Le Secret de Valérie

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Victime d'inceste, Valérie tombe enceinte. Va-t-elle pouvoir avoir une vie normale ? Va-t-elle fuir pour sauver son enfant du monstre et de la honte ? Sa vie est-elle finie ou y aura-t-il une solution ? Seule l'aide de sa tante va lui être d'un grand secours...


Publié le : lundi 29 décembre 2014
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EAN13 : 9782332870469
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ISBN numérique : 978-2-332-87044-5

 

© Edilivre, 2016

Florence

Le bureau était très animé en cette fin de semaine. Florence, elle était songeuse. Que faire de ce long week-end qui s’annonçait ?

Elle allait se retrouver avec sa mère et sa fille et il lui faudrait encore entendre les conseils maternels sur la bonne manière de régler sa vie. Pour l’énième fois, elles finiraient le week-end par une merveilleuse balade au bord de l’eau vers le Moulin Papon, que depuis longtemps elle connaissait par cœur ou le long des rues du centre ville à faire du lèche-vitrine.

Enfin une fin de semaine comme beaucoup d’autres. Elle connaissait depuis sa petite enfance, presque par cœur sa ville.

La Roche sur Yon est une ville atypique comme il en existe peu. Une certaine froideur se dégage de ses murs, c’est sans doute dû à sa création voulue par Napoléon pour mâter la révolte des chouans.

Elle est donc conçue comme une ville militaire : de grandes artères sans grande beauté seulement efficaces contre les émeutes. Des maisons toutes semblables, hésitant entre style baroque et néogrec, rien de vraiment historique. Malgré ces défauts, elle aimait cette cité : c’était la sienne, elle était de là comme on est d’une famille.

Un dossier brutalement atterrit sur le clavier de son ordinateur et la tira de ses sombres pensées.

Fidèle à elle-même, Caroline, sa meilleure amie et néanmoins collègue suivant le dossier, vint s’asseoir près de Flo sur le bord du bureau.

Caroline, du même âge que Flo, était arrivée la première dans la boite et c’est elle, en tant que secrétaire de direction qui avait mit Florence au courant de toute la vie de l’entreprise. Très vite, par une sorte d’alchimie secrète, elles étaient devenues complices.

Autant l’une était extravertie et décontractée, sûre d’elle et de son charme qui lui donnait un certain pouvoir sur les hommes, autant l’autre était réservée souvent prise de doutes, timide, effacée. Florence, Bien qu’étant une excellente directrice de projet, manquait parfois un peu d’assurance que sa précision et son obstination compensaient largement.

On sentait en elle une grande fragilité, quelque chose comme un vice de forme dans sa formation de femme. Florence vivait chez sa mère et craignait, sans se l’avouer, vraiment les réactions de cette dernière. Sa mère était présente dans tous ses propos. On aurait dit qu’elle cherchait toujours l’approbation de sa mère.

– Qu’est-ce qui t’arrive ma puce, tu as l’air de broyer du noir !

– Non, je pensais à ce week-end, ma mère me rend folle parfois !

– Ho là ! Terrain miné ! Raya Caroline et d’un bond elle s’éloigna puis brusquement fit demi-tour et revint vers le bureau de Flo.

Comme une conspiratrice, elle se pencha vers sa copine.

– Ecoute ma vieille, je n’ai pas de conseil à te donner, mais tu devrais penser un peu à toi !

Elle reprit après un silence :

– Ça fait combien de temps, que tu n’es pas sortie seule ou avec des copines ?

– Mais tu sais bien qu’avec ma mère… et puis il y a Monia.. C’est ma fille je ne peux pas la laisser seule gémit Florence. Elle avait levé les bras au ciel en finissant sa phrase.

Caroline, dans un demi-sourire, hocha la tête en signe de connivence et posa sa main sur le bras de sa collègue avec une petite tape amicale, se leva et dit :

Il faut que tu jettes un coup d’œil sur ce dossier. Le Boss veut un topo pour mardi. Tu vois ton week-end est sauvé ! Elle s’éloigna en riant.

