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Le paradoxe du paradis

De
125 pages
Un peintre reçoit, dans Le paradoxe du paradis, un appel téléphonique de quelqu'un qui est peut-être Dieu , un homme et une femme,dans Le cèdre, croisent les lettres que le destin ne leur a pas permis de se transmettre , un traître, dans L'innocent malmené, tente de justifier des actes vieux de deux mille ans , et dans Le cercle et la droite, un autre peintre qui fut un génie raconte une odyssée qui est sans doute une iliade qui s'ignore. Un homme et une femme, dans L'ombre, mesurent leur fidélité à l'aune de ce que chacun s'avère capable d¹accepter de ce que l¹autre s'obstine à vouloir lui cacher , dans Once upon a time on the rail, l'histoire est aussicelle d'un homme et d'une femme, cette fois, qui jouent dangereusement avec les aiguillages de la destinée
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Le paradoxe du paradis
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748109694 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748109686 (pour le livre imprimé)
Sylvain Génel
Le paradoxe du paradis
NOUVELLE
1 LE PARADOXE DU PARADIS
Le jour où j’ai eu Dieu au téléphone, à sept heures, j’attendais l’appel d’une amie et je fus tout d’abord déçu. Puis je me dis qu’accepter la conver sation ne m’engageait à rien et ne m’interdisait pas, non plus, d’en maîtriser le fil et de l’écourter à ma guise, le moment venu, pour libérer la ligne aussi ra pidement que possible.* Quel est l’objet de votre appel ? demandaije. Il te deviendra clair à son heure, me futil ré pondu. J’avoue que je suis quelque peu troublé, disje. Je comprends. Et c’est bien le problème, n’estce pas ? De quoi veuxtu parler ? De quoi, précisément, pouvonsnous bien parler puisqu’il n’est rien que vous ne compre niez ou ne sachiez d’avance, et pour ce qui nous concerne, cette conversationci qui n’en est qu’à son commencement et dont je suis le seul de nous deux, j’imagine, qui n’en sache ni la durée ni l’issue ? Je comprends, me futil répété. Veuxtu que je libère ta ligne ? Aussi discourtois que cela fût, je ne répondis rien et laissai s’installer entre nous un silence qui, au bout d’un temps in définissable, me donna l’impression de s’épaissir de façon quasiment physique tandis que grossissait en
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moi, elle aussi palpable, une colère d’autant plus avide d’éclater qu’elle requérait, à mesure qu’elle s’amoncelait dans le carcan de plus en plus étroit de la maîtrise de soi, une énergie de plus en plus consi dérable pour être à la fois contenue et dissimulée. Ne t’énerve pas, me futil alors dit dans l’écou teur par une voix souverainement calme. Comment pouvezvous ignorer que cette re marque est précisément de nature à faire redoubler ma colère ? Et puisque la réponse est dans la ques tion et que c’est donc délibérément que vous cher chez à me mettre hors de moi, pourquoi cela, pour quoi votre volonté de me mettre en rage et pour quoi votre choix de m’appeler moi précisément ici ce jourci à cette heure ? Mon ami, me futil dit. Vous connaissez mes écrits, n’estce pas ? Et je les trouve remarquables. Vous ? Moi. Cette fois, aucune discourtoisie ne pouvait être perçue dans mon silence que je mis à profit, étonné plutôt, pour tenter de comprendre au nom de quelle logique il se pouvait que la pensée d’un agnostique pût être considérée, par mon interlocuteur, et re marquable et digne de susciter une amitié. Mais je n’y parvins pas. Et mon trouble s’accrut d’autant qu’il était clair, à présent, qu’en moi toute colère avait fondu. J’ignorais que la flatterie fût une vertu, disje. Elle ne l’est pas, en effet. Alors ? Alors quoi ? Comment votre sincérité doitelle être s’en tendre puisqu’il se trouve, justement, qu’elle me flatte ? N’estu pas justement réputé, cher Maître, pour la sévérité des sanctions que tu infliges à
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tes élèves lorsqu’ils recourent à des arguties aussi évidemment spécieuses que celle que tu viens d’em ployer ? Pardonnezmoi, disje. Mon ami, me futil répondu. Comment doisje entendre cela, disje, moi qui non seulement vous nie mais vous injurie sou vent, aussi, en n’acceptant l’hypothèse de votre exis tence que pour m’insurger contre votre insuppor table indifférence à la souffrance humaine ? L’éternelle question, futil soupiré dans le combiné. Ne vautelle pas d’être posée ? Ce silencelà me fut plus douloureux que les deux précédents parce qu’il était clair, ou à tout le moins sousentendu, que ce refus ou cette impossi bilité de répondre était en soi une réponse. N’estu pas toi aussi du côté de la beauté ? me futil demandé. Oui, bien sûr, disje. Où croistu en être aujourd’hui ? Je ne sais pas, répondisje. C’est difficile. J’ai même l’impression que chaque jour est toujours un peu plus difficile que le précédent, que tout échappe, que tout s’affranchit de plus en plus et qu’il est tou jours moins facile de retrouver la forme à laquelle a donné naissance le geste laissé libre. Peuxtu t’imaginer qu’il puisse en être de même pour moi ? Non, répondisje. Pourquoi ? Vous ne pouvez pas comparer ce qui m’arrive lorsque la beauté naît de moi en mon absence, et ce qui vous arrive, à vous, lorsque vous demeurez absent de votre création qui s’emballe et vous cherche, en vain. Pourquoi ?
