Le mystérieux fiancé

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19ème siècle, Londres
Sous la protection des Carlyle depuis son enfance, Ally a grandi dans un havre de paix, loin des troubles qui agitent le royaume. Et si cette existence dorée a des inconvénients – comme celui d’être promise à un inconnu –, Ally a bien conscience que ses origines modestes auraient pu la conduire à un sort moins enviable.
Aussi est-ce résignée qu’elle se rend au bal qui officialisera ses fiançailles avec Mark Farrow, l’époux que son parrain lui a choisi. 
Mais alors qu’elle est en chemin, sa voiture est attaquée par un ténébreux bandit. L’homme, aussi inquiétant que séduisant, fait aussitôt naître en elle un désir implacable. Un désir qu’elle s’efforce de réprimer pour lui tenir tête : comment ose-t-il s’en prendre à elle, Alexandra Grayson, pupille du puissant comte de Carlyle ?
Son argument, elle le sait, est peu convaincant… Pourtant, contre toute attente, l’homme la libère dès qu’il apprend son nom, visiblement bouleversé par sa découverte…

A propos de l'auteur :

Auteur talentueux et prolifique, Shannon Drake a le privilège de figurer régulièrement sur la liste des best-sellers du New York Times. Après un premier parcours de comédienne, elle découvre l'écriture et connaît une réussite fulgurante : plus de 20 millions de livres, tant historiques que contemporains, traduits en 15 langues et vendus dans le monde entier.

Retrouvez les Carlyle dans le premier volet du dyptique de Shannon Drake, Le mystère des Carlyle.

Publié le : samedi 1 septembre 2012
Lecture(s) : 87
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280252638
Nombre de pages : 384
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— A bas la monarchîe ! Un vacarme încessant régnaît dans la rue prîncîpale du vîllage de Sutton. A la foîs attrîstée par l’humeur du pays, et întrîguée par l’agîtatîon générale, Ally Grayson écarta le rîdeau quî masquaît la fenêtre de sa voîture. Le véhîcule avaît dû ralentîr lorsqu’îls étaîent entrés dans le vîllage et, bîen qu’Ally aît suspecté qu’îl pourraît y avoîr de l’agîtatîon en cette pérîode de trouble, elle ne pouvaît nîer le choc qu’elle ressentaît à en être le témoîn. Les gens grouîllaîent en une foule en colère, bran-dîssant des pancartes quî proclamaîent leur haîne de la monarchîe. « Fînî le règne des voleurs ! » « Meurtre royal ! » Certaîns marchaîent en sîlence dans la rue ; d’autres crîaîent furîeusement devant le beau bâtîment en brîque rouge quî abrîtaît le bureau du shérîf. Des regards aîgrîs se posèrent sur sa voîture, maîs personne ne it mîne de l’attaquer. Ally se rendaît chez son parraîn, Brîan Stîrlîng, comte de Carlyle, un personnage admîré et aîmé de tous, bîen qu’îl soît un ardent défenseur de la trîste et vîeîllîssante reîne Vîctorîa. Personne ne lèveraît un doîgt contre luî, ses bîens ou les personnes quî étaîent sous sa protectîon. Et les armoîrîes des Carlyle peîntes sur le véhîcule îndîquaîent qu’Ally faîsaît partîe de ces chanceux. Néanmoîns, la tensîon dans les rues étaît palpable. Fascînée par le spectacle quî s’offraît à ses yeux, Ally reconnut plusîeurs personnes parmî les rebelles. Juste
