Le Seigneur des glaces et de la solitude

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L'érosion d'un glacier en Alaska vient de faire apparaître une immense grotte inconnue jusqu'ici. Plusieurs personnes sont déjà mortes d'avoir voulu l'explorer. Mongo y découvre les vestiges d'une civilisation très ancienne.
Publié le : lundi 1 juillet 2013
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EAN13 : 9782743625641
Nombre de pages : 368
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Présentation

Le Seigneur des glaces et de la solitude de George Chesbro

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch

Éditions Rivages

 

 

Le docteur Robert Frederickson est un criminologue et détective réputé. Dans une autre vie, il était connu sous le nom de Mongo le Magnifique et se produisait dans un cirque, en tant que nain acrobate. La capacité de Mongo à relever les défis les plus phénoménaux étant inversement proportionnelle à sa taille, le voici une fois encore aux prises avec l’apocalypse. Il va, au sens propre, vivre une descente aux enfers.

 

L’érosion d’un glacier en Alaska vient de faire apparaître une immense grotte inconnue jusqu’ici. Plusieurs personnes sont déjà mortes pour avoir voulu l’explorer. Parti à la recherche de Marc Coletis, un jeune homme déséquilibré qui s’est aventuré dans ce labyrinthe souterrain, Mongo découvre, au milieu de créatures mutantes, les vestiges d’une civilisation très ancienne. La nouvelle fait grand bruit et Coletis, sorte de rescapé miraculeux, devient vite un nouveau dieu dont le nom est désormais Hortus.

 

Mongo ne peut rester les bras croisés face à cette hystérie religieuse alimentée par les marchands d’apocalypse, d’autant que sa vie est directement menacée. Dans une ambiance de délire mystique et de manipulation à grande échelle, il retrouve la trace d’un vieil « ami » et découvre l’existence d’une mystérieuse organisation spécialisée dans la fabrication des miracles. Son but ? Empêcher l’extinction de la race humaine, rien que ça. Hélas, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

 

George Chesbro est l’un des grands représentants américains du roman d’aventure et tous ses thèmes de prédilection sont ici réunis : son goût pour les ambiances surnaturelles et le fantastique, contrebalancé par une défense de la rationalité et de la liberté, incarnée par son héros Mongo.

 

George Chesbro est né à Washington en 1940. Diplômé en sciences de l'éducation en 1962, il enseigne à des classes d'enfants à problèmes jusqu'en 1979. Puis il s'arrête pour se consacrer à l'écriture.

Le personnage de Mongo le Magnifique, nain, ancienne vedette de cirque, docteur en criminologie et détective privé au QI exceptionnel, est d'abord apparu dans des nouvelles, puis dans la plupart de ses romans (plus d'une vingtaine).

George Chesbro est mort en novembre 2008

George Chesbro

Le Seigneur des Glaces
et de la Solitude

Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Jean Esch

Collection dirigée par
François Guérif

Rivages/noir
1

Dans un monde où des armées nomades s’enracinaient dans une terre labourée par les bombes et des ruines parsemées de morceaux de cadavres par des groupes suicidaires et destructeurs composés d’individus mécontents, désespérés et délirants, sans doute fallait-il s’attendre à ce que dans une Amérique hébétée et profondément blessée, à la suite d’un cataclysme provoqué par des hommes tapis dans des cavernes, d’autre fous se mettent en quête d’un Magicien jailli d’un autre orifice de la planète pour leur caresser la tête et leur offrir de nouvelles vies. Notre espèce, à l’instar de toute créature vivante sur notre planète, est peut-être de l’étoffe dont on fait les étoiles, mais la démence, la bêtise, l’amour de l’ignorance, le nihilisme et la cruauté sans bornes constituent assurément la configuration par défaut de nos gènes.

