Le Portrait blanc

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Après la mort de sa mère, une jeune femme découvre un manuscrit dans une enveloppe... Elle se souvient alors que sa mère avait tenté un essai sociologique sur ce qui a marqué les femmes "à cheval" entre les XXe et XXIe siècles... L'essai n'avait pas été publié puis avait été oublié. Elle se lance alors dans la lecture des vingt-cinq portraits de femmes, avec une consigne de lecture très particulière puisque chaque chapitre est illustré d'une petite pièce de puzzle qu'il faut découper et assembler en puzzle à la fin de l'ouvrage...
Publié le : jeudi 4 décembre 2014
Lecture(s) : 9
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342031355
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342031355
Nombre de pages : 114
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Dominique Piferini LE PORTRAIT BLANC…
Mon Petit Éditeur
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Retrouvez l’auteur sur son site Internet : http://www.dominique-piferini.monpetitediteur.com
À mes enfants, Sébastien, Camille et Soveria. À Lilou et Emma-Lucia quand elles seront des Femmes heureuses. À petit Paul qui ne fera jamais souffrir personne, pas même Lui. Aux hommes… à l’Homme, sans qui je n’aurais jamais découvert le vertigineux chemin de croix qu’est la passion.
Bastia, 14 novembre 2022
Maman est morte la semaine dernière, à soixante-douze ans, dans son sommeil, certainement à la suite d’une de ces fréquen-tes palpitations qui d’ordinaire la réveillaient et qui cette fois l’ont à jamais endormie. Elle vivait seule depuis le décès accidentel de Papa il y a dix ans, mais c’est chez moi qu’elle a choisi de mourir, à l’occasion de sa tournée annuelle : un mois de relation privilégiée chez chacun de nous, un mois de vie de famille où nous nous retrou-vons tous les trois chez elle pendant l’été et huit mois de solitude. Toujours cette même rigueur depuis des années ! Elle se méfiait trop des hasards, elle organisait : Mars chez Raphaël à Toulon, Mai chez Clément à Paris, Octobre chez moi, Lila, à Bastia et août chez elle à Venaco dans son chalet de montagne, celui construit pour la retraite, sur le terrain hérité de son père. Il est très beau ce chalet, et maintenant très fonctionnel mais trop isolé pour y vivre seule à son âge. J’en parlais il y a peu avec mes frères ; comment la convain-cre de le quitter avant qu’il ne soit trop tard ? Nous avions peur de la blesser en évoquant le terme d’une si longue solitude. Elle nous a évité ce débat. Résidant dans la même région, je ne la voyais pourtant pas plus que mes frères ; chacun son mois, celui de notre anniver-saire. Souci d’équité ? Sans doute, mais surtout goût du symbole ; c’eût été une maladresse douloureuse pour elle de ne pas être présente à chaque nouvelle échéance de nos vies. Jamais elle
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n’expliqua ce choix, pas plus que les autres d’ailleurs. La parole n’était pas son fort, il fallait deviner et comprendre ou risquer son indifférence. Papa s’en plaignait déjà lorsque nous étions enfants. La froideur et le silence qui se transformaient en brasier les nuits où ils s’aimaient… il lui en avait souvent fait le repro-che, ne s’habituant pas à cette dualité qui le jetait dans ce doute affectif insupportable pour lui. Ils s’étaient même séparés quel-que temps pour ça, je crois. Mais elle n’avait jamais changé ; impossible pour elle de ver-baliser la tendresse, l’amour ou la douleur. Protégée par cette carapace que certains appelaient « classe », cela l’avait surtout isolée et enfermée dans ses douleurs, jusqu’à taire la légitime souffrance du deuil lorsque Papa est mort. Nous n’avons pas vu ses larmes, ou si discrètes… elle a feint de ne pas voir les nô-tres. Elle avait préféré agir et organiser des obsèques somptueu-ses, prenant soin d’interdire ces funérailles aux fâcheux, aux faux amis, anciens adversaires, parents de sang mais non de cœur. Me tenant par la main gauche, Raphaël et Clément derrière nous et nous encadrant de leur imposante stature, elle avait pas-sé son bras droit dans les rênes de Samsara, leur dernière jument, qui marchait à nos côtés, suivant sur deux kilomètres le cercueil de bois d’ébène, sans étonnement d’être ainsi confon-due à la foule pour une promenade au pas ; parfum de scandale quand elle avait brouté entre les tombes… nous avions ri ! Des amis musiciens étaient venus jouer et chanter les textes écrits par Papa, nous y avions joint nos voix et ce fut la plus belle des prières qui l’accompagna au-delà. C’est chez moi qu’elle est morte. Je l’ai trouvée à midi, paisible dans son lit, presque sans ri-des.
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