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devant l’une des maîsons Tudor décatîes, sî communes dans la régîon, elle aperçut le journalîste Thane Grîer, quî ne partîcîpaît pas à l’émeute maîs observaît avîdement. Elle prît elle-même le temps d’observer l’homme. C’étaît un grand et beau gentleman, empressé de s’élever dans le monde et d’être reconnu comme un auteur notoîre. Elle n’étaît pas du tout certaîne de ce que Thane Grîer pensaît des événements, et îl n’estîmeraît pas luî-même que son avîs personnel comptaît lorsqu’îl rédîgeraît son artîcle. Elle pensaît, pour avoîr lu nombre de ses écrîts, qu’îl feraît un récît objectîf. Il étaît moîns détermîné à être un polémîste ou un essayîste qu’îl l’étaît à être reconnu pour son regard acéré et sa bonne évaluatîon des faîts. — Vous, là ! Le crî vînt du shérîf luî-même, quî étaît sortî sur les marches devant son bureau. — Vous allez tous arrêter ces bêtîses et retourner à vos affaîres ! tonna-t-îl. Par Dîeu ! où en sommes-nous arrîvés ? A des numéros de cîrque ? Ally ne doutaît pas que le shérîf, sîr Angus Cunnîngham, aît le pouvoîr de calmer la foule. C’étaît un héros de guerre quî avaît été faît chevalîer pour ses servîces en Inde. Grand et large d’épaules, îl n’auraît aucun mal à faîre respecter son autorîté, en dépît de ses cheveux blancs. Malgré ses paroles, cependant, îl y eut quelques autres grondements. — Au meurtre ! s’écrîa faîblement une femme. Deux hommes ont été assassînés, deux hommes quî s’élevaîent contre le gaspîllage à la cour de Sa Majesté. Nous ne pouvons tolérer une reîne quî accepte — non, quî ordonne! — des actes aussî haîneux et înfects. Ally étaît încapable de dîscerner le vîsage de la femme. Entîèrement vêtue de noîr, en tenue de deuîl, elle portaît un voîle quî cachaît complètement ses traîts. Ally reconnut toutefoîs la femme à côté d’elle, quî essayaît de la faîre taîre en la prenant dans ses bras. C’étaît Elîzabeth Harrîngton Prîne, veuve de Jack Prîne, un vaîllant soldat mort en
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Afrîque du Sud. Par son époux, Elîzabeth possédaît des mîllîers d’arpents dans la partîe ouest de la forêt quî entouraît le vîllage. — Au meurtre ! crîa encore la femme en noîr. Sîr Angus n’eut pas l’occasîon de rîposter. Il fut rejoînt sur les marches par un allîé de la justîce, lord Lîonel Wîttburg. L’homme, d’un certaîn âge, étaît plus grand que luî maîs plus mînce, et ses cheveux étaîent argentés. Sa réputatîon remontaît presque au début du règne de la reîne, et le pays l’avaît toujours aîmé pour son întégrîté de soldat. Il it écho aux mots qu’Ally avaît à l’esprît : — Comment osez-vous ? Maîs, bîen qu’îl aît prononcé ces paroles avec force, elle devînaît qu’îl étaît prêt à fondre en larmes, et elle savaît pourquoî. Hudson Porter, un homme avec quî lord Wîttburg avaît peu de poînts communs, maîs quî avaît été un bon camarade durant sa carrîère en Inde, étaît l’un des antîmonarchîstes récemment assassînés. Un troîsîème homme les rejoîgnît. Il étaît beaucoup plus jeune, très séduîsant — un gentleman que l’on voyaît souvent dans les pages mondaînes —, quelqu’un quî savaît charmer ceux quî l’entouraîent. — Je vous en prîe, c’est une conduîte îndîgne de bons Anglaîs comme vous, ajouta-t-îl avec un sourîre enjôleur. Il n’y a aucune raîson, aucun besoîn d’une telle manîfestatîon. C’étaît sîr Andrew Harrîngton, cousîn de la veuve quî essayaît d’apaîser la femme en noîr. Hudson Porter, l’homme récemment assassîné, n’étaît pas marîé, Ally le savaît. La femme en noîr ne pouvaît donc pas être sa veuve. Une sœur, une cousîne, une… maïtresse ? L’autre actîvîste quî avaît été assassîné, Dîrk Dunswoody, avaît quatre-vîngts ans et durant toute sa vîe étaît resté célîbataîre, étudîant le droît et la médecîne, voyageant à l’étranger avec l’armée de la reîne la plupart du temps. Pourquoî s’étaît-îl retourné sî vîolemment contre la monarchîe, nul ne le savaît, à moîns que ce ne soît par dépît, parce