Je garai ma motoneige rouillée et crachotante, louée deux cents dollars par jour, à la lisière d’une immense toundra en permanence gelée et présentement envahie d’autres motoneiges, de traîneaux et de trois avions à hélices munis de skis, puis j’entrepris de gravir l’arête du glacier qui me toisait en me servant des marches grossièrement taillées dans la glace blanche et vert émeraude. Arrivé au sommet, je chaussai des lunettes noires pour me protéger de l’éclat aveuglant de cette vaste mer gelée qui creusait une gorge de plus en plus profonde entre deux chaînes de montagnes, et là, je contemplai une scène de chaos, physique et spirituel. Cette étendue, aussi vaste que sept terrains de football mis bout à bout, était jonchée de détritus, de toilettes portatives, de tentes multicolores, de grossières croix en bois montées sur des trépieds, de taches d’urine et d’excréments, d’appentis de fortune, de trois igloos et même d’un vaste abri préfabriqué, en tôle, dont je supposais qu’il avait été installé initialement par les trois hommes de l’équipe de secouristes, des spéléologues disparus depuis presque une semaine dans une caverne qui avait, jusqu’à présent, englouti dix-sept vies. Devant l’abri, stationnait une motoneige noire, frappée du logo de la police de l’État d’Alaska. Sur ma droite étaient attachés deux équipages de chiens de traîneau, émaciés comme si leurs conducteurs savaient dès le départ que leur voyage serait un aller sans retour. Un grand X rouge avait été peint sur une partie de terrain relativement plate afin de servir d’aire d’atterrissage pour les hélicoptères des journalistes qui venaient parfois s’y poser quand les conditions climatiques le permettaient.

Il me fallut trois quarts d’heure pour parcourir le site en glissant parfois un coup d’œil sous une tente ou dans les replis des sacs de couchage. Mais aucun signe de l’homme que je cherchais. J’étais à la fois surpris et profondément déçu ; ça pouvait signifier que je m’étais trompé et que j’avais parcouru presque dix mille kilomètres en jet, en avion à hélices, en traîneau et en motoneige, et dépensé une grosse somme d’argent appartenant à mon client, tout cela en transportant dans mon cœur un bagage pesant et amer, pour rien. Mais soudain, je reconnus quelqu’un et ne fus nullement surpris par sa présence dans ce lieu de rêves fantastiques et gelés. Un homme de plus d’un mètre quatre-vingts, élancé, la cinquantaine, coiffé d’une épaisse crinière de cheveux blancs ébouriffés, vêtu d’un anorak orange et argenté maculé de taches, se trouvait en tête d’un groupe de disciples qui regardaient fixement un secret vieux de dizaines, voire de centaines de milliers d’années, enfin dévoilé, millimètre après millimètre, par le murmure immémorial d’un glacier qui fondait. La fissure sombre dans la roche surplombait l’entrée d’une caverne de trente mètres de hauteur, obstruée par la glace. Elle mesurait peut-être soixante centimètres de large à son point le plus élevé et vingt-cinq mètres de long et était aussi noire qu’une tache d’encre de Chine projetée sur la pierre grisâtre de la montagne. Elle se dressait telle la dent d’un dieu gigantesque dans la gencive blanche du manteau givré qui l’enfermait. Des bandes de plastique jaune de la police, fixées à des piquets métalliques plantés dans la glace, se balançaient paresseusement dans le vent.

– Salut, Dylan, dis-je en m’approchant.

Dylan Parker se retourna en entendant ma voix et, comme lors de notre première rencontre, je fus frappé par son apparence et sa présence. Parker était un « faux » albinos, en ce sens que ses yeux étaient colorés : le droit était vert et le gauche, affligé d’un léger strabisme, marron. Sa peau et ses sourcils avaient l’aspect d’un parchemin vieilli, et dans cet environnement de glace et de neige, sa tête et ses mains nues nimbaient l’intérieur de sa parka d’une aura spectrale aux couleurs éclatantes.

– Mongo le Magnifique ! brailla-t-il en prenant ma main pour la secouer vigoureusement.

– Mongo le Magnifique ? Voilà un nom que je n’ai pas entendu depuis longtemps. D’où vous le sortez ?

