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Le Royaume

De
640 pages
Le Royaume raconte l’histoire des débuts de la chrétienté, vers la fin du Ier siècle après Jésus Christ. Il raconte comment deux hommes, essentiellement, Paul et Luc, ont transformé une petite secte juive refermée autour de son prédicateur crucifié sous l’empereur Tibère et qu’elle affirmait être le messie, en une religion qui en trois siècles a miné l’Empire romain puis conquis le monde et concerne aujourd’hui encore le quart de l’humanité.
Cette histoire, portée par Emmanuel Carrère, devient une fresque où se recrée le monde méditerranéen d’alors, agité de soubresauts politiques et religieux intenses sous le couvercle trompeur de la pax romana. C’est une évocation tumultueuse, pleine de rebondissements et de péripéties, de personnages hauts en couleur.
Mais Le Royaume c’est aussi, habilement tissée dans la trame historique, une méditation sur ce que c’est que le christianisme, en quoi il nous interroge encore aujourd’hui, en quoi il nous concerne, croyants ou incroyants, comment l’invraisemblable renversement des valeurs qu’il propose (les premiers seront les derniers, etc.) a pu connaître ce succès puis cette postérité. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que cette réflexion est constamment menée dans le respect et une certaine forme d’amitié pour les acteurs de cette étonnante histoire, acteurs passés, acteurs présents, et que cela lui donne une dimension profondément humaine.
Respect, amitié qu’Emmanuel Carrère dit aussi éprouver pour celui qu’il a été, lui, il y a quelque temps. Car, comme toujours dans chacun de ses livres, depuis L’Adversaire, l’engagement de l’auteur dans ce qu’il raconte est entier. Pendant trois ans, il y a 25 ans, Emmanuel Carrère a été un chrétien fervent, catholique pratiquant, on pourrait presque dire : avec excès. Il raconte aussi, en arrière-plan de la grande Histoire, son histoire à lui, les tourments qu’il traversait alors et comment la religion fut un temps un havre, ou une fuite. Et si, aujourd’hui, il n’est plus croyant, il garde la volonté d’interroger cette croyance, d’enquêter sur ce qu’il fut, ne s’épargnant pas, ne cachant rien de qui il est, avec cette brutale franchise, cette totale absence d’autocensure qu’on lui connaît.
Il faut aussi évoquer la manière si particulière qu’a Emmanuel Carrère d’écrire cette histoire. D’abord l’abondance et la qualité de la documentation qui en font un livre où on apprend des choses, beaucoup de choses. Ensuite, cette tonalité si particulière qui, s’appuyant sur la fluidité d’une écriture certaine, passe dans un même mouvement de la familiarité à la gravité, ne se prive d’aucun ressort ni d’aucun registre, pouvant ainsi mêler la réflexion sur le point de vue de Luc au souvenir d’une vidéo porno, l’évocation de la crise mystique qu’a connu l’auteur et les problèmes de gardes de ses enfants (avec, il faut dire, une baby-sitter américaine familière de Philip K. Dick…).
Le Royaume est un livre ample, drôle et grave, mouvementé et intérieur, érudit et trivial, total.
Prix LiRE : Meilleur livre de l'année 2014
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Bravoure, Prix Passion 1984, Prix de la Vocation 1985 Lamoustache, 1986 Le détroitde Behring, Grand Prix de la science-ction 1987, Prix Valery Larbaud 1987 horsdatteinte?, Prix Kléber Haedens 1988 LacLassedeneige, Prix Femina 1995 L’adversaire, 2000 unromanrusse,2007 L’amiedujaguar, 2007 (première édition : Flammarion, 1983) d’autresviesqueLamienne, 2009 Limonov,Prix Renaudot, Prix des prix, Prix de la langue française, 2011
Chez d’autres éditeurs
Wernerherzog, Edilig, 1982 jesuisvivantetvousêtesmorts: Philip K. Dick, 1928-1982, Le Seuil, 1993
Emmanuel Carrère
Le Royaume
P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2014ISBN : 978-2-8180-2118-7 www.pol-editeur.com
Prologue (Paris, 2011)
1
Ce printemps-là, j’ai participé au scénario d’une série télévisée. En voici l’argument : une nuit, dans une petite ville de montagne, des morts reviennent. On ne sait pas pourquoi, ni pourquoi ces morts-là plutôt que d’autres. Eux-mêmes ne savent pas qu’ils sont morts. Ils le découvrentdans le regard épouvanté de ceux qu’ils aiment, qui les aimaient, auprès de qui ils voudraient reprendre leur place. Ce ne sont pas des zombies, ce ne sont pas des fantômes, ce ne sont pas des vampires. On n’est pas dans un lm fantas-tique mais dans la réalité. On se pose, sérieusement, la ques-tion : supposons que cette chose impossible arrivepour de bon? Si en entrant dans la cuisine vous, que se passerait-il trouviez votre lle adolescente, morte trois ans plus tôt, en train de se préparer un bol de céréales en craignant de se faire engueuler parce qu’elle est rentrée tard, sans aucun souvenir de ce qui s’est passé la nuit précédente, comment
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Leroyaume
réagiriez-vous ? Concrètement : quels gestes feriez-vous ? Quelles paroles prononceriez-vous ? Je n’écris plus de ction depuis longtemps mais je sais reconnaître un dispositif de ction puissant quand on m’en propose un, et celui-ci était de loin le plus puissant qu’on m’ait proposé dans ma carrière de scénariste. Pendant quatre mois, j’ai travaillé avec le réalisateur Fabrice Gobert tous les jours, du matin au soir, dans un mélange d’enthou-siasme et, souvent, de sidération devant les situations que nous mettions en place, les sentiments que nous manipu-lions. Ensuite, pour ce qui me concerne, les choses se sont gâtées avec nos commanditaires. J’ai presque vingt ans de plus que Fabrice, je supportais moins bien que lui de passer constamment des examens devant des petits jeunes gens à barbe de trois jours qui avaient l’âge d’être mes ls et faisaient des moues blasées devant ce que nous écrivions. La tentation était grande de dire : « Si vous savez si bien ce qu’il faut faire, les gars, faites-le vous-mêmes. » J’y ai cédé. Contre les sages conseils d’Hélène, ma femme, et de François, mon agent, j’ai manqué d’humilité et claqué la porte à mi-chemin de la première saison. Je n’ai commencé à regretter mon geste que quelques mois plus tard, très précisément au cours d’un dîner auquel j’avais convié Fabrice avec le chef opérateur Patrick Blos-sier, qui avait fait l’image de mon lmLa Moustache. J’étais sûr qu’il serait l’homme idéal pour faire celle des Revenants,sûr que Fabrice et lui s’entendraient à merveille, et c’est ce qui s’est passé. Mais en les écoutant ce soir-là,