Flo ouvrit le document et vit qu’il s’agissait d’un projet pour un fabricant de meubles. Il s’agissait d’une plaquette publicitaire qu’il fallait complètement remanier et la création d’un catalogue pour présenter la société et ses produits. Le sigle de la société la fit sourire. Une simple suite de lettres sans originalité et sans aucun style.

Elle était ravie. Excellente créatrice en publicité, elle adorait son travail. Il lui permettait de donner libre cour à son imagination. Grâce à lui, elle pouvait s’isoler totalement et tout oublier de son quotidien. Quand elle était en phase de création, ni sa fille, ni sa mère ne la touchait, plus personne ne pouvait la distraire.

A l’agence, tous le savaient et respectaient sa façon si personnelle et rigoureuse de travailler.

Florence jeune femme de vingt-huit ans, était un mélange de douceur et de détermination.

Très soignée comme son travail, presque maniaque, ce qui parfois énervait quelque peu ses collègues.

Son visage mince aux pommettes un peu hautes de type nordique, les yeux légèrement en amande d’un bleu vert, les cheveux châtains clairs presque blonds et son teint pâle lui donnaient un air de vierge italienne du seizième siècle. En tout cas, de l’avis de ses collègues masculins, c’était une belle femme d’un mètre soixante-dix d’énergie et de bon goût. Elle ne s’énervait, que rarement, mais toujours contre elle même. Elle assumait pleinement ses erreurs et fournissait un travail de très grande qualité. Tout dans son personnage était grâce et distance. Parfois son regard partait dans des songes lointains que personne ne pouvait sonder.

Très cultivée, elle avait sous la direction de sa mère fait d’assez bonnes études et avait passé brillamment son bac.

Sa vie sentimentale, pour une jeune femme de son âge évoluant dans le milieu de la comm, était assez triste pour ne pas dire vide. Elle tenait plus depuis quelques années du désert que des paillettes et des grandes folies.

Heureuse ou malheureuse, elle ne se posait même pas la question. Elle vivait simplement sa vie avec sa petite fille MONIA qui, était la preuve vivante qu’elle avait eu une vie sentimentale. Brève, il est vrai mais cela avait été une ardente passion..

Il lui arrivait de temps en temps de penser à cet homme, avec qui, en pleine rébellion contre l’autorité de sa mère, elle avait connu tant de bonheur, rébellion de courte durée.

Mais quand il avait fallu faire des projets pour l’avenir, il ne s’était pas montré sous son meilleur jour. Pourtant jusque là, il avait été à la hauteur.

Elle gardait de cette époque un souvenir confus, mélange de nostalgie et de rancœur.

Pourquoi n’avait-il plus, du jour au lendemain, donné de ses nouvelles ? Quand elle était revenue chez lui, l’oiseau était parti sans laisser d’adresse aux dires de sa logeuse. Elle n’avait pas eu le temps de lui dire qu’elle attendait un enfant de lui. Il s’était éclipsé aussi vite qu’il était entré dans sa vie.

Et puis la vie avait repris son cours, peu à peu les choses s’étaient, sous l’égide de sa mère, mises en place. Valérie, sa mère avait rapidement prit les choses en mains, avec une poigne de fer. Elle avait rapidement planifié la vie de sa fille, sans que celle ci puisse y faire quoi que ce soit.

Elle avait ainsi pu finir ses études et faire le métier qu’elle voulait depuis toujours et c’est encore par l’entremise de cette dernière qu’elle avait trouvé cette place. Du jour au lendemain sa vie s’était articulée entre son travail et la naissance de la petite Monia.

Valérie, sa mère, était omniprésente, elle ne laissait à Florence que peu de liberté, lui faisant souvent remarquer tous les efforts qu’elle faisait pour sa fille. Florence comme d’habitude n’osait rien dire, rien faire qui pourrait contrarier sa mère.

