Le rétroviseur du diable

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Une simple carie dentaire découverte un matin et la semaine de Jean-Gaétan, économe de 43 ans, bascule. Gérée par des fantômes incarnés par ses secrétaires, une maladie étrange le pousse à écrire un roman en corse. Ainsi le lecteur retrouvera Jean-Gaétan évadé de sa semaine de fonctionnaire, dans le temps étiré d'un petit village corse, peuplé de quelques vieux qui ne comptent plus les jours. Un sentier de caillasses et d'arbouses poreuses à la poussière qui traverse de la châtaigneraie au maquis, le bonheur assis et les peurs en sentinelles. Lors de ce parcours initiatique à l'envers, entre sorciers, sorcières et rires, Jean-Gaétan accompagné de ses deux enfants, tentera de guérir ses maladies d'arbre, le chancre et l'endothia.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 159
EAN13 : 9782748167740
Nombre de pages : 351
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Le rétroviseur du diable
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Jean-Louis Vincensini
Le rétroviseur du diable
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-6774-0 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748167740 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-6775-9 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748167757 (livre numérique)
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Après une enfance maussade et une adolescence bariolée, je me retrouve à quarante trois ans chez le dentiste pour un début de carie. La décision d’enfin montrer mes dents définitives a été difficile à prendre. Définitives, car les laits ont été par contre souvent autoritairement examinées par les médecins scolaires, jusqu’à la sixième, je crois. Après, je n’ai même pas de souvenirs de perceuses ou d’arrachage. Je peux dire sans me vanter que des incisives aux molaires, j’ai vécu en paix avec ma dentition, jusqu’à ce jour où, suspectant une angine et me contorsionnant devant la glace la bouche bée, j’aperçus un point noir à droite en rentrant, plus précisément sur la canine, en plein milieu. Pourquoi, pour la première fois, ce besoin impérieux de prévenir plutôt que de guérir ? La prise de rendez-vous fut immédiate mais l’attente d’une semaine, émaillée de petites peurs informes, vite évanouies par une auto réassurance immédiate en me disant que les
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techniques modernes devraient éviter la douleur et qu’un simple point de carie n’entraînerait pas l’extraction, fut étrange, difficile à vivre. Faire sauter une dent en plein sourire risquait de disjoindre un ordre dont je ne suis pas mécontent. J’avais brutalement pris conscience que c’était la première fois que je m’intéressais à mon corps, ses possibles maladies, ses probables souffrances. Jusqu’alors les médecins ne s’étaient penchés sur moi que pour des choses guérissables sans inquiétude. Les boutonnades de l’enfance, une suspicion d’appendicite à six ans, une vraie grippe à huit, et l’ablation des végétations dans les années soixante. Ce n’était pas une intervention chirurgicale nécessaire, mais mon père avait lu dans un magazine que cette flore pouvait expliquer le retard scolaire. J’étais un cancre. Ou n’étais-je pas tout simplement en train de m’inquiéter pour mon sourire, de son intégrité menacée, pire encore, du risque de perdre le bonheur, car mes incisives ont une histoire. Une histoire aussi longue, en moi, que la vie de ma grand-mère qui les appelait « les dents du bonheur ». Elle mesurait en souriant l’écart entre les deux avec la tranche d’une pièce de cinq francs en argent, et à mon anniversaire me donnait la pièce. J’étais heureux.
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