Le Singe de Goethe

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Un parapluie en guise de Cathédrale, un vieux chat qui miaule sans cesse la nuit, des portes qui s'ouvrent et ne se referment pas, des voitures qui flambent à la Saint-Sylvestre, une beauté russe rencontrée dans le train de Rome, Stendhal surpris alors qu'il dérobe un petit Voltaire relié cuir dans une maison moscovite, la Loue qui arrache son sac des mains d'une matrone soviétique de la police des frontières, Lino Ventura qui a perdu son passeport, le vélo rouge d'une étudiante chinoise, Janis qui ulule vers la mer Baltique, une rose blanche dans une chambre de Porto, autant d'histoires étranges où se mêlent humour et lyrisme, toutes écrites dans la ville que hante l'homme au long manteau de soie noire, le prince de la littérature allemande. Et quiconque écrit à Strasbourg ne saurait être que l'ombre de Goethe, son "singe", comme le fut le malheureux Jakob Lenz.
Publié le : jeudi 9 août 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748389814
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EAN13 : 9782748389814
Nombre de pages : 130
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Michel Louyot
LE SINGE DE GOETHE
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0117933.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
En hommage à Adrien Finck qui uvra avec passion en faveur dune culture alsacienne ouverte sur lEurope et le monde
et toujours Schubert mais bien avant il y eut le silence soudain rompu par le pre-mier cri et au même instant le doute poignant et persistant, dans quelle langue, mein Gott, geindre et jouir, laquelle estla langue du plaisir,laquelle celle de la douleur et comment vais-je prier, in dieser Sprachedans lautre, pourquoi ne me répondez-  ou vous pas, nentendez-vous pas le cerf bramer dans les profon-deurs de la forêt, la langue est dans mon pays, mon pays est dans la langue, les autres nont quun seul mot pour dire la terre, leau, la vie, comment pourraient-ils nous comprendre, chaque fois que je prononce un mot, il y a un autre mot tapi derrière lui comme son ombre et qui attend son heure et que je ne puis chasser, si bien quil marrive dêtre incapable de choisir, et comme frappé de stupeur, de rester sans voix,sprachlos,lâme déchirée au milieu des décombrescar jaurai vu les corbeaux lacérer les nuages, les démons en-flammés se ruer sur le pays, les rats dépecer les charognes dans les caves, oui jaurai vu danser les enfants morts dans la plaine sur laquelle flottaient les drapeaux écarlates, nai-je pas vécu tous les cauchemars, les miens et ceux des autres, aussi nai-je de cesse mon Dieu, que vous mouvriez les portes de la ville, dieschöne Stadt, à laquelle mon cur vibrant comme une corde tendue jusquà la rupture aspire depuis si longtemps nous sera-t-il enfin donné de contempler la Vierge aux fraisiers dans le Jar-din des Délices ? Deux fois jai parlé avec Adrien, la première devant la poste ; il ma remis en mains propres la lettre quil sapprêtait à menvoyer, nous avons échangé quelques mots sur la mort, la seconde, dans les allées du parc de luniversité, à deux pas de
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Goethe, son visage émacié rayonnait, il lui était aisé de com-prendre que je puisse être à la fois ici et là-bas, il ma semblé quil sétait mis à parler en langues,or celui qui parle en langues ne parle pas aux hommes mais à Elohim,Adrien était en par-tance sur lextrême pointe de la poésie, au-delà des mots, là où ils seffacent presque chaque soir jécoute ladagio tournoiement trépidant de la souffrance entrecoupé par les périodes de rémission, clairières, avant que ne reprenne la lente ascension dans la pierraille grise, tendre insistance de la musique et de la lumière qui se frayent un chemin parmi les masses dombre comme au matin du premier jour tandis que souffle une brise enfantine, nul ne sait mieux passer tout en douceur dun plan à lautre et faire se lever lespérance diverses sont les lignes de vie mais tous les fleuves sen vont à la mer, non ce nest pas un rêve, nous passons vraiment dans lautre monde, quelle grâce de mourir au printemps quand le soleil flamboie dans la chambre mortuaire et la musique de reprendre avec une infinie patience jusquà ce que sentrouvre une brèche dans le temps si je nai pas lamour, dit une voix qui ne tremble pas,que je parle les langues des hommes et des messagers, je ne suis quun gong retentissant, quune cymbale tonitruante, tandis quune autre voix, celle du fils, se brise en sanglots, presque chaque soir jécoute ladagio, je ne verrai plus les pieds nus des jeunes filles blanchir dans la rosée, le jour va séteindre, komm her zu Mir,bientôt vont sallumer dans le ciel les pre-mières étoiles toutes pareilles à de petites langues de feu et de nouveau le silence et toujours Schubert