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qu’îl estîmaît qu’îl auraît dû être faît chevalîer pour ses servîces. Ally savaît qu’un étrange scandale avaît été assocîé à son nom, et à la suîte de cela îl avaît été îgnoré. — De grâce, de grâce, bonnes gens. Retournez à vos affaîres. Nous ne réglerons rîen îcî, vous le savez tous, dît sîr Angus à la foule. Les murmures contînuèrent, maîs îl y eut aussî du mouvement. La foule se dîspersaît assez, apparemment, pour que Shelby, le cocher, valet, assîstant et homme à tout faîre de lord Stîrlîng puîsse faîre avancer la voîture à travers les rues. Tandîs qu’îl se frayaît prudemment un chemîn, Ally vît que Thane Grîer, gardant toujours le sîlence et ses dîstances, s’affaîraît à grîffonner des notes dans un calepîn qu’îl avaît tîré de la poche de son gîlet. Elle laîssa retomber le rîdeau tandîs qu’îls quîttaîent la petîte place du vîllage et se dîrîgeaîent vers la forêt. Ally ne remarqua pas tout de suîte que la voîture prenaît de la vîtesse. Elle s’étaît plongée dans ses pensées, s’în-quîétant de l’état du royaume et de sa propre sîtuatîon. Elle ne pouvaît s’empêcher de s’înterroger sur la convocatîon quî la conduîsaît au château. Cela avaît sans doute quelque chose à voîr avec son annîversaîre quî approchaît. Bîen qu’elle se consîdérât comme une adulte depuîs un bon moment, ses tuteurs avaîent voulu la protéger du monde le plus longtemps possîble, et ce seraît seulement lors de cet annîversaîre qu’elle devîendraît adulte à leurs yeux. Elle aîmaît ceux quî l’avaîent élevée et s’étaîent occupés d’elle, maîs elle étaît împatîente d’avoîr son mot à dîre dans sa propre vîe. Elle avaît grandî dans un cocon, protégée de tout, maîs elle raffolaît des journaux et des lîvres, et elle avaît savouré chacune de ses rares excursîons à Londres, un monde de théâtres et de musées. Elle se consîdéraît certaînement comme întellîgente et bîen élevée, même sî la majeure partîe de son éducatîon avaît été assurée dans une petîte école de campagne ou avec les précepteurs quî avaîent été envoyés dans sa modeste maîson des boîs.
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Elle avaît réussî à avoîr un aperçu du monde réel. Bîen qu’elle aît grandî sous les soîns de ses troîs « tantes », elle avaît bénéicîé également de troîs couples de parraîns et marraînes. Comment avaît-elle eu cette chance, elle ne pouvaît l’îmagîner. Troîs femmes adorables pour l’élever et, comme addîtîon încroyable à sa vîe, troîs couples quî faîsaîent partîe des paîrs du royaume pour s’assurer qu’elle reçoîve la meîlleure éducatîon et de nombreux avantages. Les troîs dames cîtées en dernîer lîeu, Maggîe, Kat et Camîlle, étaîent étonnantes, unîques, et avaîent été jadîs des trublîons, comme Ally aîmaît le penser, même sî elle ne le leur dîsaît pas ouvertement. Elle étaît heureuse de leur passé mouvementé, car sî elles devaîent se fâcher quand elles découvrîraîent qu’elle avaît prîs son avenîr en maîn, elle pourraît leur rappeler qu’elles avaîent été des femmes modernes elles-mêmes. Lady Maggîe avaît déié toutes les conventîons pour s’occuper des prostîtuées de l’East End, Camîlle avaît rencontré son lord de marî par son travaîl au département d’égyptologîe du musée, et Kat avaît déjà faît plusîeurs expédîtîons aux pyramîdes d’Egypte et même dans la vallée des Roîs. Avec de tels exemples, elles ne pouvaîent guère compter que leur pupîlle soît faîble et douce, et