Le son des vagues

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Au fond de son lit, quand la nuit se faisait plus noire, la petite fille serrait le livre contre elle, et alors, elle s’envolait…
Elle entendait le son des vagues.

Publié le : mardi 1 janvier 2008
Lecture(s) : 60
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782930548005
Nombre de pages : non-communiqué
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1 Les paysages irlandais avaient toujours eu sur moi des effets apaisants. Quand linspiration me manquait, que ma plume se faisait aride, jaimais my réfugier. La beauté incomparable de ses plaines, le calme vivifiant qui émanait de certains coins, à lécart du brouhaha des villes de ma Belgique natale, me rendaient lesprit propice à la création. Javais cette fois posé mes bagages non loin de Kilkee, une petite ville de la côte Ouest. Plus exacte-ment à Kilfearagh, où javais loué un modeste petit cottage. Mes journées se déroulaient toutes de la même manière : je passais mon temps entre mes interminables promenades dans les environs de Castle Point et les heures entières à rester assis derrière mon an-tique ordinateur portable, sur lunique chaise relativement confor-table du cottage. Javais renoncé, cette fois, à louer un véhicule. Pas que la conduite à gauche me pose un réel problème, mais javais pu remarquer que lincroyable beauté de la plupart des paysages échappait à mon attention durant la conduite le long de ces routes tracées essentiellement en lacet. Je dois bien le re-connaître, ma connaissance de la région progressait nettement plus que mon manuscrit dont les pages restaient désespérément blanches. Cela ne faisait pas loin de dix jours que, chaque matin, jar-pentais les environs en élargissant chaque fois le cercle de mes explorations. Ce jour là, javais décidé de longer les côtes pour atteindre Donegal Point, une des pointes de lIrlande. Ces endroits exerçaient sur moi une attirance extraordinaire : la mer qui se jetait avec une violence inouïe sur lesrochers qui semblaient à chaque fois seffriter un peu plus et le vent qui mettait les
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vêtements et les cheveux à rude épreuve tant il soufflait avec force, avaient le don de faire naître dans ma tête mille et une idées qui, une fois rentré au cottage, me fournissaient quantité de détails pour mes livres à venir. Dans ce décor qui déjà mimpressionnait, jétais parvenu ce matin-là dans les environs de Corbally, où je vécus un événement qui devait bouleverser ma vie dauteur.
2 Son prénom, je ne men souviens pas. Je ne sais même plus si elle me lavait dit. Cest à peine si je me souviens du lieu exact de notre première rencontre. Je me rappelle juste de ce mur comme il en existe des millions en Irlande, au pied duquel elle était assise, et qui contribuent à faire tout le charme de ce pays. Elle était habillée dun jeans clair et dun pull légèrement trop grand pour elle et avait aux pieds des bottines qui auraient bien mérité de prendre leur retraite. Elle me regardait arriver vers elle, me dévisageant de ses petits yeux noisette surmontant un nez menu entouré de taches de rousseur parsemant ses pommettes saillantes. Son sourire éclairait son visage encadré de deux nattes. Quand je fus à deux pas delle, elle remit une fois de plus la mèche qui lui barrait le front et me demanda de sa voix fine :  Tas déjà vu une étoile ? Pas dans le ciel là, près de toi ? Un peu surpris de la question et surtout quelle sadresse à moi sans autre préambule, je lui répondis :  Parfois, elles tombent dans la mer et cela se voit de la terre. Elle me regarda en oblique et me dit :  Oui, je sais. Toi tu las vue tomber, moi je lai vue senvoler. Même quau début, cétait un oiseau, puis un homme, puis une étoile et je lai vue monter dans le ciel. Tellement haut que je ne la voyais plus Mais toi, tes un adulte, tu crois pas aux oiseaux qui parlent et aux étoiles qui nous veillent. Je la détrompai et lui dis que, si, je croyais à tout ce quelle me disait. Intérieurement, je bénis la vie de donner aux enfants le pou-voir de rêver de tout ce qui leur plaît. Je tombai illico sous le
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charme de la situation et comme le temps ne métait pas compté, je décidai de rester quelques instants avec ma petite inconnue.  Vas-y ma puce, raconte-moi ton histoire. Disant cela, je massis confortablement sur le muret face à elle. Je bourrai dun geste machinal mon inséparable pipe courte prise dans la poche de ma veste canadienne et retirai mon bonnet de marin, libérant par ce geste mes cheveux en bataille. Cest avec la mer comme toile de fond quelle me conta durant des heures une histoire des plus étranges : son histoire !
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