Le pentacle des abysses

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Les Grands Anciens ont été, sont et seront. Du fin fond des univers multidimensionnels ils jailliront en légions pour revendiquer la propriété de la terre, reléguant le bétail humain au rang de pâture gémissante et soumise. Mais peut-être sont-ils déjà là ? Dissimulés sous les traits de quidams les plus anodins où sommeillant dans notre ADN attendant patiemment le début d'un nouveau cycle. Par la porte du ciel nocturne ils viendront, par le pentacle des Abysses ils déferleront sur l'humanité pour l'emporter dans les ténèbres.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 155
EAN13 : 9782748181661
Nombre de pages : 273
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2 Titre
Le pentacle des abysses

3DU MÊME AUTEUR
AUX ÉDITIONS LE MANUSCRIT
Les Apôtres de Belzébuth, Roman fantastique,
2006.
Titre
Frederic Gynsterblom
Le pentacle des abysses

Nouvelles
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8166-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748181661(livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8167-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748181678(livre numérique)

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. .

8 Le pentacle des abysses






Qui a entrevu l’univers, qui a entrevu les ardents
desseins de l’univers ne peut plus penser à un homme, à
ses banales félicités ou à ses bonheurs médiocres, même si
c’est lui cet homme.

Jorge Luis Borges
9 Le pentacle des abysses
LA BÊTE ET LE GANGSTER.
Il ne faut point croire que l’homme est le plus vieux
ou le dernier des maîtres de la terre, ou que la masse
commune de vie ou de substance soit seule à y marcher.
Les Anciens ont été, les Anciens sont, et les Anciens
seront. Non dans les espaces que nous connaissons, mais
entre eux. Ils vont sereins et primordiaux, sans
dimensions et invisibles à nos yeux.

HP Lovecraft
1) Youri Gerenko :
Assis sur le siège en plastique flashy d’un
Mac Donald Moscovite, Youri mangeait de
façon mécanique son cheeseburger savourant
les bienfaits du capitalisme américain… Arf la
belle affaire, pensa t-il tout en posant sa pitance
d’un air dégoûté, en brisant prématurément la
façon de vivre instaurée par des années de
communisme, l’occident avait plongé l’Est dans
une interminable période de misère, période qui
se prolongerait encore pour de nombreuses
11
années. Et c’est à cause de cela que des jeunes
hommes comme lui étaient forcés de grossir les
rangs des bandes maffieuses, renonçant à leurs
rêves pour accéder aux mamelles de la survie
primitive la plus élémentaire.
Gerenko avait à peine 22 ans, et il
appartenait depuis moins de six mois à la bande
de Radu Soloviev l’un des grands noms de la
criminalité russe. Il avait basculé à cause du
chômage, de la disette la plus noire, de la peur
du lendemain…
Il n’était qu’un sous-fifre bien sur, son
activité principale étant le passage à tabac de
clients récalcitrants dans les trafics de drogue et
de prostitution géré par Nicolaï Cescu l’un des
lieutenants de Soloviev, seulement par deux fois
il avait été amené à tuer, mais cela s’était
effectué à distance et à l’arme automatique.
Il fut tiré de ses pensées par l’arrivée d’un de
ses collègues d’infortune, le dénommé
« l’androgyne » à cause de son physique très
féminin, physique qui ne l’empêchait pas d’être
un meurtrier particulièrement sadique lorsque
nécessité faisait loi. Ses spécialités étaient
l’intimidation, la torture et les exécutions à
l’arme blanche. Sans lancer le moindre regard à
la clientèle du fast food, il s’installa en face de
Youri et lui lança d’un ton résigné :
« Nous sommes dans la merde… Cescu vient
de se faire descendre en face d’une maison de
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passe, au cœur de notre territoire… une rafale
de kalachnikov en pleine gueule et à bout
portant, on n’a pas pu identifier le tireur.
