Le silence peuplé

De
En cette année 1920, la France se relève doucement de la Grande
Guerre. Tandis que Les Années Folles enivrent la jeunesse et la
bourgeoisie, le peuple des villes et des campagnes panse ses
plaies dans un mélange d’espoir, de liesse et de douleur.

Depuis quelques mois, au dessus de la charmante baie de Paulilles
où la dynamiterie est en pleine activité, au coeur de la garrigue
entre Port-Vendres et Banyuls-sur-mer un mas inhabité frappé
par le double décès de ses propriétaires durant l’hiver 1918,
s’anime la nuit d’étranges ombres et de lueurs rougeoyantes...

Un inconnu, une gueule cassée a investi le lieu, que fait-il ?
D’où vient-t-il ? Quelles sont ses intentions ?
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
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EAN13 : 9782350735870
Nombre de pages : 160
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Introduction
Lettre du front, à Soupir dans l’Aisne. D’Adam Da Costa, tranchée du Dernier Soupir à sa fiancée Suzanne Combos à Port-Vendres.
Ma bien aimée,
Le 16 avril 1917
 Mon cœur et mon esprit s’envolent sans cesse vers toi, ma Suzanne. Ta lettre et ton colis sont arrivés hier, comment te décrire la joie qui m’a envahi, après tous ces jours sans nouvelles de notrebelle Catalogne, je dépérissais et ne pouvais m’empêcher de penserà tous ces planqués que je ne nommerai pas et qui te côtoient chaquejour que Dieu fait…
 Enfin, tes paroles tendres m’ont réconforté et le soleil de Port-Vendres brille à nouveau dans tout mon être. Si tu savais comme il est facile, ici, de tomber dans le désespoir le plus profond,il suffit de si peu ! ton silence par exemple !!! La neige est tombée à gros flocons toute la nuit, et ce matin la guerre semblait s’être évanouie, dissimulée sous un épais manteau blanc immaculé, scintillant sous un ciel bleu sans nuages. Les fils de fer
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barbelés sur le no-man’s land ornés d’étoiles de givre ressemblaient à des guirlandes de Noël, une vision fugitive de paradis dans cet enfer impitoyable. Un silence ouaté et tranquille enveloppait notre tranchée, même les odeurs s’étaient atténuées. Mathieu, heureux comme un enfant, nous a confectionné un bonhomme de neige qu’il a coiffé d’un casque pris aux boches ! Toujours à faire le pitre celui-là…  Je suis assis sur la banquette, le visage offert aux timides rayons du soleil d’avril et je déguste, en fermant les yeux ; les biscotins croquants, ta merveilleuse confiture d’abricots aux amandes amères et notre bon vin de Banyuls, hum … comme c’est bon … comme je voudrais faire ce festin près de toi dans notre jolie petite crique de Paulilles.  Les bombardements ont cessé depuis plusieurs jours, je ne sais pas ce qu’ils nous préparent… Mais cela ne sent pas très bon.  Peu importe, après tout, pour le moment je savoure mon bonheur et je veux croire en ma bonne étoile. Je suis constamment à tes côtés ma chérie.  Peux-tu dire à mes parents que je les aime, ainsi qu’à Eléna, ma précieuse Nane ? je leur écrirai demain car le sergent nous appelle.  Je te serre très fort contre mon cœur et te couvre de baisers. Ton Adam
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Chapitre 1
Le mas oublié
 a nuît noîre s’étaît reermée sur eux, es phares ronds et chromés de« La Delage »bîcoore ambant neuve écaîraîent aîbement d’une ueur jaune es aentours.  es chemîns sînueux à travers es vîgnes, a garrîgue, es chênes-îèges et es chaos de rochers se ressembaîent, se croîsaîent, se retrouvaîent en un manège énervant. a mer en contrebas respîraît au rythme du ressac venant mourîr sur a page et s’écraser sur es récîs quî encercaîent a petîte baîe de Pauîes.
 es bruîts de a ête donnée au domaîne des Vasquez à Port-Vendres s’estompaîent ; Anne-îse Murcîa et Arsens, îvres et amoureux, avaîent uît es mondanîtés. Is ne se sentaîent pas à eur aîse au mîîeu de ces notabes étaant une rîchesse dont a provenance, sans être mahonnête, n’en étaît pas moîns a matîère premîère des champs de bataîe : a dynamîte.
