Le recueil de Dorais, vol.2

De
« Pourquoi certains hommes peuvent-ils si facilement, si innocemment aimer, alors que d’autres seront à tout jamais exilés de leur essence ? »
Ces mots évoquent la quête du jésuite Fernand Dorais au fil des deux œuvres – « Trois contes d’androgynie » et « Le conte d’Amour » – qui composent cet ouvrage. Le prêtre-écrivain tente d’y réconcilier deux positions intenables : Comment Dieu peut-il l’avoir créé homosexuel alors que cet état est inacceptable aux yeux mêmes de Dieu ? Et ainsi le vouer à une vie où la poursuite d’Amour lui est défendue ? Quelle rédemption s’offre donc à lui ?
Celui qui déclare avoir « raison en et pour moi d’être ce que je suis », qui se présente également comme un « échec, une mal adaptation biopsychologique, une erreur-aberrance psychiatrique ! », entreprend, du plus profond de son aliénation, une longue quête à la recherche de Dieu.
Cette quête mystique se fait tantôt dialogue amoureux, imploration, exubérance ; tantôt revendication, révolte ; tantôt harangue, fantasme… Le parcours est semé de représentations de la sexualité entre hommes, décrites sans ménagement, en des termes parfois très crus. C’est que l’imaginaire chez Dorais, souverain, ne connaît que ses propres lois.
Publié le : jeudi 14 août 2014
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EAN13 : 9782894235799
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Le recueil de Dorais,vol.II Trois contes d’androgyniesuivi duConte d’amour
Fernand Dorais
textes choisis par Gaston Tremblayet présentés par Sheila Lacourcière
PRîŝE Eparole Agora
Ancrées dans le Nouvel-Ontario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine. La collection « Agora » publie des études en sciences humaines sur la francophonie, en privilégiant une perspective canadienne.
Éditions Prise de parole C.P. 55, Sudbury (Ontario) Canada PE 4R www.prisedeparole.ca
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC), du programme Développement des communautés de langue offi-cielle de Patrimoine canadien, et du Conseil des Arts du Canada pour nos activités d’édition. La maison d’édition remercie également le Conseil des Arts de l’Ontario et la Ville du Grand Sudbury de leur appui financier.
Le recueil de Dorais : volume II
Trois contes d’androgyniesuivi du Conte d’Amour
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Le recueil de Dorais Vol. I, Les essais, Sudbury, Éditions Prise de parole, , 6 p. Témoins d’errances en Ontario français. Réflexions venues de l’amer, essais, Hearst (Ontario), Le Nordir, 99, 5 p. ; ouvrage repris dansLe recueil de Dorais Vol. I, p. 4-5. Entre Montréal… et Sudbury. Prétextes pour une francophonie ontarienne, essais, Sudbury, Éditions Prise de parole, 984, 65 p. ; ouvrage repris dansLe recueil de DoraisVol. I, p. 79-4. [Sous le pseudonyme de Tristan Lafleur],Hermaphrodismes, conte, Sudbury, Éditions Prise de parole, 975, 8 p.
Le recueil de Dorais : volume II
Trois contes d’androgyniesuivi du Conte d’Amour
F D Textes coisis par Gaston Tremblay et présentés par Seila Lacourcière
C A Éditions Prise de parole Sudbury 4
D    : Gaston Tremblay A   : Seila Lacourcière É    : Stépane Gautier, Seila Lacourcière, Normand Renaud, Gaston Tremblay, denise truax S      : hibault Gardereau, Gaston Tremblay B   : Prise de parole R    ’ : Gaston Tremblay N  ’ : André Surprenant, Gaston Tremblay P  ’     : Racelle Bergeron C        : Olivier Lasser
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Copyrigt © Ottawa, 4 Imprimé au Canada.
Diffusion au Canada: Dimedia
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Dorais, Fernand, 98-, auteur Le recueil de Dorais / Fernand Dorais ; textes réunis et présentés par Gaston Tremblay. (Collection Agora) Comprend des références bibliograpiques. Sommaire : Vol. . Trois contes d’androgynie, suivi du Conte d’amour / textes coisis par Gaston Tremblay et présentés par Seila Lacourcière. Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978--894-57-6 (vol. ). – ISBN 978--894-76-4 (vol.  : pdf ). – ISBN 978--894-579-9 (vol.  : epub) . Canadiens français – Ontario. I. Tremblay, Gaston, 949 août -, éditeur intellectuel.II. Titre. III. Collection : Collection Agora (Sudbury, Ont.)
