Le sang de l'hermine

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Rien n’est trop beau pour le royaume de France. Rejeté de Rome, où Raphaël a pris sa place, de Florence, où c’est Michel-Ange qui règne, Léonard de Vinci a répondu à l’invitation de François Ier de se rendre à sa cour. Toutefois, méfiant (c’est qu’on a vu souvent Léonard faire faux bond à ses mécènes), le monarque mandate un de ses fidèles pour lui servir d’escorte. Quentin du Mesnil, compagnon d’enfance du roi et aujourd’hui maître d’hôtel à Amboise, se voit confier cette mission des plus innocentes. Mais le jeune homme, qui ne pense qu'à révolutionner les manières de table héritées du Moyen Âge, pour mieux servir son maître, est bien loin de se douter que le vieillard pourrait être plus encombrant qu’il n’y paraît. Surtout si ses ennemis ont juré sa perte…
Publié le : mercredi 2 novembre 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782709638685
Nombre de pages : 350
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Maquette de couverture : Atelier Didier Thimonier Peinture : Nature morte avec huîtres et noix, 1637 par Willem Claesz © Collection Johnny Van Haeften Ltd., Londres / The Bridgeman Art Library © 2011, éditions Jean-Claude Lattès. Première édition novembre 2011. ISBN : 978-2-7096-3868-5 www.editions-jclattes.fr www.michelebarriere.com
Pour Alice, la rue Cauchois et la rue des Courtieux.
Préambule
1516. Un jeune homme de vingt-deux ans règne sur la France. Grand, beau, intelligent, cultivé, tout lui sourit. Pourtant, rien ne destinait François d’Angoulême, duc de Valois, à devenir roi. Il a fallu que Charles VIII et Louis XII meurent sans héritier mâle pour qu’il accède au trône. Adulé par sa mère, Louise de Savoie, sa sœur, Marguerite d’Alençon et sa discrète épouse, Claude de France, ce garçon impétueux et charmeur croit en son destin. Nourri de récits chevaleresques mais ouvert aux écrits des humanistes, féru de beauté mais jaloux de son pouvoir, il ne rêve que de gloire pour lui et son royaume.
Quelques mois après son couronnement, le 14 septembre 1515, François remporte la bataille de Marignan. Une aubaine pour asseoir son autorité ! Marignan ! Une expédition hasardeuse qui coûte la vie à plus de seize mille hommes et n’est qu’un des nombreux épisodes des onze guerres d’Italie menées entre 1494 et 1559 pour de sombres raisons dynastiques. Mais, grâce à la propagande de l’époque, il devient « le plus vaillant des princes » et entre dans la légende. François restera persuadé qu’il est un stratège hors pair. En oubliant que, sans la cavalerie vénitienne, l’affaire aurait tourné au désastre. Qu’importe ? On le dit l’égal de Charlemagne, de César… Ses futures aventures militaires le prouveront-elles ? Nous verrons.
D’autant que d’autres souverains, aussi jeunes et aussi avides de gloire que lui, se disputent l’Europe. En Angleterre, Henri VIII, âgé de vingt-cinq ans à peine, se dit toujours héritier du royaume de France. À seize ans, Charles de Habsbourg, roi d’Espagne, futur Charles Quint, ne rêve que de faire valoir ses droits sur la Bourgogne. Soliman qui deviendra le Magnifique a le même âge que François et une seule envie : étendre l’empire ottoman à l’ouest du Bosphore. À l’aube d’un nouveau monde qui a vu la découverte de l’Amérique, ces jeunes hommes vont se faire la guerre, se trahir et s’allier au gré des conflits.
Si la France a fait son unité sous le règne de Louis XI, l’Italie est morcelée en plus de douze États indépendants, qui se battent pour la suprématie politique. Parmi eux, Milan, Venise, Florence, les États pontificaux, Naples, Gênes, Mantoue… Mais l’Italie reste le creuset des arts et de la pensée. Tous les regards se tournent vers Rome, où s’affrontent Raphaël et Michel-Ange. Quant à Léonard de Vinci, ses triomphes florentins et milanais sont loin derrière lui. Il n’a plus sa place dans la compétition que se livrent d’autres géants…
1
Des filets de sang maculaient la fourrure de l’hermine. Léonard s’approcha. Avec douceur, il enleva les clous crucifiant le petit animal. Et les jeta au loin d’un geste rageur. Elle était morte, mais il la pressa contre lui. D’un doigt léger, il effleura les oreilles délicates, le pelage aussi fin que de la soie. Il caressa le corps encore tiède. Il revoyait l’hermine lovée dans le giron de Cécilia, immaculée, le museau frémissant, l’œil aux aguets, prête pour un nouveau jeu.
Cette mort annonçait la sienne, il le savait. La partie était finie. Ses yeux prirent la couleur froide de l’ardoise. Pourquoi ces lâches ne s’en prenaient-ils pas à lui ? Qu’ils viennent donc l’affronter face à face. Pourquoi faire souffrir un animal innocent ? Qu’ils viennent donc mugir leur haine en pleine lumière. La cruauté l’insupportait. Il l’avait tant vue à l’œuvre, détruisant les créatures de Dieu. Assassiner l’innocence le rendait fou. Ne pouvait-on le laisser en paix ? Lui qui était si las et n’avait plus rien à donner au monde. Partir ? Fuir ? Ne l’avait-il pas toujours fait ? Soit, il partirait. Rome n’était plus qu’un tombeau pour lui. On dit que l’hermine préfère toujours la mort à la souillure. Et lui ?
La haute silhouette poussa la porte et disparut dans la pénombre du palais.
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