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 Depuîs ’achat des terraîns par Pau Barbe durant ’an-née 1870, pour y onder une « Dynamîterîe », a charmante baîe de Pauîes, jadîs sauvage, se transorma en ruche abo-rîeuse. Cette petîte cîté ouvrîère orîssante se déveoppaît au mîîeu d’ une nature paradîsîaque.  André Vasquez, e père d’Arsens, îngénîeur doué attaché à ’usîne, avaît mîs au poînt des exposîs de pus en pus eîcaces, et s’împosaît comme e personnage încontournabe de a bonne socîété envîronnante.  e temps avaît îé et, magré es tours et détours, Arsens ne retrouvaît pus son chemîn ! I devaît bîen se rendre à ’évîdence : îs étaîent be et bîen perdus au mîîeu de nue part et ’aîguîe sur e tabeau de bord îndîquaît que e nîveau de pétroe étaît au zéro.  Anne-îse, a tête penchée sur son épaue s’étaît assoupîe et rîssonnaît dans ses rêves. Arsens ît une pause pour reever a capote et couvrîr son amîe avec e paîd écossaîs jaune et vert bordé d’un bîaîs en veours mordoré, que ses parents aîssaîent sur e sîège arrîère pour es jours de tramontane.
 e sentîer devant uî descendaît en pente douce et es ébouîs déstabîîsaîent e véhîcue peu habîtué à de tes pérîpes. Depuîs queques mètres, îs ongeaîent un mur maçonné assez haut et en partîe éboué. Arsens stoppa a voîture devant un trou béant.
 e vent marîn, chargé d’humîdîté, s’étaît evé, en-veoppant toute chose d’un voîe de coton opaescent. a sombre nuît aîssaît apparaïtre queques étoîes perdues dans ’îmmensîté et un croîssant de une pâe noyé dans une brume épaîsse. ’atmosphère se chargeaît d’éectrîcîté, au oîn, derrîère es montagnes, des écats de umîère întense
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strîaîent e cîe de pus en pus obscur. e tonnerre caquaît sourdement, ’orage s’annonçaît.
 Par a béance du mur éventré, î découvrît un vaste mas composé ; d’une maîson de maïtre aux bees proportîons,- coîfée d’un toît à quatre pentes, surmonté d’un bîen curîeux épî de aïtage représentant un voatîe aux aîes dépoyées -, de dépendances vastes en pîteux état et d’une grande cour poussîéreuse, Lanquée dans un ange d’un haut pîgeonnîer en er orgé ressembant à un campanîe. es arbres et es bâtîments nîmbés d’un brouîard assez dense aîsaîent penser à un début de im d’épouvante, chaque écaîr créaît des ombres menaçantes anîmées par es bourrasques du vent. Une chouette efraîe poussa un huuement sonore. Arsens tressaîît de surprîse.  Heureusement qu’Anne-îse est endormîe ! pensa-t-î égèrement moqueur.  Une aîbe umîère trembotante écaîraît es deux enêtres du premîer étage de a bâtîsse prîncîpae.  C’est habîté ! se dît-î, en poussant un soupîr de souagement.
 Anne-îse, pongée dans un proond sommeî, respîraît paîsîbement sur e sîège passager.  Tournant pusîeurs oîs a manîvee avec orce, î redémarra enîn.  Maîs après queques hoquets, ’automobîe stoppa déînîtîvement queques mètres pus oîn, ace à ce quî devaît être ’entrée prîncîpae.  Voîà… Cette oîs c’est a panne sèche ! concut-î en tordant e coîn de sa bouche. I aut absoument trouver de ’aîde.