– Vous m’avez fortement impressionné quand nous nous sommes vus pour la première fois. Quand était-ce ? Il y a dix ans ?

– Plutôt huit.

– Bref, j’ai été suffisamment impressionné par le Pr Robert Frederickson pour mener une petite enquête. Lexus-Nexus a des tonnes de renseignements sur vous. Vous possédez un doctorat en criminologie. Vous êtes un ancien professeur d’université. Vous êtes également ceinture noire de karaté et vous avez été la vedette du Statler Brothers Circus pendant de nombreuses années : acrobate et voltigeur de premier ordre, et aussi dompteur. Mongo le Magnifique était votre nom de scène et vos amis, à l’exception de votre épouse, continuent à vous appeler Mongo. Vous êtes maintenant un détective privé hors du commun, dit-on. Avec votre frère, un ancien inspecteur de la police de New York devenu votre associé, vous avez été impliqué dans de très étranges affaires ces dernières années. Apparemment, vous étiez déjà célèbre quand nous avons fait connaissance, et après notre rencontre, j’ai eu honte de ne pas avoir su qui vous étiez.

– Dylan, je ne cesse d’être surpris par les hordes de gens qui ignorent qui je suis, et vous avez toujours été beaucoup trop préoccupé par des questions importantes pour reconnaître de vagues célébrités. Pour votre gouverne, sachez que je n’ai jamais été dompteur ; je m’entendais bien avec les animaux, c’est tout. Mais comment diable pouvez-vous savoir que ma femme ne m’appelle pas Mongo ? Nous sommes mariés depuis quelques mois seulement.

– Je ne sais pas d’où le journaliste tenait cette information, mais je l’ai lue dans un journal à scandales quelconque. Voulez-vous savoir quel était le gros titre ?

– Certainement pas.

– Votre femme est zoologue et professeur de fac, comme vous autrefois. Vous l’avez rencontrée à l’époque où vous étiez artistes de cirque tous les deux. Elle était charmeuse de serpents.

– Vous êtes très bien informé, Dylan. Si jamais j’ai besoin de savoir quelque chose sur ma vie privée, je saurai qui appeler.

– Vous permettez que je vous appelle Mongo ?

– Pourquoi pas ? D’après Lexus-Nexus, tout le monde m’appelle comme ça… sauf ma femme, évidemment.

– Êtes-vous venu ici pour voir Dieu ?

– Mon carnet de rendez-vous est plein pour la journée. Je cherche un homme. Celui-là même que je cherchais il y a huit ans quand nous nous sommes rencontrés.

– Marc Coletis ?

– Oui. Il est ici ?

– Oui.

– Voilà une excellente nouvelle.

– Une excellente nouvelle pour Marc. Comment saviez-vous qu’il était ici ?

– Simple déduction. Je suis allé sur votre site internet. Google recense plus de quinze mille sites consacrés à Armageddon et au second avènement, et le vôtre figure en tête. C’est le nec plus ultra pour ce genre de délire et je sais, par ailleurs, que Marc Coletis le visite régulièrement. Quand j’ai lu que cette caverne meurtrière, en Alaska, était le dernier gadget à la mode chez les adeptes de la fin du monde, je me suis dit qu’il était fort probable que Marc soit ici, avec les autres énergumènes qui suivent vos traces.

La peau de Dylan Parker, d’une blancheur spectrale, forma deux rides autour de sa bouche.

– Lors de notre première rencontre, vous étiez plus respectueux.

– Lors de notre première rencontre, je n’avais pas aussi froid. Le problème avec les seconds avènements, c’est qu’ils n’arrivent jamais. C’est au moins la vingtième fois en trente ans que vous annoncez l’imminente fin du monde et le retour de Jésus. À force, avec ce genre de statistiques, les gens ont du mal à prendre vos prédictions au sérieux.

– Croyez-vous en Dieu, au moins ?

– Qu’est-ce que ça changerait ? On parle de pourcentages, pas de croyance.

– Vous allez être stupéfait.

– Tant mieux. J’adore être stupéfait. Si vous me disiez où je peux trouver Marc ?

