Le Mystère des marais

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Tiré à la fois d’un vécu et d’un imaginaire, le roman invente un autre monde, une autre vie.

Deux adolescents découvrent l’amour fusionnel. Mais le destin s’acharne sur ce couple hors du commun. Ils demeureront pourtant fidèles. Il lui survivra en dépit des multiples obstacles ; elle l’accompagnera au-delà d’un monde irréel.



Se déroulant sur ses terres natales, avec la participation des personnages de l’époque, l’histoire que fait vivre l’auteur se métamorphose en une évocation bouleversante à la frontière du surnaturel.

Publié le : vendredi 20 novembre 2015
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EAN13 : 9782954746005
Nombre de pages : non-communiqué
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L’AUDITn fin d’après-midi de ce premier jeudi du mois de E mai, le ciel partiellement dégagé laisse espérer une voute étoilée après une interminable semaine servie de grosse pluie et de vent d’ouest. L’averse de la nuit avait nettoyé le bleu de l’azur pour lui donner sa transparence. Le printemps arrive dans un grand soleil. Les jours s’allongent. Les portes pleines de la Caserne Dejean, rue Jules Barni à Amiens, s’ouvrent pour la sortie des stagiaires, des scientifiques en transmission, ainsi que psycho-logues, psychanalystes, neurologues, psychiatres, méde-cins, audits civils qui se réunissent, chaque deuxième quinzaine depuis un an, au cours d’échange et de réflexion dite « de recherches cérébrales ». Toutes les disciplines se regroupent au sein du Centre national de recherche des armées. La sentinelle salue militairement le départ des derniers participants dont l’auto prend la direction de Saint-Quentin. Bordée de peupliers d’Italie, la route étend son long ruban rectiligne de macadam vers la plaine verdoyante. Derrière les automobilistes, la haute Tour Perret disparait progressivement, comme avalée par le
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fond du vallon bocager de Domart-sur-la-Luce. Au fur et à mesure que le parcours s’écoule, de temps en temps un village érige son clocher de campagne. Blottis aux creux des bois des alentours, des fermes et des hameaux apparaissent. Des cultivateurs terminent les dernières plantations de pommes de terre. Le soleil déclinant, une lumière dorée s’étend sur la plaine vêtue du vert frémissant des blés semés avant l’hiver. Venant d’Amiens, les voyageurs découvrent, au milieu d’un vaste panorama, Roye la capitale du San-terre. Dominée par le beffroi de l’Hôtel de Ville et par la flèche moderne de l’église Saint-Pierre qui pointe comme un estoc dans le ciel, l’agglomération étire ses maisons en briques. Au centre, la cité haute dresse ses demeures anciennes derrière les remparts moyenâgeux à demi cachés par des marronniers centenaires. La magnificence de ce paysage de carte postale et le fantasme de toute-puissance qu’il inspire ont toujours impressionné Robert. — C’est la plus belle ville de l’arrondissement, et c’est la mienne ! souligne le vieil homme en portant un regard vers son jeune auto-stoppeur. J’y suis revenu pour la durée de votre stage. — N’êtes-vous pas un peu chauvin ? ose demander le militaire en permission. Robert est sur le point de répliquer, hésite un mo-ment et il lui répond par un haussement d’épaules en lâchant d’une main le volant de sa voiture tout en jetant un œil vers la campagne. C’est vrai que la région lui plait. Quand il revient à Roye, chaque fois une espèce de fascination l’envahit et
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lui rend l’avenir plus complice, à plusieurs titres du reste, mais surtout à sa fiancée. Le temps se replie ensuite et se rapproche d’une période insouciante. Loquace depuis Longeau, pourtant l’automobiliste 1 se tient muet après avoir dépassé le bois de La Cambuse . Plongé dans ses pensées, il a quelquefois des écarts de conduite propres à inquiéter son passager. Puis il stoppe après le bois, au carrefour du chemin de Villers. — Si un jour votre promenade vous mène dans cette ville, allez vers ses fortifications, raconte Robert. Du haut des remparts, vous serez séduit par le spectacle que vous y découvrirez. Vous aurez le sentiment d’être loin de l’animation qui s’exerce dans la rue voisine. Vous contemplerez les tableaux offerts par la nature : la palette de couleurs des quadrillages des champs et les méandres des marais qui serpentent comme une rivière jusqu’à l’horizon. C’est assez particulier, surtout à la tombée du jour. La luminosité a quelque chose d’envoutant. Vous observerez que tout s’amalgame lentement dans le cré-puscule d’émeraude. Petit à petit, vos yeux capteront émerveillés les étoiles clignoter et, dominant l’obscurité naissante en contrebas, vous aurez l’impression de pou-voir les toucher. Vous ne vous lasserez pas d’admirer la variation de couleur des ombres qui s’étendent jusqu’à se confondre. Captivé, vous attendrez apparaître la lune qui sera la reine de ce spectacle. Vous éprouverez une sensa-tion d’évasion et de poésie. Le jeune homme de l’interrompt pas. Il ressent dans les paroles beaucoup de regret et de remords.
