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Le récit de ma mère

De
163 pages
« Combattante non reconnue de la bataille d’Alger, ma mère éprouvée me raconta l'histoire en noir et blanc. » Alger, entre les années 1930 et 1954. Ville maintenue dans le corset d’une cohabitation artificielle, ville divisée et prête à s’embraser. Puisant dans les souvenirs de sa mère, Mohamed Améziane Méchouar fait revivre l’Algérie d’avant la guerre d’indépendance. Dénonçant le colonialisme, il décrit la rancœur d’une population qui subissait quotidiennement les inégalités et les humiliations. Témoignage précieux et actuel, Le récit de ma mère est aussi l’occasion de mieux comprendre les tensions entre les différentes communautés religieuses : Juifs, Chrétiens et Musulmans d’Algérie.
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Titre
Le récit de ma mère
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Titre M. Améziane Méchouar
Le récit de ma mère
Roman
5 Éditions Le Manuscrit Paris
© Éditions Le Manuscrit 2009 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-02884-3 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304028843(livre imprimé) ISBN : 978-2-304-02885-0 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304028850 (livre numérique)
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.
Ce livre est dédié à la mémoire De ma mère Fatma, courageuse, Toujours présente à mon esprit. .
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Le récit de ma mère 1930-1954
I
Ma mère était une grande belle femme. Le corps droit, les épaules larges, le visage ovale avec des yeux noirs brillants et une belle cheve-lure noire qu’elle cachait constamment sous un foulard, par habitude, pour ne pas s’exposer. Elle aimait être belle et cela se voyait quand elle sortait. Elle mettait du khôl autour des yeux, teintait ses douces mains et ses pieds de henné, portait des accessoires en argent autour du cou et aux poignets avec un gros bracelet (appelé khalkhal en arabe) à sa cheville droite pour se prouver, ne serait-ce qu’un instant, que la vie méritait d’être vécue. Elle savait qu’elle était musulmane et la religion le lui rendait bien en la mettant à l’abri du besoin et de l’agressivité du monde extérieur. Le mari était là et cela la com-blait de joie ou de peine, selon l’humeur qu’il affichait. Elle était comme toutes les femmes de sa communauté qui, prises dans l’étau des traditions, étaient confinées dans leurs maisons et n’avaient pas le droit de sortir seules. Les sor-ties étaient rares et quand l’occasion se présen-
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Le récit de ma mère
tait, elle devait être accompagnée par le mari, le fils, le beau-père, la mère ou la belle-mère et, bien entendu, il fallait qu’elle soit voilée. Le voile est appelé haïk. Blanc, de couleur, en soie ou en coton, il se portait sur une belle tenue d’intérieur composée du pantalon traditionnel (ample avec ouverture entre le genou et la che-ville) et d’une chemisette comme le voulait l’esprit pudibond (En arabe, on parle de hor-ma). Le port du voile était plutôt une conve-nance culturelle qui s’est imposée au fil du temps comme un rempart au désir de l’homme et qui s’est accentuée avec l’arrivée des Turcs qui conquirent Alger. L’empire ottoman imposa une civilisation et un mode de vie basés sur les valeurs musulmanes, et ce, jusqu’à l’arrivée des Français en 1830. Le voile octroyait à la femme un statut de femme honnête, respectable et de bonne fa-mille, et son port ne lui posait aucun problème puisqu’elle grandissait avec dès son jeune âge. Il était de tradition que la femme le portât. D’ailleurs, elle naissait et mourait avec le voile. Ma mère qui était d’un âge avancé et pieuse en ses moments de méditation me disait du voile : « Dans notre jeunesse, il protégeait notre beauté et à notre vieillesse, il protège notre âme. » Elle faisait surtout référence à la femme qui a eu des enfants, les a élevés dans la dignité so-ciale et les a mariés comme le voudrait la tradi-tion. Elle estimait avoir accompli son devoir de
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