De toute façon, elle n’avait, du plus loin qu’elle pût remonter, jamais osé contrarier sa mère qui avait toujours tout décidé pour elle. On ne bravait pas Valérie elle savait faire plier sans violence sa fille : quelques reproches bien sentis juste ce qu’il fallait pour la culpabiliser et Flo rentrait dans le rang.

Petit à petit, elle avait mis sa vie amoureuse en sommeil pour ne pas éveiller le courroux de sa mère.

Le téléphone sonna sur son bureau.

Flo décrocha.

– Alors qu’est-ce que tu en penses ? Lui dit une voix.

C’était Caroline.

– Heu ! Bredouillât Florence, je pense que je peux le faire dit-elle revenant à son travail, mais cela urge vraiment ?

– Tu sais le patron reçoit le client mercredi, il veut l’avant projet pour mardi.

– Mais ça fait court, comment veux tu que je fasse si vite ?

– Ecoute, fais de ton mieux. Il ne veut pas un projet fini juste une ébauche et puis je crois que c’est un client qui n’est pas sûr, il a déjà une agence qui bosse pour lui.

– Bon je vais faire mon possible, mais j’aurais aimé avoir plus de temps, trois jours c’est court.

– Je crois que c’est pour ça que tu as été choisie, ma puce, lui dit en riant son amie. Puis de toute façon tu n’as plus le choix, le Boss est parti en week-end. Bon, on se voit tout à l’heure.

– OK ! mais j’ai l’impression de m’être fait piéger répondit-elle, avec une moue dubitative et elle raccrocha le téléphone.

Florence, fidèle à elle-même et avec le sérieux qui la caractérisait, se plongea dans le dossier et établit son plan d’attaque pour le week-end. Sa mère serait tout heureuse de s’occuper seule de Monia. Elle culpabilisait cependant un peu de ne pas donner assez de temps à sa fille qu’elle adorait, mais à cinq ans, que comprend-t-on de la vie compliquée des grands ?

Elle étala les photos sur son bureau et les regarda avec une moue de réprobation. Ce n’était pas brillant : pas assez de lumière. Tout paraissait terne, presque triste, en tout cas peu vendeur.

Elle prit son bloc note et écrivit : « Penser à revoir les photos, contacter notre photographe maison ». Sur une autre page, elle commença à griffonner quelques esquisses pour la mise en page du catalogue.

Flo regarda machinalement sa montre et, levant la tête, elle vit son amie Caro qui l’observait en souriant.

Tu comptes dormir ici ? lui lança-t-elle en riant.

Flo vit qu’autour d’elle, les bureaux étaient quasiment vides. Elle rit aussi et, rassemblant sans hâte ses affaires, prit le dossier et rejoignit sa copine.

Elles s’attendaient toujours pour quitter le bureau, c’était devenu une habitude au fil du temps.

Le temps était frais en cette fin de journée printanière. Le soleil n’avait pas encore tenu toutes ses promesses et les gens avaient du mal à quitter leurs vestes de demi-saison.

C’était la première année, depuis qu’elle était revenue chez sa mère en VENDEE, que Florence avait eu aussi froid si tard dans la saison.

Elle frissonna, embrassa sa copine, elles se souhaitèrent un bon week-end et se séparèrent.

Flo alla directement vers sa voiture et sans chercher le moins du monde ses clés ouvrit sa portière contrairement à beaucoup de ses collègues qui mettent un temps fou pour trouver dans leurs sacs à mains les clés dont elles avaient besoin puis, avec méthode elle disposa ses documents sur la banquette arrière de sa voiture.

Sa voiture, car elle pouvait l’appeler ainsi, était une Mini Cooper bleu marine dont elle était assez fière. En effet, elle l’avait achetée seule sans l’avis de sa mère et cette dernière ne manquait jamais une occasion de lui reprocher cet achat qu’elle trouvait complètement idiot.

– Mais ma fille, c’est complètement stupide d’avoir acheté cette vieille voiture, avec ce que tu gagnes, tu aurais pu choisir une voiture plus confortable et qui te mette en valeur, au lieu de cela tu craques pour une relique des années soixante.

