Le Rescapé du Simon Bolivar. Un demi-siècle d'Histoire

De

En 1939, le paquebot Simon Bolivar, qui avait quitté Amsterdam à destination de Curaçao, heurta des mines allemandes au large des côtes britanniques et fut détruit par deux explosions.

Un habitant des Indes néerlandaises qui perdit sa femme et ses deux enfants dans la catastrophe, voulut adopter un enfant de cinq ans rescapé miraculeusement mais dont les parents périrent dans le naufrage.

L’enfant, natif de Prague en Tchécoslovaquie, eut une vie mouvementée à la recherche de son pays natal pris dans la tourmente d’un demi-siècle d’oppression nazie puis soviétique. Et il eut à connaître une autre forme d’oppression : celle des pays occidentaux qui ont longtemps asservi les peuples d’Afrique.

Le roman de sa vie, avec séjour à Curaçao, puis aux États-Unis, puis dans le Sud de la France, avant le retour à Prague enfin libérée, est raconté ici.

Mais cette histoire montre à l’évidence que le MAL existe toujours sur cette planète ; car après les horreurs des pogroms et des génocides des dictatures du début de ce demi-siècle écoulé, est venu le temps des terrorismes.

Publié le : mercredi 1 janvier 2014
Lecture(s) : 3
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782952305099
Nombre de pages : 154
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Chapitre I À Prague. Le Mal par les dictatures Dune fenêtre de sa résidence qui donnait vue sur la place Wenceslas, il vit le mouvement des troupes SS, qui venaient de traverser la Vltava par le pont Charles et qui se dirigeaient vers lUniversité de Prague avec lintention den déloger les étudiants qui, eux, avaient décidé de résister comme ils pouvaient à lenvahisseur. Suite à cette révolte des étudiants, il y eut plus de cinquante mille arrestations pour les seules journées du 17 au 19 novembre 1939. Cette révolte, ces étudiants : ils ne savaient pas que cétait impossible, alors ils lont fait Lhomme pâlit et murmura les dents serrées :  Les salauds ! Ils ne respectent plus rien. Que vont devenir mes pauvres étudiants Celui qui sexprimait si amèrement était Vladislav Ergў, professeur de physique de renom. Dans laprès-midi, il avait reçu un enfant du collège Masarўk qui avait réussi à fuir et qui lui conta que
9
les SS avaient pris dassaut leur collège et avaient maltraité les élèves. Prague était pratiquement en état de siège depuis le rattachement à lAllemagne du territoire des Sudètes en octobre 1938, à la suite des accords de Munich entre Hitler, Mussolini, Chamberlain et Edouard Daladier le 30 septembre 1938. À quoi sajoutaient la cession de territoires au profit de la Pologne et de la Hongrie, et surtout la proclamation de lautonomie de la Slovaquie encouragée par Hitler en mars 1939. Ces accords de Munich avaient fait dire aux Anglais et aux Français que désormais on sétait définitivement débarrassé du spectre de la guerre (ce qui nempêcha pas un membre de la délégation française de faire, en aparté, un bon mot  prophétique : « Ça sent mauvais ces bruits de paix »). Le Führer en furie, avec sonMein Kampf, assom-mait toute lEurope en voulant imposer la supériorité de la race allemande et un antisémitisme méprisant. Il y a lieu de préciser ici que le sionisme était la cible privilégiée de la vindicte allemande, et cela dautant plus facilement quun peu partout en Europe une aversion à peine voilée pour les israélites était monnaie courante : les juifs étaient, tout à la fois,
10