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 Sur a gauche, un hao orangé îumînaît une grîe monumentae ouvragée en er orgé rouîé. e battant droît égèrement entrebâîé oraît e passage suîsant à une personne.  - Anne-îse ! Réveîe-toî … dît tendrement Arsens en uî caressant a joue du revers de a maîn. Ee entrouvrît es yeux, surprîse, et baaya es aentours d’un regard hébété.  - Où sommes-nous ? dît-ee d’une voîx cassée. Après un sîence méîant, ee contînua, en détachant chacun de ses mots.  - Nous n’aons pas rentrer à-dedans… c’est ugubre ! et puîs … ranchement, je ne suîs pas rassurée ! décara-t-ee avec une moue sans équîvoque. Son bandeau argenté surmonté d’une aîgrette uî tombaît sur e vîsage. Ee se redressa en arrangeant nerveusement sa coîure en désordre.  - Nous n’avons pas vraîment e choîx, répondît Arsens gêné. e réservoîr est vîde, a nourrîce aussî et ’orage menace.  - Bon … Hé bîen aons-y ! dît-ee résîgnée. Ee prît un aîr renrogné, posa son escarpîn sur e marche pîed en înspectant ’état poussîéreux de ’aée.
Le peuple d’Adam
 Is ongèrent e mur d’enceînte et es dépendances etse retrouvèrent ace à de vastes écurîes ouvertes sur a cour, peupées d’étranges créatures mî-machînes, mî-hommes, mî-bêtes.  Fîchées çà et à dans es murs en cayroux, reposant dans des cages métaîques, des torches enLammées écaî-
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raîent e îeu, une umée noîrâtre s’en dégageaît et montaît en tournoyant vers ’împosante charpente.  e spectace quî s’ofraît à eurs yeux es igea sur pace : îs n’avaîent jamaîs vu de tees œuvres. ’artîste es avaît mîses en scène savamment et chacune paraîssaît prête à jouer son rôe au caquement des troîs coups.  Certaînes sembaîent sortîr tout droît des proondeurs des eners. Au centre, un împosant Mînotaure au muLe couvert de poîs bruns et au corps de charrue en méta pîqué présîdaît, son ront armé poîntaît ses deux cornes afûtées, ses grands yeux noîrs bordés de ongs cîs recourbés épîaîent ’étrange assembée. Un aune au tronc humaîn muscueux, aux pattes ourchues et veues, açonné à a perectîon dans de ’argîe et à a tête ormée par une see de véo ornée de erraîe en guîse de cornes, cherchaît une hypothétîque vîerge à détrousser, son sexe énorme et turgescent sortaît d’une toufe de poîs sombre avec une îndécence toute anîmae. Une espèce de Cerbère trîcéphae repoussant, aît de pâtre peînt aux nuances verdâtres et de tuyaux de cuîvre tachés de vert de grîs dardaît des angues aîguîsées et menaçantes. Une Gorgone monstrueuse, travaîée dans ’argîe rouge de a régîon, à a bouche béante ormant un trou obscur et au regard sombre, dépoyaît une încroyabe cheveure de pampres de vîgne quî ressembaîent à une mutîtude de serpents prêts à enoncer eurs crochets venîmeux dans a chaîr tendre.
 Au centre, un arbre gîgantesque éançaît ses branches métaîques couvertes de euîes en tôe inement découpées bruîssant au moîndre soule de vent, des ruîts en boîs pîqués de cous ressembant à des grenades ofensîves pendaîent çà et à, tes des épées de Damocès suspendues au dessus du petît peupe coupabe.