Florence n’avait que faire de ces remarques. Pour une fois, elle avait laissé parlé son cœur. C’était sa voiture et elle lui ressemblait un peu.

La zone industrielle se vidait lentement et, bien qu’étant en province, le nombre de voitures était assez important, suffisamment en tout cas pour créer des bouchons.

De rond point en rond point elle finit par, comme d’habitude, se retrouver rue Anatole France, derrière le théâtre de la Roche sur Yon. Elle gara sa voiture le long du trottoir à deux pas de la maison.

Flo aimait ce quartier au centre ville près des rues commerçantes. Elle avait toujours vécu là sauf quand elle avait commencé ses études et avait dû aller à Nantes après son bac pour y faire ses universités.

A ce souvenir, elle eut un frisson qui n’était pas dû au climat mais au souvenir des moments qu’elle avait partagés passionnément avec le père de Monia.

D’un geste machinal, elle chassa ce souvenir de sa mémoire et redevint maîtresse d’elle-même.

Elle entra et sa fille qui l’attendait lui sauta au cou.

– Maman, aujourd’hui j’ai super bien travaillé à l’école, dit-elle fière d’elle et écrasant un énorme baiser sur la joue de sa mère.

Puis elle sauta à terre, et couru dans l’escalier qui menait à sa chambre.

La maison était comme toutes ces vieilles bâtisses situées dans les centres ville : une façade simple sans décorum, trois étages sagement disposés.

L’intérieur était mieux agencé. Juste après la porte, on entrait dans un vestibule minuscule qui s’ouvrait sur une pièce plus grande, le salon. C’est là que tout le monde se retrouvait.

Au fond une porte donnait sur la cuisine. Cette pièce, bien que petite, avait été aménagée dans des tons clairs pour donner plus de volume au lieu et plus de commodité.

Appuyée au mur, il y avait la table où les trois femmes prenaient les repas quotidiens. Tout dans cette pièce était sagement rangé, on aurait pu croire que personne ne vivait là tant tout semblait figé, une véritable vitrine pour cuisiniste.

Juste à côté de la cuisine, se trouvaient les commodités, là rien à voir, rien à dire.

Pour accéder au premier étage, il fallait prendre l’escalier qui démarrait dans le salon. La cage du dit escalier à été, tour à tour, décorée des dessins d’enfant de Flo puis de gravures achetées dans des salles des ventes par Val et maintenant c’était le talent pictural de Monia qui s’affichait sur le mur.

Un petit palier distribuait les trois chambres. La plus grande meublée d’un lit capitonné rose, d’une grosse commode vendéenne et d’une immense armoire de sacristie. Divers bibelots étaient disposés çà et là avec goût mais tout était tellement bien rangé que cela ne sentait pas la vie.

La deuxième chambre, bien que plus petite, était rangée avec le même soin que la précédente.

C’était la chambre bureau de Florence, son antre son refuge.

Le lit en fer toujours bien fait, donnait la réplique à un bureau moderne en acajou où trônait l’ordinateur et tout le matériel informatique dont avait besoin Flo pour travailler.

Un placard dans le mur contenait toutes les affaires personnelles de la maîtresse des lieux.

Là, c’était son territoire et sa mère, malgré son omnipotence, se gardait bien d’y pénétrer sous peine de briser un équilibre fragile établi entre elles deux.

La troisième chambre sentait bon les crayons de couleur, le papier, et les jouets d’enfants qui, et c’était assez remarquable, était la seule pièce où il y avait un semblant de désordre. Sur cet univers régnait la petite Monia, qui malgré les admonestations de sa grand-mère, persistait à semer le désordre.

Comme elle disait avec force et caractère, les bras croisés sur la poitrine, les yeux sombres :

– Ici, c’est ma chambre et je la fais comme je veux !

Sur ce petit mouvement de caractère, la grand-mère et la mère battaient en retraite pour ne pas en rire devant elle.

Tout dans cette maison semblait pour le mieux. Et c’était tout à fait le cas. Valérie, la mère et grand-mère, régnait sur la maison sans partage.

