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Le Passé recomposé

De
364 pages
En 1776, un jeune médecin allemand à la solde de l’armée britannique s’embarque pour l’Amérique. Avide d’aventures, il s’installe au Québec et exerce sa profession avec passion. Secondé par son épouse, il tentera d’instaurer de nouvelles pratiques pour sauver davantage de vies… mais il se butera souvent aux préceptes de l’Église catholique!
En sa qualité d’« assistant-chirurgien », ainsi qu’on s’était habitué à le dénommer, Johann Adam Dufft fut d’abord affecté dans une petite église du quartier Saint-Sauveur, utilisée pour pallier le manque de places dans l’Hôpital Général tenu par les religieuses Augustines. Les autorités avaient été dans l’obligation de convertir la chapelle en hôpital, à cause du trop grand nombre de soldats souffrant du scorbut au moment du débarquement. Malgré les conditions laborieuses et complexes de son travail auprès des patients, et en dépit de son inexpérience, Johann Adam se sentait enfin utile, voire indispensable, et cela le réconciliait avec l’existence. À vrai dire, il se réjouissait profondément de réaliser son rêve philanthropique de lutter, comme médecin, contre la souffrance humaine, même s’il n’obtenait que des succès mitigés. Si son père l’avait vu, il se serait montré fier de lui, il n’en doutait pas un instant, en dépit de ses véhémentes protestations quand il lui avait parlé de partir.
De plus, tout bien réfléchi, il renouait avec ses anciennes idées d’explorateur. Enfin, il découvrait ce fameux Nouveau Monde. Enfin, il entendait parler français autour de lui, malgré la présence anglaise. Enfin, il pouvait porter les yeux sur la ville de Québec, l’une des plus vieilles cités du continent, et sur le majestueux fleuve qui la bordait.
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Contes de Noël pour les petits et les grands, Éditions Québec Amérique, album, 2012.
Récit
Mon grand, Éditions JCL, 2003.Le Passé
recomposé
TOME 1Projet dirigé par Marie-Noëlle Gagnon, éditrice
Conception graphique : Julie Villemaire
Mise en pages : Andréa Joseph [pagexpress@videotron.ca]
Révision linguistique: Isabelle Rolland et Isabelle Pauzé
En couverture : Shutterstock / nodff
Québec Amérique
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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Duff, Micheline
Le passé recomposé
(Tous continents)
ISBN 978-2-7644-3053-8 (vol. 1) (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-3054-5 (PDF)
ISBN 978-2-7644-3055-2 (ePub)
I. Titre. II. Collection : Tous continents.
PS8557.U283P37 2016 C843’.6 C2015-942247-7
PS9557.U283P37 2016
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2016
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2016
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés
© Éditions Québec Amérique inc., 2016.
quebec-amerique.comMICHELINE DUFF
Le Passé
recomposé
TOME 1À mon père, Onil Duf,
dont on a célébré les 101 ans
le 23 juillet 2015.
Il compte actuellement 4 enfants,
10 petits-enfants et 17 arrière-petits-enfants.Mis à part le contexte historique authentique, et bien qu’ils
soient inspirés de la réalité et aient fait l’objet de recherches
sérieuses, certains personnages et événements décrits dans ce
roman sont fictifs.Qui s’embarrasse à regretter le passé
perd le présent et risque l’avenir.
Francisco de QuevedoChapitre 1
Lengsfeld, région d’Eisenach,
au centre de l’Allemagne, août 1775.
À la fn d’un après-midi torride, une charrette conduite par une
jeune flle s’arrêta brusquement à l’extrémité d’un terrain en friche,
où un homme semblait se reposer.
— Eh ! Johann Adam, tu dors !
— Qu’est-ce que tu fais là, toi? répondit le jeune homme en
ouvrant les yeux.
— Bien… Je reviens de chez ma grand-mère et j’ai pensé te
ramener chez toi. Ce sera bientôt l’heure du souper et ça t’évitera de
rentrer à pied.
Afalé au pied de l’un des grands chênes délimitant un boisé,
Johann Adam haletait, incapable de reprendre son soufe. Il n’en
pouvait plus. Le front trempé de sueur, le dos courbaturé et les
mains moites, il fxait d’un regard hostile le lopin de terre que son
père lui avait demandé de défricher depuis le début de l’été.
Seulement aujourd’hui, il avait abattu à coups de hache au
moins une dizaine d’arbres et un nombre incalculable d’arbustes et de hautes herbes. Puis il avait débité et porté le tout sur le côté du
terrain. Demain, il lui faudrait atteler le cheval et arracher chacune
des souches enracinées profondément depuis des millénaires dans
le sol durci par le temps. Il lui resterait les pierres à éliminer une à
une, en plus d’une dure et intense session de bêchage, afn de rendre
cet espace propice à la culture dès l’année prochaine. Le jour
suivant, il recommencerait à défricher une autre portion un peu plus
loin, et ce, jusqu’aux premiers signes de l’automne. Ouf !
