Le Navire de l'ailleurs

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Une soirée de départ à la retraite pleine de faux-semblants, un amour d'une nuit sans espoir de lendemain, il n'en faut pas plus pour décider Serge à tout quitter pour chercher un ailleurs, son ailleurs. Il met le cap plein nord, au-delà du cercle polaire, sur une île des Lofoten. Un vieil homme, ancien terre-neuvas et humaniste, lui accorde sa confiance et lui permet de s'installer dans un "rorbu", maison de pêcheur typique des lieux. L'isolement et la solitude s'invitent dans la nouvelle vie du Français jusqu'à sa rencontre avec Emma, une Norvégienne éprise de liberté. Auprès d'elle, Serge retrouve des sentiments amoureux endormis. Ils se découvrent, s'aiment avec passion. Serge aurait-il trouvé son ailleurs?
Publié le : mercredi 20 janvier 2016
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342047189
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342047189
Nombre de pages : 160
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Michel Landelle LE NAVIRE DE L’AILLEURS
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 175, boulevard Anatole France 93200 Saint-Denis – France IDDN.FR.010.0120715.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2016
Il s’attachait au seul but qu’il s’était fixé : Vivre sa vie et non simplement vivre.
Stefan Zweig,Montaigne
Larguer les amarres
Ainsi donc, l’être humain manifeste avec ses jambes et ses pieds son profond désir de vagabonder. Le démon de la route lui crie : « Vends tout ce que tu possèdes, viens et suis moi. »
Harry Martinson,Resort utan mål1 Un vendredi soir, la salle de réunion d’une entreprise d’Aix-les-Bains affichait une étonnante agitation. — Éric, va chercher les verres ! ordonna une voix féminine aux accents métalliques. — Où sont-ils rangés ? — Dans l’armoire, derrière toi. Éric, un jeune homme à l’allure sportive, au visage bronzé et à la tenue faussement négligée s’exécuta. Il semblait sorti tout droit des pages glacées du dernier magazine de mode. — Jacques, as-tu mis le Crémant au frais ? Installe les tables au fond de la salle pour dresser le buffet. Une seconde voix féminine, plus grave, plus chantante, presque agréable, venait de lancer ces nouveaux ordres. — Pas d’affolement les filles ! Nous avons une petite demi-heure devant nous pour terminer l’installation. Jacques, la quarantaine bien avancée, commença à déplacer les tables avec calme ; il ne manifestait aucune excitation.
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Cette sérénité contrastait avec l’excitation des deux femmes qui plaçaient, déplaçaient, replaçaient dans un ballet mal choré-graphié une décoration qui se voulait gaie et accueillante. Au centre de la salle, un tout jeune homme aux longues boucles blondes (l’inévitable stagiaire) installait un micro et la sonorisa-tion. — Jacques, les cadeaux sont bien dans ta voiture ? Toute la fébrilité d’Hélène, la femme à la voix métallique, se révéla dans cette interrogation. — Ne t’inquiète pas, j’irai les chercher juste avant la céré-monie. — Tu crois que cela lui plaira ? Jacques ne répondit pas. La salle de réunion, située juste après les bureaux, se méta-morphosa au rythme de ces petites mains qui s’agitaient dans tous les sens. La tristesse administrative des tables en stratifié couleur hêtre disparaissait sous le papier blanc des nappes ache-tées à la « Foir’Fouille ». Des bouquets de fleurs sauvages et printanières tentaient d’égayer l’ensemble. Quant aux verres, ils dessinaient le traditionnel serpent et attendaient patiemment le Crémant. — Les canapés et les petits fours sont bien dans le débar-ras ? demanda Hélène. — Oui, ils sont installés sur des plateaux. On les sortira après le discours du boss, répondit Annie, la femme à la voix chantante. — La table, les verres, les bouteilles au frais, les canapés sur les plateaux, tout semble prêt. — Je vais chercher la femme de Pierre. Elle doit attendre dans le hall d’accueil. La cour séparant le bâtiment administratif des ateliers de fa-brication, habituellement déserte dès 17 h 30 les vendredis, était occupée par les ouvriers, principalement des hommes, la parité n’étant pas la panacée de cette petite entreprise. Les plus jeunes
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avaient sorti un ballon et jonglaient en espérant concurrencer Zidane ou Ronaldo. Malheureusement ou heureusement, les jonglages tournaient vite au fiasco et le ballon circulait de pied en pied. Grillant une cigarette, d’autres discutaient, peut-être du futur week-end, peut-être des enfants et de l’école, peut-être du dernier match d’« Évian Thonon Gaillard » en ligue 1, mais sûrement de la météo, sujet incontournable. Enfin, un dernier petit groupe composé de femmes s’était formé sous les fenêtres de la salle en ébullition. Tous attendaient avec impatience le début de cette cérémonie qui réussissait la gageure de rassem-bler l’ensemble du personnel une veille de week-end.
