Le Retour en Picardie

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Fils naturel d’une servante, Gautier entretient une liaison avec une jeune bourgeoise de Bastion-Saint-Jean. Suite à une infâme machination, l’adolescent est condamné aux galères.


Grâce au marquis de Saint-Mard, Gautier s’évade après sept ans de bagne sur l’île de Ré. Il rencontre la générosité sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et l’amitié à Fleurines. De retour chez lui, il découvrira la fidélité et sa véritable identité, avant d’entreprendre sa vengeance.


Roman d’amour et d’aventure au coeur de la Picardie du XVIIe siècle, Le Retour en Picardie captive et bouleverse.


Né à Roye, passionné d’histoire locale, Roger Ana met en scène des personnages authentiques et sait susciter par sa plume émotion, tension, trouble et angoisse.


Dans ces pages richement illustrées de photos et gravures anciennes, où les destins individuels se mêlent à la grande histoire, l’auteur fait revivre un autre temps, décrivant admirablement un environnement qui sera considérablement bouleversé deux siècles plus tard.


Publié le : mardi 1 janvier 2008
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9999998590
Nombre de pages : non-communiqué
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3 ACCUSATIONS ccusé de meurtre par la hautaine aristocratie, pour-cialAement au milieu de la place d’Armes. tant sans preuve évidente, il devait être pendu « haut et court » sur le gibet que l’on avait construit spé-Les hauts dignitaires de la ville et quelques notables invités par le gouverneur, confortablement assis sur le dé-gradé du perron du beffroi, palabraient joyeusement en at-tendant l’ouverture de ce spectacle d’un autre âge. Mais c’était aussi l’occasion de faire savoir au Roy que l’ordre et la discipline régnaient dans la ville Le ciel d’orage menaçait depuis l’aube. Sa noirceur par-ticipait à la mise en scène de ce rituel macabre. Le condamné fut traîné et hissé avec force sur la potence, torse nu et les mains liées derrière le dos. Il avait 20 ans. Impressionnant avec ses biceps énormes et sa cagoule noire, le cruel bourreau passa la corde au cou du supplicié. Ce dernier clamait toujours haut et fort son innocence ; Emmanuel, le moine miséricordieux, l’assistait et lui ten-dait la croix. L’exécuteur de la haute justice attendait l’ordre de 14 Joseph D’Espinay , gouverneur de Roye et du maire perpétuel 14 Joseph d’Espinay, marquis de Lignery, chevalier, brigadier général des armées, capitaine de la première compagnie des gardes du corps, tué à Norvinde le 3 août 1693. Il fut nommé aussi gouverneur général par
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Louis Butin, pour accompl ir son macabre travail . L’An-gélus de midi était le signal déclenchant. Les murmures de protestation de la foule importante, maintenue à distance par des gens d’armes, et les cris d’une mère ne détenaient aucun pouvoir pour interdire cette justice barbare. Elle ne convenait en réalité qu’à une petite minorité de bourgeois plus soucieux de protéger leurs ac-quis que de rechercher une équité. L’atmosphère houleuse sentait la révolte. Des bous-culades se produisirent et quelques rixes furent neutralisées par les forces armées. On aurait cru que toute la cité était réunie au même endroit et jamais on n’avait vu autant d’hommes de guerre à cheval. La dernière exécution remontait à plus de trente ans. Ce jour-l à, après l ui avoir coupé l a l angue, l e bourreau s’était acharné à briser les membres d’une sorcière liée dénudée sur une roue. À la suite de cette barbarie, une révolte avait éclaté, animée d’ailleurs par toutes les couches sociales. La ville s’humanisa. Les rues devinrent moins dangereuses et on se battait moins en duel sur la place du beffroi. Après une enquête très sommaire, les juges condamnè-rent donc Gautier à la pendaison. Isabelle, horrifiée, n’acceptait toujours pas d’être mariée au fils unique des D’Arville. – Ce petit gueux est un assassin, il a ce qu’il mérite, disait la baronne De Lalande en évoquant Gautier. Nous t’offrons un avenir et non la dérision. Et si je refuse ? provisions du 27 décembre 1692 et prêta serment, en cette qualité, de-vant le duc d’Elbeuf.