C’était sa maison acquise de haute lutte il y a de cela quelques années lorsqu’elle était venue s’installer en Vendée avec sa fille Florence alors âgée de quelques semaines. Sa tante avait déniché cette bâtisse et Micheline, c’était le nom de cette dernière, avait trouvé l’argent pour que Valérie en devienne propriétaire. Elle ne sut que bien plus tard, par quel moyen. Au début, elle lui en avait voulu, mais elle avait grâce à sa tante pu prendre sa revanche sur la vie. Très vite elle lui avait pardonné son curieux stratagème.

– Bonjour maman, dit flo d’un ton las en entrant. J’ai du travail ce week-end, c’est assez urgent, désolée.

Sa mère s’avança vers elle, la prit dans ses bras puis l’embrassa dans les cheveux.

– Ce n’est vraiment pas grave. Nous nous débrouillerons toutes les deux avec la puce, ne t’inquiète pas pour nous.

Elle fit volte face et se dirigea vers la cuisine pour préparer le repas du soir, puis se ravisant, fit demi-tour.

Tu ne retournes pas au bureau ? Demanda-t-elle inquiète.

– Non j’ai tout ce qu’il me faut là haut, répondit Flo en montant vers sa chambre. Tu sais, ce n’est qu’un avant projet.

Flo entra dans sa chambre, posa son sac et ses dossiers sur le bureau et ouvrit l’ordinateur. Elle avait le temps de commencer son travail avant le repas mais elle sortit de la chambre pour aller voir un instant sa fille dans la pièce à côté.

Elle la trouva très occupée à habiller une de ses Barbie. La petite se retourna vers la nouvelle venue avec un grand sourire.

– Dis maman, tu m’achèteras un Ken si je suis très sage et si je travaille bien à l’école dis Hein ?

– Euh écoute, lui dit sa mère embarrassée, tu as déjà beaucoup de Barbie, ma puce. Et puis tu es une fille pas un garçon. C’était la seule réponse plausible qu’elle ait pu trouver. La grand-mère avait décidé une fois pour toutes qu’il n’y aurait pas de poupée masculine dans la maison et ce n’était pas négociable. Alors pour avoir la paix Flo avait cédé comme d’habitude. Pour quelle raison Val n’en voulait pas, mystère.

– Mais maman, mes copines elles ont aussi ken. Comme çà, ils se marient c’est plus rigolo dit-elle avec sa petite moue.

– Ecoute, il faut que maman travaille ce soir. Je te laisse, bisous.

Elle s’éloigna, la conscience peu tranquille. Arrivée à la porte, elle entendit sa fille dire :

Elles, en tout cas, elles ont un papa ! Ces mots la glacèrent sur place, elle hésita un instant et, comme si elle n’avait rien entendu, storti dignement de la pièce.

Monia souvent, pensait qu’elle aurait voulu avoir-elle aussi un papa comme toutes les autres. Le soir quand son cœur lui faisait mal, quand la solitude et la tristesse lui pesaient trop, elle regardait le ciel et bien qu’elle n’ait aucune instruction religieuse, adressait, dans son innocence d’enfant, une fervente prière aux étoiles qu’elle trouvait trop belles et donc capables d’exaucer ses vœux.

Elle pensait que si on demandait assez fort aux étoiles, un jour elle lui répondrait et lui enverrait un Papa rien que pour elle. Un Papa qui l’aimerait et qui aussi aimerait sa maman très fort.

Flo s’installa devant son ordinateur et commença à rédiger les grandes lignes du projet client.

Le soleil avait enfin daigné montrer ses rayons. La journée s’annonçait belle et Florence était heureuse. Elle avait passé, malgré son boulot, un superbe dimanche avec sa mère et sa fille. Elles avaient toutes les trois fini le dimanche au cinéma après un bon repas au restaurant.

Ce matin elle avait déposé Monia à l’école et sa fille ne lui avait plus parlé de ses copines qui avaient un Papa.

A cet âge les enfants oublient vite. Les provocations sont une manière de tester leur environnement. « Elle changera » pensait Flo.

