Le sang de la haine

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En Afrique du Sud, la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) a fait la lumière sur les crimes politiques perpétrés sous l'ancien régime de l'apartheid. Tous ? Non… Depuis peu directrice de recherche à la firme pharmaceutique Bood du Cap, la belle et combative Nadine est sur le point de livrer à la médecine de grandes avancées sur le clonage thérapeutique quand subitement son existence bascule : elle découvre qu'elle est séropositive. Qui l'a contaminé ? Ses recherches la mènent sur une piste inattendue : elle aurait été contaminée lors d’une vaccination contre la poliomyélite à l’âge de cinq ans. Déterminée à retrouver les coupables peu scrupuleux, Nadine se lance dans une quête à corps perdu.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
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EAN13 : 9782748123081
Nombre de pages : 219
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Le sang de la haine
King Jr. T.M
Le sang de la haine
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-2309-3 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-2308-5 (pour le livre imprimé)
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PROLOGUE
Nadine Mbeki, ayant décroisé les jambes, sen-fonça dans le fauteuil en cuir, mais, face à elle, le directeur de la firme pharmaceutique Bood ne ces-sait pas de parler ; il tournait les feuilles du dossier intitulé : « Nadine Mbekigénéticienne » avec ten-dresse comme si la moindre brutalité pouvait lui en-lever le plaisir de la lecture. A droite, la porte du bureau climatisé et le couloir. Au bout du couloir, la grande baie vitrée du huitième étage à travers la-quelle lon voit en bas les passants, nombreux - si nombreux et bigarrés que le centre-ville du Cap se doutait davoir jamais connu lapartheid. Dix heures, la clarté dun soleil de plomb filtrait par la fenêtre, et à lombre de la lumière, Nadine fixait intensément Peter Marcus. Ce Blanc dans la cinquantaine avait un corps alourdi et, sous sa calvi-tie, son visage sévère avec un nez proéminent révé-lait son ascendance européenne, mais cétaient sur-tout ses yeux brun sombre, presque aussi sombre que leur pupille, qui retenaient lattention. - Excusez-moi, vous êtes raciste ? - Cest le passé, ça ! Le Sud-Africain na pas de couleur, cest un citoyen, point. Nous sommes dans la nouvelle Afrique du Sud. Le travail ne soffre plus en fonction de la pigmentation de la peau. Cette erreur a cessé depuis 1994 quand Nelson Mandela est devenu Président de la République.
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Ce dialogue aurait eu lieu, mais le souvenir de lenfance de Nadine lavait rattrapée. Les bouteurs des soldats qui en un instant rasaient leurs huttes et leurs enclos, et chargeaient sur des camions mili-taires le peu de richesse que possédaient les paysans, assemblés pour observer dun air incrédule lhumi-liation. Puis la déportation dun bon nombre de gens à lintérieur du pays, dans un village-réserve désigné par le gouvernement, afin de laisser la place à une nouvelle colonie blanche. Les rebelles étaient aus-sitôt battus ou arrêtés pour entrave à lautorité pu-blique. Leurs femmes étaient violées. Un jour, le ciel était dun bleu tendre. Engagées dans un sen-tier bordé dherbes, sa jolie mère et elle rentraient du marigot quand soudain elles avaient vu apparaître cinq policiers blancs. Lexpression de sa mère avait changé radicalement. La peur et la colère sétaient disputées sur ses traits et un policier sétait exclamé : - Belle négresse quon voit là ! Approche, né-gresse, que nous te domptions ! Sa mère avait reculé si vivement que le sceau deau quelle portait en équilibre sur la tête était tombé. Le sceau sétait mis à rouler le long du sen-tier comme sil fuyait le théâtre du drame qui allait se jouer, répandant son contenu. Terrifiée, la petite fille de cinq ou six ans sétait lancée à sa poursuite, jusquà le rattraper. Quand elle était revenue vers sa mère, cette dernière avait été assez brutalement giflée, et un policier en présence des autres était en train de la violer en lui disant : « Noublie jamais que nous sommes tes maîtres ». Sa mère avait hurlé, tournant la tête dans la direction de sa fille qui assis-tait, pétrifiée, à cette vexation : - Va-t-en ! Sauve-toi ! Nadine avait obéi aussi vite quelle pouvait, lais-sant couler des larmes sur son petit visage à peine rougeâtre. Brutalement les dents de sa mère avaient
