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Le souffle de Satan

De
159 pages
En ce début du XVIIème siècle, la terre est le champ clos du duel entre le bien et le mal, entre Dieu et le Diable. Le docteur Johann Häring est un juriste pétri de bonne conscience. Il lutte sans relâche pour que le droit prime sur la force, que le bien prime sur le mal, que Dieu l’emporte sur Satan. Il torture les sorcières sans plaisir. Il les condamne sans haine. Le docteur Gandser se dresse sur sa route. La justice peut-elle fleurir sur un terreau de violence et de superstition ?
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www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comLe souffle de Satan© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1027-7(pourle fichier numérique)
ISBN: 2-7481-1026-9(pourle livre imprimé)Emmanuel Hirsch
Le souffle de Satan
ROMAN1
Des nuages chargés de colère se jettent sur le
sommetduKayserstuhl. LesVosgesetlaForêtNoire
serenvoientdesroulementsdetonnerre. Unemoi-
teurfétideécraselaville. L’airvibredechaleur. As-
soiffésdefraîcheur,derarespassantsrasentlesmurs.
Bravant la fournaise, un homme maigre trot-
tinesurunemule. Ilestvêtudedrapnoir. Uncha-
peau de feutre noir à vaste bord renforce la pâleur
de son visage. Ses joues sont creuses. Son nez en
bec d’aigle domine des lèvres à peine dessinées. Un
brindebarbetailléeenbouccouronnesonmenton
pointu. Il est si secqu’il ne sue pas.
LedocteurHäringserendchezsonvieilamile
professeur Chullotus. Ce dernier l’a invité à semer
quelquesgrainesdesonimmensesavoirenl’Univer-
sité de Fribourg.
Le docteur Häring est un laïc consacré. L’es-
prittoujoursenéveil,iltraqueledémonsansmerci.
Il a fait vœux de chasteté. Nulle femelle n’amollit sa
détermination à luttersans relâche contre Satan. Sa
seuleambitionestd’êtrel’humblefantassindeDieu.
Johann Häring est des plus habiles à déjouer
lespiègesduDiable. Ils’attacheàdébusquerLucifer
quelquespuissentêtrelesnomsoulesoripeauxsous
lesquelssecachel’angedéchu.
6Emmanuel Hirsch
Docteurendroitpénaletendroitcanon,il
estsyndicdesvillesetterritoiresdel’AutricheAnté-
rieure. Il entretient des relations avec les meilleurs
juristesdelachrétienté. Ilportehautleflambeaude
la modernité.
Selonluilerésultatn’estriensanslamanière.
Laloiestsupérieureàl’épée. Lescriminellesdoivent
avoir de bons procès. Il faut dévoiler la gravité de
leurs fautes sans violence injuste. L’important n’est
pas de brûler des sorcières mais d’extirper Satan de
leurs cœurs. De procès en procès, Johann Häring
sillonne le Saint Empire Romain Germanique. Sa
carrièreestjalonnéedesuccèsàuneexceptionprès:
Prague !
Des esprits sulfureux empoisonnent l’atmo-
sphère de cette ville. Johann Häring y a supporté
sans réagir les propos hérétiques de l’astrologue de
lacour,JohannKépler. CeKéplerasimauvaisevue
qu’il fait la révérence aux tableaux et passe devant
lesgenssanslessaluer. Lebonhommesevante
d’avoir découvert les lois qui régissent le ciel. En
fait, ces prétendues lois sont sorties toutes droites
de son imagination détraquée. Il affirme contre
toute raison que le soleil est le centre de l’univers !
N’importequelimbécilepeutvoirquelesoleiletles
astres tournent autour de la Terre. Eh bien non !
Le Sieur Képler, qui ne voit pas plus loin que le
boutdesonnez,niel’évidence. IlpiétinelesSaintes
Ecritures à coups de formules mathématiques. S’il
n’avaitpasétéleprotégédel’Empereur,ledocteur
Häringluiauraitvolontiersfaitunbrindeconduite
sur le chemin du bûcher.