– Putain de bordel… » maugréa Youri,
sentant l’angoisse s’insinuer dans sa chair. Il
savait combien la mort d’un chef de bande
pouvait entraîner comme changements. Nicolaï
Cescu était un corrompu de la pire espèce qui
n’hésitait pas à se servir sans compter dans les
fonds financiers de Soloviev, cependant il était
loin d’être une bête sanguinaire à l’image des
autres lieutenants de l’organisation, tous anciens
officiers Spesnaz ou du KGB cultivant l’ultra
violence comme seule philosophie. Cescu
n’était qu’un homme d’affaires, proxénète à ses
heures, il traitait ses sous fifres avec un certain
laisser aller bienveillant, il aurait été étonnant
que son successeur agisse de la sorte.
« Nous sommes tous convoqué à l’entrepôt
ce soir, le boss est sur les dents et il veut déjà
nous réaffecter auprès de ses autres lieutenants,
personnellement j’espère ne pas être sous les
ordres de Dimitri Volkov, les psychopathes j’ai
jamais trop appréciés… »
Sur ces mots, l’Androgyne se leva, se grattant
l’entrejambe sans la moindre pudeur, puis il
ajouta juste avant de partir :
« Ah oui, ce soir amène Tatiana à
l’entrepôt… ordre de Soloviev. »
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Tatiana était « la petite amie » de Nicolaï
Cescu, une prostituée de luxe officiant dans une
agence huppée de la capitale. Elle avait à peine
20 ans et il s’était servi d’elle dans des affaires
de chantage et d’extorsion de fond, Youri ne
l’avait vue en tout et pour tout que trois fois
mais il avait été envoûté par son extraordinaire
beauté. Il se demandait pourquoi Soloviev
voulait que la jeune femme assiste à la réunion
de malfrats qui allait avoir lieu ce soir, quelle
idée ce vieux loup avait il derrière la tête ?
La tête pleine de points d’interrogation,
Gerenko balança les restes de son dîner dans
une des grandes poubelles du Mac Donald et se
mit en route.
2) Tatiana Glamour :
Allongée nue au milieu d’un chaos de draps
froissés, la jeune femme regardait son amant
d’un moment s’habiller en silence. C’était un
banquier, l’un de ces nouveaux riches qui avait
profité de l’ouverture des pays de l’est vers le
capitalisme occidental Quadragénaire
bedonnant aux tempes grises, il venait lui
rendre visite au moins deux fois par semaine,
parfois d’avantage.
En plus des incontournables roubles
chèrement gagnés, il lui avait offert une
bouteille de parfum hors de prix ce qui
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normalement l’aurait plongée dans une grande
joie, cependant aujourd’hui n’était pas un jour
ordinaire. Son protecteur, Nicolaï Cescu, venait
de succomber d’une rafale de fusil mitrailleur,
emmenant avec lui dans la tombe tous ses
espoirs de stabilité et de sécurité.
Elle l’avait rencontré en Ukraine, dans les
milieux les plus glauques de la prostitution des
rues, elle avait à peine 16 ans et était accro à la
cocaïne, une petite esclave mise à l’abatage.
Compatissant Cescu l’avait achetée à son
proxénète, il lui avait payé une cure de
désintoxication dans le meilleur hôpital de
Moscou et finalement avait fait d’elle sa
favorite, la plaçant dans une de ses agences
d’escortes pour clients huppés. Maintenant tout
ça était compromis, Nicolaï mort elle devenait
la propriété de Radu Soloviev, le grand manitou
de l’organisation criminelle pour laquelle sans
trop le savoir, elle travaillait. Qui sait le sort que
cet individu pouvait lui réservé, elle frissonna en
pensant qu’il pouvait la renvoyer tapiner dans
les rues comme autrefois. Une fois son client
parti, Tatiana enfila rapidement un jeans et un
tee-shirt noir et descendit dans le luxueux salon
de l’agence où se trouvaient quelques autres
filles et un ou deux businessmen encore indécis
dans le choix de leur partenaire de plaisir. Assis
sur un des sofas, elle remarqua un jeune
homme en blues jeans veste de cuir, il était
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plutôt beau gosse avec ses cheveux bruns en
bataille, sa barbe de trois jours et son air
mauvais garçon, il lui semblait l’avoir déjà vu
mais elle n’aurait su dire à quelle occasion.
Lorsqu’il l’aperçut, il se leva et se dirigea d’un
pas décidé dans sa direction.
