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Le pentaméron

De
110 pages
Je préfère l'amour des femmes. Seules éveillent mes sens la douceur de leurs mains, la suavité de leur voix, la finesse de leurs traits. Leurs formes souples où domine la courbe, les soies nuancées de leurs chevelures lisses ou folles, les plis de leurs lèvres, la longueur de leurs cils et leurs yeux si bleus ou si verts ou si sombres m'émeuvent jusqu'à l'angoisse. Rien n'est plus beau que le spectacle de leurs seins arrondis, de leurs fesses épanouies, de leurs chairs souples et rosées. Leur nudité se contemple à l'infini et jamais le mystère n'en est épuisé. Tant de beauté et tant d'oubli. Je n'aime que la caresse de leurs mains sur mon corps, le baiser de leurs lèvres sur mes seins, l'effleurement de leurs doigts entre mes jambes. Là je m'ouvre, là j'exulte...
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75011 Paris
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Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comLepentaméron© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0475-7 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0474-9 (pour le livre imprimé)Claude Jean
Lepentaméron
Récitspourla fin d’un siècle
ROMANILA RÈGLE DU JEU
1. Lebureaudel’Envoyé
Axe essentiel de la ville qu’elle traverse de part en
part, l’avenue Ranaridh 1er s’appuie sur la rive du fleuve
pour s’enfoncer loin à l’ouest et s’achever en piste in-
certaine coupée de fondrières boueuses et de lagons sau-
mâtres, aux abords des bidonvilles pourrissant la rizière.
Maisbienavantcettezonetrouble,réputéedangereuse,où
destirss’entendentlanuitetquelesétrangersredoutent
de pénétrer par inadvertance sous peine d’être dévalisés
et parfois égorgés, l’avenue, alors large et bordée de pal-
miers,mèneàunquartierdevillasetdejardinsoùlaplu-
partdesreprésentationsétrangèressesontinstallées. C’est
verscettepartiedelacitéquesedirigelavoituredelouage
avec chauffeur, de marque japonaise, conduite à droite,
importéedeThaïlande,tellequ’ilencirculedescentaines
d’autres à travers la métropole, vestiges d’une prospérité
éphémère et fragile.
Encore faut-il, pour atteindre l’aire résidentielle,
venantducentredelavilleoudesabordsdufleuve,fran-
chir des carrefours populeux, encombrés de cyclopousse,
demotocyclettes,demicrobusetmini-véhiculesdetoutes
sortes, d’animaux de basse-cour et de chiens errants pa-
taugeant dans les caniveaux, les flaques et les rigoles, de
6Claude Jean
petitscommerçantsinstallésaureborddestrottoirs,d’en-
fants dépenaillésgrimpant auxarbres pour en faire tom-
ber lesfruits mûrs, papayes,manguesougoyaves.
Puis le bruit s’estompe, la foule disparaît, l’avenue
s’élargit. Les constructions se font homogènes, villas
cossues entourées de hauts murs abritant des végétations
luxuriantes. A peine, çà et là, découvre-t-on encore les
traces de destruction des temps de guerre, habitations
criblées de balles, à moitié effondrées, brûlées et sac-
cagées, abandonnées aux pluies et à la vermine, parfois
squattées à l’arrière par des miséreux quasi-invisibles.
Mais la période d’or de l’administration onusienne a
fait disparaître pour la plupart les stigmates des luttes
fratricides. Partout les murs se sont relevés, les toitures
recouvertes, les jardins replantés. L’argent facile a fait
pousser de nouvelles demeures, d’un luxe tapageur et
nouveau riche, destinées à soutirer des loyers mirifiques
auxsociétésétrangèresetauxreprésentationsofficielles.
Laflambéenefutqued’unesaison,incendieesti-
val ne laissant que brûlis et désolation. Après l’efferves-
cence, lemutismeétaitretombé. Unsemblant dedémo-
cratie issue d’élections libres contrôlées par des observa-
teursinternationauxavaitfaitplace,aprèslamortduvieux
roi, à une suite accablante de luttes factieuses, de guerres
de succession, de coups d’État, de combats de chefferies
et d’intrigues mortelles. Lentement le régime s’était en-
foncédanslapireanarchie,décourageantl’aidedespays
amis etl’intérêt des puissancesinternationales. Pourtant
l’UnionEuropéenne,récemmentélargieauxpayslesplus
avancésd’Europecentrale,avaitdepuispeuouvertunedé-
légationdanslacapitaleduroyaume.