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juin 2008
Au commencement était le Verbe
Il y a deux ou trois semaines, je donnais une conférence dans une petite ville des Vosges sur mes souvenirs dEurope de lest. Le public de seniors était si passionné que je parlais durant plu-sieurs heures, répondant à toutes les questions qui métaient posées sans éprouver une quelconque fatigue. Tout de suite après la conférence, javais repris la route sous une pluie torren-tielle qui nannonçait rien de bon. Les essuie-glaces peinaient à chasser les gerbes deau qui dessinaient détranges figures, bou-ches qui se tordaient, visages grimaçants, rires sarcastiques, araignées monstrueuses, pieuvres menaçantes. Javançais dans la nuit au jugé, ébloui par les phares des voitures qui arrivaient en face de moi et dont les conducteurs devaient être aussi effarés que moi par ce déluge. Jévitai de justesse un camion qui sétait déporté sur la gauche. Ma vue faiblissait, des lumières rouges et blanches crépitaient, dansaient, tanguaient devant moi. Il me semblait que jallais replonger dans ce monde glauque de lEst, dans ces souterrains où allaient et venaient sans relâche des créatures hybrides à corps humain et à tête de rats qui empi-laient les dossiers, les rapports, les comptes-rendus fournis par les délateurs.À peine fus-je arrivé chez moi que je mécroulai, abruti et sombrai dans un sommeil de plomb. Avais-je dormi une heure ou deux ou peut-être nétait-ce quun quart dheure ? Je me ré-veillai en sursaut. Un camion fou marqué dune énorme étoile rouge fonçait sur moi, jeus juste le temps de me jeter hors de la
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voiture et de me ruer vers le fossé doù je pouvais voir mon véhicule concassé par le camion. Jétais en nage, épuisé, recher-chant le sommeil et le craignant tout à la fois. Je me tournais, me retournais sur ma couche, essayais toutes les positions, celle du cerf, de la grue, de la tortue, remuais les orteils, comptais les moutons, me massais le haut, le bas du corps, tentais de me purifier le cerveau, pratiquais les mouvements oculaires afin de chasser les démons qui me possédaient, contrôlais ma respira-tion, étirais en vain mes muscles raides et contractés, me couchais en chien de fusil, sur le dos, sur le ventre, relevais la tête, soulevais les pieds, commençai enfin à mendormir puis me réveillai en transe. Tout mon corps endolori, comme broyé dans un étau, je le portais et le traînais comme une croix. Javais beau vouloir expulser le passé et ses fantômes, mais ce corps meurtri de toute part, à travers lequel lénergie peinait à circuler, il nétait pas question de sen débarrasser sous peine de disparaî-tre. Rien nexpliquait cet assaut mené contre moi par des forces obscures et déchaînées, si ce nest, peut-être, une accumulation defforts, de tensions, de désillusions. Tout cela ne laissait pré-sager rien de bon. Le lendemain, cest tout courbatu que je métais réveillé, en proie à une migraine épouvantable. Il y avait ce goût amer dans la bouche, ces sifflements ininterrompus de kapos qui ap-pelaient leurs chiens, ces odeurs méphitiques qui montaient de la cour, et les articulations, les chevilles, le dos surtout, mais encore les coudes, les poignets qui me faisaient mal. Sortir, marcher dans les ultimes feuilles mortes, traverser le jardin bo-tanique, mais où était la sortie, voilà que je me perdais dans un endroit où je me rendais presque chaque jour, retourner sur mes pas, masseoir sur un banc sans pouvoir me reposer, mon dos me faisait de plus en plus souffrir, je ne savais plus combien de temps jétais resté assis, ni combien de temps javais marché, ni quelle heure il était et quand, par hasard, je croisai mon voisin
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