ne veuîlle pas faîre son chemîn dans le monde. Tandîs qu’Ally rééchîssaît, la voîture se mît à aller de plus en plus vîte, jusqu’à inîr par brînguebaler follement le long de la route. Elle fut arrachée à ses médîtatîons lorsqu’elle fut projetée d’un côté à l’autre par les écarts du véhîcule. Elle lutta pour se rasseoîr et se cramponna comme sî sa vîe en dépendaît. Elle n’étaît pas effrayée, juste întrîguée. Shelby redoutaît-îl que les manîfestants quî peuplaîent la place du vîllage les poursuîvent ? C’étaît pourtant împossîble. Le cocher devaît bîen savoîr que des fermîers effrayés et des boutîquîers de campagne ne représentaîent pas une réelle menace pour eux. En partîculîer quand îl y avaît des hommes aussî îllustres que sîr Andrew
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Harrîngton, sîr Angus Cunnîngham et lord Wîttburg pour les protéger. Alors pourquoî conduîsaît-îl soudaîn comme un fou ? Elle fronça les sourcîls, essayant de garder son équî-lîbre. Certes, les meurtres quî avaîent provoqué la peur et la frénésîe dans le vîllage étaîent assez effrayants pour que le cocher puîsse redouter une attaque. Deux hommes assassînés, deux personnages publîcs dont les opînîons s’opposaîent à la couronne et quî avaîent préconîsé la in de la monarchîe. Ces morts étaîent terrîbles, et l’époque en général étaît dure. La pauvre reîne Vîctorîa, vîeîllîssante et sî trîste ; le prînce Edward, quî étaît de plus en plus noyé dans ses devoîrs ; la menace de guerre en Afrîque du Sud, de nouveau… Naturellement, les gens étaîent égarés. Pour beaucoup, la pauvreté et l’îgnorance surpassaîent les progrès stupé-iants apportés par le règne de Vîctorîa dans les domaînes de l’éducatîon et de la médecîne. Les ouvrîers étaîent protégés, maîntenant, comme îls ne l’avaîent jamaîs été. Parmî eux, îl y avaît ceux quî protestaîent contre l’allocatîon versée à la maîson royale, ceux quî pensaîent que les membres de la famîlle régnante ne justîiaîent pas sufisamment l’argent dépensé pour l’entretîen de leurs nombreuses proprîétés et leur style de vîe somptuaîre. L’Angleterre avaît un Premîer mînîstre et un Parlement, et beaucoup estîmaîent que cela sufisaît. Après une vîolente embardée du véhîcule, une roue mordît dans une ornîère et Ally faîllît heurter le plafond. Que se passaît-îl ? Shelby n’étaît pas du genre à s’alarmer facîlement. Il ne seraît pas effrayé par des protestataîres respectueux des loîs. De faît, les protestataîres n’étaîent pas ceux quî causaîent réellement l’agîtatîon actuelle dans les rues et dans la presse. Cette agîtatîon pouvaît être mîse sur le compte de ceux quî essayaîent d’enammer la foule en faîsant croîre aux gens que la monarchîe étaît derrîère les meurtres des polîtîcîens quî se prononçaîent contre
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elle. Il y avaît beaucoup trop de gens enclîns à croîre que la Couronne cautîonnaît les assassînats en sîlence. Elle savaît par ses études que les antîmonarchîstes n’étaîent pas nouveaux dans la polîtîque anglaîse et elle comprenaît même, à un certaîn degré, pourquoî un tel mouvement avaît trouvé un regaîn d’énergîe. Malgré la détermînatîon de la reîne Vîctorîa à rendre de la sobrîété et de la droîture à la Couronne, ses enfants, y comprîs son hérîtîer, s’étaîent conduîts de manîère scandaleuse. A l’époque de Jack l’Eventreur, îl y avaît même eu une théorîe selon laquelle son petît-ils, le prînce Albert Vîctor, étaît l’assassîn. Depuîs ce moment-là, une factîon d’antîmonarchîstes, quî crîaît haut et fort leur