La cour de ce pauvre fou d’Empereur abritait
aussi un Italien, Guiseppe Arcimboldo. Il est fort
heureusement mort depuis. Le personnage était du
mêmeacabitqueKépler. Ilseglorifiaitd’avoirétu-
dié l’art de la peinture auprès du fameux Leonardo
7Le souffle de Satan
DaVinci. C’étaitprobablementfaux. Mêmesic’était
vrai,lebougren’enavaittiréaucunprofit. Ilapeint
des tableaux bizarres pour ne pas dire plus. Vu de
loin, ils paraissent normaux. Pire, ce sont des por-
traitsparfaits. Illusion! Deprès,ce ne sontque des
natures mortes malicieusement ordonnées. L’Em-
pereur s’amusait à voir sa tête ou celles des autres se
métamorphoser en un assortiment de fruits, de vo-
laillesouden’importequelsautrestrucs.
Arcimboldo a fait le portrait du docteur Hä-
ring. Le corps d’une caille déplumée figure le nez.
Ses ailes dessinent les sourcils du juriste. La tête de
lavolaillesimulesonœilgauche. Uncuisseaudeca-
nard fait office de joue. Le corps et la queue d’un
brochet représentent son menton et sa barbe. Une
carpeluiprêtesabouche. JohannHäringfuthorri-
fiéendécouvrantcesoi-disantportrait.
Le premier moment de répugnance passé, il
examinaletableauavecsoin. Ildécouvritquelapein-
turedel’Italienestpleined’enseignementspourqui
saitsurmonterle dégoûtqu’elle inspire.
«Chacunedestoilesd’Arcimboldoestuntissu
de tromperies. Tout comme Satan, le peintre tra-
vestit la vérité. Ses portraits sont séduisants vus de
loin. Vudeprès,ilssonthorribles. Ilenestdemême
pour les femelles vendues au Diable. De loin, elles
sontparéesdetouslesattraits. Deprès,ellesnesont
qu’une compilation d’horreurs. Ce peintre por-
tait un regard démoniaque sur les chrétiens. A-t-il
rendu son âme à Satanou à Dieu ?»
Johann Häring n’était pas allé à Prague pour
côtoyercegibierdebûcher.Ilyavaitétéappelépar
l’Empereur Rodolphe II. Ce dernier était empêtré
dans un mauvais procès que lui intentait son frère
l’Archiduc Mathias. Rodolphe de Habsbourg paya
fort cher les conseils de Häring. Ils ne servirent à
8Emmanuel Hirsch
rien. Rodolpheperditsonprocès. Desasplendeur,
il nesauvaquesacouronned’empereur,autantdire
rien. Lejuristeaunjugementsansappelsurcepro-
cès perdu.
« Rodolphe s’est fait dévorer par son frère
l’Archiduc. Iln’estquejusticequ’unprinceaussimal
entouré perde ses procès. »
LedocteurHäringatirélaleçondecetéchec.
Ilaccepteleshonorairesfastueux,paslescausesdou-
teuses. Iln’estpascupide. Ilfaitunbonusagedecet
argent. Ildépensesanscompterpourleserviced’une
saintecause. Ilseruineàpublierdesécritspourdé-
fendre notre Sainte Mère l’Eglise. La tâche est im-
mensefaceàlapullulationdestexteshérétiques.
En ce samedi sept septembre de l’an de grâce
1613, le docteur Häring peut se flatter d’être le
meilleur spécialiste en sorcellerie du Saint Empire
RomainGermanique. Ils’enflatte.
Il s’arrête devant une petite bâtisse entorchis.
Iljetteuncoupd’œilsurlelinteaudelaporte. Deux
pigeonssurunrameauysontsculptés. C’estlamai-
son du docteur Chullotus. Il frappe le marteau de
la porte. Un terrible coup de tonnerre lui répond.
Laportes’ouvresuruneservanteédentée.Ilentre
sans y être invité. Il n’a pas fait un pas à l’intérieur
quelagrêles’abataudehors. Lejuristeneseréjouit
pasd’êtreausec.QuoideplusnormalqueleCiel
aitattenduqu’ilsoitàl’abripourdéversersacolère?
Dieuprotègeceluiqui,aupérildesonâme,consacre
sa vie d’ici-bas à traquer le mal.
