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Le rétroviseur du diable
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Jean-Louis Vincensini
Le rétroviseur du diable
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-6774-0 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748167740 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-6775-9 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748167757 (livre numérique)
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Après une enfance maussade et une adolescence bariolée, je me retrouve à quarante trois ans chez le dentiste pour un début de carie. La décision d’enfin montrer mes dents définitives a été difficile à prendre. Définitives, car les laits ont été par contre souvent autoritairement examinées par les médecins scolaires, jusqu’à la sixième, je crois. Après, je n’ai même pas de souvenirs de perceuses ou d’arrachage. Je peux dire sans me vanter que des incisives aux molaires, j’ai vécu en paix avec ma dentition, jusqu’à ce jour où, suspectant une angine et me contorsionnant devant la glace la bouche bée, j’aperçus un point noir à droite en rentrant, plus précisément sur la canine, en plein milieu. Pourquoi, pour la première fois, ce besoin impérieux de prévenir plutôt que de guérir ? La prise de rendez-vous fut immédiate mais l’attente d’une semaine, émaillée de petites peurs informes, vite évanouies par une auto réassurance immédiate en me disant que les
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Le rétroviseur du diable
techniques modernes devraient éviter la douleur et qu’un simple point de carie n’entraînerait pas l’extraction, fut étrange, difficile à vivre. Faire sauter une dent en plein sourire risquait de disjoindre un ordre dont je ne suis pas mécontent. J’avais brutalement pris conscience que c’était la première fois que je m’intéressais à mon corps, ses possibles maladies, ses probables souffrances. Jusqu’alors les médecins ne s’étaient penchés sur moi que pour des choses guérissables sans inquiétude. Les boutonnades de l’enfance, une suspicion d’appendicite à six ans, une vraie grippe à huit, et l’ablation des végétations dans les années soixante. Ce n’était pas une intervention chirurgicale nécessaire, mais mon père avait lu dans un magazine que cette flore pouvait expliquer le retard scolaire. J’étais un cancre. Ou n’étais-je pas tout simplement en train de m’inquiéter pour mon sourire, de son intégrité menacée, pire encore, du risque de perdre le bonheur, car mes incisives ont une histoire. Une histoire aussi longue, en moi, que la vie de ma grand-mère qui les appelait « les dents du bonheur ». Elle mesurait en souriant l’écart entre les deux avec la tranche d’une pièce de cinq francs en argent, et à mon anniversaire me donnait la pièce. J’étais heureux.
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Un pour Un
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