2 Trois hommes, cloîtrés dans leur bureau, restaient à l’écart de ces préparatifs : Le patron-boss, c’est ainsi qu’il se qualifiait (les anciens l’appelaient patron alors que les plus jeunes préfé-raient le boss, il avait voulu faire un consensus en créant ce mot), Pierre le comptable et Serge le logisticien embauché il y a un peu plus de deux ans. Bureau du patron-boss (Au fond du couloir) : Calé dans son fauteuil, les jambes croisées, les pieds reposant sur son bureau, le patron-boss peaufinait le discours qu’il allait bientôt prononcer. Il n’appréciait guère cet exercice de style qui ressemble étrangement à une nécrologie, et qui comme toutes les nécrologies encensent le défunt, lui confèrent toutes les qua-lités et oublient tous les défauts. Ce soir, c’était un peu différent, il s’agissait de rendre un hommage à Pierre, son fidèle comptable. Ce n’était pas un simple salarié qui partait en re-traite, c’était Pierre. Pierre, c’était plus qu’un employé, plus que son comptable, c’était le compagnon de route devenu un ami fidèle. Il avait toujours été présent lors des tourments et des difficultés qui avaient secoué de nombreuses fois l’entreprise. Le patron-boss repensa à la modernisation de son usine, avec
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des investissements énormes et des carnets de commandes presque vides, comme les caisses. Pierre l’avait soutenu. Il avait su trouver les bons arguments et projeter des résultats d’exercices positifs. C’était lui qui avait convaincu les banquiers de garder leur confiance, mais à quel prix. Les douloureuses images du conseil d’administration qui allait révolutionner son entreprise réapparurent avec violence. C’était il y a trois ans presque jour pour jour. Sous la contrainte il avait été dans l’obligation de prendre une décision qui l’avait mortifié : trans-former l’entreprise familiale de fabrication et de pose de cuisine sur mesure en un atelier de sous-traitance pour une grande en-seigne. La création, la pose, le contact avec la clientèle, tout cela avait bel et bien disparu, « Rev’cuisine », nom donné par le grand père du patron-boss ne fabriquait plus maintenant que des caissons, des portes, des tiroirs et des accessoires. Pierre l’avait accompagné, épaulé, conforté et rassuré durant cette mutation. Il lui devait beaucoup car, sans ce soutien incondi-tionnel, il aurait jeté l’éponge, déposé le bilan et mis au chômage plus de cinquante personnes. Mais l’heure du discours approchait et le patron-boss laissa de côté ses états d’âme aux saveurs nostalgiques. Il reprit son stylo. Il voulait être prêt et se montrer fier et digne de la relation entretenue avec son ami. Il voulait échapper à ces oraisons où les lieux communs volent la vedette à la banalité. Bureau de Pierre contigu au bureau du patron-boss (Au fond du couloir, dernière porte à gauche). Pierre, le futur retraité, debout, portait un regard chargé de mépris vers les deux cartons posés sur sa table de travail où il avait rassemblé pêle-mêle tous ses objets personnels. Incrédule, il n’arrivait pas à imaginer ne plus venir ici, dans son bureau, danssa maison, là où il avait passé des milliers d’heures à éplucher factures et bilans et où s’étaient succédé espoirs, désil-lusions, angoisses, colères et rires. Ces cartons devenaient
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