Autant Johann Häring est sec, autant Clau-
diusChullotusestaffable. Petit,rondhuileux,onc-
tueux, le professeur Chullotus voue une admiration
9Le souffle de Satan
sansborneàsonconfrère. Häringseprélassedansce
litdelouangescommeunlézardausoleil.
IlsontfaitconnaissanceàRome,dansuncol-
lège jésuite. A la fin de leurs études, Claudius opta
pourleconfortdel’universitédeFribourg. Johann
partit guerroyer contre Satan aux quatre coins de
l’Empire.
La fraîcheur règne dans la pièce basse de
plafond. Bien que l’on soit dans la troisième heure
après midi, l’orage aidant, il y fait pratiquement
nuit. LedocteurChullotusfaitporterdeschandelles
et du vin blanc. La tempête se déchaîne au dehors.
Au-dedans, les deux hommes ne mettent aucun
freinauplaisirde serevoir.
LaservanteduprofesseurChullotusconduità
l’écurielapauvremuleoubliéesouslagrêle. Elleles
rejoint, trempée comme une souche. Häring ne la
remercie pas. Il trouve stupide de risquer la mort
pourunemule. L’incidentestprétexteàranimerun
vieuxdébatentrelesdeuxhommesdedroit.
Les femmes ont-elles une âme ? Une fois de
plus,c’estlecherJohannquil’emporteparlafinesse
de son raisonnement. Il fait remarquer qu’on n’a
jamais vu de mule vendue au Diable ! Or les mules
n’ont pas d’âme. Les femmes vendent la leurs au
Diable. Neserait-ilpaspréférablequ’ellesn’enaient
pas ?
Chullotus est aux anges. La vivacité d’esprit de son ami
l’émerveille. Quel génie ! Ses maîtres jésuites seraient fiers de lui.
Qui d’autre serait capable d’admettre que les femmes ont une âme
toutenleurendéniantledroit? «Onn’ajamaisvudemuleven-
dueau Diable». L’imageestsaisissante. Les étudiantsdeFribourg
vont se régaler. Le rival de Chullotus, le professeur Heinrich Ho-
necker, va en crever de jalousie. Il n’a pas d’amis aussi talentueux.
Ilferagrisemineenvoyantsesétudiantsdésertersescourspouraller
écouterJohannHäring. LeprofesseurClaudiusChullotusenrécol-
tera les fruits.
10Emmanuel Hirsch
L’orage a pris le large sans que les deux amis
s’enaperçoivent. Ilssoupentd’unecarpebiengrasse.
Laporteestébranlée. Nil’unnil’autren’yprêteat-
tention. Ilssontsurprisparl’irruptiond’uncavalier
crotté. Il se présente.
«PierreGrünewald,hérautd’Ensisheim.»
Ilporteunelettredelaplushauteimportance.
Est-ilbienchezleprofesseurChullotus? Cedernier
acquiesce.
Il se lève. Il se dresse autant que faire se peut
quandonalaconstitutiond’unecitrouille. Ilneveut
pas perdre un pouce de sa courte taille. Il aimerait
être aussi grand que Johann.
Il ne peut dissimuler sa joie. Ensisheim, sans
êtreniPragueniVienne,estlesiègedelaRégencede
l’Autriche Antérieure. Jamais une personne d’une
telleimportancen’estvenuelesolliciter. Ilestbouffi
d’orgueil. Quelle chance que le docteur Häring, ce
cher Johann que la modestie n’étouffe pas, soit là
pourenêtretémoin. Lehérautd’Ensisheimacouru
tous les périls pour porter une lettre importante à
MonsieurleProfesseurClaudiusChullotus!
LepauvreChullotusrétrécitplusvitequ’iln’a
grandi quand ce tas de boue lui demande si le doc-
teurHäringestdéjàarrivéàFribourg. Ilbredouille
qu’eneffetlecélèbrejuristeestlà,àtable. L’homme
extirped’unsacdecuirunelettrecachetéeauxarmes
dela Villed’Ensisheim. Claudius Chullotus tend la
main. Le messager retire brutalement la sienne. Il
déclared’unevoixtonitruantequ’il doitremettrece
pli en main propre. Johann Häring lui jette un re-
gard noir. Il laisse retomber un beau morceau de
poisson dans son assiette.
