Le Silence de la nuit

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Le Silence de la nuit est un recueil de six nouvelles qui dépeignent, à travers des scènes fictives (mais avec un réalisme saisissant), le quotidien d’un peuple auquel appartient François Yéo. Écrits avec simplicité et fluidité, les récits adoptent un ton parfois cocasse, drôle, gai, triste ou poignant selon chaque situation. Mais toujours avec ce zeste d’humour de l’auteur qui revient de loin et qui se joue des malheurs de ce monde.
Publié le : jeudi 29 mars 2012
Lecture(s) : 13
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748382518
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748382518
Nombre de pages : 84
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François Yéo
LE SILENCE DE LA NUIT
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0117286.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
À ma mère, lessence de ma vie. À MM. Labasse Fofana et Tonga Béhi, vous qui avez toujours cru en moi. Dieu vous bénisse !
1. Un lourd secret Lendroit était calme et reposant. Tout autour, les arbres bruissaient à peine. Ils tendaient vers le ciel bleu leurs branches feuillues. On aurait dit des ombres priant je ne sais quel dieu. Le temps semblait sêtre arrêté. La nature, presque dans son en-semble, avait lair de se recueillir au milieu de ce silence profond que rien ne venait troubler. Pas même les pépiements des oi-seaux, dordinaire si bavards. Il faisait froid. Très froid. Un froid mordant. Glacial. La gerbe de fleurs que je tenais entre les mains dégageait un léger parfum de chrysanthème qui me mon-tait à la tête. Cela me rappela vaguement lodeur de Jeannette. Femme exquise et à la beauté sensuelle. Cétait comme si, à cet instant précis, elle se tenait tout près de moi. Mon corps frémit légèrement à la caresse du vent. Nous étions en décembre, en plein mois dharmattan. Durant cette période de lannée, le cli-mat est très rigoureux. Cest le mois que je redoute le plus, moi qui suis très frileux. Et ce matin-là, je ne portais quun pull-over marron, un jeans presque délavé et une paire de baskets. Ces chaussures que Jeannette aimait bien mavaient été envoyées par mon fils Christian, vivant en Hollande. Dailleurs, je pense très fort à lui, au moment même où jécris ces lignes. Il me manque tellement. Tout comme sa sur, Mélaine. Cette dernière vit au Maroc avec son mari qui y travaille. Dans ma vie, je nai eu que deux enfants. Ils représentent aujourdhui tout ce que jai de plus cher au monde, depuis le décès de Rita, leur mère. Certes, les enfants et moi, nous nous appelons régulièrement. Mais,
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jamais ils ne me manquent autant que maintenant. Je me de-mande, hélas, parfois, si je vivrai assez longtemps pour voir mes petits-enfants, à lallure où je vieillis Christian et Mélaine viennent au pays, seulement tous les deux ou trois ans. Pendant les vacances dété. La mort de leur mère nous a davantage rapprochés. Leurs photos ne me quit-tent jamais : à la maison, au travail, lors de mes voyages partout. Au fond de moi, je me promis de les appeler aussitôt que je rentrerais à la maison. Pour linstant, mes pensées vo-laient vers une autre personne qui métait tout aussi chère. Celle pour qui jétais venu, ici, en ce lieu à latmosphère si funeste. Tout autour de moi sélevaient de petits mausolées aux épi-taphes aussi éloquents les uns que les autres. Je devais être le seul en ce lieu. Non, je me trompais. Car, au moment où je le pensais, japerçus, plus loin, à ma gauche, un petit vieux au vi-sage de momie. Agenouillé, il avait lair profondément absorbé par un monologue, son couvre-chef entre ses mains noueuses. Je passai près de lui, de sorte à ne pas le déranger. Puis, je me dirigeai vers le fond. Quelques centaines de mètres plus loin, elle était là. Toujours aussi impressionnante, malgré le temps qui passe. En fait, jai toujours eu cette impression. Que de loin, sa tombe était la plus magnifique. Tout comme le fut dailleurs de son vivant, celle qui y demeurait. Oui, en effet ! Jeannette a été de son vivant lune des plus belles femmes quil me fut don-né de rencontrer. Et comme je repensais à elle en mapprochant du sépulcre, je fus soudainement saisi dune angoisse sourde, provenant de nulle part. Et qui métreignait atrocement le cur. Au fait, cela vous est-il déjà arrivé ? Cette étrange sensation danxiété, mêlée à une trouille morbide. Comme si quelque chose dinvisible rodait autour de vous. Ces sensations de fourmillement dans les cheveux, les poils de la peau qui se hé-rissent alors quautour de vous, tout semble calme. Vous napercevez rien. Et pourtant, votre sixième sens mal aiguisé essaie de vous prévenir de je ne sais quel danger. Cette atmos-phère lourde. Pesante. Et comme généralement, en pareille