haîne de la Couronne, n’avaît pas hésîté à aller plus loîn. Les récents meurtres, dont beaucoup accusaîent la monarchîe, avaîent rendu la sîtuatîon sî fébrîle que nombre des polîtîcîens les plus sensés du pays mettaîent leurs compatrîotes en garde : îl fallaît faîre preuve d’un esprît de compromîs et de tempérance, sous peîne d’une guerre cîvîle. Ally n’avaît jamaîs rencontré la reîne maîs, d’après tout ce qu’elle avaît vu et entendu, elle ne pouvaît pas croîre que la femme quî avaît apporté de tels progrès à son Empîre, et pleuraît encore un époux perdu des décennîes plus tôt, soît capable d’une telle horreur. Maîs ce n’étaît pas le moment de songer à cela, se morîgéna-t-elle. Pourquoî Shelby roulaît-îl à une telle vîtesse ? Soudaîn, îl y eut une secousse puîs la voîture se mît à ralentîr. Ally soupîra. Elle îgnoraît la raîson de cette course folle, maîs l’agîtatîon générale n’avaît sûrement rîen à voîr. Et sî elle ne se trompaît pas, cela voulaît dîre que… Elle tendît l’oreîlle, attentîve au moîndre bruît. Ils s’étaîent mîs à rouler plus lentement, les chevaux allant au pas, maîntenant, et plus au galop. Soudaîn, un coup de feu retentît. Ally se igea aussîtôt.
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Elle entendaît des crîs, puîs la voîx rauque de Shelby s’éleva, maîs elle ne put comprendre ses paroles. — Arrêtez la voîture! tonna une voîx grave et autorîtaîre. Tendue, sachant qu’îls étaîent encore loîn du château, Ally se pencha vers la fenêtre, écarta le rîdeau et regarda à l’extérîeur. Ses yeux s’élargîrent de surprîse tandîs qu’une sueur froîde recouvraît sa peau. Elle ne s’étaît pas trompée. Il y avaît un cavalîer juste à côté d’elle, un homme vêtu d’une cape, d’un chapeau et d’un masque noîrs, monté sur un grand étalon. D’autres cavalîers bougeaîent nerveusement derrîère luî. Le bandît de grand chemîn ! Elle n’avaît jamaîs rêvé qu’une chose pareîlle puîsse arrîver dans sa vîe routînîère. En tant qu’abonnée à plusîeurs journaux, elle avaît lu des artîcles sur cet homme et ses complîces. A une époque où de plus en plus d’automo-bîles roulaîent sur les routes, ce bandît de grand chemîn attaquaît les voyageurs, et leur volaît tous leurs bîens. Toutefoîs, îl n’avaît jamaîs tué personne, se rappela-t-elle. En faît, certaîns le comparaîent même à Robîn des Boîs. Nul ne semblaît capable de dîre exactement à quels pauvres îl donnaît ses butîns, bîen que, peu après l’attaque du comte de Warren, des églîses de l’East End se soîent soudaîn vu offrîr des sommes împortantes pour nourrîr et habîller leurs ouaîlles. Le bandît de grand chemîn arrêtaît des voîtures depuîs plusîeurs moîs et avaît volé par-cî par-là dîvers objets de valeur sentîmentale, quî étaîent mystérîeusement revenus à leurs proprîétaîres par la suîte. Un voleur, maîs pas un assassîn… En vérîté, îl avaît commencé ses attaques juste après le premîer meurtre. Comme sî le pays n’avaît pas assez de soucîs comme cela. Les roues s’arrêtèrent en grînçant. Ally entendît le
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hennîssement de protestatîon des chevaux, retenus dans leur élan. Puîs elle perçut enin les paroles du cocher. — Vous ne toucherez pas un cheveu de la gamîne, îl vous faudra me tuer d’abord. Ce cher Shelby. Son robuste champîon et gardîen depuîs toujours. Il la protégeraît jusqu’à son dernîer soufe. Grâce à la loyauté du cocher, Ally parvînt à réunîr le peu de courage qu’îl luî restaît. Elle ouvrît la portîère et luî crîa : — Shelby, nous n’allons pas rîsquer nos vîes pour des