« Je suis le docteur Häring. Donnez-moi
çà ! »
11Le souffle de Satan
Ilexaminelesceau. Ilnevautpasgrandchose.
Ce n’est que celui du prévôt d’Ensisheim. Déçu, il
le brise. Il déplie le pli. Il chausse ses bésicles. Il
grogne. Sa vue ne vaut plus grand chose. Il pense à
Képler. Il se dit qu’il est plus sage de faire du droit
quedel’astronomiequandonalavuecourte.Il
hausse les épaules. Il jette la lettre sur la table avec
mépris. Il reprend son morceau de carpe à pleines
mainsetl’enfournedanssabouche.
Où cet homme si maigre met-il tout ce qu’il
ingurgite ? Son appétit est surprenant pour qui ne
le connaît pas.
Le professeur Chullotus donne un thaler au
messager. Pire,ill’inviteàserendreàl’aubergepour
s’y remplir la panse au frais de l’université. Le doc-
teur Häring éclate.
« Mon cher Claudius, êtes-vous si riche
pour gaspiller le bon argent ? Un thaler d’argent !
Quelques liards auraient amplement suffi à récom-
penser cet oiseau. Si vous voulez vous rendre utile
déchiffrez-moi çà ! »
Toutehontebue, Chullotusdéchiffrelemes-
sage d’une voix étranglée.
« A MonsieurleDocteurJohannHäring afin
qu’il vienne assister au procès criminel de la dame
Wittenbach,avecnosamicalessalutationspourcom-
mencer. Très honoré, très savant et très cher ami,
comme nous envisageons de tenir en ces lieux un
procèscriminelimpartial,danslesmeilleursdélaiset
commeilpourraitêtrenécessaired’interrogerunou
plusieurs jurisconsultes, nous vous demandons ex-
pressémentdeprendrevosdispositionspourêtreici
auplustardlundi,afind’êtreenmesuredenousas-
sister de vos conseils en l’affaire criminelle qui s’y
déroulera,etdenevouslaisserempêcherenaucune
manière, sauf le respect qui vous est dû. En comp-
tant sur votre aimable obligeance et en demandant
queDieunousprotègetous.
12Emmanuel Hirsch
Daté àEnsisheim,le 6 septembre 1613.
De la part de Monsieur Jacob Bader Prévôt et
ConseillerdelaVilled’Ensisheim
adressé à l’honorable et très savant Sieur Johann
Häring,docteurenl’unetl’autredroitetsyndicdes
villesetterritoiresdel’AutricheAntérieure,
notre trèsaimé gentilhomme etami.»
Le docteurHäring estulcéré.
« Quand je vous disais que nous ne sommes
que l’humble piétaille du Seigneur Notre Dieu !
Belle leçon d’humilité, en vérité ! Sait-il comment
ontientuneplume,ceBader? Meprend-ilpourun
soldatdontonbatlerappelàcoupsdetambour?»
Le docteur Chullotus l’approuve. Il en ra-
joute :
«PourquiseprendceBader? Oservoustrai-
terdelasorte! Quellehontequedevoirunhomme
médiocre,jeune,inconnudesfacultés,propulséàla
têted’Ensisheimparlepuissantamantdesamère!»
Le docteur Häring tressaille. Bader ? Un bâ-
tard! Etçàaleculotdeluiécriresurceton!
« Bader, Prévôt et Conseiller de la Ville
d’Ensisheim ! Je t’en foutrais. La noblesse c’est
comme le beurre, moins on en a, plus on l’étale.