La voiture filait maintenant sur l’avenue bien dé-
gagée. Lechauffeur ralentissait parfoisbrutalementpour
7Le pentaméron
éviterlesnids-de-poulemeurtriersquiminaientlachaus-
sée. On était au plus chaud de la journée. Une atmo-
sphère moite et brumeuse enveloppait la ville. L’air était
suffocant et malgré la climatisation poussée à fond dans
la voiture les vêtements collaient à la peau contre le tissu
synthétique des sièges. La sueur perlait aux tempes et à
la lèvre supérieure du chauffeur. Les fanfreluches du-
veteuses dont le volant et le dessus du tableau de bord
étaient recouverts contribuaient à renforcer l’impression
d’étouffement sous la chaleur torride. Le chauffeur, ce-
pendant,n’ensemblaitpasparticulièrementincommodé,
attentifàlarouteetauxobstaclesquipouvaientsurvenir.
C’était un khmer au teint sombre, silencieux et discret,
dont l’œil noir, seul, de temps en temps, jetait un éclat
furtif dans le rétroviseur.
Après un long parcours, quatre kilomètres peut-
être, la voiture ralentit, franchit le terre-plein central et
s’arrêtafaceaun 208,adressedeladélégation. C’estici,
monsieur. Dois-je vous attendre ? Je ne sais pas. Mais
attendez toujours.
Levisiteurdescenditdelavoiture,défroissasesvête-
mentsdureversdelamainets’approchantduportailap-
puyasurleboutondelasonnettequesurmontaitlaplaque
deladélégationeuropéenne. Ungrésillementsefitbien-
tôtentendreenmêmetempsqueleportails’entrouvrait.
L’entrée du bâtiment se situait à quelques mètres rapide-
ment franchis sur une allée pavée bordée de bananiers.
Unhommeaccueillitlevisiteuretlepriades’asseoirpour
prévenir l’Envoyé de son arrivée.
Le hall était vaste et simple, meublé de quelques
sièges et d’une console en face d’un comptoir en bois
verni derrière lequel l’homme, garde, portier ?, et une
femme, secrétaire, standardiste ? donnaient les signes
d’une occupation indéterminée et peu dense, difficile
à définir avec précision mais qui semblait répondre à
8Claude Jean
des rites particuliers situés entre les gestes codés des
corporations et les tics provoqués par l’inaction et l’en-
nui. L’homme et la femme échangeaient, de temps à
autre, quelques mots, sur un ton sans aménité, dans une
langue rocailleuse et chuintante. Le fond de l’entrée,
sur laquelle s’ouvraient plusieurs portes, conduisait à un
largeescalierquel’hommedésignaauboutd’unmoment
au visiteur après avoir répondu en termes énigmatiques
à un appel de l’interphone. Celui qu’on invitait ainsi à
monter contemplait alors le drapeau européen dont les
étoilesd’ordansaientdevantsesyeux. Combiend’étoiles,
combiendepaysaujustemaintenant?
L’Envoyéselevapoursaluerl’hommequientrait. Il
l’invitaàsedirigerversl’extrémitédesonbureauaména-
gée en salon et à s’asseoir dans l’un des fauteuils entou-
rant une table basse, lui-même prenant place sur le ca-
napé. WaldemarK.portaituncostumebeiged’étoffelé-
gère. Ilcroisalesjambes, découvrantdefineschaussettes
marron,assortiesàlatenueetauxchaussureslustrées,la-
céesàl’anglaise. Posantdesmainslonguesetblanchesaux
onglessoignéssursongenou,Waldemartournalentement
son visage vers le visiteur, lui adressant un imperceptible
sourire comme pour l’interroger, l’encourager à parler,
luiépargnerdeselancerdanslesproposdecirconstances
précédant habituellement un entretien.