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– On te conduira au couvent des Pénitents d’où tu ne pourras en sortir que par notre volonté. Là-bas, on observe la règle de la clôture qui impose le silence et de sévères pé-nitences. Dans une heure, l’autre sera pendu. Pense à nous Isabelle. Isabelle, nous ne souhaitons que ton bonheur. – Mais pourquoi veux-tu toujours décider pour moi ? Ne peux-tu pas une fois respecter et comprendre ce dont je désire et non ce que tu exiges ? – Je veux ton bonheur. – Tu oublies que mon bonheur c’est Gautier. Tu n’as qu’un but, celui de l’honorabilité de ta classe et du rang que tu as acquis par le mariage. – Je t’interdis de me parler sur ce ton. – Tu vois, quand on te tient tête et qu’on te dit tes quatre vérités tu te mets en colère. Tu es jalouse de moi parce que je suis jeune et que j’aime, ce que tu n’as jamais su éprouver.La mère et la fille arpentaient les allées, du couvent, réservées aux sœurs. Soudain, Isabelle escalada le parapet de pierre qui à cet endroit tombait à pic vers les garennes de la sente aux Loups. Elle déchira sa tunique blanche de novice qu’elle lança au vent en criant : – Maman, si Gautier meurt, je me jette du haut de ces remparts. – Ne fais pas cela, je t’en prie, réfléchis, ne fais pas cela. – Je te le jure, si Gautier meurt, je me tue. La baronne De Lalande fut surprise par l’intensité du sentiment et de la décision de sa fille. Elle connaissait pour-tant son caractère tenace, elle savait qu’elle accomplirait l’irréparable. Mais elle ne s’attendait pas à un tel boulever-sement de son intrigue. Déjà, elle échafaudait un autre plan pour convaincre la jeune femme d’abandonner son geste regrettable.
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– Descends, nous allons en reparler. Je ne t’ai peut-être pas comprise. Mais Isabelle n’avait aucune confiance en sa mère. Une petite voix intérieure lui soufflait que la baronne n’était pas sincère. – N’approche pas. Fais ce que je te demande. Va de-mander au Roy qu’il accorde grâce à Gautier et j’épouserais qui tu voudras. À cet instant, Isabelle avait aperçu à l’autre extrémité du Jardin botanique, le Roy qui se promenait en compagnie de sa sœur et d’une petite suite composée d’un cortège de gen-tilshommes cravatés, aux chapeaux garnis de plumes et d’une procession de dames de qualité, mouche au menton, portant manchons et jupes de traîne. Le souverain, alerté par les cris de la jeune fille, traversa les pelouses et se dirigea vers les deux femmes. À son arrivée, la baronne De Lalande se prosterna, mais le Roy fit un écart et s’adressa à Isabelle. – Pourquoi cet esclandre tendre demoiselle ? Que faites-vous près de ce précipice ? – Majesté par pitié, mon Seigneur, supplia Isabelle les mains jointes en prière, sauvez celui que j’aime ; il est in-nocent. Je fais le serment de respecter les désirs de mes pa-rents. Mais s’il meurt, je le suis, je me jette de ce rempart. Par pitié Majesté, sauvez-le. Vous seul détenez ce pouvoir. – De quoi l’accuse-t-on ? – D’avoir tué un vieil homme, mais il est innocent. Il est accusé sans aucune preuve. Il n’a pas pu se défendre, car le tribunal l’a condamné sans même l’écouter. Mon Seigneur, sauvez-le par pitié, je vous en supplie.Le Roi Sol eil , très ému par tant de sol l icitations pres-santes, fit quelques pas vers la jeune fille et demanda la
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présence du confesseur. Un valet fut désigné à le quérir. Au cours de leur entretien, le Roy ne quittait pas Isabelle des yeux. À genoux sur le parapet, les mains jointes, elle im-plorait sa miséricorde. – Il est innocent mon Seigneur. Le père Emmanuel, son confesseur et qui est aussi le mien, prie pour que la justice soit la vôtre et celle du Bon Dieu et non celle des hommes. Le Roy s’était encore rapproché d’Isabelle, presque à la toucher, et leur conversation n’était plus audible de l’en-tourage proche. – Par pitié, je vous implore au nom de notre enfant qui grandit dans mes entrailles. Nous nous aimons depuis tou-jours, mais mes parents sont contre cette union parce que celui que j’aime n’est pas de noblesse. S’il est sauvé, je fais le serment de respecter leurs projets. – Que l’on fasse venir le scribe ? ordonna le Roy.
1900. Le bastion Saint-Jean.
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