Le secret des passés

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Après un voyage initiatique sur la quête du bonheur et un second mariage, Michel Duverger se retrouve dans la vie réelle d’un père de famille responsable d’entreprise. La découverte fortuite d’une boîte de biscuits « LU » contenant de vieux courriers va le conduire auprès de personnages mystérieux et captivants. Est-ce la fin du parcours ou le début d’une nouvelle aventure ?

Jean-Noël Blanchard est né à Cholet (49) en 1951. Élevé dans une famille de commer çants, il crée sa première entreprise à l’âge de 22 ans. En 1969, il déménage pour la Vendée où il se marie et devient père de quatre enfants. Ses premiers écrits datent de 1989. Il n’en publie aucun et reprend sa plume vingt ans plus tard pour un premier roman.

Après Au-delà du miroir (2011), il fait paraître Le secret des passés, suite des aventures de Michel Duverger. Passionné d’histoire religieuse et de généalogie, il persévère en autodidacte dans sa quête de l’absolu.


Publié le : mardi 1 janvier 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782953896534
Nombre de pages : 154
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CHAPITRE4 Un double s’il vous plaît
17 février1859.Le corps expéditionnaire français débarque dans le delta du Mékong et envahit la ville de Saïgon sous la direction de l’amiral Rigault de Genouilly. Puis c’est la conquête de la région qui sera connue sous 3 le nom de colonie de Cochinchine . Le nouveau gouver-neur, l’amiral de La Grandière, vieille famille de marins, avait fréquenté dès 1820 le Collège de la marine d’An-goulême. Il prit ses fonctions en 1863, homme intelligent et comprenant la situation il décida les mesures néces-saires afin de développer le port. La partie basse de la Cochinchine était un véritable grenier à riz et attisait bien des convoitises commerciales.
3 La Cochinchine (autre nom : Nam Bô,南圻, « frontière sud ») se situait dans la partie la plus méridionale formée principalement par le delta du fleuve Mékong à l’est du Cambodge. Le Viêt Nam se composait aussi de deux autres parties, l’Annam et le Tonkin.
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12 mai 1869. Après trente-quatre jours passés en haute mer, je contemple l’entrée du port et le bâtiment impo-4 sant des Messageries impériales . Tous mes rêves ressur-gissent ; la fougue de ma jeunesse et l’envie de savoir cohabitent tant bien que mal dans un corps de vingt-sept ans. Trois semaines d’ouverture sur une terre inconnue. C’est la première fois queLa Valunchefait escale à Saïgon. Nous devons charger une cargaison de riz et de poivre pour l’Europe. Dès le lendemain, le compte-rendu terminé, je pars à l’assaut de mon nouveau royaume. Mes quartiers se situent dans la rue Catinat, nouvellement baptisé par l’amiral-gouverneur de La Grandière en souvenir de la corvette du même nom. Les commerces de toutes sortes aux effluves exotiques à l’ombre des tamariniers et l’animation per-manente respirent bon l’aventure. Bordeaux est notre port d’attache et je navigue sur un bateau de commerce pour la maison Denis Frères. Alphonse, le frère cadet est arrivé sur place depuis quel-ques mois et je vais travailler sous sa responsabilité pen-dant mon séjour. Je suis bien loin d’Angoulême ma ville natale, où mes parents tenaient une auberge, Au Cheval blanc, dans le passage qui réunit la rue de la Bûche et du Point-du-Jour, la rue Sully dans le quartier de l’Houmeau.
4 Avec les changements de régime, le nom sera changé en « Compa-gnie des messageries maritimes » en 1871.
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Décédés à un an d’intervalle en 1865 et 1866. Ma fratrie se résume à une sœur qui me laisse sans aucune nouvelle et je n’ai jamais connu mes grands-parents disparus longtemps avant ma naissance. Perdu dans mes pensées, je me remémore souvent les paroles de mon auteur préféré, Honoré de Balzac dans Les Illusions perdues :« Le faubourg de l’Houmeau devint donc une ville industrieuse et riche, une seconde Angoulême que jalousa la ville haute […]. En haut la noblesse et le pouvoir, en bas le commerce et l’argent ; deux zones sociales constamment ennemies en tous lieux ; aussi est-il difficile de deviner qui des deux villes hait le plus sa rivale. […] Il est facile de concevoir combien l’esprit de caste influe sur les sentiments qui divisent Angoulême et l’Houmeau. Le commerce est riche, la noblesse est généralement pauvre. L’une se venge de l’autre par un mépris égal des deux côtés. La bourgeoisie d’Angoulême épouse cette querelle. Le mar-chand de la haute ville dit d’un négociant du faubourg, avec un accent indéfinissable : “C’est un homme de l’Houmeau !” » C’est ici que je fus élevé, oui, j’étais de l’Houmeau et fier de l’être. Je vivais près de ma Charente, au milieu des bateaux et de ces marins que je côtoyais quotidiennement à l’au-berge paternelle. C’est ainsi qu’en début 1857 je fis la connaissance de Philippe dont les parents habitaient le faubourg et le soir dans le brouhaha de la salle principale