De plus, Florence était satisfaite du travail qu’elle avait fait pendant ce long week-end.

Maintenant, il lui faudrait convaincre la direction que son projet pour le client était le bon.

Elle retrouva Caroline sur le parking de la boite.

Et comme d’habitude elles firent une halte à la machine à café pour parler de leur week-end.

Peu à peu le bureau se remplissait, le brouhaha emplit le vide du lieu et une nouvelle semaine de dur labeur allait commencer.

Pierre, son patron, arriva le dernier. Il se dirigea vers Florence et avec un aimable sourire lui demanda.

Tu as préparé un topo pour le client des Deux-Sèvres ?

– Oui, et je ne suis pas mécontente de moi. Pour le moment c’est léger mais une fois mis en forme, ce sera super. Ah ! Il faudra dire au client de prévoir un budget photo, les siennes sont trop moches. Ajouta-t-elle fermement.

– OK ! Réunion sur les projets dans une demi-heure, dans mon bureau.

Et, toujours souriant il s’éloigna.

Caro regardait sa copine en coin, elle avait toujours pensé que quelque chose se passerait entre ces deux là.

Après tout, il n’était pas mal de sa personne, même beau mec comme entre copines elles se plaisaient à dire. Mais, lui avait un énorme défaut : Il était marié et qui plus est fidèle, ce qui dans ce milieu n’était pas banal.

Florence sortit très excitée de la réunion. Elle avait encore gagné, son travail n’avait pas trouvé de détracteur parmi ses collègues et le boss lui avait confié la direction du projet si le client l’acceptait lui aussi.

Elle était plongée dans un autre projet quand le téléphone sonna. Elle décrocha et reconnu la voix de Pierre au bout du fil.

– Florence, je viens d’avoir le client au bout du fil. Il vient nous voir demain. Alors préparez-vous pour vendre votre affaire. Je compte sur vous, si on le gagne, il y a un paquet de fric à la clé OK ?. Et sans attendre de réponse, il raccrocha.

Flo ne fut pas déstabilisée, elle avait l’habitude. C’était toujours comme cela avec lui. Quand il avait dit ce qu’il avait à dire il passait à autre chose.

Bon se dit-elle, passons à autre chose nous aussi et de suite elle ouvrit un vieux dossier sur son bureau.

Après l’avoir parcouru, elle prit le téléphone et appela Caro.

Après un bref échange, elle raccrocha et classa le dossier. On ne peut pas gagner à chaque coup, ce serait trop beau.

Elle se remit au travail et prépara le rendez-vous du lendemain. Il fallait que sa présentation soit claire et directe. Après tout elle ne connaissait rien de ce client. Serait-il seul, viendrait-il avec tout un staff de grosses têtes rompues aux discussions de produit ? Elle se prépara donc du mieux qu’elle put.

En fin de journée, elle s’aperçut qu’elle ignorait le lieu du rendez-vous. Est-ce que se serait au bureau ou dans un autre endroit ? Mystère.

Elle appela Caro pour savoir ou aurait lieu le contact.

– Mais le boss ne t’a rien dit ? Le client veut que çà ce passe à son hôtel. Oui au Mercure et le rendez vous est à 9h30.

– Mais attend, je ne pourrais pas être à l’heure, c’est mercredi et il faut que je dépose ma fille au centre aéré.

Après un moment de silence la solution vint de Caroline.

– Ecoute, c’est pas un problème, occupe-toi de ta fille et moi demain matin je les ferais patienter quelques secondes. C’est connu chez les mecs, une femme peut se faire attendre ! Dit-elle avec malice. Allez ne te tracasse pas et à demain.

Flo raccrocha, pensive. Elle réfléchit sur la manière de faire pour ne pas être trop en retard.

Pour un premier contact, ce ne serait pas malin de trop les faire poireauter et comme en plus, c’était un client que l’on piquait à la concurrence, il faut faire attention se dit-elle !.

