Le mystère de Home Valley

De
Publié par

Tome 2 de la série « Les secrets de Home Valley ».

Mille fois, Hannah a imaginé son retour à Home Valley, la communauté amish où elle a grandi et avec laquelle elle a rompu trois ans plus tôt. Mille fois, elle a imaginé ses retrouvailles avec Seth, l’homme qu’elle aurait épousé s’il ne l’avait cruellement trahie. Mais pas un seul instant elle n’aurait pensé que cela se ferait dans des circonstances aussi dramatiques. Car dès son retour, alors qu'elle a décidé sur un coup de tête de se rendre de nuit dans le cimetière de la Home Valley, elle est prise pour cible par un homme armé, qui heureusement ne parvient qu’à la blesser. Pourquoi cet homme a-t-il voulu la tuer ? Va-t-il s’arrêter là ? Pour répondre à ces angoissantes questions, Hannah décide d’apporter toute son aide au ténébreux Linc Armstrong, l’agent du FBI chargé de l’enquête, et qui suscite la méfiance chez les autres membres de la communauté amish — et surtout chez Seth. Ecartelée entre deux mondes, entre deux hommes, Hannah va bientôt être submergée par ses sentiments – des sentiments aussi angoissants que les allées du cimetière plongées dans l’obscurité…

A propos de l'auteur :

Ancien professeur, Karen Harper est l’auteur de nombreux suspenses caractérisés par une atmosphère unique, à la fois envoutante et inquiétante. Couronné par de multiples succès, son talent lui a valu, entre autres, d’être désignée lauréate du prix Mary Higgins Clark.

Retrouvez toute la série « Les secrets de Home Valley » :
Tome 1 :Ciel de feu
Tome 2 : Le mystère de Home Valley
Tome 3 : L'inconnu de Home Valley

Publié le : lundi 1 juillet 2013
Lecture(s) : 6
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280305358
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
31 octobre 2010
1
Hannah Esh était déjà entrée plusieurs fois dans le cimetière amish, mais jamais encore pour y faire la fête. Elle aurait donné n’importe quoi pour être ailleurs, surtout avec ses quatre amis gothiques, qui n’avaient même pas besoin de se déguiser pour Halloween pour avoir l’air bizarre. Mais qui était-elle pour critiquer, alors qu’elle faisait partie de leur bande depuis près de trois ans ? Plus que jamais, elle souhaitait rentrer chez elle, et chez elle, c’était la ferme située un peu plus haut derrière ces champs. — Incroyable ! s’exclama, toute frissonnante, sa colo-cataire, Liz Bartoli, sidérée par l’obscurité qui régnait, en l’absence des néons de la ville ou de l’éclat des phares. Aucune lumière électrique ne îltrait même des habita-tions amish voisines. — Après la fête, on pourrait peut-être aller faire un tour dans ce labyrinthe de maïs, en bas de la route. Vous auriez pu nous attendre, les gars, avant d’y entrer ! protesta-t-elle. — La pancarte précise qu’il est fermé après 17 heures, ît remarquer Hannah sans cacher son irritation. Et qu’il faut l’accord des propriétaires pour y pénétrer à la nuit tombée. Elle en voulait terriblement à Kevin et Mike de s’être précipités dedans. Parce que évidemment, ils s’étaient perdus et étaient revenus en passant à travers les épis de maïs. — Et chacun de nous devrait donner quelque chose,
9
ajouta-t-elle en poussant la grille du cimetière qui s’ouvrit avec un grincement. Une barrière de bois entourait le demi-hectare d’herbage à anc de coteau, recouvert de tombes. Tiffany Miles, qui travaillait dans le même studio d’enregistrement qu’Hannah, attrapa une couverture dans le coffre de la voiture. — Ecoute-toi un peu! lança-t-elle. Apparemment, une Amish peut quitter sa campagne, mais impossible de lui faire oublier son éducation… Des règles et des règlements à n’en plus înir ! Mike Swanson, le petit ami de Liz, et Kevin Pryor, celui de Tiffany, qui sortaient la glacière de la voiture noire, trouvèrent cela très drôle, contrairement à Hannah qui ne riait pas du tout. Depuis qu’un incendie avait ravagé la grange de ses parents, au printemps dernier, elle souffrait du mal du pays. Sa famille lui manquait, et même sonDaad, évêque local, avec lequel elle s’était pourtant terriblement disputée. Elle mourait d’envie de revoir d’autres personnes également, mais pas question de penser à cela maintenant. Pourquoi avait-elle laissé ses amis la convaincre de venir ici, ce soir ? Et comme si cela ne sufîsait pas, Halloween tombait le jour du Sabbat, cette année. Elle aurait pu se contenter de leur indiquer la route, mais avait préféré garder un œil sur eux. Elle avait bien tenté d’évoquer sa récente rupture avec son petit ami pour échapper à cette virée, mais ils avaient protesté en arguant que cela lui changerait les idées. Et maintenant, elle n’avait plus qu’une envie : pleurer. — C’est l’endroit idéal pour picoler et se faire peur, déclara Mike. Houuu ! Nous autres gothiques sommes venus pour vous hanter ! — Il n’y a aucun fantôme ici, protesta Hannah, sur la défensive, alors qu’ils passaient devant les tombes modestes de ses grands-parents. Tous ceux qui sont enterrés ici reposent en paix. Mais en vérité, elle se sentait elle-même hantée par tout ce qu’elle avait aimé et abandonné derrière elle.