Il aimait la nature, pourtant, et de s’y plonger corps et âme lui
procurait un certain bonheur. Il détestait par contre les travaux des
champs. Les humains qui y vivaient et s’y débattaient pour leur
survie l’intéressaient bien davantage que ces mottes de terre et ces
buttes récalcitrantes. À vrai dire, il n’en pouvait plus.
— J’accepte avec plaisir, ma petite Harriet. Je te trouve pas mal
gentille !
À la vérité, il la trouvait non seulement pas mal gentille, mais
pas mal belle aussi. Malheureusement, elle n’avait que quinze ans.
Mieux valait la laisser vieillir pendant qu’il terminerait ses études
avant de songer au mariage. Bien sûr, de temps à autre, il lui volait
un petit baiser ici et là, sans plus. Il n’était pas question, pour le
moment, de profter des charmes de sa jolie voisine, même si
parfois l’envie le prenait fortement.
Johann Adam grimpa dans la charrette et poussa un long soupir
où l’écœurement l’emportait sur l’épuisement. Encore s’il recevait
l’aide de quelqu’un pour accomplir toutes ses corvées. Qui sait, un
ami, un voisin, un frère… Hélas, non ! Ses amis se trouvaient tous
à Leipzig, préoccupés par bien autre chose que les labours. Des
voisins, il n’y en avait guère de ce côté du village à part la famille
d’Harriet, débordante de jeunes enfants elle aussi. Quant à son
propre père, il travaillait dans des champs plus éloignés. Et son unique frère sufsamment grand et fort pour l’assister avait péri
l’année dernière, emporté par un mal mystérieux et incurable.
Ce triste événement avait conforté Johann Adam dans son
intention de retourner dès septembre au département de médecine
de l’Université de Leipzig, afn d’y poursuivre ses études entreprises
durant quelques mois, l’hiver précédent. Une fois cette prochaine
année terminée, il ne lui resterait qu’une période de tutorat en
chirurgie à compléter auprès d’un mentor récemment diplômé.
Il faut dire que la médecine et la chirurgie avaient existé
séparément pendant des siècles dans les différents pays d’Europe,
jusqu’au milieu des années 1750. Auparavant, si les médecins
relevaient de l’université, les futurs chirurgiens, eux, devaient recevoir
une formation indépendante auprès d’une corporation, même s’ils
allaient assumer presque exclusivement les soins de santé publique.
Depuis quelques années, cependant, la fusion des deux spécialités
commençait à s’imposer et devenait de plus en plus l’apanage d’une
fraction du corps médical.
Parmi les premiers à obtempérer à ce nouveau code
déontologique, Johann Adam pourrait ensuite assurer la santé de son
entourage, à la fois qualifé comme médecin et comme chirurgien, en
plus d’empocher sufsamment d’argent pour gagner sa vie. Enfn,
son père menuisier et lui pourraient se dispenser d’un surplus de
tâches dont ils se passeraient bien, soit celle de défricher et de
cultiver davantage de lots afn de subvenir aux besoins de la très
nombreuse famille Tof.
Tous ses frères et sœurs étaient encore trop jeunes pour vaquer
avec Johann Adam et ses parents aux durs travaux de la terre. Son
paternel, maintenant dans la quarantaine, ne fournissait pas à tous
les nourrir, les vêtir, les soigner et les faire instruire, d’abord à la
petite école du village, puis au collège de la ville voisine. À vrai dire, il peinait à cœur de jour dans les champs environnants, en plus
d’exécuter, ici et là, quelques contrats occasionnels de menuiserie.
Sa femme, Marguerite, en vingt ans de mariage, avait mis au monde
pas moins de dix enfants dont Johann Adam était l’aîné, suivi de
son frère Hans, dramatiquement décédé dernièrement en l’espace
de deux jours. Trois flles et cinq autres garçons, dont deux morts à
la naissance, étaient venus compléter la famille par la suite.
Originaire de Glasgow en Écosse, le père, Henry McDuf, avait
émigré en Allemagne à l’âge de dix-huit ans et il avait transformé
son nom en celui de Heinrich Tof, à consonance plus
germanique. À la vérité, le jeune homme, convaincu de son innocence,
fuyait la justice écossaise dans l’espoir de ne jamais être repéré dans
son lointain pays d’adoption. À ce moment-là, on le poursuivait
pour un délit qu’il jurait n’avoir aucunement commis. Une fois
rendu dans la contrée des Germains, il n’avait pas tardé à
transformer son nom, puis à épouser une Allemande et à fonder un foyer
sans que l’ombre d’un doute soit jamais soulevé.
Environ deux ans auparavant, Johann Adam avait osé
questionner son père sur ce passé plutôt obscur et quelque peu intrigant, un
certain soir d’hiver, alors que sa mère était montée à l’étage pour
nourrir le nouveau-né et mettre les enfants au lit. Pour une fois,
vraisemblablement à cause de la fatigue et de l’efet de quelques verres
de vin de trop, Heinrich s’était enfn décidé à s’ouvrir le cœur et à
parler franc à son grand fls. Jamais, antérieurement, il n’avait été
question des véritables raisons de son immigration en Allemagne,
sujet considéré comme tabou depuis toujours dans la famille.