Enfin elle résolut d’en parler à sa mère pour que cette dernière s’occupe de la petite à sa place. Comme cela, elle aurait le temps de se préparer et préparer la fillette que sa grand-mère, avant d’embaucher, irait déposer au centre.

Mais avec sa mère rien n’était facile. Elle acceptait facilement que les autres fassent des concessions mais elle rechignait toujours à en faire. Dure avec elle, dure avec les autres.

Flo était persuadée que sa mère lui en voulait toujours d’avoir gardé cet enfant et que, pour elle, il fallait que sa fille assume les inconvénients et les conséquences de ses actes.

Bien qu’elle aima beaucoup Monia, Valérie, la grand-mère, refusait de baisser sa garde face à Florence. Elle avait un enfant, elle l’assumait, c’était sa seule et unique condition.

Elle ne perdait jamais une occasion, de se citer en exemple « Je t’ai bien élevée, toute seule et j’y suis arrivée. J’ai dû faire des sacrifices, alors tu dois en faire autant c’est la moindre des choses. » L’entretien était clos. Florence avait voulu savoir pourquoi elle ne connaissait pas son père ? Sa Mère avait eu à chaque fois un tel air de souffrance extrême qu’à chaque fois une colère puissante répondait aux questions de Florence qui, de guerre lasse avait cessé de demander des informations à cette dernière.

Le comportement de sa mère quand il s’agissait de ce problème ne déviait jamais : la douleur et la colère. Pourquoi ? Si sa mère refusait d’en parler c’est qu’elle avait certainement une bonne raison. Pour Florence certainement que ce dernier ne s’était pas comporté convenablement avec sa mère.

Adolescente, Florence avait rêvé de ce père absent. Elle l’imaginait marin au long court ou aventurier. Parfois dans ses rêves solitaires, elle le voyait revenir d’un pays lointain, les bras chargés de cadeaux et reformer une famille. Comme pour faire bonne mesure, ils vivraient tous dans une grande maison, remplie de rire et de musique. Elle serait plantée au milieu d’un grand parc ombragé par de nombreux arbres centenaires et où elle pourrait jouer comme une petite reine mais le regard dur de sa mère la ramenait sur terre.

Flo aimait sa mère et en même temps elle la craignait comme un animal dangereux qui ne vous laisse jamais tranquille et vous maintient continuellement sur le qui vive.

Flo déplorait souvent la dureté de Val mais elle ne voyait pas sa vie sans elle.

Flo se souvint des disputes qui éclatèrent entre elles deux après que le père de Monia que Valérie n’aimait pas mais alors pas du tout, ait disparu du jour au lendemain sans aucune explication.

Elle avait été très déçue de cette fuite sans raison.

Certes, avec sa mère cela n’allait pas pour le mieux mais eux, ils s’aimaient, du moins le croyait-elle. Aujourd’hui, elle doutait qu’il l’ait aimée autrement pourquoi aurait-il fuit sans raison. Ce qui fait qu’à ce jour, elle ne savait toujours pas comment il aurait réagi à cette annonce de paternité.

Elle avait tellement été déçue qu’elle n’avait jamais, bien quelle connaisse l’adresse de ses parents, cherché à le revoir. Et puis la grossesse avançant, il fallait s’occuper de cela en urgence. Valérie s’était occupée de sa fille comme si elle venait de la retrouver après une longue, très longue absence.

La petite était arrivée et elle avait oublié peu à peu le visage de ce père que la petite ne connaîtrait certainement jamais.

Florence pour oublier cet abandon et pour aussi fuir les reproches de sa mère, s’était jetée sur sa fille avec amour comme une planche de salut, son salut.

Elle voulait être une femme accomplie, comme sa mère et une mère exemplaire. Elle devait toujours pour Valérie montrer le meilleur d’elle-même. Flo voulait plaire à Val pour obtenir une sorte de pardon.

