manger. L’évènement annoncé de longue date avait défrayé la chronique au village. L’histoire était sur toutes les lèvres, chacun allait de son imagination et de ses convictions propres.

De mémoire de Makossi, jamais occasion n’avait suscité autant de frénésies, hormis les obsèques quelques années auparavant, du 21e chef supérieur des Makossi, sa Majesté Malobè.

Seulement, à la différence du vieux monarque dont la notoriété et la popularité tenaient pour l’essentiel aux nombreux pouvoirs surnaturels qu’on lui prêtait à tort ou à raison, Kedi, l’objet de toutes les attentions de l’heure, n’était qu’une gamine née au village, sous le nez et la barbe de tout le monde.

D’ailleurs, qui de vous ne se souvient des accès de fou rire qu’elle provoquait lorsque, toute petite encore et s’exerçant au langage, elle inversait tantôt le sens, tantôt l’ordre des mots dans ses phrases sibyllines, éblouissantes de candeur ? Qui a oublié son sourire unique, collé sur son visage arrondi et assorti de petits yeux blancs et vifs d’intelligence qu’elle tenait de la mère ? Qui de vous a oublié sa jolie apparence qui lui valut alors le surnom de « m’pesa ma muto »1.

Les mémoires fidèles la revoient encore comme si c’était hier, jouant le rôle de sa mère Mùlema, dans les scènes conjugales que les enfants singeaient malicieusement, sous le regard amusé des adultes. On la revoyait, s’empressant autour des boîtes de conserve vides, -ses marmites-, pour préparer le repas du soir. Quelques épluchures de plantain déchiquetées à la main, un peu d’eau, une pincée de sable en guise de sel, quelques soufflets sur une brassée de brindilles parfois humides, et le repas étaient prêts, en moins de temps qu’il ne fallait pour esquisser un sourire. Le repas était alors gracieusement servi dans de larges feuilles de tarot à la maisonnée qui attendait avec impatience.

Avec son débit torrentiel, sa gestuelle saccadée, son fichu bleu qu’elle aimait nouer autour de sa taille de guêpe et ses fesses qu’elle semblait éjecter du reste du corps, Kedi, à sept ans seulement, avait presque tout d’une femme.

– Elle sera une bonne épouse – prophétisait Antony Mussima son père. Du fauteuil de rotin comme planté sous le manguier au cœur de la concession familiale. Il prenait souvent, un malin plaisir a observé les enfants à la fois espiègles et candides, en feignant de ne rien voir, ni de s’y intéresser le moins du monde.

– Elle a beaucoup de caractère ! Ce n’est pas étonnant, elle a de qui tenir… ajoutait-il en hochant la tête en signe de satisfaction.

Beaucoup d’années avaient passé. Sur les frasques puériles d’hier s’était bâti au fil du temps une histoire irrésistible, celle d’une fille ordinaire qui allait rendre sa famille et partant, toute sa communauté célèbre.


1. Belle fille en langue Makossi.

2

À dire vrai, Kedi n’était pas si ordinaire que cela. Sa naissance et son parcours scolaire hors du commun auguraient déjà d’un destin singulier et de la gloire dont elle s’apprêtait à couvrir le village tout entier.

Kedi contrairement à tous les enfants du village resta camper dans le ventre de sa mère durant douze mois, ce qui pour les habitants de Makossi était une première. En effet cela faisait bien douze mois que l’on attendait la naissance de Kedi, ainsi que la saison des pluies.

On se souvient qu’au village tout le monde en parlait. Bien avant de naître la petite fille faisait déjà parler d’elle. Certaines femmes du village disaient que cette grossesse prolongée était due au faite que Mùlema la mère de Kedi avait trompé son mari Mussima, et que pour la punir les esprits des ancêtres avaient décidé de bloquer le fœtus dans son ventre. Alors que les vieux du village accusaient ce petit être qui n’avait même pas encore vu le jour d’être le responsable de la sécheresse dans le village.

Pour conjuré le sort, une cérémonie fut organisée un soir de pleine lune afin de délivrer Mùlema de son fœtus et ainsi rétablir la pluie a Makossi. Pour cela on avait donc invité l’une des plus grandes nganga2 de la côte : la redoutable Nyungu.

Ce jour la, elle réunit tous les villageois, grands comme petites autour d’un feu, pour procéder à l’exorcisme et ainsi libérer le village de tous ses maux.

On procédait par des chants rituels que tout le monde entonnait en cœur pendant que la grande prêtresse enduisait Mùlema de potions faites à base d’huile de palme et de plusieurs écorces, dont l’unique but était de faire sortir Kedi du ventre de sa mère et ainsi donc rétablir l’équilibre dans le village. La cérémonie dura toute la nuit, et personne n’avait droit au sommeil. Ils restèrent tous devant la maison de la famille Mussima à chanter devant le feu, pendant que Mùlema devait subir tous les rituels qui lui étaient imposés par la guérisseuse.

Finalement à 6h du matin, la délivrance arriva. On...