– Il est parti chercher des provisions. Il sera de retour dans une heure environ.

– Merci.

– Vous savez, Mongo, je n’oblige jamais les gens à me suivre contre leur volonté. Ceux qui sont avec moi ont choisi de l’être. Je ne cherche pas à leur laver le cerveau. L’argent que je reçois pour m’aider dans mon travail, ils me le donnent de leur plein gré.

– Je sais, Dylan. Et puisqu’on parle d’argent, j’espère que Marc est venu avec un gros paquet de fric. Les Indiens qui vivent près d’ici s’en mettent plein les poches grâce à votre site internet. Ça me coûte deux cents dollars la nuit pour loger dans une sorte de cabane à outils avec un chauffage au kérosène, et la motoneige que j’ai louée devait être la dernière en ville car elle me coûte deux cents dollars de plus par jour.

– C’est encore le père de Marc qui vous envoie ?

– On peut le penser.

– Marc a trente ans. Il est adulte !

– Oui, mais il est aussi très malade.

– Qui dit ça ?

– La médecine, et plus particulièrement son psychiatre. Quand nous nous sommes rencontrés, je vous ai dit que Mark souffrait de psychose. Il est sujet à des hallucinations. Il n’entend pas seulement des voix, c’est tout le Chœur du Tabernacle mormon qui chante dans sa tête. Il vit plus ou moins normalement quand il prend ses médicaments, mais s’il arrête, il se prend pour un ange nommé Hortus. Il adore ça, il plane à dix mille. Quand il en a marre de patauger dans la réalité, il prend des vacances. Il interrompt son traitement, il redevient Hortus et se précipite lorsque vous annoncez la prochaine apparition de Jésus.

L’homme grand et mince, en anorak orange et argent, écarta les bras dans un geste qui ressemblait à la fois à une bénédiction et à une supplication.

– Et son père pense qu’il vaut mieux ramener Marc dans une réalité qui est un enfer pour lui ? À quoi bon ? Très bientôt, il sera à nouveau réuni avec tous ceux qu’il a aimés et il aura tout ce qu’il a toujours désiré. La maladie dont il souffre sera guérie instantanément. Nous monterons au paradis.

– Son père ne veut pas qu’il aille au paradis pour l’instant, pas sans ses médicaments en tout cas. (Je me retournai et désignai la plaie noire dans la montagne, en bordure du glacier.) À votre avis, qu’est-ce qu’il y a au fond, Dylan ?

– La fin du monde. Jésus revient.

– Il va sortir de cette caverne ?

– Je ne sais pas ce qui va sortir en premier de cette caverne. Peut-être Jésus… peut-être des démons, ou des anges. Peu importe. Ce sera la fin de ce monde tel que nous le connaissons car Jésus va revenir pour gouverner Son Royaume.

– Vous n’en êtes pas à votre première tentative, Dylan. Il y a huit ans, avec vingt-sept de vos disciples, parmi lesquels Marc Coletis, vous êtes allé au Nouveau-Mexique et vous êtes resté assis dans le désert pendant un mois, à attendre la fin du monde, jusqu’à ce que vous soyez à court de vivres et d’argent. Quand la faim s’est fait sentir, vous avez décidé que vous aviez peut-être commis une petite erreur de calendrier. Je n’ai pas tout suivi depuis, mais je parie que vous vous êtes planté encore plusieurs fois. Pourquoi êtes-vous si sûr de vous aujourd’hui ?

Dylan Parker repoussa une longue mèche de cheveux blancs qui tombait devant ses yeux dépareillés et agita la main droite pour montrer le décor.

– Regardez autour de vous, Mongo. Il y a plus de cent personnes qui campent dans le froid. Elles ne sont pas ici parce que je leur ai dit de venir. Elles sont ici parce que cette caverne a été révélée. Elles ont été appelées par Dieu dans ce lieu de désolation afin d’assister à notre entrée au paradis.