méprisés comme faisant partie dune race soi-disant inférieure, comme dailleurs les Tziganes (nombreux ici en Tchécoslovaquie), et honnis pour les places dominantes quils occupaient en dépit de tout dans léconomie internationale, particulièrement en Allemagne et en Pologne. Bien que chrétien, V. Ergўétait tout à fait conscient que lanathème jeté aux juifs nétait bon pour personne. Vladislav Ergў avait compris depuis longtemps que, face à la nazification de lAllemagne, à cette force aveugle et délirante du nazisme qui plaisait au peuple allemand, du pangermanisme, Prague serait bientôt condamné à se taire. Pourtant, il avait long-temps encouragé les étudiants à la résistance ; mais, pour lui, il savait que dorénavant sa présence à Prague navait plus aucun sens et que les recherches quil menait ne pourraient quêtre exploitées par ses ennemis. Mieux valait émigrer à létranger tant quil en était temps, aux États-Unis de préférence où il avait quelques excellents confrères. Il nétait pas sans savoir que bon nombre dintel-lectuels allemands antinazis sétaient réfugiés sur la Côte dAzur française, à Sanary dans le Var, pour un exil doré. Certains étaient là-bas depuis 1933, comme Léon Feuchtwanger. Jusquà la déclaration de guerre, on vit y venir Thomas Mann, Balthus, Stefan Zweig et autre Bertolt Brecht. Tous se
11
retrouvaient dans les mêmes restaurants au faux air de « romanishes café », ces brasseries berlinoises où naguère se retrouvaient les intellectuels allemands. Vladislav savait ça et, bien quil fût parfaitement germanophone, lenvie de rejoindre la France, qui maintenant pactisait avec Hitler, neffleurait même pas son esprit. Vladislav Ergў ne désirait pas voir son fils Jan, âgé de quatre ans, emporté de quelque façon par la vague noire. Dailleurs, son épouse, Rosa, malgré tout ce qui la rattachait à Prague et sa région, percevait comme lui le besoin de fuir lair irrespirable quapportait avec elle la soldatesque teutonne. Rosa Ergўétait issue dune famille juive, bien que non pratiquante, de cette élite juive germanophone de Prague, parmi laquelle on trouvait de nombreux ar-tistes, des écrivains, des peintres, des musiciens. Qui, à Prague, navait pas lu les « Aventures du brave soldat Svejk » de Jaroslav Hasek ? Et qui, dans ces jours terribles, navait pas, avec Franz Kafka, senti au fond de soi-même ce désespoir devant labsurdité du monde ? Max Brod, qui était lun de ces écrivains juifs de langue allemande  écrivain de renom avec des uvres commeLe chemin de Tycho Brahé vers DieuouRubini, prince des Juifsétait fort lié à la 
12
famille Ergў. Cependant cest en pure perte quil tenta de les convaincre démigrer avec lui en Palestine.  Tu sais bien, mon cher Max, que je suis chrétien ! Mes amis scientifiques sont de lautre côté de lAtlantique. Là-bas, si nous réussissons à nous y rendre, ma femme et mon fils seront en sécurité autant quen Palestine. Mais japprécie ta sollicitude à notre égard. Je ne toublierais jamais, Max. Vladislav se disait : il est libre Max ; il y en a même qui disent quils lont vu voler vers la Terre sainte. La décision définitive prise par son ami lemmena à penser que, pour eux aussi, le temps était compté pour fuir lEurope avant quil y ait danger.Pourtant que la campagne praguoise était belle avec ses prairies vallonnées, ses haies darbres jaunissant et rougeoyant à lautomne le long de petits chemins herbeux. Il pensait quil noublierait jamais les promenades le long de la Vltava et jusquaux collines de Moravie. Le jour de sa dernière et triste rencontre avec Max Brod, comme pour marquer sa foi inébranlable dans la survie de son pays, il écouta toute la soirée sur son phonographe la musique qui chantait la campagne praguoise : « La Vltava » de Smetana ou les « danses slaves » de Dvorak
13
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les aléas du nucléaire de fission

de ed-saint-julien-d-orcival

Formez le monôme, formez…

de ed-saint-julien-d-orcival

L'Opéra fantastique

de ed-saint-julien-d-orcival

suivant