« Désolé mon ami lui dit-elle d’une voix
merveilleusement sensuelle. J’ai fini de travailler
pour aujourd’hui, mais je suis certaine qu’une
de ces charmantes déesses peut s’occuper de
vous aussi bien que je n’aurais pu le faire.
– Je ne suis pas venu pour ça mademoiselle…
Je suis envoyé par monsieur Soloviev, il veut vous
voir tout de suite » balbutia le beau gosse
visiblement très mal à l’aise. Il devait avoir une
vingtaine d’années, vingt cinq ans tout au plus,
il tentait de se vieillir en revêtant l’aspect négligé
des petites frappes, mais malgré cela on
percevait l’aspect juvénile de ses traits ainsi
qu’une relative innocence. En comparaison
avec les brutes qu’elle avait déjà rencontrées
dans sa courte vie il ressemblait à un enfant de
cœur. Elle le suivit sans opposer la moindre
résistance, trop résignée à son sort pour
chercher une quelconque façon de s’enfuir, de
toute façon où pourrait se réfugier une fille
comme elle ? Seule la lie de l’humanité l’avait
accepté en son sein, c’était là son destin.
Il la fit entrer dans une vieille Toyota grise et
ils s’engagèrent sans se dire un mot dans le
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trafic encombrant les routes de Moscou en
cette heure de pointe. Elle restait songeuse, se
laissant bercer par le clapotis de la pluie
s’écrasant sur le pare brise. Nicolaï lui avait
parlé plusieurs fois de son patron, il le décrivait
comme un homme dur et sans pitié, un ancien
agent du KGB qui s’était reconverti dans le
crime organisé après la chute du communisme.
Elle se souvint alors de la seule fois où elle avait
rencontré Soloviev, c’était à l’occasion de son
soixantième anniversaire il y avait à peine un an
de cela. Cescu lui avait alors ordonné de
s’occuper du caïd durant toute la nuit. Jamais au
grand jamais un homme ne lui avait fait l’amour
avec autant de froideur et de mépris, il l’avait
littéralement baisée comme une chienne, se
libérant sans vergogne dans tous les orifices de
son corps. Ce visage tanné aux yeux bleu clair et
à la chevelure argentée resterait pour toujours
gravé dans son esprit comme l’objet de toutes
ses peurs. Lasse, elle finit par sombrer dans un
sommeil léger.
3) Dimitri Volkov :
L’homme était allongé nu sur le sol en béton
de l’entrepôt, il frissonnait autant de froid que
de terreur. Son corps était couvert
d’ecchymoses et de meurtrissures car il avait été
torturé durant plusieurs heures, ses mains et ses
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chevilles étaient entravées par du fil de nylon
très serré. Deux individus étaient penchés sur
lui, le premier était un sexagénaire en costume
cravate et au regard d’acier, cela devait être
Soloviev en personne. Le second était vêtu d’un
pantalon de toile noire, sur son torse nu il
arborait des cicatrices dont certaines d’anciens
impacts de balles, son visage était taillé à la
serpe et ses cheveux complètement rasés lui
donnaient l’apparence du parfait militaire.
« Nous avons tabassé ce merdeux, je l’ai fait
lacérer au rasoir et brûler au fer rouge… et il
refuse toujours de se mettre à table » maugréa
Radu, tout en s’allumant une cigarette. Il
préférera crever que de nous donner le nom de
son commanditaire.
En fin stratège Soloviev avait fait courir le
bruit que l’assassin de Cescu avait pu prendre la
fuite, ce qui était bien entendu faux… mais si
comme il le soupçonnait cet homme avait été
engagé par un de ses lieutenants trop ambitieux,
il devait à tout prix le découvrir. Car un tel
débordement pourrait un jour le mettre lui-
même en danger. Heureusement il y avait
Dimitri Volkov et le mystérieux don qu’il
mettait a son service. Il n’avait jamais cru à la
voyance, ni à la médiumnité pourtant il
reconnaissait comme réels les prodiges réalisés
par son homme de main. Il trouvait ça
fabuleux… et terrifiant.
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« Dimitri, tu as carte blanche » fit le vieil
homme dans une grimace, il détestait assister à
ce spectacle macabre mais il savait qu’il y serait
obligé si il voulait obtenir les précieuses
informations que détenait son prisonnier.