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arraché le pénis dun policier qui réclamait une fel-lation. Le coup de feu était parti. Cest alors que Nadine sétait retournée et avait vu le corps sans vie de sa mère, étalée au milieu de la piste. Un grand cri de révolte et de colère sétait élevé de sa petite poitrine et elle avait senti se solidifier en elle comme une lave, un sentiment qui ne devait plus la quitter, mélange de terreur et de deuil. On avait fusillé sa mère. Pourquoi ? Femme de la terre, mère den-fant, naurait-on pas dû plutôt la respecter et lhono-rer ? Les Blancs avaient longtemps rayé les Noirs de la carte des humains, les considérant des non-êtres. Les Africains navaient plus de réalité que celle que voulaient bien leur concéder les Blancs. Pourquoi ? Pourquoi la haine de lautre ne peut-elle disparaître du monde ? Nadine, trente ans, de peau foncée, revint au pré-sent, la vie lui paraissait injuste. Son corps mince était vêtu dun chemisier ivoire et dune jupe bleu marine qui lui arrivait quelques regrettables centi-mètres au dessous du genou. Très belle femme, comme sa mère. Elle jeta son regard sur la veste élégante de son futur patron. On aurait dit quelle sennuyait à mourir. Pendant un assez long moment, elle ne sut quel parti adopter : toussoter ? Parler ? Était-ce poli de le faire avec le directeur du plus grand laboratoire privé dAfrique du Sud ? Ce matin-là, elle sétait fait accompagner dans leur Peugeot 306 par Steve, son mari, qui avait dé-crété amèrement du haut de ses trente-cinq ans quil serait peut-être plus intelligent pour elle de penser à la famille. Nadine se souvint alors de ce qui sétait passé : après le petit déjeuner au cours duquel ils avaient abordé le difficile et litigieux problème de lenfant quil voulait delle, on lavait appelée pour confir-mer cet entretien dembauche. À neuf heures, Steve lavait déposée à lentrée de limposant immeuble
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de la Bood, trente étages. Nadine, très détendue, sétait présentée à la convocation. La firme était lan-cée dans la course aux implications thérapeutiques du clonage humain. On avait immédiatement sélec-tionné Nadine parmi plusieurs autres candidats à qui la direction avait envoyé une sollicitation de candi-dature deux semaines auparavant. Alors, elle devrait occuper le poste de directeur de recherche. Depuis les premières secondes de présentation et de courtoisie, Peter Marcus parcourait, à voix haute, son dossier, quil avait posé sur la table. Trois ans plus tôt, elle était revenue de Boston, munie de son doctorat en génétique moléculaire de luniversité Havard. Sa grande force, cétait sa ca-pacité de se mettre en compétition. Enseignante à lUniversité du Cap Town à vingt-huit ans, Nadine avait une brillante carrière de professeur devant elle que rien ne semblait pouvoir arrêter, mais, à trente ans, elle avait décidé subitement de changer dobjec-tif. Elle avait deux atouts fondamentaux pour arriver le plus haut possible dans une entreprise : lintelli-gence et lambition. Elle avait obtenu la meilleure note de sa promotion. Cétait la personne quil fal-lait à la tête de leur équipe de recherche. Le directeur continuait avec son verbiage et lui donnait toutes les informations sur les règles du La-boratoire. Observant le sol recouvert dune moquette marron glacé et la riche décoration de la pièce - lar-gent semblait couler à flots -, percevant lodeur âcre de cigare cubain et le parfum capiteux de Peter, elle laissa son esprit revenir à sa démission de lenseigne-ment deux jours plus tôt, puis remonter encore plus loin dans le temps, à lécole primaire et au collège spécial pour les Noirs du Cap, dont lenseignement était fondé sur les principes de la tutelle, de linéga-lité et de la ségrégation, avant dobtenir une bourse pour luniversité américaine.
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