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circonstance, vous éprouvez une envie soudaine et impérieuse de satisfaire un besoin subit Eh, bien ! Cest ce que je ressen-tais à chaque fois que je venais rendre visite à Jeannette, ici, dans son monde. Celui du silence. Je nai jamais réussi à my habituer. Bizarrement, à chaque fois, jai toujours eu la certitude quelle se tenait près de moi. Et quelle mobservait. Jen étais certain. Parfois, comme un gosse, je me demandais comment vit Jeannette dans lautre monde. Depuis bientôt trois ans quelle avait disparu, abandonnée, seule, ici, au milieu de centai-nes dautres inconnus que le destin avait réunis là. En fait, je ne suis pas le mari de Jeannette, vous savez ? Encore moins, son parent. Cependant, nous avons trop de choses en commun. Trop ! Cest sans doute ce qui moblige chaque fois à venir là, me recueillir sur sa tombe. Sa mort, plus que celle de ma propre femme, mavait profondément marquée. Et vous saurez pour-quoi. Cest une tumeur cérébrale qui a eu raison de cette femme belle au regard candide. Jeannette était une brave femme qui avait tout pour elle. Hélas, la grande faucheuse, elle, na pas détat dâme. Mes mains se crispèrent autour du bouquet de fleurs au moment où je faisais face à la stèle. Je constatai, tout honteux, que je tremblais. Était-ce la peur ou le froid ? Peut-être, les deux. Le sourire radieux sur la photo réchauffa un peu mon âme. Doucement, le soleil séclipsa derrière un gros nuage cotonneux. Comme sil ne voulait plus assister à la suite du spectacle. Autour de moi, les gros arbres avec leurs feuillages ombrageux, au milieu de ce décor, ressemblaient étrangement aux figurines dune toile géante peinte par quelque divinité. Ma main sempara des anciennes fleurs. Elles avaient séché. Je les remplaçai par les nouvelles. Celles-ci étaient plus fraîches et plus odorantes. Cest alors que je maperçus que je métais agenouil-lé. Exactement comme le vieil homme que javais vu quelques minutes plus tôt en arrivant. Tiens, cest drôle comme les êtres humains, quel que soit leur âge, ont la même attitude devant les morts. Surtout, ceux qui nous sont les plus chers. Je pris une
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profonde inspiration. À ce moment précis, mes pensées me ramenèrent loin. Plusieurs années en arrière. Je me revis en compagnie de Christophe, Jeannette et Rita, mon épouse. Cétait lépoque où nous étions jeunes. Nous étions novices et venions fraîchement de débarquer dans la sphère profession-nelle. Jétais Inspecteur de lenseignement primaire de la grande région sud du pays. Je voyageais régulièrement. Mes séjours pouvaient durer parfois un mois ! Jai connu Christophe et Jeannette au cours dune réception à la résidence du ministre de léducation nationale. Cétait pen-dant le réveillon de Noël, en décembre 1973. Christophe rentrait tout juste au pays où lappelaient ses nouvelles fonc-tions de cadre aux impôts. Je le trouvais très ouvert desprit. Nous avions sympathisé. Pendant notre conversation, je décou-vris un jeune homme plein dintelligence et pragmatique. Malgré les années passées hors du pays, il connaissait de manière très pertinente ses réalités, contrairement à dautres compatriotes qui sétaient aliénés au contact de la culture occidentale. Il me présenta Jeannette, son épouse. Une jeune métisse aux yeux damande :  Jeannette Songo, mon épouse. Nous fêterons nos deux ans de noces le mois prochain, mavait-il dit.  Enchanté, madame ! Cest peu de dire que vous êtes très ravissante Elle mavait répondu avec un sourire presque innocent. Une autre jeune femme, tout aussi belle, les accompagnait. Elle avait lair timide. Christophe me la présenta comme sa petite sur. Rita était une jeune femme élancée, au port altier, avec des ges-tes soignés dans sa superbe robe beige, mais très tendance à lépoque. Ses escarpins assortis ajoutaient des centimètres sup-plémentaires à sa grande taille. Elle me tendit mollement sa main. Heureux de vous connaître. De votre sur et vous, je ne sais vraiment laquelle est la plus belle, dis-je, espérant quelle verrait cela comme un compliment.
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