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ISBN 978--894-57-6 (Papier) ISBN 978--894-76-4 (PDF) ISBN 978--894-579-9 (ePub)
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EN GUISE DE(BIS)
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« Qu’est-ce à dire ? » Voilà, dans toute sa simplicité, la question que Fernand Dorais (98-) proposait à ses étudiants quand venait le temps d’analyser une œuvre littéraire. Il n’était pas de ceux à dégager une seule interprétation d’un texte ; ce jésuite et professeur était plutôt animé par un sens du devoir, celui de don-ner à ses étudiants des outils leur permettant de formuler leurs propres réponses. Il recommandait toujours d’aborder un texte en utilisant une variété de métodes en vue d’en dégager « le sens pro-fond ». Les réponses qu’il proposait lui-même aux étudiants étaient toujours présentées comme des approximations. Le titre de sa tèse doctorale, « Approximations de l’umain dans leJournal», suggère déjà que, selon lui,de Carles Du Bos l’analyse littéraire ne produit qu’une explication organique et médiatisée d’une œuvre : le corps et l’âme du critique, du cer-ceur, étant l’être et sa métode, l’appareil et sa lentille, le micro-scope vivant qui examine et interprète la figure qu’est l’œuvre à l’étude. Pareille approce appelle le respect de la subjectivité de l’autre et, cez le professeur, l’obligation d’accepter et de promou-voir celle de ses étudiants . Cette vision de l’analyse littéraire est implicite dans les mots
Il dépose sa tèse de doctorat « Approximations de l’umain dans leJournalde Carles Du Bos » en 968. Le professeur Fernand Dorais avait tendance à s’effacer, à pratiquer l’autodérision etl’abnégation.
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qu’il a retenus pour les titres et sous-titres de ses deux recueils d’es-sais : « Pré-textes », «Témoins d’errances », « Réflexions ». Pour nommer ses contributions à divers projets, il utilise systématique-ment des eupémismes, comme en témoigne également le titre « En guise de… », qu’il donne à sa préface deLignesSignes(pre-mier ouvrage publié aux Éditions Prise de parole). On pourrait se demander si cette approce dénote cez lui un manque d’assu-rance ou un excès d’umilité. Nous croyons plutôt qu’il s’agit 4 d’une manifestation de l’engagement religieux, la kénose , c’est-à-dire l’abnégation de soi pour mieux servir les autres, engagement qu’il a pris en 949 en entrant dans la compagnie de Jésus. Ce serment, qu’il a prêté dès son entrée en religion, représentait pour lui un engagement total, qu’il a respecté jusqu’à sa mort. Nous y reviendrons plus loin. Dans « L’avertissement » de son «Troisième conte d’androgy-nie », Fernand Dorais admet : « Je ne suis, ni n’ai jamais été, poète (élas !) ». Pourtant, il n’ésite pas à se dire essayiste ; pour lui, qui dit essai dit ypotèse, argumentation, métode, syntèse. Dans le cas de l’essai littéraire, Dorais ajoute que l’ingrédient principal est un engagement personnel exigeant, la pratique de l’essai litté-raire étant, avant tout, « la raison écoutée aux portes de l’imagi-5 naire ». Ainsi établit-il au seuil de l’imaginaire des parallèles entre le poète et l’essayiste, entre la poésie et l’essai littéraire qui tous deux exigent un engagement personnel total de l’écrivain. Nous avons présenté les essais de Dorais dans un premier volume –Le recueil de Dorais, volume I, publié en  – afin de rendre ommage à cet omme qui a consacré sa vie à l’étude, à la
Entre Montréal… et Sudbury. Prétextes pour une francophonie ontarienne (Sudbury, Éditions Prise de parole, 984), etTémoins d’errances en Ontario français. Réflexions venues de l’amer(Hearst, Éditions du Nordir, 99), tous deux repris dansLe recueil de Dorais,vol. , aux p. 79-4 et 4-5 respectivement. 4 Entre les feuillets du manuscrit de sa tèse doctorale, nous avons trouvé une fice sur laquelle se trouve une définition anglaise de la kénose : «Kenosis 1) The act of Christ emptying himself of the form of God, then taking the form of a servant and humbling himself to the extent of suffering death. 2) The act of voluntarily giving up personal rights and ambitions and accepting suffering as a follower of Christ. » 5 Ici, Dorais s’inspire de Victor Hugo qui, dans sa préface à la première sérieLalégende des siècles,présente son poème ainsi : « C’est de l’istoire écoutée aux portes de la légende. »