Sur ces mots, Volkov s’agenouilla près de
l’homme allongé au sol et sortit de sa ceinture
une aiguille d’une vingtaine de centimètres. Sans
la moindre hésitation il lui creva les deux yeux,
un cri déchirant empli l’air empuanti de
l’entrepôt. La pointe de métal fut rapidement
remplacée par une tenaille dont le truand se
servit pour arracher le nez et la langue du captif.
Bien qu’étant spécialisé dans la torture, Radu ne
pu s’empêcher d’esquisser une grimace de
dégoût devant cette effusion de sang et ces
bruits de cartilages broyés. Lentement, Volkov
souleva la tête du pauvre martyr, puis d’un cou
sec il lui brisa la nuque. Il se pencha sur son
visage meurtri et lui murmura quelques mots
dans le creux de l’oreille avant de le priver à
jamais du sens de l’ouie avec l’aiguille acérée.
« J’ai scellé les portes de ses sens, il ne va pas
tarder à me faire des révélations… Mais avant
vous devez m’aider à “voir” l’autre côté »
déclara t’il à son chef, un vague sourire sur le
visage, lui tendant une longue cordelette de cuir
tanné.
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Ce dernier s’en saisit, passa le nœud coulant
autour du cou de Volkov et à son signal,
commença à serrer de toutes ses forces.
Pris de spasme, le visage écarlate, Dimitri
enfonça ses doigts dans les chairs mortes de la
poitrine de sa victime, les griffant et les
pétrissant de façon frénétique. Il s’écroula, son
visage couleur groseille s’écrasant contre la face
sanglante, ses sphincters se relâchèrent et il
convulsa en poussant d’affreux râles étouffés,
s’accrochant au cadavre comme à une planche
de salut… L’étreignant comme le plus
passionné des amants.
Tout à coup il se raidit et son corps émit une
violente décharge électrique qui foudroya
littéralement Radu Soloviev l’envoyant bouler
sur le sol dans un cri où se mêlait surprise et
douleur. Les yeux révulsés, dans une éructation
quasi animale il dit d’une voix rendue
inhumaine : IVAN STROPOVSKI.
Il perdit alors momentanément connaissance,
mais son évanouissement fut de très courte
durée. Même pas cinq minutes plus tard il était
déjà debout, malgré qu’il halète comme un
poitrinaire en pleine crise d’asthme, il semblait
en assez bonne forme pour quelqu’un ayant
vécu pareille expérience. Le vieux truand le
regardait, trop ébahi pour dire quoi que ce soit.
Bien qu’il avait déjà vu à quelques reprises le
nécromancien à l’œuvre, jamais il n’avait
20
participé de façon aussi active à son Art
Impie… mais le jeu en valait la chandelle car il
savait aujourd’hui le nom du traître qui avait
programmé l’assassinat de Cescu.
Bien qu’épuisé, Volkov était encore plus ravi
que son chef. Comme lors de chacune de ses
expériences il avait pu voir l’autre côté à travers
la fenêtre de sa propre asphyxie, au bout du
tunnel de lumière il s’était emparé du corps
fluidique de sa victime et avait dévoré sa
conscience s’accaparant de la sorte la totalité de
ses souvenirs. Il avait appris cette nécromancie
en imitant les goules, ces entités décharnées
qu’il avait vues autrefois alors qu’il flottait à la
frontière séparant la vie de la mort. A chaque
fois qu’il réitérait l’expérience, mis à part le fait
que cela lui nuisait sur le plan physique, il
sentait qu’il se rapprochait un peu plus de sa
véritable nature et cela le plongeait dans un bien
être indescriptible.
« Stropovski, maudit judas… j’aurais du m’en
douter, maugréa Soloviev d’un ton aigre. Cela
fait déjà un bon bout de temps qu’il laisse voir
qu’il a les yeux plus gros que le ventre, mais je
n’aurais jamais cru qu’il oserait abattre l’un de
ses alliés… ce soir nous allons avoir une
exécution publique… cela faisait trop
longtemps. »
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4) La réunion :
C’est vers minuit vingt qu’arrivèrent les
membres de la bande de Radu Soloviev, dans
cette foule bigarrée, on retrouvait de tous les
genres et de tous les styles. Cela passait de la
petite racaile au gangster BCBG vêtus à la
manière des avocats américains, à la vue de ces
gens Tatiana avait beaucoup de mal à croire que
tous sans exception avaient du sang innocent
sur les mains. Elle en reconnut certains comme
étant des clients réguliers.
