Le sang des Ashantis

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Au XVII ème siècle, un jeune africain libre, Moonraï, est vendu par son oncle à des marchands ashantis qui le vendent à leur tour, dans l'un des forts de la Côte des Esclaves (l'actuel Ghana), à un négrier irlandais. Avant d'être embarqué, le captif tente de se donner la mort en avalant une drogue qui est censée le tuer. Mais soit qu'il n'en prend pas assez, soit que la vertu de celle-ci est insuffisante, il ne meurt pas, mais tombe dans un profond sommeil dont il ne se réveille qu'en Martinique, un peu avant le 12 octobre 1992, jour de la commémoration officielle du cinq centième anniversaire de la découverte de l'Amérique...

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844505484
Nombre de pages : 310
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Première partie
Quand Moonraïassez pr fut ès pour identifier les deux hommes qui parlaientàson oncle,il eut un léger tressaillement, et, instinctivement,le pas ralentit . Ilétait inquiet,pouvoir sans dire pourquoi, d’autant qu’il ne percevait aucun signe de cette agitation coutumière de la fin du jour,quand sa mère et les nièces de celle-ci achevaient de préparer le repas.case semblait La silencieuse,et le pilon,immobile,reposait dans le grand mortier, àl’angle de la cour. Peut-êtreétait-il trop loin encore,et de plus au vent de l’en-clos où se regroupaient les quatre cases qui abritaient toute sa famille.Sa mère et les nièces,dans la plus petite,près de l’en-trée ; son grand’oncle,seul,dans la plus grande.Enfin,plus loin, à l’autre bout de la cour,juste avant la sienne et ,case de la la vieille femme de son grand’oncle,la première qu’il eûtépousée, etàqui il témoignait cette sorte d’affection craintive et respec-tueuseàla fois que l’on manifeste aux gens qui connaissent vos faiblesses et vous les pardonnent. Adzo,lui,n’avait pas de case.Il n’était pas de la famille,et leur servaitàtous d’esclave.Ramasser du bois pour le feu,net-toyer la cour,nourrir les poules,et les cabrisàla saison sèche, soigner le cheval du grand’oncle et porter le parasol quand il se déplaçait pour rendre visite au chef du village voisin,àquelques kilomètres d’Atakpame,partie de ses attributions faisaient . Le pauvre Adzo,quiétait content de pas être maltraité,ne pouvait guère espérer mieux.Rescapéd’un convoi d’esclaves vendus par leurs maîtres qui descendait sur la côte,vers les forts,et qui avait étéattaquépar des pillardsàla solde de marchands rivaux,qui réglaient de la sorte quelques vieilles dettes,il avaitétéle béné-ficiaire involontaire de la confusion générale qui s’était installée dans les premiers moments de l’attaque.On les avait désentravés pour les affecter aux corvées de halte,et c’est alors qu’un groupe
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de Foulah,qui les avaient suivis de loin pendant toute la journée, leur fondit dessus.Adzo avait tout de suite eu l’œil droit crevé par une flèche.Il s’écroula,face contre terre,le visage ruisselant de sang.les Foulah le retourn Quand èrent pour voir s’ilétait récupérable,ils le crurent mort,et ils l’abandonnèrent.Le lende-main,àl’aube,Moonraï,qui chassait avec d’autres jeunes gens du village,le trouva qui respirait encore.Comme il l’avait vu le premier,on le lui laissa,àcharge pour lui de le ramener seul,et d’abandonner sa part de gibier.Ce qu’il fit,tantôt portant,tantôt traînant presque celui qui,son esprit dans , le déchargerait d’un certain nombre de tâches pénibles,lui incombaient en tant qui que seul homme jeune de l’enclos. De plus,grand’oncle son s’absentait souvent et emportait chaque fois tant de chosesà offrir -des ignames,la kola de , une ou deux poules,tissu du échangéau marchécontre un cabri-,qu’ilétait souvent de veille dans l’enclos et devait travailler deux fois plus dur pour mainte-niràun niveauàpeu près constant les réserves de nourriture,ce qui ne lui laissait guère de temps pour se constituer un capital qui lui permettrait d’acheter bientôt une femme.
Tout cela,pensait-il,allait changer,puisqu’ils avaient main-tenant un esclave, qu’ils n’avaient peut-être pas payé,qui mais luiétait redevable de la vie,et quiétait si loin de chez lui,qu’il ne ferait pas cinq kilomètres sans être repris.Et de fait,la prise d’Adzo lui avait valu les félicitations de son grand’oncle, ainsi que le respect admiratif de ses nièces.Même sa mère,quiétait une femme douce et compatissante,l’avait regardéavec fierté,et, depuis,la vie avaitétéplus facile.
Mais,àla vue des deux hommes avec qui son oncle discutait avec animation, il se demanda, sans trop savoir pourquoi, s’il avait eu raison.grand’oncle tourna la tête Son ,l’aperçut et . D’habitude,du plus loin qu’il le voyait,son œil inquisiteur ne le lâchait pas,jusqu’àce qu’il eût franchi l’entrée de l’enclos,car le vieil homme s’intéressait d’abordàce qu’il rapportait ; mais cette fois-ci, il se détourna lentement et se remità parler avec les hommes.Toutétait silencieux,et seule sa vieille,vieille grand-tante,debout sur le seuil de sa case,assistaitàla scène.
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Moonraïétait de plus en plus inquiet.était sa mère ? Où étaient les nièPourquoi le repas du soir n’ces ? é?tait-il pas prêt Même Adzo avait disparu,alors qu’il aurait dû être lààservir le thé.Il hâta le pas,et au lieu de s’effacer discrètement,se dirigea sans hésiter vers son grand’oncle et les deux hommes.« Viens, Moonraï, viens.» Le vieil homme paraissait triste mais digne.« J’ai quelque choseàte dire.» Les deux hommes se turent, et regardèrent Moonraï, qui s’était respectueusement arrêtéà deux pas de son parent. Il n’avait jamais vu d’aussi près des traitants ashantis : mais il sut que ces hommes enétaient,et son cœur se glaça. « Le malheur est sur nous »,dit le vieil homme d’une voix qui parut bien fermeà Moonraï,étant donnécirconstances les . « Le malheur est entréici avec Adzo.Il aurait mieux valu le lais-ser où ilétait.» La crainte que Moonraï avait au cœur se précisa.trai- Les tants ashantis avaient appris,Dieu sait comment,qu’àla suite de l’attaque de leur convoi,un esclave avait survécu,et se trouvait apparteniràune famille de cultivateurséwé.En fait,ils venaient réclamer leur bien. « Adzo ? » dit Moonraï. « Oui, Adzo,» répondit le grand’oncle.as cru bien « Tu faire,mais ils disent que nous avons profitéde leur malheur.Que nous sommes des cultivateurs, non des guerriers.nous Que n’avons pas droit aux esclaves prise de guerre.Que nous aurions dû chercheràrendre le captif contre dédommagement pour notre peine et sa nourriture,tout le temps qu’il est restéavec nous.» « Mais c’est absurde,! Cela fait maintenant plusmon oncle d’un an qu’Adzo est avec nous.Il leur coûterait maintenant plus cher que tout ce qu’ils peuvent espérer en tirer dans les forts, avec son œil crevé... Encore faudrait-il qu’ils y arrivent, aux forts ! » Les deux ashantis tressaillirent. L’indifférenceétudiée de leur expression fit placeàcol la ère. Celui qui faisait faceà l’oncle serra convulsivement sa lance,qu’il tenait le fer en bas.
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