Florence se plaisait à dire que sa fille était sa plus belle réussite. Quand la petite ne voulait pas dormir et qu’elles étaient toutes deux seules, Monia en profitait pour demander à sa mère comment était son papa et où il était. S’il allait revenir un jour ? Florence ne savait que répondre, elle préférait dire qu’il voyageait loin et qu’il avait une vie ailleurs. A chaque fois, comme par magie, Valérie arrivait et la petite instinctivement ne posait plus de questions.

Qu’avait-elle comprit des rapports des grands ? En tout cas elle réagissait dès la présence de Valérie et devenait rêveuse énigmatique.

Rencontre

Le début de matinée de ce mercredi avait été speed, comme on dit.

La maisonnée s’était réveillée de très bonne heure. Après le petit déjeuner et parce que c’était important pour la carrière de sa fille, Valérie avait accepté, pour une fois de conduire Monia au centre aère mais à condition que flo ait préparé l’enfant avant c’est-à-dire lui avoir donné son bain, l’avoir habillée et lui avoir fait prendre son petit déjeuner.

Flo était quelque peu énervée par le manque de compréhension de sa mère mais elle ne savait comment faire autrement, on ne résistait pas à sa mère. Flo sentait sa mère fragile, malgré l’image de dureté qu’elle voulait donner, alors, ne voulant pas la blesser, elle choisissait le silence. Flo pensait qu’elle avait une dette envers elle et dans une sorte d’accord tacite elle s’interdisait tout ce qui pouvait contrarier Valérie.

Ensuite seule, elle avait mit un assez long moment pour choisir sa toilette avec beaucoup de soin.

Surtout ne pas faire de faute de goût. Dans ce métier cela ne pardonne pas. Quand on veut faire vendre les autres, il faut se vendre soi-même.

Elle savait que, même si son projet était top, elle devait être sous son meilleur jour, élégante et surtout agréable à regarder. Cela peu paraître ridicule mais on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre.

Elle était en retard comme elle l’avait prévu. Mais comment faire autrement ! Enfin, elle espérait que Caro avait réussi à les faire patienter.

De toute façon, elle n’avait jamais vu qu’une réunion programmée pour une heure donnée se soit ouverte à l’heure dite.

Et comme elle commençait à connaître son patron Pierre, il aurait invité son nouveau client à un copieux petit déjeuner. C’est à ce moment qu’elle s’aperçut qu’elle avait oublié de prendre son petit déjeuner. Qu’importe ! Elle se rattraperait au déjeuner de midi.

Elle avait choisi un petit ensemble printanier, pantalon chemisier en crêpe, fermé au cou par un nœud bouffant, le tout très élégant était complété par une petite veste droite de la même couleur que le pantalon. Elle se regarda un instant dans le miroir de sa chambre et elle se plut énormément, son maquillage bien que très discret mettait ses yeux en valeur. Elle était prête à entrer dans l’arène.

Flo fit le tour de ce qu’il lui fallait : Son PC portable, ses doc’s et son carton à dessin. Elle vérifia une dernière fois si tout ce dont elle avait besoin s’y trouvait.

Florence sortit dans la rue, la ville était déjà très animée. La circulation autour du théâtre et de la place Napoléon était déjà très dense, on entendait le brouhaha de la cité en marche.

Les bus se frayaient un chemin dans la circulation des voitures et des piétons.

Elle hésita un instant : Prendre la voiture ou y aller à pied ?

Après tout, le Mercure était proche de chez elle et le temps de trouver une place pour se garer ce serait du temps de perdu pour rien.

Florence prit ses affaires sous le bras et se dirigea vers le lieu du rendez-vous.

Il faisait très beau et le printemps donnait des couleurs à la cité. Elle se sentait bien, sure d’elle-même, un léger sourire illuminait son visage.

Elle aurait presque été heureuse si ce n’était ce rendez vous et la peur de ne pas être à la hauteur. Cela lui fit penser au trac que connaissent les grandes stars du show-biz.

Restons calme ! Se dit-elle intérieurement.

Elle coupa par les Nouvelles Galeries, d’abord le rayon vaisselle, passa devant les articles de parfumerie et se retrouva dans la rue Clémenceau, face à la librairie Agora.

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