Waldemar K. était un homme d’une quarantaine
d’années, svelte, de taille moyenne mais d’allure élancée
grâceàsonmaintienetàsamise. Aprèsquel’onavaitap-
précié l’élégance, la race de cette silhouette, le regard ne
pouvait que s’attarder sur un visage d’une finesse sédui-
sante. Leteintpâleetlesjouescreusesfaisaientparticuliè-
rement ressortir un menton volontaire et des pommettes
saillantes se colorant parfois d’un rosé éphémère. Une
bouche étroite aux lèvres minces et exsangues surlignées
d’unefinemoustache,unnezdroitetbienproportionné,
unfronthautetlargeàpeinemarquéderidessousune
9Le pentaméron
chevelurechâtainclairpeuabondanteetpeignéeàlaraie,
faisaient oublier, sous les traits de la distinction, ce qu’il
pouvait y avoir de dur et de volontaire dans cette physio-
nomie. Mais le plus captivant, sous des sourcils réguliers
etbiendessinés,étaitleregardprécis,discrètementscru-
tateur,émanantd’yeuxintensémentbleusquipourtantne
mangeaient pas le visage, n’estompaient pas les cernes lé-
gèrementviolacésquilaissaientsoupçonnerquelqueacti-
vité soutenue ou nocturne, tracas ou fièvre. Rien ne dis-
trayaitlongtempsducharmedeceregardàl’irisazuréqui
enmêmetempsattiraitetinquiétait,tantlenoirdelapu-
pille entraînaitàdes vertigesimpersonnelsetglacés.
Ainsi,monami,vousêtesvenujusqu’àmoi,vous
nem’avezpasoublié,vousavezsumeretrouver. Quelle
agréablesurprise! Quellemerveilleusenouvelle! Mais
dites-moi comment ?…
L’Envoyé parlait posément, lentement dans une
langue qui n’était pas la sienne. A certains moments
seulement, quelque inflexion particulière, sous l’effet
d’une émotion invisible, laissait ressortir un léger accent
que l’interlocuteur aurait eu du mal à situer, n’eût été
le nom de Waldemar K. qui se plaisait à reprendre
lui-même les rares fautes de syntaxe qui lui échappaient
dans le flot du discours. La mélodie de cette expression
aisée absorbait même les changements de genre, usuels
d’une langue à l’autre : que faire et que dire, en effet,
quand les éléments et les astres sont ancrés dans votre
subconscient sous un sexe déterminé et que vous devez,
sansvergogne,lesénoncerdansl’autre?
Jesuisdésolé,j’aidûvousfaireattendre,unetriste
histoire à régler. Oui, prévenir les familles du décès
de deux de nos compatriotes… toutes ces formalités,
ces ennuis, et je suis presque seul pour m’occuper de
tous…detout. Non,non,ilsn’ontpasétéattaqués,ils
n’étaient même pas en service commandé, un accident
10Claude Jean
de la route, de leur faute entière d’après nos informa-
tions…
Lebureau del’Envoyéoccupait unepiècespacieuse
au premier étage de la villa. Les larges baies protégées
de persiennes de bois étaient voilées de rideaux de tulle
blanc que l’air ventilé des climatiseurs agitait comme un
ventcoulis. Lesdoublesrideauxd’étoffejauneorangéas-
sez raide ne bougeaient guère, comme figés dans l’ami-
dondeleurlaideur. Lemobilierétaitsimple,sansdoute
deboisblancteintédesombrepuisabondamment verni.
Devant deux vitrines, un large bureau, de part et d’autre,
le fauteuil de direction et les sièges plus modestes, moins
confortables,decollaborateursoupourlesvisitesdetra-
vail,lelongdumurintérieur,aprèslaported’entrée,des
rayonsdestylebibliothèqueà armoires basses. Letoutde
factureindustrielled’unstandardaujourd’huiunpeuou-
blié, mais naguère réputé haut de gamme à l’Est de l’Eu-
rope. Entrelesdeuxvitrinesflottaitlabannièreétoiléede
l’Union Européenne. Mais elle cachait à peine, et c’était
surprenant,l’aiglecouronnée,blanchesurécussonrouge,
armesdePologne. Danslesvitrinesetsurlesrayonsdela
bibliothèque, peu d’ouvrages, quelques albums, des vases
etdesobjetsdecristal,desmédaillesdebronzeetdesar-
moiriesdecuivre. Surlemurducôtésalon,quelquesta-
bleauxd’artistessanstalentreprésentantlavieillevilleetle
château de Varsovie. Seule, une tapisserie façon gobelin
sauvaitlamisedecedécormanifestementancienrégime.
Jusqu’au tapis machine qui rappelait encore ceux qui se
déroulaient dans les ministères et palais des républiques
populaires. Devant cette réminiscence incrustée des em-
piresdéchus,onseprenaitàrêver.
Voussavez,monami,vousêtesicidansl’ancienne
ambassade de Pologne, là où je fus envoyé par mon
gouvernement après mon séjour à Paris. J’ai donc été
chargé de rouvrir une ambassade qui avait connu ses
heures de gloire, aux beaux temps de la coopération
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