Le printemps des promesses (Harlequin Prélud')

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Le printemps des promesses, Jean Brashear

La vie n'a pas été très généreuse avec Jézabel. Orpheline à cinq ans, ballottée de famille en famille, elle a dû se battre pour survivre. Jusqu à maintenant, sa meilleure arme a toujours été sa beauté, surtout avec les hommes, mais elle attend plus que tout au monde celui qui saura voir en elle davantage qu un corps magnifique : un coeur qui bat, une âme romantique, et des trésors d'amour à donner. Cet homme, elle est sûre de l'avoir trouvé le soir où le peintre Gamble Smith pousse sa porte pour la première fois. Pour elle, le coup de foudre est immédiat. Pourtant, Jézabel sait déjà qu'il va résister de toutes ses forces au bonheur qu'elle peut lui offrir : depuis qu'il a perdu sa femme dans des circonstances cruelles, Gamble s'est replié sur lui-même. Pire : enfermé dans son atelier, il a cessé de peindre, incapable d'achever le portrait de sa femme, certain qu'il ne pourra plus jamais aimer...

Publié le : mercredi 1 août 2007
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280262576
Nombre de pages : 352
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Prologue
Manhattan
De surprise, Kat lâcha les sacs dont elle avait les bras chargés. Tout aussi surpris qu’elle, Gamble se jeta hors du lit et sauta dans son jean. La femme qui se trouvait dans son lit, tout à fait nue, se plaignit alors d’une voix étouffée :
— Qu’est-ce qu’elle fait là ? Tu m’avais dit que c’était fini avec elle…
Gamble l’ignora et se prépara à la scène qui n’allait pas manquer d’éclater. C’était sans doute l’occasion de rappeler à Kat les termes du contrat tacite sur lequel leur relation était fondée — à savoir qu’il ne lui avait jamais rien promis, et qu’il ne pourrait jamais rien lui donner. Pourtant, et même s’il se sentait le cœur tout à fait sec, il ne réussit pas à prononcer un mot. Etait-il donc encore capable d’émotion ?
Ce fut Kat qui finit la première par sortir du silence dans lequel le choc l’avait figée. Le visage défait, elle s’empara du splendide portrait d’elle qui était resté sur le chevalet, se rua hors du loft et dévala l’escalier.
Gamble s’engouffra dans le couloir, à sa suite, et la rattrapa juste avant qu’elle n’atteigne la rue. Elle semblait folle de rage et de chagrin. Et lorsqu’il voulut lui tendre la main…
— Si tu ne me laisses pas partir, je détruis ce portrait ! s’exclama-t-elle en brandissant le tableau.
Il ne protesta pas. Pas pour sauver son œuvre, non, mais parce qu’il ne pouvait sûrement pas faire de reproche à Kat. Quelle femme n’aurait pas réagi comme elle, en pareille circonstance ? Sa colère était amplement justifiée et il méritait de la subir.
— Alors entre nous, ce n’était qu’un mensonge ? lança-t-elle enfin, en le fusillant du regard.
— Je t’avais prévenue. Il n’y a pas de place pour toi dans ma vie.
— C’est vrai, reconnut-elle avec amertume. Quelle gourde j’ai été ! J’aurais dû te croire !
Elle eut un petit rire dur et ajouta :
— Tu sais le plus drôle ? D’habitude, c’est toujours moi qui décide de rompre, toujours moi qui laisse tomber les hommes. Cela fait des années que ça dure, alors certains diront que j’ai enfin ce que je mérite.
— Kat…, commença Gamble, partagé entre la culpabilité et un vague sentiment de compassion.
Et, de nouveau, il tendit la main vers elle. Mais elle eut un mouvement de dégoût, comme s’il avait été pestiféré. Alors, de nouveau, il renonça en soupirant.
— Kat, les choses sont déjà allées trop loin entre nous. Je ne peux pas… Tu m’as fait éprouver des sentiments qui me sont interdits.
— Pourquoi est-ce que tu ne peux pas ? Réponds au moins à ma question ! Tu me dois bien cela, non ?
Il hésita, puis se jeta à l’eau :
— Parce que je suis marié.
Kat se figea, abasourdie. Puis elle le gifla à toute volée, si fort qu’il garda sur la joue la marque rouge de sa main.
— Je ne te rendrai pas ce portrait, dit-elle.
C’était certainement le plus beau tableau qu’il ait peint jusqu’à présent.
— De toute façon, je te le donne. Il est à toi, répondit-il tout bas.
Le lui offrir, c’était le moins qu’il puisse faire pour elle. Grâce à elle et à l’exposition qu’elle avait organisée dans sa galerie de Chelsea, il avait fait son entrée dans le monde de l’art. Kat lui avait donné l’avant-goût du succès et de la célébrité qui l’attendaient.
Seulement voilà, toute cette gloire ne remplacerait jamais le bonheur qu’il avait connu dans les bras de Charlotte, sa femme. La suavité de ses baisers, la profondeur de son amour…
Il essaya encore une fois d’adoucir la douleur de Kat.
— Ecoute, je…
— Non, rétorqua-t-elle sèchement, en le repoussant. Où est-elle ? Ta femme…
— Elle est restée au Texas.
— Salaud. Et qu’est-ce que tu viens faire à New York ?
— C’est compliqué, répondit-il tout bas en détournant les yeux. Je n’arrivais pas à peindre, là-bas. J’étouffais.
« Je n’avais plus envie de vivre », aurait-il pu préciser, pour être au plus près de la vérité.
— Et alors, tu es parti ? Tu l’as oubliée sur place, tout simplement ?
— Non, affirma-t-il tristement, je ne l’oublie pas.
— Retourne chez toi, Gamble.
Elle s’essuya gauchement les yeux. Kat, qui n’avait peur de rien et ne pleurait jamais… Puis elle se ressaisit et lui tourna le dos.
— Trouve quelqu’un qui te vaille vraiment, lui lança Gamble comme elle s’éloignait. Arrête de perdre ton temps avec des crétins.
Sur ce, il ajouta, en parlant du visage lumineux qu’il avait peint sur la toile :
— Laisse vivre la femme qui est là. Elle mérite mieux que moi.
Kat ne répondit pas. Elle poursuivit son chemin, de cette démarche digne et gracieuse qui lui appartenait. Mais aujourd’hui, son pas était plus lent, son allure moins décidée que d’ordinaire.
Gamble demeura seul. D’ailleurs, il ne savait plus vivre autrement.
Seul et triste.
Son cœur se serra. Il avait prévenu Kat, c’était elle qui l’avait voulu, qui l’avait sollicité, harcelé sans relâche — jusqu’à ce qu’il succombe et cède à son charme. Il aurait dû résister davantage… Malheureusement, même un homme aussi solitaire qu’il l’était devenu cherchait parfois à nouer des liens, des liens tendres. Ainsi, de simple aventure sans lendemain, sa relation avec Kat s’était prolongée en véritable liaison, et la jeune femme s’était insinuée dans son cœur.
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