1 Lieu-dit au carrefour de la D 954 et de la D 139.
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Après la traversée de la Cité des Cheminots, à l’entrée de l’agglomération, la Cité de Goyancourt étale ses vieilles masures datant de l’après-Grande-Guerre. La cité de Goyancourtétale ses vieilles masures.Pentue et pavée, la Rue de Saint-Médard succède ensuite au Calvaire couronné de tilleuls et dresse à ses côtés des demeures à un étage jusqu’au pont du chemin 2 de fer. Après l’épicerie Gilles la Rue Basse-Ville , la montée de la Rue d’Amiens. Aux abords de la Place de l’Hôtel de Ville, le chauffeur répond aux saluts de certains passants qui le reconnaissent. Plus loin, il marque un arrêt à l’entrée de la Rue de Paris ; le trafic accru des fins de semaine rend la traversée difficile. — Je vais vous déposer comme d’habitude au 3 Quartier Général , informe le vieil homme en attendant
2 Épicerie mitoyenne du garage à vélos de Dallet Antoine 3 Carrefour au nord de la ville, formé par les de Rue de Noyon, de Péronne, Bertin et de Paris.
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que la voie soit libre. Vous y trouverez rapidement un automobiliste complaisant pour rejoindre Noyon. On se reverra le mois prochain. — Merci Monsieur, répond le passager La Rue de Saint-Médard. À gauche l’épicerie Gilles. Profitant de l’arrêt, le stagiaire s’incline pour mieux noter l’heure affichée à l’immense cadran de l’église ; il jette ensuite plusieurs fois un regard vers le vieil homme et timidement il dit : — Cela fait longtemps que je veux vous poser une question, et j’ai grand mal à vous l’exprimer. — Ne te gêne surtout pas ! — Voilà ! Pendant les différents exposés, vous semblez souvent être autre part et, lorsqu’on sollicite votre avis, vous citez des exemples si détaillés que l’on se demande s’ils ont rapport avec vous-même.
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— Merci de ta franchise. As-tu une fiancée ? Une vraie, celle qui t’empêche de trouver le sommeil ? poursuit le vieil homme en enclenchant une vitesse. — Une copine oui, sans plus ! — Un jour, tu la croiseras peut-être ! Si tu ren-contres celle qui occupera ton esprit jour et nuit, quand instantanément tu seras elle, qu’elle sera toi, dès lors que vous ne serez qu’un, tu connaitras des sentiments d’une puissance incommensurable ; sache encore que cet amour absolu sublime aussi le martyre et détruit quelquefois… et pour toi, commencera une vie d’esclave, tu seras prisonnier de ton cœur qui t’accordera le droit d’aimer et de souffrir. — Je ressens un peu d’amertume dans vos paroles ! — Non une certaine rancune… l’Homme envie ce que l’autre possède et crée des malheurs quand il prend ce qu’on lui refuse. Près de la station de carburant du garage de Dallet 4 Alfred , le chauffeur stoppe son véhicule sur l’aire de parking du Quartier Général à quelques pas de l’Hôtel du 5 Nord , et les deux hommes poursuivent la conversation comme ils le font d’ordinaire à cet endroit, retardant l’instant de se séparer. — J’ai remarqué aussi que vous mettez souvent en cause les recherches sur la télépathie. — Aucunement, je critique uniquement l’entête-ment de certains professeurs à persévérer dans l’erreur ou dans l’irréalité ; surtout de croire qu’il est possible d’effectuer cette transmission avec n’importe quel indi-vidu. 4 Garagiste qui succéda à Boyenval. 5 Hôtel situé près du jeu de Paume.
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Au Quartier Général : Au fond le clocher Saint-Pierre, au centre l’Hôtel du Nord, à droite la station essence du garage Dallet Alfred. Puis, se triturant la barbe sous le menton en incli-nant la tête légèrement à plusieurs reprises, il reste un long moment silencieux. Plus tard se retournant encore une fois du côté du jeune homme qui respectait sa médi-tation, il ajouta : — Ce qui est vrai, c’est l’interprétation des rictus qui naissent d’un visage et des manifestations gestuelles. On découvre la vérité dans un regard en particulier, pour la simple raison que les yeux ne peuvent mentir. Notre mouvement peut influer la personne qui nous écoute et nous juge, cependant il peut aussi nous trahir. Par voie de conséquence, quand tu m’as posé ta question, au travers de ta petite moue chagrine j’ai apprécié ta sensibilité. Il faut reconnaître pour ce qui concerne l’étude du cerveau que les ordinateurs sont impuissants à recréer la pensée saisie par les électrodes. Peut-être, un jour par l’intermé-diaire de l’imagerie cérébrale pourra-t-on discuter avec son voisin tout en restant muet ?
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