Sylvain Génel
Parce que vos créatures auraient pu vous par donner de vous absenter lors de la naissance ou de l’apparition de la beauté, puisqu’il en serait demeuré la beauté, mais qu’il ne vous sera jamais pardonné de vous être absenté de la laideur et de la concentration de l’horreur, d’où l’on vous a pourtant si abondam ment et si vainement prié, puisqu’il en est demeuré l’extermination. Je m’attendais au silence qui suivit et n’en fus pas surpris, même si l’espoir qu’il en fût autrement, un instant, avait point malgré moi en sorte que je fus déçu, si j’ose dire, de constater ma déception. Je re vis des visages dont on ne savait dire s’ils étaient en vie encore ou déjà morts. J’entendis des chants dont on ne savait dire s’ils étaient des souvenirs de plaintes ou des vêtements pour le refus de gémir. Je tres saillis de tristesse et de honte et ne fermai les yeux que pour les rouvrir sur le persistant silence de quelqu’un qui, à l’autre bout du fil pourtant, n’y était pas. Il me vint alors à l’esprit que ce qui n’était en somme qu’un souffle sans parole, une fois de plus, ne faisait que grossir le nombre indéfini de ces questions aux quelles il n’avait pas été répondu et pour lesquelles il n’y avait aucune raison, quelque espoir que l’on pût nourrir, qu’il en fût autrement à l’avenir. Exégètes et théologiens, abonnés au malheur et autres mar tyrs innocents avaient depuis la nuit des temps laissé leurs proches abasourdis de désespoirs et seuls face au scandale de la souffrance dont rien, jamais, n’était venu désobscurcir le mystère ou offrir en partage un signe qui pût être interprété, au moins, comme un commencement de consolation. Le passé, pour qui gardait mémoire de la douleur des hommes ou de la joie fauchée à l’heure où un talent n’était encore qu’en devenir, plaidait en défaveur d’une attention qui ne fût pas mépris, par exemple, comme à présent
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précisément où aucun effort n’était fait pour que le dialogue reprît. Mon ami, me futil encore dit. Je raccrochai.
Le jour où j’ai eu Dieu au téléphone, à sept heures, j’attendais l’appel d’une amie et je fus tout d’abord déçu. Puis l’aiguille de l’horloge avança d’un cran vers la droite, un coup retentit, ce fut bien elle cette fois et non pas l’autre qui rappelait, ren dezvous fut pris à l’heure habituelle au bar habituel, je la rejoignis, nous déjeunâmes, le vent souffla sur nos serviettes qui tracèrent deux arabesques blanches dans le ciel bleu, nous rîmes, elles se posèrent en semble au milieu de la place et il y eut des touristes, alors, pour les confondre avec un vol de tourterelles et les prendre en photo. Quelle désacralisation de l’image, tu ne trouves pas, ces milliers d’appareils qui s’ouvrent à la lumière pour inonder le monde de paysages qui n’ont même pas vraiment été regardés ? C’est ce qui les préserve, peutêtre, paradoxa lement, disje. Tous ces regards qui ne savent pas contempler offriraient à l’image une virginité inentamée ? Ne peuton pas l’espérer ? Estce que je rêve ou estce bien toi qui parles d’espérance ? Rêver d’une virginité encore inentamée de l’image, ici, au beau miliieu d’un monde où son innocence est détruite par la manipulation de la représentation, tu as raison, c’est croire encore en l’émergence d’une image qui porterait en elle, parfois au moins, une dimension sacrée de la beauté. Tu as changé, ditelle.