10
Mike monta le volume de son lecteur MP3 et la musique death rock explosa dans le silence — battements lourds et synthés jusqu’au rythme tribal, pulsé, mais triste, si différent des musiques qu’Hannah avait en tête, souvenirs de l’époque où elle chantait du country ou des hymnes, sa propre voix mêlée à celle de Seth, maintenant perdu pour elle comme tous les Amish. Soudain, l’envie lui prit d’arracher les lourdes chanes qu’elle portait en collier, les bas résilles sous sa jupe violette qui tombait sur ses chevilles, et sa veste en velours noir. D’ôter l’épais fard à paupières sur ses yeux et son rouge à lèvres noir, de cacher ses cheveux teints en rouge et hérissés sous un bonnet. Les garçons laissèrent tomber la glacière pratiquement au milieu du cimetière avant qu’Hannah ne lise le nom sur la tombe la plus proche. Oh! non! pensa-t-elle. Pas celle de Lena Lantz… Mais il était trop tard pour les faire bouger, et pas question pour elle d’expliquer pourquoi. Le décès de Lena remontait à près d’un an, si bien qu’Hannah n’avait pas assisté à son enterrement et n’avait appris la tragédie que par hasard. Elle ne parvenait pas à croire qu’il y avait déjà trois ans qu’elle avait quitté la Home Valley. Après avoir donné un verre à chacun, Kevin les remplit. Des nuages cachaient la lune, mais cela ne l’empêcha pas de hurler comme un loup, le visage levé vers le ciel. Ils topèrent et burent le vin couleur rouge sang. — Les vampires ne peuvent rien contre nous, ce soir, plaisanta-t-il en faisant mine de mordre le cou de Liz, qui cria en se trémoussant. Tiffany sauta sur ses pieds et ît tourner l’ombrelle qui ne la quittait jamais, même la nuit — pour se faire remarquer sans doute, comme si les gothiques avaient besoin de ça — avant de se lancer dans une danse endiablée autour des pierres tombales qui n’indiquaient que le nom des défunts, ainsi que leurs dates de naissance et de mort. — Arrête ça ! Ce n’est pas drôle ! cria Hannah, quand
11
Tiffany ît mine de creuser la tombe de Lena en se servant de son ombrelle fermée comme d’une pelle. Kevin s’était levé pour se joindre à elle. Soudain, c’en fut trop pour Hannah. Elle se rappelait l’enterrement de ses grands-parents, auquel elle avait assisté, debout près de la tombe avec sa famille et ses amis… Et là, reposait une jeune mère, même s’il s’agissait de la femme pour laquelle Seth l’avait quittée. Hannah s’en voulait terri-blement d’avoir amené ses amis ici. Ils n’étaient pas chez eux… et elle non plus. Elle se leva et, arrachant l’ombrelle des mains de Tiffany, la poussa pour la faire descendre de la tombe de Lena. Puis, honteuse de sa violence, elle tourna le dos à ses amis, son visage inondé de larmes. Les mains sur les hanches, levant les yeux vers le haut de la colline, elle îxa les bosquets sombres en s’efforçant de se calmer.Je lève les yeux vers les montagnes : d’où me viendra le secours ?Le verset biblique tournait dans sa tête. — Relax, Hannah ! protesta Kevin. On plaisante, c’est tout. Hannah se tourna vers son amie. — Excuse-moi, Tiff. Mais s’il te plat, ne fais plus ça — déranger les morts. Nous… Nous ne devrions pas être là. Hannah s’assit et but une gorgée de leur vin amer — autre erreur, vu qu’elle ne tarda pas à avoir mal à l’estomac autant qu’à son âme meurtrie. Elle s’allongea dans l’herbe en se demandant si elle allait vomir, regrettant de nouveau qu’ils n’aient pas choisi de s’installer ailleurs, loin de la tombe de Lena Lantz. Ses quatre amis l’observaient en chuchotant. Puis… Un coup de tonnerre ? Non, il n’y avait pas d’orage. Un coup de feu ? La musique — les voix — un autre claquement sec ! Tiffany vola en arrière et s’écroula aux pieds d’Hannah, tenant son épaule et hurlant. Et d’un coup, l’enfer se déchana. Bang ! Bang !La pierre tombale près d’Hannah explosa, projetant sur elle plusieurs échardes de pierre. Kevin hurla.