Youri quant à lui connaissait tous ces
hommes, il savait à quel point ils étaient sans
exception les pires assassins que la terre puisse
porter. De tous c’était pourtant le dénommé
Dimitri Volkov qu’il craignait le plus. Cet
ancien mercenaire avait fait la guerre de Bosnie
ainsi que la Tchétchénie avant de se joindre à
l’organisation de Soloviev, sa réputation d’avoir
plusieurs fois survécu à la mort dans des
situations jugées pourtant perdues d’avance lui
avait valu le surnom de « Volkov le Phénix » et
certains avaient même avancé l’idée folle qu’il
puisse être un strigoï. Actuellement il se tenait
debout aux côtés de son chef, tout de noir vêtu,
un sourire discret affiché sous sa fine
moustache parfaitement taillée. Une gaine avec
un holster lui barrait la poitrine laissant visible
un pistolet Tokarev, arme sous les bales de
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laquelle avaient du périr bon nombre d’ennemis
de l’organisation.

Lorsque tout le monde fut arrivé et installé,
Radu Soloviev se leva pour faire face à
l’assistance et prit la parole avec gravité :
« Comme vous le savez sans doute tous,
Nicolaï a été tué en début de matinée. C’est
pour cette raison que je vous ai tous réunis ce
soir. L’un de mes buts est de procéder à une
redistribution de ses affaires et des pouvoirs
que je lui avais conférés, mais avant j’ai un petit
détail à régler avec l’un d’entre vous… »
Ces derniers mots envolés, des hommes en
arme s’emparèrent d’un trentenaire vêtu d’un
coûteux manteau couleur crème dont le visage
affichait maintenant autant la stupeur que
l’épouvante. Un revolver appuyé contre
l’occiput, on le força à s’agenouiller aux pieds
de Soloviev qui le toisait du plus méprisant des
regards.
« Mais enfin… Monsieur Soloviev qu’ai je
fait pour vous déplaire ? Je ne comprends pas »
balbutia Ivan Stropovski, le visage rendu blême
par l’angoisse. Il voulut dire autre chose mais
ses paroles furent étouffées par le sac de jute
qu’on lui mit sur la tête. La main droite armée
d’un lourd marteau de forgeron, Radu clama
haut et fort :
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« Ivan est coupable d’avoir commandité le
meurtre de Cescu, il croyait ainsi s’accaparer ses
privilèges et s’élever au sein de notre
organisation… Voyez ce qui arrive à ceux qui
veulent duper le grand Radu Soloviev ! ». Et sur
ce, il abattit à plusieurs reprises le marteau sur la
toile qui s’écrasa dans un bruit de craquement
mouillé. Le corps de Stropovski s’écroula sur le
sol, secoué par les spasmes de la mort, le crâne
réduit en miettes. Un silence sépulcral plana sur
l’assemblée de truands, une fois de plus le vieux
loup avait affermi son autorité par un acte fort
d’ultra violence. Tout le monde se souvenait
encore de sa précédente démonstration de force
durant laquelle il avait démembré à coups de
hache le dénommé Zeiger, un débiteur refusant
de payer ses dettes à l’organisation. Ce nouvel
exemple achevait de construire sa légende de
leader cruel et sanguinaire.
« Que cela soit une leçon pour vous tous car
c’est le sort que je réserve désormais à ceux qui
tenteront de me jouer des tours dans le dos. A
partir de ce soir il n’y aura plus ni laxisme, ni
pardon ! » déclara t’il avec conviction, pointant
le marteau ensanglanté vers l’assistance. -
Toutes les responsabilités et privilèges que
j’avais octroyés en son temps à Nicolaï, j’en fais
don aujourd’hui à Dimitri Volkov. Ma décision
est définitive et pour la sceller je tiens à lui
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offrir un présent… « Tatiana viens à nous veux
tu ! »
D’un pas mal assuré la jeune femme se
dirigea vers l’homme qu’elle craignait le plus au
monde, il l’accueillit par un sourire lubrique,
laissant son regard couler sur ses formes
appétissantes comme il l’aurait fait pour se
délecter de la vue d’un met de premier choix.
