Le prix d'une seconde jeunesse

De
Ouvrage des Editions Salamata coédité par NENA.

Ce roman traite de problème de mariages. Tout mariage a été conçu avant même la naissance des concernés.

Personne ne peut empêcher ce que Dieu a décidé. Biram lui-même n'y peut rien. S'il veut divorcer aujourd'hui sans que Dieu le veuille, il va se fatiguer. Mais il ne divorcera pas de sitôt. Donc, je te conseille de te calmer et de te préparer à accueillir dignement ta coépouse, il s'adressait ainsi à tante Yandé. Maintenant, il ne s'agit plus de l'amie de ta fille ou de ta nièce. Mais Racky est devenue ta coépouse. Elle a les mêmes droits et les mêmes devoirs que toi dans cette maison.
Publié le : samedi 19 septembre 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782370150615
Nombre de pages : 197
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Extrait
I
Sada, mon père, était fils unique, un don de Dieu aux yeux de ses parents qu’il devait soutenir dans leurs vieux jours. Cependant, il n’avait que cinq ans lorsqu’il quitta son village natal pour affronter une vie de talibé dans une localité très éloignée. Il avait été confié à un marabout très populaire, un érudit du coran qui n’était autre que le cousin germain de son père. Ce dernier, depuis que son fils l’avait quitté, ne se souciait plus de lui et ne demandait guère de ses nouvelles. Il n’envisageait point de lui rendre visite, encore moins d’envoyer une quelconque participation aux frais de son entretien. L’avait-il oublié? Ou voulait-il de cette manière remercier Dieu de lui avoir donné cet unique enfant?

La vie de Sada avait été entièrement consacrée à l’éducation coranique. Ses parents l’avaient abandonné chez son maître, non pas parce qu’ils ne l’aimaient pas mais à cause de ce grand amour qu’ils avaient pour le Saint Coran.

Le marabout qui tenait à lui donner une bonne éducation et à lui inculquer les principes fondamentaux de l’islam, ne prenait pas en charge sa nourriture et son habillement, le petit garçon devait y pourvoir. Et Sada sillonnait les villages environnants à la recherche de pitance et de quelques pièces de monnaie. Aller demander l’aumône pour un talibé est une manière d’apprendre à être humble et débrouillard. Pour s’habiller, il se contentait de toujours flotter dans ses vieux haillons. Pour sa nourriture, les habitants du village lui offraient les reliefs de leurs repas.


Quand la voix du muezzin perçait le silence de l’aube, il se tenait debout. Il commençait par ramasser ses haillons qu’il avait superposés sur sa peau de mouton pour en faire un lit. Puis, il en faisait un paquet qu’il déposait dans un coin de la case. Ses condisciples en faisaient de même. Après, tous se passaient à tour de rôle la bouilloire pour se débarbouiller. Ensuite, ils accomplissaient rapidement leurs ablutions et se rendaient à la mosquée. La prière terminée, ils s’asseyaient à même le sol dans la cour de la concession et apprenaient à haute voix leurs leçons.

Les coups de cravache du maître excitaient davantage les élèves qui accéléraient de plus en plus le rythme en se penchant et en se relevant sur leurs tablettes en bois. Les coups de fouet n’épargnaient aucun d’entre eux. Le maître aimait bien les châtier. C’était une méthode bien à lui de les motiver. Malgré leur ardeur, il ne manquait jamais de les frapper à tort et à travers.

Sada vécut dans cette atmosphère pendant dix longues années où sa vie se limitait à l’éducation coranique et à la mendicité. Á quinze ans, il était parvenu à réciter trois fois de suite le Livre Saint sans la moindre hésitation. Il était enfin devenu un homme bien formé, un homme de Dieu lui aussi. Il allait dorénavant affronter seul la vie et s’apprêtait à rejoindre ses parents sans les avoir prévenus. Il quitta alors ses camarades et partit pour son village natal.


Il marcha, marcha encore longuement, mit trois jours et trois nuits avant de l’atteindre. Il n’eut aucune hésitation à reconnaître la concession de ses parents. Pourtant, il l’avait quittée très jeune. Mais il avait gardé en lui le sens de l’orientation. Quand il arriva au niveau de sa demeure, il accéléra le pas et parvint à trouver où se cacher devant la porte d’entrée. Les rues étaient désertes et il faisait déjà sombre. C’était le crépuscule. Le temps n’encourageait personne à traîner dehors où un froid glacial accueillait les gens. Malgré un rhume persistant qui l’obligeait souvent à porter sa main à son nez, il préféra demander l’aumône au lieu d’entrer dans la maison. Voulait-il leur faire la surprise? Ou montrer à ses parents que c’est de cette manière qu’il avait survécu?
      — Alla rabi ranan! Un enfant de Dieu vous demande la charité! Qu’Allah vous accorde une place dans son paradis!
Sa maman, la grande Racky, sortit avec une poignée de couscous dans la main. En la lui tendant, l’instinct maternel se réveilla. Il lui avait fallu juste jeter un coup d’œil sur le visage du talibé pour reconnaître son fils.
      — Sada! Mon enfant! Mon enfant est revenu! Alhamdoulilah! s’écria-t-elle.
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