– Ces gens sont ici parce qu’ils ont lu ou entendu des infos concernant cette caverne et votre prophétie, Dylan. Une caverne cachée depuis au moins la période glaciaire apparaît brusquement au grand jour et se met à avaler des individus. Sur ce, une personne possédant votre charisme raconte à qui veut l’entendre que c’est le signe du second avènement. L’image est forte et elle séduit un tas de gens malheureux dans la vie. Ils cherchent un moyen simple d’effacer leur existence pour en recommencer une autre, et ils pensent qu’Armageddon leur apportera ce qu’ils attendent. La fièvre du millénium est toujours là et la destruction du World Trade Center a fait monter la température de nombreux individus. Vous allez assister à une forte augmentation de ce genre de conneries au cours des prochaines années.

Dylan plissa les paupières à cause des reflets du manteau de glace sur lequel nous nous trouvions.

– Appelez ça des conneries si vous voulez, mais le fait que vous soyez venu vous aussi, quelle que soit la raison, c’est le signe que Dieu veut que vous soyez là. Peu importe que vous croyiez ou pas. Je sens, très fortement, que vous avez un rôle important à jouer dans ce qui va arriver.

– C’est du baratin, Dylan, dis-je sèchement sous l’effet d’une colère sans commune mesure avec les paroles de cet homme.

Je m’éloignai et lançai par-dessus mon épaule :

– Je suis payé pour discuter avec un seul maboul, pas deux, alors je vous laisse !

Vingt minutes plus tard, Marc Coletis, vêtu d’un anorak gris et coiffé d’un bonnet des Oakland Raiders, arriva sur une motoneige chargée de sacoches pleines à craquer. J’avais gardé le souvenir d’un jeune garçon émacié, mais il avait ajouté quelques kilos à son 1 m 80 depuis la dernière fois que je l’avais vu. C’était peut-être dû à l’arrêt de son traitement, en tout cas, ça lui allait bien. C’était un homme séduisant au visage ciselé et aux yeux noirs assortis à la couleur de ses longs cheveux noués en queue de cheval. Il descendit de la motoneige avec des mouvements brusques, dus à un problème de motricité permanent, également responsable de son tic à la joue gauche et de sa mauvaise articulation, tristes conséquences de puissants psychotropes consommés pendant des années.

– Bonjour, Mongo, dit d’un ton neutre l’homme que j’étais venu voir alors que je descendais l’escalier taillé dans le glacier pour marcher à sa rencontre.

– Vous n’avez pas l’air surpris de me voir, Marc.

– C’est mon père qui vous envoie, je parie.

– Exact.

– Vous allez essayer de me persuader de rentrer ?

– J’aurais une chance de réussir ?

– Non.

– Alors, je ne me fatiguerai pas pour rien.

– C’est bientôt l’heure, vous savez. Jésus va sortir de cette caverne. Je veux être là pour L’accueillir.

– C’est super sympa. Je suis sûr que Jésus appréciera. Vous êtes un adulte, Marc. Personne ne peut vous obliger à faire ce que vous n’avez pas envie de faire. Si ça vous amuse de vous geler le cul sur un glacier à attendre que Jésus sorte d’une caverne qui a déjà tué dix-sept personnes, ça vous regarde. Ce n’est pas comme quand vous étiez gamin et que vous vous enfuyiez de l’hôpital pour vous retrouver dans les rues.

Mon ancien étudiant leva la main pour protéger ses yeux des reflets sur la glace et m’observa par en dessous.

– Alors, pourquoi êtes-vous ici ? demanda-t-il, perplexe.

Je dévisageai le jeune homme planté devant moi. À l’exception de son tic et des spasmes qui agitaient par moments le côté gauche de son corps, comme s’il haussait une épaule, il paraissait en forme. La pellicule blanche de bave séchée qui recouvrait généralement ses lèvres avait disparu. Ses yeux sombres avaient perdu leur éclat terne, mais ils semblaient trop brillants, tels des éclats de mica huileux, et ils ne cessaient d’aller d’un point à un autre.

– Comment ça va, Marc ?

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