La prenant par la main, il se tourna vers Volkov
et à la surprise de la demoiselle, il dit :
« Ceci était la favorite de feu Nicolaï, c’est
une vraie beauté ainsi qu’une excellente
gagneuse. Je l’ai moi-même essayée le jour de
mon anniversaire. Je te l’offre en guise de
présent, fais d’elle tout ce que tu voudras. »
Le visage de Volkov n’afficha alors aucune
émotion, il semblait totalement désintéressé du
cadeau que venait de lui faire son chef,
cependant il s’approcha de Tatiana et posa une
main dominatrice sur sa frêle épaule montrant
de la sorte qu’elle était désormais sa propriété…

5) Nuit torride et sulfureuse :
Comme il le craignait, Gerenko fut affecté au
service de Dimitri Volkov, dans un premier
temps en tant que chauffeur et garde du corps.
Il raccompagna le criminel au volant d’une
BMW gris métallisé, ce dernier était assis sur le
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siège arrière en compagnie de la belle Tatiana
Glamour, l’un comme l’autre restait silencieux,
le visage dénué de toutes expressions. Le
domicile de Volkov était un loft situé dans un
des quartiers les plus glauques de la capitale,
une tanière pour la Bête s’érigeant en plein
cœur d’un Pandémonium où se traînaient
drogués, coupes bourses et prostituées de basse
catégorie. Avant de quitter l’abri du véhicule
pour retourner à cette jungle urbaine, Volkov se
pencha sur Youri et lui murmura un ordre au
creux de l’oreille.
« A trois rues d’ici se trouve un petit night
shop, le patron refuse de payer son tribut à
notre organisation. Tu vas t’y rendre et faire un
massacre au pistolet mitrailleur, tu trouveras un
Uzi sous le siège passager… J’exige que le sang
coule à flot… ne me déçois pas Gerenko. Tue
femmes et enfants… »
Sur ces derniers mots il le laissa seul à sa
terrible tâche et emmena Tatiana dans son
obscur repère. Reprenant la route, Gerenko
était rongé par un étrange malaise, jamais il
n’avait été commandité pour massacrer des
civils innocents, et cette idée même le
révulsait… Mais il lui était interdit de désobéir à
cet ordre, il connaissait la réputation de
psychopathe qui collait à la peau de son
nouveau chef et il n’avait vraiment pas envie de
s’attirer son terrible courroux.
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Il parqua son véhicule à quelques mètres
seulement de la boutique, il ne lui fallut guère
fouiller longtemps sous le siège passager pour y
trouver l’arme qui avait été déposée à son
intention. Déglutissant sa salive, il s’en empara
et se glissant hors de la voiture, il se mit en
marche vers le carnage dont il devrait très
bientôt s’acquitter.
Malgré les fortunes qu’il engrangeait dans les
divers trafics qu’il menait pour le compte de
Soloviev, Dimitri Volkov se contentait d’un
confort des plus spartiates. Pas de télévision, de
lecteur DVD où de chaîne haute fidélité high-
tech, en guise de seuls meubles il avait un
matelas pitoyable posé à même le sol ainsi
qu’une vieille bibliothèque encombrée d’une
multitudes de livres de toutes tailles. Tatiana fut
très étonnée de constater cela, trop habituée
aux fastes et au luxe qu’affichaient sans
vergogne les chambellans du crime organisé
russe, décidément cet homme semblait bien
différent de tous ceux qu’elle avait jusqu’alors
fréquenté. Ce qui la glaça jusqu’aux os ce fut la
présence d’une potence de fortune érigée dans
un coin du loft, que pouvait bien faire Volkov
avec cet instrument de torture ? Quel sorte de
jeux sadiques organisait il dans l’intimité de sa
tanière ? Ces mystères, elle n’avait guère envie
de les élucider, elle n’avait qu’une envie et
c’était être loin d’ici.
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