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(à vrai dire la seule), j’écoutais ses récits captivant des terres lointaines. Je crois que ses histoires ôtèrent tous doutes en moi sur ce que je voulais de ma vie, mon jeune cœur s’enflammait pour l’inconnu. Mon père m’élevait dans la piété (et le mot n’était pas trop fort) de son métier tant il l’exerçait tel un sacerdoce et il n’envisageait pas d’autre possibilité que de voir un jour proche, son fils unique, la fierté de sa vie, prendre en mains les rennes du « Cheval Blanc ». Mais mon choix était tout autre et mon caractère déjà bien trempé fit qu’à force de persuasion, et avec l’aide de ma mère, je rentrais 5 dès l’âge de seize ans au Collège de la marine . À la fin de mes études en 1864, Angoulême m’étouffait, ma décision de partir s’avérait irréversible. L’appel du grand large devenait trop fort et je ne me sentais pas de taille à lui résister. Quand le jour fatidique arriva, ma mère, au désespoir me serra fortement dans ses bras prodiguant moult re-commandations de prudence, mon père me prit la main et après une accolade appuyée prononça ces quelques mots : « Mon fils, sache qu’il y aura toujours du pain et un lit pour toi à la maison. Que Dieu te protège. » Le son grave de sa voix raisonna longtemps dans mes oreilles et dans les moments difficiles, encore aujourd’hui, il demeure mon consolateur. J’ignorais que plus jamais je ne les reverrais. 5 Ouvert depuis 1818, il est l’ancêtre de l’École navale.
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C’est ainsi qu’avec pour tout bagage, un maigre balluchon, je pris pour la première fois le chemin de fer 6 en direction de Bordeaux . Bordeaux semblait immense en comparaison de l’Hou-meau, mais rendu sur place, un seul nom avait pour moi de l’importance : Denis Frères. Depuis 1857, le commerce était possible avec Saïgon et les « Denis » avaient compris avant tout le monde l’im-portance et l’enjeu de l’Extrême-Orient. Ils firent construire La Mouette, un brick-goélette qui appareilla pour Saïgon en 1862 avec pour objectif d’y fonder une maison. Les premiers, je voulais naviguer chez les premiers et avec personne d’autre. Je me présentais au bureau, en poche mon diplôme tout neuf de comptable et une écriture plutôt plaisante, mais jeune et sans aucune expérience. Gustave me reçut et me jaugea au premier coup d’œil. Un homme manquait à bord, j’acceptais la place et c’est sans regret qu’en ce beau matin du 6 juillet 1864 je contemplais les quais de la Garonne avant de voir disparaître la ville. Je partais pour le rêve et pour… l’argent.Cinq ans déjà que je navigue avec les Girondins. Mes premiers voyages furent pour l’Afrique d’où je garde le souvenir de mon passage sous l’équateur et d’une parti-cipation à la chasse au roi de la forêt. 6 La ligne Angoulême-Bordeaux ouvrit le 20 septembre 1852.
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Aujourd’hui, Saïgon, demain ailleurs. Un jour il faudra bien que je me pose.
CHAPITRE5 Naufrage à l’italienne
Mercredi 5 octobre 1994. Les rendez-vous de Michel se déroulaient à La Roche-sur-Yon à dix minutes de la Greminière. Aujourd’hui, comme chaque fois qu’il le pouvait, il déjeunait à la maison. Anne-Marie lui avait préparé son plat préféré, un magret de canard cuit au feu de bois accompagné d’un médoc. Un premier baiser pour son épouse et la joie de pouvoir prendre Joan dans les bras en tentant de lui expliquer sa matinée. Parler avec son fils faisait partie des plaisirs de la journée et Michel ne s’en privait pas lorsque son travail ne l’envoyait pas dans les départements voisins. Sur la table, il remarqua immédiatement un courrier au logo de la société. Romaco lui annonçait une réunion à Paris devant se dérouler sur deux jours les 17 et 18 octobre. Le thème concernait la stratégie du groupe pour les mois à venir. En caractères gras, la précision : « Votre présence est indispensable. » La signature au bas était celle de M. Filia et une copie envoyée à Georges, Barbara et Carole. Une réunion imprévue à laquelle tous les res-
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