Le royaume de Sobrarbe

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« Cette promenade-là, toute mélangée de graves inquiétudes pour le châssis de la voiture, pour les pneumatiques (qu’en effet il va falloir changer, a-t-on découvert hier...), et à propos de l’heure qui tournait, d’un hôtel à trouver, du danger de s’enliser et de l’absence de tout secours à espérer si le besoin s’en manifestait, cette promenade-là était éminemment frustrante, comme toujours les plus belles promenades, qui sont des idées de promenade, des projets de promenade, des marches pour une autre fois. Je veux dire que je ne rêve que de la refaire, celle-là, et mieux, plus à loisir, au cours d’une de ces vies qui ne se présentent jamais où le temps qu’on a dans sa gibecière est aussi énorme que l’espace offert à la vue sur des hauteurs pareilles. L’archi-objet du désir est un village abandonné nommé Morcat, je crois bien, dont on aperçoit le clocher, une haute tour carrée, de toutes les contrées à la ronde. Isolé, perdu, très difficile à atteindre (au moins pour les voyageurs pressés), il est pourtant, lui, en position de chef d’orchestre du sublime – car si le sublime a un sens, en matière de paysage, c’est bien sur ces plateaux-là qu’il le rencontre, au sud de Boltaña, à l’ouest-sud-ouest d’Aínsa, près des sources du río Vero, dans l’ancien royaume de Sobrarbe. »

Publié le : mercredi 5 novembre 2008
Lecture(s) : 25
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213645513
Nombre de pages : 682
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« Cette promenade-là, toute mélangée de graves inquiétudes pour le châssis de la voiture, pour les pneumatiques (qu’en effet il va falloir changer, a-t-on découvert hier...), et à propos de l’heure qui tournait, d’un hôtel à trouver, du danger de s’enliser et de l’absence de tout secours à espérer si le besoin s’en manifestait, cette promenade-là était éminemment frustrante, comme toujours les plus belles promenades, qui sont des idées de promenade, des projets de promenade, des marches pour une autre fois. Je veux dire que je ne rêve que de la refaire, celle-là, et mieux, plus à loisir, au cours d’une de ces vies qui ne se présentent jamais où le temps qu’on a dans sa gibecière est aussi énorme que l’espace offert à la vue sur des hauteurs pareilles. L’archi-objet du désir est un village abandonné nommé Morcat
, je crois bien, dont on aperçoit le clocher, une haute tour carrée, de toutes les contrées à la ronde. Isolé, perdu, très difficile à atteindre (au moins pour les voyageurs pressés), il est pourtant, lui, en position de chef d’orchestre du sublime – car si le sublime a un sens, en matière de paysage, c’est bien sur ces plateaux-là qu’il le rencontre, au sud de Boltaña, à l’ouest-sud-ouest d’Aínsa, près des sources du río Vero, dans l’ancien royaume de Sobrarbe. »
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