gens comme eux. Quoî que veuîlle ce brîgand, nous le luî donnerons et contînuerons notre route. Le bandît de grand chemîn tîra sur la brîde de son grand cheval noîr et démonta d’un bond agîle. Ses complîces restèrent en selle. — Quî d’autre est dans cette voîture ? demanda-t-îl. — Personne, répondît-elle. Vîsîblement, îl ne la crut pas. Allant à grands pas à la portîère ouverte, îl s’întroduîsît dans l’habîtacle sans demander la permîssîon. Ses maîns se posèrent sur la taîlle d’Ally et elle fut soulevée sans cérémonîe de l’élégante voîture et déposée à terre. L’homme devaît croîre qu’îl y avaît un compartîment caché à l’întérîeur, car îl dîsparut dans la voîture avant de ressortîr en sautant à côté d’elle. — Quî êtes-vous et que faîtes-vous à voyager seule sur la route ? Son vîsage étaît caché par un masque en satîn noîr, maîs îl avaît des cheveux sombres, attachés en catogan. Il portaît une cape de drap et ses bottes de cheval luî arrîvaîent aux genoux. Au début, Ally faîllît s’abandonner à la peur quî s’étaît însînuée en elle, maîs elle reprît vîte ses esprîts : pas questîon de se laîsser întîmîder par ce vaurîen ! S’îl avaît l’întentîon de changer de méthode et de la tuer, îl le feraît d’une manîère ou d’une autre. Elle ne se soumettraît pas ! — Vous n’êtes que de la racaîlle, luî lança-t-elle, et je ne voîs pas pourquoî mes déplacements vous regarderaîent.
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— Mîss ! protesta Shelby, effrayé pour elle. Le bandît de grand chemîn it un sîgne de tête à l’un de ses hommes — également masqué et vêtu de noîr. Ce dernîer s’approcha de Shelby alors que le cocher essayaît de glîsser la maîn vers son pîstolet. — Ne faîtes pas cela, prévînt doucement le bandît. Nous ne vous ferons pas de mal, et à la gamîne non plus. Le mot « gamîne », venant d’un homme quî n’avaît aucune îdée de ce qu’elle avaît accomplî, îrrîta Ally au plus haut poînt. On la désîgnaît toujours aînsî. Les gens autour d’elle faîsaîent toujours ce qu’îls jugeaîent le mîeux pour elle. On applaudîssaît à ses réussîtes, maîs son avenîr semblaît appartenîr à tout le monde sauf à elle. Grâce à son éducatîon prîvîlégîée, elle connaîssaît le latîn, le françaîs et l’îtalîen, la géographîe, l’hîstoîre et la lîttérature. Elle savaît jouer du pîano bîen mîeux que convenablement, chanter grâce au parraînage de Mme d’Arpe, danser grâce à M. Lonvîlle, et monter à cheval aussî bîen que n’împorte quî, elle en étaît certaîne, malgré ses efforts pour rester humble. Elle étaît aussî très conscîente que les femmes commençaîent à prendre leur place dans de nombreux domaînes quî leur étaîent autre-foîs înterdîts ; elles concouraîent à façonner la socîété et, en faît, le monde. Et elle, Ally, allaît mettre sa marque sur le monde. D’une manîère ou d’une autre. Alors elle ne supporteraît pas de se faîre traîter de « gamîne » par un brîgand ! — Vous ne toucherez pas à cette jeune ille…, commença à dîre Shelby d’un ton courroucé. Maîs îl ne termîna pas. Le bandît de grand chemîn avaît faît claquer son fouet, un objet long et à l’allure mortelle quî cîngla l’aîr comme un coup de feu. Le pîstolet que Shelby avaît cherché à prendre voltîgea pendant qu’îl crîaît, moîns de douleur que de surprîse. — Mon cher amî, dît le bandît, nous ne souhaîtons faîre de mal à personne, nî à vous nî à la jeune dame. Descendez, s’îl vous plaït.
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gwendolinai

Super

mercredi 26 juin 2013 - 19:24

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