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 D’autres scuptures curîeusement se dressaîent, comme des anges provenant du paradîs : une Séraphîne énîgmatîque suspendue à une poutre survoaît es créatures, e corps enserré dans un corset métaîque, ses aîes îmmenses dépîées et a ace couverte d’un masque banc înexpressî posaît ses yeux absents sur son unîvers ; un agneau en grîage garnî de aîne paraîssaît païtre paîsîbement a scîure et a îmaîe sur a terre battue, un masque à gaz à unettes garnî de paîe uî servaît de muLe. Sur ’étabî, a dernîère œuvre en cours de ’artîste patîentaît : au centre, deux coupes d’amortîsseurs composés de ames de tôes rouîées arquées, posîtîonnées ’une sur ’autre et mîses bout à bout, ormaîent e corps d’un papîon monumenta Lanqué de deux aîes merveîeusement ouvragées en er orgé coîsonnées d’éégantes arabesques. Au so, une mutîtude de bestîoes însoîtes s’ébattaîent : une chouette aux pumes de er et aux yeux en bouons ixaît un serpent de cuîvre doté de pusîeurs têtes sortant d’un vîeux panîer en osîer éventré ; des coonîes de coéoptères, d’araîgnées, de mantes reîgîeuses en cous, vîs, poîntes, ces, bîes de boîs, cenches de porte, euîes de méta înestaîent un tronc d’arbre en boîs Lotté aux ormes torturées.  Dans a pénombre, au ond de a vaste sae dans une nîche, une aux étînceante et îsse sortaît, menaçante, d’une cape noîre à capuche en aînage mîté posée sur un mannequîn sans vîsage. a grande aucheuse sembaît attendre d’éventues cîents pour traverser e Styx.  Près du brasîer, un cheva en paques de tôe rongées reevaît sa tête majestueusement, sa crînîère en copeaux de méta rouîés retombaît sur son encoure en cascade de bouces rousses, î montaît a garde, observant es aentours.  En partîe caché par e aune ubrîque, un Prométhée enchaïné au mur présentaît sur son torse à a beauté înso-ente, une paîe béante ensangantée. Son vîsage ravagé par a
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soufrance et à moîtîé dîssîmué sous des bandages s’încînaît sur son épaue. es musces de son corps îdéaement scuptés, useés et saîants, bandaîent uîsants sous ’assaut de a dou-eur. Tout e génîe de ’artîste ou transparaîssaît dans cette œuvre magîstrae et puîssante. De a poutre maïtresse dra-pée de toîes d’araîgnées, un grand aîge de cuîr à ’armature métaîque ondaît toutes serres dehors et bec en avant sur e suppîcîé. a vérîté crîante de cet homme martyrîsé et son aura écaboussaîent es autres scuptures quî sembaîent mî-neures.  Des soules d’aîr chaud enveoppaîent es vîsîteurs, un brasîer de erronnîer projetaît sur es murs de pîerre, sur a charpente et sur es créatures des ombres onduantes et rougeâtres.  Ces mouvements ondoyants sembaîent donner vîe à ce peupe surprenant, învîtant Anne-îse et Arsens à entrer dans une sarabande înernae et grotesque.  Une étrange sensatîon de in du monde pesaît, une cupabîîté éternee ressortaît, papabe, împrégnant e îeu d’une dîmensîon surnaturee, mystîque et démonîaque. a présence de a orge et de ’encume où traïnaîent dîvers outîs et matérîaux renorçaît ’îdée de créatîon înhumaîne et destructurée tendant vers une in înéuctabe, un purgatoîre dont ’escaîer învîsîbe descendraît tout droît dans es entraîes înernaes du dîeu Hadès.  « a grande punîtîon, e rachat des péchés de ’huma-nîté », c’étaît ’îmage quî sautaît aux yeux d’Arsens. Comment ne pas croîre en cet înstant en une puîssance supérîeure manîpuant es vîvants.  Au oîn, a Médîterranée enLaît, annonçant ’orage, es vagues quî venaîent heurter avec vîoence es rochers de a
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baîe caquaîent et résonnaîent en écho dans e cîe désormaîs d’un noîr d’encre. e grondement ugubre et ancînant de a mer en coère ampîîaît encore cette însoîte représentatîon de ’Apocaypse.
 Impressîonnés par ce théâtre déîrant, Arsens et Anne-îse restaîent à, coués et muets.
 Enîn, î se décîda magré ’înquîétude quî uî nouaît a gorge, à appeer de ’aîde.
 - I y a quequ’un ? demanda-t-î sans trop éever a voîx.  Aucune réponse ne uî parvînt.  Sous ’înuence de a chaeur, Anne-îse encore très embrumée par ’acoo, tîtubaît égèrement, ee sentaît monter en ee des émotîons înconnues et antasques. Dans son crâne vacîant, a pîèce commençaît à se jouer !  es troîs coups avaîent caqué dans ’aîr éectrîque et e ourd rîdeau de veours rouge sang s’étaît éevé entement et avaît dîsparu soudaînement dans es cîeux, te un grand oîseau de eu.
L’antre de Vulcain
 Ee s’approcha, hypnotîsée. Ses yeux exorbîtés ixaîent întensément ’homme enchaïné et e petît peupe d’Adam.
 Face au brasîer, Anne-îse s’arrêta, prît une posture de tragédîenne grecque, se campa ermement sur ses deux jambes raîdîes, ouvrît es bras, tendît ses maîns ouvertes vers
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