On devrait moins la ramener quand on n’a pas de
parent avouable. Ce type oublie un peu vite que
nous sommes au XVIIe siècle. Il ne suffit plus de
trimballer une épée pour rendre la justice. Il faut
s’appuyer sur la loi. La coutume lui permet de
convoquer un tribunal, point à la ligne. Rien de
plus. Quepeut-ilfairesanshommededroit? Rien,
trois fois rien ! L’affaire doit être des plus difficiles
pour qu’il fasse appel à moi. Il est étonnant que
13Le souffle de Satan
la Régence abandonne une affaire difficile en de si
mauvaises mains. »
Malgrésacolère,ledocteurHäringadéjàdé-
cidé d’allerà Ensisheim. Il verrasurplace. Il pren-
draleschosesenmainsiçàvautlecoup. Sinon,ille
donnera l’affaire à ce brave Chullotus. De toute fa-
çon,ilnesedéplacerapaspourrien. CeBaderverra
ce qu’il en coûte de le prendre de haut avec l’illus-
trissime docteur Häring.
C’estàcetinstant,quelesdeuxhommes
s’aperçoivent que la lettre est datée du six sep-
tembre! Combiendechevauxlehérautd’Ensisheim
a-t-il crevé sous lui ? Il a parcouru vingt lieues et
traverséleRhinenmoinsdedeuxjours! Unprocès
doit être conclu en quatorze jours, pas en sept. Ce
Baderconfondvitesseetprécipitation.
Ensisheimdoitsaprospéritéàsonstatutdeca-
pitale de la Régence de l’Autriche Antérieure. Ses
habitantssontpourlapluspartdesofficiersoudes
procureurs attachés au service de la Régence. Les
pauvressontpriésd’allercreverdefaim ailleurs.
Les mines d’argent des Vosges proches ali-
mententlaprincipaleindustriedelaville: lafrappe
desbonsthalersd’argentd’Ensisheim.
Cette industrie attire de nombreux changeurs
etcommisdebanquiersjuifsetlombards.
Les maisons sont en bonnes pierres de taille.
Lesruessontbienpavées. Touticirespirelarichesse
etlapaix. L’antiquemurailledel’enceinteestman-
gée par un épais taillis. Il abrite les rencontres fur-
tives des jouvenceaux et des jouvencelles. Personne
n’y trouve à redire. Les deux sergents chargés du
maintien de l’ordre de la ville consacrent l’essentiel
de leur activité à faire le tour des débits de boisson.
14Emmanuel Hirsch
Letravailnemanquepas. LescoteauxdeGuebwiller
déversentdesflotsdebonsvinssurlaville.
LePrévôtJacobBaderapresquetoutpourêtre
heureux. Sonuniqueambitionestd’avoir toutpour
êtreheureux. Lebonhommen’aniparentnienfant.
Leseulmérited’AmédéeUnrat,songrand-père,un
humble porcher, est d’avoir donné le jour à Gue-
nièvre, la plus belle fille de l’Autriche Antérieure.
LedrapierFrédéricBader,séduit,l’épousasansdot.
Hans Von Liebeherz, le gouverneur régent aima la
belledrapièresansétatd’âme. Guenièvremouruten
donnantle jour à Jacob.
Rien, dans les traits de Bader, ne rappelle sa
mère. Granddesixpieds,largededeux,ilestfran-
chement hideux. Il porte une épaisse barbe rousse
qui lui mange le menton. Ses yeux bleu pâle sont
presque transparents. Sa chevelure de feu encadre
un visage assez grossier. Son Excellence le Gouver-
neurRégentHansVonLiebeherzétaitensontemps
célèbrepoursagrandetailleetsagrandelaideur.
Ceci expliquant cela, personne ne protesta
quandBaderfutnomméprévôt. Iln’avaitpasquinze
ans.
L’homme sait à peine lire. Il griffe le papier
plus qu’il n’écrit. C’est sans importance. Une épée
luibatlesflancs. Cecicompensecela.
Dieuarappeléàluileporcherd’abord,ledra-
pierensuite. Orphelin, Jacob Bader n’a plusà rou-
gir de ses origines. A vingt-trois ans, il n’a pas de
descendance. Il veut asseoir sa position en fondant
unefamille. Trouveruneépouseconvenableestson
souci du moment. La prétendante doit être d’aussi
bonnefamillequepossible. Badern’estniunsot,ni
un fou. Il sait qu’il ne peut pas prétendre épouser
une jeune fille de hautrang. Il ajeté sondévolu sur
une jeune veuve. Son mari, Henri Hinderer, était
secrétaire auprès de la Régence ce qui n’est déjà pas
15