12
— Un fusil ! Quelqu’un a un f… Il ne termina pas sa phrase et s’écroula sur le dos… touché au front, d’où le sang jaillit brusquement. Tiffany continuait à crier à plat ventre dans l’herbe, tandis que Liz et Mike se recroquevillaient dans un coin. Une nouvelle salve de tirs retentit, mêlée au rythme de la musique. Ignorant la douleur aiguë dans son poignet, Hannah rampa vers son sac en macramé. Son téléphone. Demander de l’aide, des secours. Tiffany blessée. Kevin îxant le ciel. Obscurité assourdissante. Ayant récupéré son appareil, elle tapa le 911, redoutant que le tireur ne s’approche. Mais les coups de feu avaient cessé. Son pouls battait la chamade. Etait-elle en état de choc? Toujours vivante en tout cas, et indemne. Terrorisée, mais pleine d’énergie. Sa propre voix frénétique qui répon-dait aux questions calmes dans l’écouteur. — Oui, c’est ce que j’ai dit. Quelqu’un nous a tiré… tiré dessus… Oui, avec un fusil !… Le cimetière amish d’Oakridge Road, au nord-ouest d’Homestead. S’il vous plat, envoyez-nous de l’aide, vite ! C’est seulement à ce moment-là qu’elle remarqua la déchirure le long de sa manche gauche, et son poignet ouvert et couvert de sang.
Seth n’en croyait pas ses oreilles. Se pouvait-il que quelqu’un soit en train de chasser en pleine nuit ? A moins que ce ne soit les ratés d’une voiture… Plusieurs fois de suite ? Le paysage était très vallonné, par là, et une voiture allait peut-être apparatre, vrombissante, en haut de la colline. Non, une femme criait. Un accident de chasse ? 1 Ou des gaminsanglaisqui faisaient une farce de mauvais goût pour Halloween. C’était le jour du Sabbat, et lui-même n’aurait jamais chassé ce jour-là si cela n’avait été nécessaire pour mettre de la viande sur la table. En cette période de
1.. Les Amish appellent ainsi tous les étrangers à leur confession.
13
récession, les gros chantiers de construction se faisaient rares et, depuis quelque temps, il devait se contenter de petits travaux de réparation. En arrivant près de la barrière du cimetière d’Oakridge, il tira sur les rênes de sa jument. Blaze secoua vigou-reusement la tête, manifestant sa contrariété d’être ainsi freinée au milieu de nulle part, au lieu de foncer vers la maison et l’écurie. En approchant de la grille, Seth aperçut une voiture noire garée alors qu’il s’agissait d’ungraahofexclusivement amish. Sa jeune épouse était enterrée là, de même que ses 1 grands-parents, dont son chergrossdaadiGideon, qui lui avait appris à construire des granges. Après avoir attaché Blaze, il longea la barrière en prenant soin de rester baissé. Une musique très rythmée résonnait. Au milieu d’autres voix, les cris de la femme s’étaient transformés en sanglots haletants. Posant la main sur la barrière, il sauta par-dessus. Pas de cachette possible là-dedans, pas de grands mausolées, d’arbres ou de buissons comme dans les cimetières anglais. Il ne pouvait compter que sur l’obscurité pour se cacher. Puis, malgré le bruit, il crut reconnatre la voix… Une voix qui revenait parfois danser dans ses rêves. S’il s’agissait bien d’Hannah Esh, à qui s’adressait-elle ? — Oui, dans la tête. Il ne bouge plus… ne respire plus. Son pouls? Je… Je ne suis pas sûre… Deux autres blessés… Son épaule et mon poignet… Oui, nous passions juste… Je… Mon nom est Hannah Esh et j’habitais près d’ici auparavant. Je me sens mal… faible. Oui, merci. S’il vous plat, dépêchez-vous parce que Kevin risque de mourir… Seth se redressa de toute sa hauteur et s’avança, manquant trébucher sur un corps étendu sur une couverture rouge, de la même couleur que le sang qui recouvrait son visage et sa chemise blanche. Il vit une femme, son bras et sa poitrine imbibés de sang, une femme aux yeux soulignés de noir. Un îlm d’horreur qu’il avait vu une fois pendant