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pratique et à l’enseignement de la cose littéraire. Il s’y est investi au point de s’oublier lui-même. En cours de route, il a dû rajuster son tir et embrasser totalement sa fragilité et son umanité. C’est à 6 l’occasion d’une psycotérapie , dont l’objectif semble avoir été de faire la syntèse de sa vie et de la relancer sur une piste qui tiendrait compte de tout son être, qu’il a rédigé lesTrois contes d’androgyniequi ouvrent ceRecueil. Cette psycotérapie aurait permis au jeune prêtre d’épouser pleinement son umanité et, plus particulièrement, d’accepter son omosexualité, tout au moins en privé. À l’époque, un «coming out» l’aurait condamné à vivre en marge de la société et au ban de l’Église. Fernand Dorais nous a confié à maintes reprises que rien dans sa famille, dans son village ou dans sa formation ne l’avait préparé à admettre son omosexualité, et qu’il a beaucoup souffert de se savoir ainsi. L’œuvre dont vous entreprenez la lecture est souvent jubilatoire, mais elle est aussi imprégnée d’une très grande tristesse et d’une angoisse existentielle lourde à porter pour l’auteur et pour le lec-teur. Pour témoigner de la totalité de son expérience d’écriture, Fernand Dorais a demandé que ses œuvres de création soient publiées en trois tomes. Les deux premiers,Trois contes d’Androgy nieetLeconte d’Amour, sont réunis dans ce deuxième volume du Recueil de Dorais. Le dernier texte,Mémoires d’un religieux québé cois, sera publié dans un troisième volume, le premier ayant été consacré à ses essais. Dorais clôt le troisième et dernier tome de ses écrits par une interrogative : «?What went wrong and why ». Cette ultime ques-tion, il la pose au moment même où il abandonne définitivement 7 l’œuvre de sa vie, sonRecueil de Dorais. Cet abandon est dû
6 L’auteur nous l’a admis de vive voix et, comme nous le verrons, il y fait allusion dans ses trois contes. Son confrère, le père André Girouard s. j., nous a demandé pourquoi nous voulions publier « une œuvre qui était somme toute le produit d’une térapie », lorsque nous avons annoncé le projet de publication des œuvres de création de Fernand Dorais au colloque « Fernand Dorais et le Nouvel-Ontario – Réflexion sur l’œuvre et sur l’influence d’un provo-cateur franco-ontarien », tenu à l’Université Laurentienne de Sudbury les 5 et 6 novembre 4. 7 Lors d’une discussion téléponique en 997, Fernand Dorais nous a admis qu’il était incapable de poursuivre son œuvre pour des raisons de santé.
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probablement à sa trop grande exigence ; à cette volonté qu’il avait de vivre une kénose rigoureuse, démarce qui exige le sacrifice de soi-même. Cette approce, fatale pour le fils de Dieu fait omme, s’avérera impossible pour le simple être umain que Dorais était, et de même pour tous les ommes, qu’ils soient croyants ou agnostiques. Étant donné les limites de cette préface, il n’est pas possible d’élucider le sens profond de l’œuvre de Dorais. D’autant plus que Seila Lacourcière – qui signe la préface de ce deuxième volume – et moi-même avons convenu de réconcilier, dans nos textes respec-tifs, deux décisions qui sont au cœur de la démarce de Fernand Dorais : d’une part, son coix de poursuivre sa vie religieuse jusqu’à la fin et, d’autre part, l’écriture en secret des œuvres contenues dans ce volume, œuvres dont certains éléments de contenu ont de quoi surprendre venant d’un prêtre-écrivain. C’est le défi – de rap-procer ces coix de toute évidence contradictoires – que notre collègue, Seila Lacourcière, a relevé dansDe profundis clamavi ad 8 te, domine .Pour ma part, je vais présenter la structure de la pre-mière œuvre de création de Dorais, espérant ainsi ouvrir des pistes d’interprétation pour le lecteur des autres tomes. Cela nous per-mettra, en même temps, de préciser pourquoi Fernand Dorais a exigé que la première édition de son œuvre, publiée en 975 aux Éditions Prise de parole, soit retirée du marcé en 978. Le premier tome duRecueil de Dorais,Trois contes d’androgynie, date des années soixante et fut, au début du moins et comme nous l’avons indiqué plus aut, le journal d’une psycotérapie : il porte sur les rapports de l’auteur avec sa mère, avec son père et, finalement, avec les grands penseurs de l’umanisme. En 997, quand l’auteur nous a remis le manuscrit desTrois contes d’andro gynie, il n’a fait aucune allusion à des versions antérieures de cette œuvre, et nous n’en avons pas trouvé dans ses arcives. Nous savons pourtant qu’il avait complété une version de cette œuvre en 9 97, le « Premier post-scriptum » en faisant foi. La même année,
8 Notre traduction : « Des profondeurs, j’ai crié vers toi, Seigneur. » 9 Le post-scriptum est daté ainsi : Été 959 – été 97
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