— Dites-moi, papa, pourquoi avez-vous quitté l’Écosse ?
— Pour échapper à la justice, mon cher. Je n’avais pourtant pas
touché à cette flle, je te le jure. Je ne l’avais jamais rencontrée et ne
la connaissais même pas, car elle vivait dans un village trop éloigné de ma demeure. Pourquoi les indices se sont tournés contre moi, je
ne le saurai jamais. Manigance du diable probablement, ou bien
méchanceté du destin. Ce destin féroce et inéluctable…
— Pour l’amour du ciel, expliquez-vous, papa! De quoi parlez-
vous donc ? Pour une fois, je vous en prie, dites-moi la vérité.
— Comment aurais-je pu deviner qu’on découvrirait cette
inconnue, couverte de sang, étendue derrière un buisson le long du
chemin, de toute évidence morte depuis la veille? Moi, le jour où
elle a été tuée, j’étais simplement allé chasser la perdrix pendant
quelques heures au cours de l’après-midi, dans une forêt près de
chez moi, située dans la banlieue de Glasgow. Par malheur, il a fallu
que le notaire passe en charrette et m’aperçoive pendant que je
traversais le chemin du rang avec mon fusil, tout près de l’endroit où
on a trouvé le corps, le jour suivant. Il en a déduit, le scélérat, que
j’avais probablement violé et assassiné la pauvre flle, même si on
ne pouvait prouver à quel moment de la journée elle avait été
abattue. Dieu m’est témoin, Johann Adam, que jamais, au grand jamais,
je n’aurais pu commettre un tel crime. L’assassinat a dû se produire
en début de soirée, je suppose. Tu me crois, j’espère, mon fls ?
— Évidemment, papa. Jamais je ne pourrais douter de votre
parole.
— La flle, selon toute vraisemblance, a rencontré un coureur
de grand chemin, ou, hypothèse encore plus plausible, elle s’est
chamaillée avec le type auquel son père l’avait promise et avec qui elle
ne s’entendait guère, paraît-il. Lui a pu agir de la sorte, pas moi.
Jamais de la vie! Mais comme on n’arrivait pas à établir de preuves
contre le fancé et qu’il n’avoua jamais sa faute, on se tourna vers
moi. Ce fut sa parole contre la mienne. Je risquais la pendaison, le
croirais-tu ? J’ai évidemment crié à l’injustice et au mensonge, et,
pour ma chance, on a préféré attendre d’obtenir sufsamment d’indices contre moi avant de m’arrêter. Alors, en catimini, j’ai pris
mes cliques et mes claques et, dès la nuit suivante, je me suis enfui
au plus vite, incognito, vers l’est du pays. Arrivé à Edinburgh après
des semaines de marche en solitaire et uniquement à la noirceur, je
suis monté sur le premier bateau en partance pour une destination
que j’ignorais. Peu m’importait où il allait, tout ce que je voulais,
c’était sauver ma peau. Le navire m’a mené, plusieurs jours plus
tard, en Allemagne, par la mer du Nord, où j’ai immédiatement
transformé mon identité en Heinrich Tof. Dieu merci, je savais
lire et écrire, et cela m’a considérablement aidé à me débrouiller. Ce
n’est pas pour rien que je tiens à faire instruire mes enfants.
— Quel courage et quelle détermination, papa ! Vous avez toute
mon admiration.
— Il y a plus de vingt-cinq ans de cela… Petit à petit, je me suis
bâti une nouvelle vie ici, mais rien n’a été facile, crois-moi! C es
douloureux souvenirs venaient sans cesse me hanter, je n’ai jamais
pu les oublier. Quant aux membres de ma famille écossaise, n’osant
pas leur donner de mes nouvelles de peur d’être identifé, je n’en ai
plus entendu parler. Maintenant, il est trop tard, je ne saurai jamais
ce qu’ils sont tous devenus. Comme tu peux voir, si à l’époque je me
sentais libre comme le vent, tout un côté de moi soufrait en silence,
de peur et d’ennui. Puis, le temps a accompli son œuvre. Qu’on le
veuille ou non, il eface bien des peines, le temps! À la longue, j’ai
réussi à trouver une forme de bonheur, une certaine joie de vivre,
mais…
Au grand étonnement de Johann Adam, Heinrich s’était mis à
sangloter, la tête appuyée contre la table, comme s’il avait retenu
son chagrin durant toutes ces années, enfoncé dans un mutisme
morbide et inutile. Le fls s’était alors empressé de caresser l’épaule
de son père, dans un geste muet de consolation. Oui, il comprenait.
Oui, il saisissait la révolte de celui qui avait subi une horrible

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