14
1. Grand-père.
1 ses jours derumspringalui revint à la mémoire : des âmes qui pillaient les tombes et se nourrissaient de cadavres. Une autre jeune îlle pleurait, penchée sur le sol. Et enîn, celle qu’il cherchait, bien qu’il eût un peu de mal à la reconnatre. Il ne l’avait pas revue depuis plus de trois ans, mais il avait appris ce qu’elle était devenue après ce qu’il lui avait fait. — Hannah…, bredouilla-t-il. C’est Seth. Es-tu blessée? Les larmes, laissant des tranées noires, inondaient le visage dévasté de cette femme qui avait un jour été l’amour de sa vie. Elle leva la tête vers lui. — Seth ? Désolée… Je… Nous… J’ai demandé de l’aide. Il est mort, je crois, et je voudrais mourir, moi aussi, tellement j’ai mal et… honte. Elle avait l’air de sortir tout droit des profondeurs de l’enfer. S’agenouillant près d’elle, Seth tira son couteau de sa poche et découpa une bande de tissu dans le bas de la jupe violette d’Hannah. Puis il l’enroula autour de son bras et enveloppa son poignet. Il confectionna également un tampon de compression qu’il posa sur l’épaule de l’autre blessée en demandant à la troisième îlle d’appuyer dessus. Après avoir posé deux doigts sur le côté du cou du jeune homme, il enveloppa le corps sans vie dans la couverture. Se retournant vers les jeunes blottis les uns contre les autres, il interrogea le garçon indemne. — Que s’est-il passé ici? C’est l’un de vous qui a fait ça? Le garçon le regarda, les yeux écarquillés, le visage inexpressif. Il portait lui aussi du maquillage noir et des vêtements fantaisistes et démodés. Au bout d’un moment,
1. LeRumspringaest une sorte de rite de passage dans la commu-nauté anabaptiste amish. Ce rite correspond à une période durant laquelle les adolescents amish sont temporairement libérés des règles de leur Eglise. Durant cette période, ils sont autorisés à tester la vie moderne ; ils peuvent porter des vêtements modernes, consommer de l’alcool et fumer, les îlles peuvent se maquiller et porter des bijoux.
15
comme si la question avait mis du temps à atteindre son cerveau, il secoua la tête. — C’est venu de là-bas, dit-il en pointant du doigt vers la colline à l’arrière du cimetière. Dans la nuit. — Eteignez cette musique, demanda Seth. Hébété, le garçon manipula son lecteur MP3 et îna-lement, le silence retomba. Seth s’éloigna et remonta la pente de la colline, courant le long de la barrière, sans apercevoir quiconque. Mais quelqu’un pouvait très bien se cacher dans les arbres plus haut et l’observer. A cette idée, ses cheveux se dressèrent sur sa tête. Entendant les sirènes au loin, il redescendit tenir le poignet d’Hannah, recouvert de velours maintenant imbibé de sang. — Que faisiez-vous tous ici ? Bon sang, pourquoi…? Il se tut brusquement en réalisant qu’Hannah était presque couchée sur la tombe de sa femme, dont la pierre tombale avait été réduite en morceaux.
La douleur s’intensiîait dans le poignet d’Hannah, remontant par vagues glacées, puis brûlantes le long de sa main et de son bras. Elle avait l’impression de tournoyer et de otter. Seth ne pouvait pas vraiment être là. L’avait-elle appelé de ses pensées? Etait-il venu se recueillir sur la tombe de Lena ? Son beau visage portait maintenant une barbe blonde. Evidemment… puisqu’il était marié… et veuf. Père d’un enfant, une îllette, l’enfant de Lena qui devait avoir deux ans et s’appelait Marlena. Comme elle avait souffert en apprenant la nouvelle… Mais elle avait tenu à ce que son amie Sarah la tienne au courant des événements, et ne pouvait donc s’en prendre qu’à elle-même. Bon sang, pourquoi…? Les paroles de Seth tournaient 1 dans sa tête. Elle était partie dans le monde , avait quitté sa famille. A cause de Seth ? De Lena ? A cause de
16
1. Le monde extérieur à la communauté amish.
cette terrible dispute avec son père ? Pardonner à Seth ? Impossible. Alors, elle avait sauté la barrière, quitté la communauté des Modestes, et était partie tenter sa chance comme chanteuse. Elle avait essayé de se fondre dans la masse, de devenir comme les autres, mais sans jamais vraiment y parvenir. Des lumières éblouissantes et pulsantes, une sirène. Des gens qui s’occupaient d’eux, les secouristes. Un petit faisceau lumineux dans chacun de ses yeux. Des voix, des mots qui passaient et qu’elle tentait de saisir. La voix de Seth, puis celle d’étrangers. — « … Ne pouvons pas le transporter… Mort… Vidé de son sang. Une balle dans la tête… La scène de crime… Le shérif Freeman ne va pas tarder. Il se chargera de prévenir le médecin légiste. — Wooster, nous avons deux femmes victimes de coups de feu, à l’épaule et au poignet… Posons une transfusion… — Avez-vous vu ce qui s’est passé, monsieur Lantz ? Des voix étouffées traversaient l’esprit d’Hannah. Elle fut soulevée et déposée sur un brancard, ce qui raviva sa douleur. La transfusion à son bras, son poignet bandé. Deux ambulances, des lumières rouge vif qui perçaient la nuit et éclairaient l’intérieur du véhicule où elle avait été glissée. Le bruit d’une calèche, les sabots d’un seul cheval qui avançait vite, une voix qu’elle reconnaissait.Daad ! 1 Mammaussi ! Rêvait-elle ? — Nous avons aperçu les lumières depuis notre maison. Une voiture a-t-elle heurté une calèche? Pouvons-nous vous être utiles ? entendit-elle son père demander en anglais. — Seth, Naomi s’occupe de Marlena, alors ne t’inquiète pas, dit sa mère dans leur dialecte allemand.Ach, que s’est-il passé ici ? Avant même d’entendre la réponse, Hannah leva la tête, non sans quelques difîcultés, et regarda au-delà de ses
1. Papa. Maman.
17
pieds. Si elle devait mourir, perdre son sang ou ne jamais être autorisée à revenir ici, elle voulait au moins apercevoir une dernière fois ses parents. — Monseigneur Esh, commença Seth, Hannah était ici avec ses amis anglais. Elle a été blessée… Une balle. Elle est dans cette ambulance. Sa mère se pencha pour regarder à l’intérieur du véhi-cule. Cela faisait si longtemps qu’Hannah n’avait pas vu ses yeux bleu pâle. Elle remarqua quelques rides de plus sur son beau visage. Elle paraissait triste. Triste pour elle. — Oh !Mamm !Hannah avant d’éclater en s’écria sanglots. Son père, barbe blanche, regard intense, plissa les yeux sous les lumières éblouissantes pour la regarder et laissa échapper son surnom d’enfant. — Hanni ! Mammmonta derechef dans l’ambulance et vint se pencher sur elle, s’emparant de sa main indemne. — Je vais avec elle, lança-t-elle àDaadqui se tenait devant Seth. Hannah avait du mal à les voir clairement, aveuglée par la luminosité éclatante. — Dis à Naomi de s’occuper de tout, Joseph. — Naomi… Hannah s’entendit répéter le nom de sa jeune sœur. — Comment va… Naomi ? — Elle se prépare à épouser Joshua Troyer. Le mariage sera célébré dans deux semaines, réponditMammà son oreille. Tu pourras l’aider quand tu reviendras à la maison, et que tu laisseras cette teinture rouge sur tes cheveux partir pour retrouver ton blond naturel. Elle caressa le front de sa îlle, repoussant ses cheveux hérissés de gel. Oubliant l’aiguille de la transfusion reliée à son bras, Hannah attrapa de sa main valide le bras de sa mère et s’y accrocha. Si elle mourait, pensa-t-elle en se sentant partir, elle pourrait au moins être reconnaissante :
18
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi