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Le Temple du triangle rouge

De
323 pages
MacDonald n'est pas qu'un financier, c'est aussi un receleur d'objets d'art de l'antiquité égyptienne. Mais lorsqu'au cours d'un voyage en France il prit possession d'une pièce volée de la Grèce antique et qu'il rencontra Hubert un professeur d'histoire en partance pour l'Egypte, tout bascula. La pièce semblait indiquer le plan d'un temple enseveli dans le désert libyque, et qui pourrait bien renfermer un trésor. Trésor qu'il faudrait extraire dans la stricte discrétion. Mais c'est sans compter avec les phénix, une société secrète dangereuse qui cherche à mettre la main sur un objet mystérieux qui serait la cause du déclin de la civilisation grecque.
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2

Le Temple du triangle
rouge

3
Nouhou Issoufou Arzika
Le Temple du triangle
rouge

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00480-9 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304004809 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00481-6 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304004816 (livre numérique)

6 .






A ma mère, à mon père 8
1
Il était dix heures du soir, et à priori rien
d’extraordinaire ne semblait teinter cette fin de
journée. Un homme arpentait seul la voie qui
chemine vers l’hôtel de la liberté ; un endroit
quelque peu discret pour les rencontres
d’affaires. C’était un homme de haute taille, et le
regard dur. Son manteau de fourrure lui allait
comme par enchantement. Ses larges épaules
carrées dessinaient un cadran saillant sur son
magnifique pardessus. Il avançait d’un pas leste,
et semblait se précipiter. Il jetait de temps à
autre des regards furtifs sur les passants, et
semblait se méfier des ombres. Il eut été facile
de le classer parmi cette catégorie d’hommes
d’affaires qui officient dans les grands “business
centre”. Seulement son sentiment de crainte
semblait trahir son apparence de fermeté. Et de
plus tout porte à croire qu’il était “bleu” dans la
chose. Une affaire très importante l’emmène à
l’hôtel de la liberté. Affaire qui nécessite une
certaine discrétion et une certaine prudence
compte ténue de l’enjeu du business en question.
9 Le Temple du triangle rouge
Il traversa le quai de l’autre coté, et suivit la voie
qui mène vers l’entrée du hall. Il se dirigea tout
droit aux renseignements. Un homme assis sur
son fauteuil moelleux devant son bureau luttait
avec des papiers. À la vue de l’autre, il se leva et
s’empressa de répondre à son salut :
– Bonjour, monsieur que puis-je faire pour
vous ?
L’homme lui tendit sa carte : – Je désire
rencontrer M. MacDonald.
Le réceptionniste parut un peu perplexe :
– Il me semble que… (Ensuite, il vérifia son
registre) … c’est au n°125, deuxième étage,
attendez… (Il vérifia le tableau) … sa clé n’est
pas la, il est dans sa chambre.
L’homme monta l’escalier jusqu’au deuxième
étage et frappa.
– Qui est ce ? cria une voix de l’intérieur.
L’homme déclina son identité. Quelques
moments passèrent avant que la porte ne
s’ouvre. Une expression d’inquiétude se dessina
sur le visage de MacDonald.
– Vous êtes en avance sur l’heure, je ne vous
attendais pas de si tôt.
L ‘autre répondit en soupirant :
– La situation a changé, j’ai cru nécessaire
d’agir au plus vite ; ils ont découvert le réseau et
ils ne tarderont pas à agir.
– Sacristie ! beugla MacDonald. Ne restez
pas à la porte, entrez ; puis il tira la porte qui se
referma avec un bruit sourd.
10 Le Temple du triangle rouge
– Tu as la pièce ?
L’autre s’approcha de la fenêtre et se pencha
pour observer la rue ; Apparemment rien
d’anormal.
– Je ne pense pas qu’ils m’aient suivi
jusqu’ici ; j’ai réussi à les semer.
Puis il découvrit la doublure de son manteau
couleur cendre, et de l’intérieur de sa chemise
tira un petit paquet plat qui avait collé à sa peau
sans rien laisser paraître.
– Tu as l’argent ?
L’autre le dévisagea : – Oui ! bien sûr, le
montant convenu.
MacDonald ouvrit le petit paquet et
contempla l’objet ; ensuite il l’enroula dans un
mouchoir, puis le fourra dans sa petite serviette,
sans demander d’amples explications. Il tira
ensuite une liasse de billets qu’il tendit à l’autre.
L’homme les compta en jouant de ses doigts
qu’il passa d’abord sur la langue, et jugea
l’affaire conclue d’un mouvement de la tête.
Ensuite il redescendit et sortit par la porte de
derrière. MacDonald l’observa par la fenêtre, se
mêler au flot de piétons dans la rue et
disparaître. Il attendit quelques instants avant de
descendre à son tour, sa serviette sous le bras. Il
avait loué cette chambre pour les circonstances
et il quitte la ville le lendemain.

Le lendemain, deux hommes se présentèrent
à l’hôtel de la liberté et demandèrent à voir
11 Le Temple du triangle rouge
MacDonald. À les regarder, il semblait
facilement s’établir qu’ils étaient des étrangers.
Le réceptionniste les considéra, un peu surpris
avant de répondre :
– Il est sorti hier au soir, il n’est pas encore
rentré.
– A t’il récupéré ses bagages ?
– À vrai dire il ne portait pas grand-chose sur
lui, mais il ne m’a pas donné l’air de quelqu’un
qui voyageait, il a fait la réservation pour trois
jours.
Les deux hommes se regardèrent, et d’un
mouvement de tête s’invitèrent à partir ; mais
un des hommes crut bon de jouer un peu sur la
confiance du réceptionniste.
– Voyez-vous, commenta-t-il, il devrait se
présenter à une réunion hier soir, il n’y était
pas ; nous nous sommes inquiétés a son sujet…
(Puis il s’interrompit) … nous avions craint un
malaise ou quelque chose dans ce genre… et
voilà encore qui est des plus inquiétant !
Il émit un profond soupir comme pour
ajouter foi à ce qu’il venait de dire, et entonna :
– Merci pour votre collaboration, nous
tenterons de voir s’il ne lui est rien arrivé de
fâcheux.
Ils descendirent sur le quai et contournèrent
le parking pour se fondre dans la masse sur le
trottoir. Le réceptionniste observa que s’il avait
été question de cela, il aurait été suffisant de
téléphoner pour savoir ce qui se passait. Il se
12 Le Temple du triangle rouge
rassit sur son siège – l’instant d’avant il s’était
levé pour les voir partir –, et laissa échapper un
soupir inquisiteur : « mouf ! »
Il commençait à avoir comme un
pressentiment. Il risquerait d’avoir quelque
chose de cassé dans cette affaire : d’abord la
visite quelque peu inopinée de l’homme d’hier,
un peu “pas du tout dans son assiette’’, et
immédiatement après MacDonald est sorti pour
ne plus revenir, et ensuite ces deux hommes qui
venaient de quitter, particulièrement eux ne lui
inspiraient aucune confiance. Il se pria de ne
pas trop se fourrer dans cette affaire. Tout
compte fait ça ne le regarde pas au plus haut
point : lui c’est le business et rien d’autre. Ils
peuvent se canarder s’ils le veulent, mais pourvu
qu’ils aillent le faire ailleurs ; il ne tolérerait pas
que la crédibilité de son établissement en
souffre une seconde.
Ils montèrent dans une fourgonnette rouge
qui descendit l’avenue “X”. Les deux hommes
demeurèrent silencieux. Ils doublèrent quelques
véhicules, qui pataugeaient sur la voie rutilante
d’humidité – après les averses de la nuit –, et
seul le frou-frou des gouttes d’eau rejetées par
le mouvement des pneus se faisait entendre. Un
des hommes jeta un coup d’œil à sa montre, et
considéra son compagnon au volant avec une
expression d’impuissance et de culpabilité.
– Je me demande comment je l’ai laissé filer !
Je te jure que je le suivais jusqu’à son entrée au
13 Le Temple du triangle rouge
bar. C’est un miracle qu’il m’ait échappé, je ne
le quittais pas d’une seconde.
L’autre resta confondu devant cette
déclaration, mais il s’avisa après un bout de
temps qu’ils ne devaient pas se laisser faucher
par la déception : dans tous les cas, ils n’ont pas
dit leur dernier mot.
– Arrête de te culpabiliser, il nous reste
encore une ultime chance s’il n’a pas échangé le
produit, nous avons de précieuses minutes pour
refaire notre retard.
– J’aurais juré qu’il ne se rendait pas compte
que je le suivais, s’enquit l’autre qui n’arrivait
toujours pas à se départir de ce sentiment
d’échec.
Ils arrivèrent dans un petit appartement
vétuste et fouillèrent. Ils mirent la chambre sens
dessus dessous sans rien trouver, avant de sortir
précipitamment par la porte cassée et sautèrent
dans leur voiture. Ils arrivèrent juste à temps
pour voir une silhouette grande, vêtue d’un
imperméable bleu. La personne faufilait à
travers les embarcations sur le bord. Il prit la
rue à droite, et sauta par une margelle aux
abords du quai. L’un des deux hommes dans la
voiture sursauta :
– Le voilà ! fit-il en pointant du doigt.
Le conducteur donna immédiatement un
coup de volant à droite, gara la fourgonnette,
sautèrent à terre et se lancèrent à la poursuite de
la silhouette qui glissait maintenant vers un
14 Le Temple du triangle rouge
comptoir délabré, en jetant des coups d’œil
derrière. L’homme contourna le comptoir, et
l’espace d’un instant, il se trouva sur les
marches de pierres glissantes qui plongent vers
la mer, où des embarcations avaient jeté l’ancre.
– L’imbécile ! il cherche à se barrer comme
ça, s’enquit l’un des hommes au bord de
l’essoufflement.
Il poussa le chargeur et ajusta son arme. Une
rafale dérangea le calme précaire des lieux.
L’homme pivota, et un bruit d’une masse qu’on
jette à l’eau se fut entendre un instant après. Les
deux hommes se dévisagèrent en silence : « il
fallait vérifier ! »
À l’instant le portable dans la poche du
veston du tireur sonna. Il se précipita : – Allô !
Ici Athos… oui ! Vous dites qu’il a échangé
l’objet ?… oui vous avez ses signalisations ?
C’est exact nous suivons la même piste… et il
quitte demain…
Il toisa son compagnon effaré.
– Direction Egypte, je ne sais pas comment
on va s’y prendre, mais voilà qui confirme nos
soupçons : MacDONALD…
15
2
Abasourdi, Hubert somnolait par
intermittence lorsque le taxi arriva devant
l’enceinte de l’aéroport. Il se réveilla en sursaut
quand l’auto eut stoppé comme si une force
magnétique l’avait emballé durant tout le trajet
et qu’elle venait de se dissiper aussitôt. Il n’était
pas de bonne humeur et il ne savait pas
pourquoi : peut être les courses qui l’ont fait
traîner toute la matinée dans la ville ? Aussi est
il qu’il éprouvait chaque fois une certaine
nostalgie avant le voyage ; de plus le voyage en
avion ne le réjouit pas toujours. Bien qu’il soit
le moyen de transport le plus sûr, il n’en a
toujours pas l’impression de percevoir les
choses comme telles. Aidé par le chauffeur, ils
firent descendre ses bagages, puis il le
désintéressa.
Il fit signe à un porteur qui arracha sa grosse
valise du sol. Il avançait péniblement vers le
hall. Hubert le suivait à petite allure. L’homme
était grand et mince et portait un pull-over bleu
dont les manches lui arrivaient à peine aux
17 Le Temple du triangle rouge
poignets. Hubert, lui était de ceux que l’on
pourrait classer dans la catégorie de taille
moyenne. Une foule importante surgissait des
différents passages ou des bureaux de
renseignements, et se heurtait souvent au
passage avec le flot des nouveaux arrivants.
Cette idée de venir passer un mois de vacances
en Egypte avait pris forme suite à l’invitation de
Jack, un trafiquant des bijoux reconverti dans la
finance : il dirige un petit établissement
financier qui investit dans la restauration
touristique. Hubert et lui se sont connus depuis
leur jeune enfance ; à l’époque, Jack rêvait déjà
d’aventure.
Ils arrivèrent devant le quai. Il fallut de peu
qu’il ne heurtât son compagnon en proie à
toute sorte de pensées. Il s’écria aussitôt : « Oh !
Excusez-moi, je pensais à autre chose. J’avais la
tête ailleurs. »
Le porteur ne semblait pas s ‘émouvoir. Il
jeta un coup d’œil sur le reste des bagages
emportés par Hubert.
– Monsieur va sans doute en Afrique ?
– En Egypte, pourquoi ?
– Juste pour satisfaire ma curiosité, fit-il en
balançant les bras. Excusez !
Quand ils eurent acheminé les bagages,
il rémunéra le porteur ; celui-ci remercia par un
mouvement de tête et lui souhaita bon voyage.
18 Le Temple du triangle rouge
Reprenant difficilement sa respiration,
Hubert comptait les secondes dans sa tête.
C’était toujours les moments décisifs ; le
moment de ressentiment malgré lui. Le signal
du départ fut enfin donné, et bientôt l’avion
décolla dans un soubresaut. C’est la première
fois qu’il voyage en première classe. Hubert
était d’habitude quelqu’un de très modeste et de
plus il n’est pas homme à dépenser plus quand
il y a moyen de faire moins. Il se plaisait à dire
qu’un chercheur n’à que faire de plus de
conforts.
Remis des émotions du départ, il jeta un
coup d’œil sur les siéges voisins et entreprit de
mettre de l’ordre dans ses idées : à quoi son
séjour devrait ressembler ? Il s’arrangerait avec
Jack pour visiter le maximum de vestiges
historiques possible ; jusque-là il s’était toujours
fié à la description qu’on en fait dans les récits
et les livres, des pyramides surtout. Cette fois-ci,
il aura son propre jugement et sa propre
opinion là-dessus. Il posera beaucoup de
questions et notera beaucoup aussi. En tant
qu’historien, c’est la moindre des choses que
n’importe qui pourrait attendre de lui. Tandis
qu’il s’adonnait à la méditation, son voisin, un
homme d’âge avancé et trapu se pencha vers
lui :
19 Le Temple du triangle rouge
– Vous semblez absorbé monsieur, est ce
votre premier voyage en Egypte ? Je suppose
que vous y arrêterez.
– Oui, bien sûr !
– Je m’appelle Arthur MacDonald, vous
pouvez m’appeler MacDonald.
– Ravi de faire votre connaissance, dit
Hubert en tendant la main. Hubert Laporte.
L’autre complimenta aussi.
En entendant le prénom de cet homme,
Hubert pensa qu’il devait descendre de la vieille
aristocratie anglaise : d’une des grandes familles
de la monarchie anglaise. Et il remarqua qu’il
parle un français extraordinaire ; à part certaines
terminaisons de mots qu’il éminçait avec
l’orthographe anglaise. Il donne l’impression de
quelqu’un qui a passé son temps à parcourir le
monde ; un prototype même d’aventurier.
– Je viens sur une invitation d’un ami de
longue date, vous-y partez aussi ?
Le petit homme arbora un sourire malicieux :
– Ce pays, c‘est en quelque sorte ma
deuxième patrie, j’y vis depuis une décennie ; de
plus toutes mes affaires sont là-bas maintenant.
Sans doute que tu… si vous permettez de vous
tutoyer monsieur ?…
Hubert fit un mouvement d’humeur en
haussant les épaules, comme pour lui dire qu’il
n’y voyait aucun mal. L’autre continua :
20 Le Temple du triangle rouge
– Sans doute que vous êtes hantés par l’idée
de visiter tous ces vestiges historiques : c’est ce
qui passe à la tête du premier arrivant ici vous
savez. Pouah ! Tu sais, ce n’est pas mon affaire
moi ! Je me suis aventuré un jour sur plusieurs
sites : dans les grottes, le sphinx – sur insistance
d’un cousin – j’en suis ressorti la tête pas à sa
place. J’ai horreur de tout cela, j’ai l’impression
que tout ce passé que j’ignore remonte à la
surface… sans doute que monsieur est homme
de presse ?
Hubert marqua une petite hésitation : « cet
homme est ennuyant ! »
– Je suis universitaire, et en tant qu’historien,
c’est vrai je n’ai pas pu résister à cete
invitation ; de plus ça me permettra d’avoir ma
propre impression sur l’immensité de ces
vestiges historiques.
– Ah ! fit-il surpris. J’en connais un :
professeur Douglass ; un inconditionnel de
cette cause. Il passe tout son temps le nez
fourré dans les archives et dans les fouilles. Il
croit déceler certains aspects jusque-là
méconnus du passé de l’époque pharaonique. Il
était venu comme toi, en touriste. Très vite, il
épousa cette cause, et l’année suivante, il monta
son équipe et s’engagea dans les fouilles ; ma foi
toutes ses conversations finissent par cheminer
vers ses recherches. On s’invite souvent à un
dîner dans un hôtel de la place, pendant les
21 Le Temple du triangle rouge
rares moments qu’il garde le nez hors des
fouilles. Ma foi ! Comme il en parle ; il a ces
choses dans la tête, et il croit ressusciter une
partie de l’histoire de cette contrée du monde.
– Si tu le désires, je te mettrais en contact
avec lui… si tu aimes bien ces choses-là, tu
verras, tu ne le regretteras pas de discuter avec
lui.
– Ça fait longtemps qu’il vit là-bas ?
– À peu près trois ans maintenant, et il perd
rarement une petite minute en dehors de son
travail. Au fait ton homme, la personne auprès
de qui tu te rends tu dis qu’il s’appelle
comment ?… peut être que je le connais : tu
sais tout n’est pas aussi simple que ça en a l’air,
mais nous « les expatriés », on se connaît
presque entre nous, surtout dans le monde des
affaires… (Il ouvrit la bouche pour parler, mais
il étouffa presque au même moment un
bâillement avec sa main gauche avant d’ajouter,
changeant de sujet) :
– Avec ses avions qui tombent comme des
mouches, je me demande ce que sera l’avenir de
l’aviation dans les années à venir. On les
produit comme des petits pains et le moindre
accident est soit taxé d’erreur de pilotage ou
d’attaque terroriste, pour masquer souvent leur
défaillances techniques : ce n’est pas leur
problème, c’est à qui réalisera le meilleur chiffre
22 Le Temple du triangle rouge
d’affaires. Il étouffa un second bâillement, et
s’affala sur son siège :
– Je crois que j’ai encore sommeil – et il
s’assoupit malgré lui.
Hubert parcourait des yeux un magazine
lorsque la petite voix de l’hôtesse se fut
entendre de nouveau, il s’endormit quelques
moments après.
Hubert ne sut pas combien de temps il mit à
sommeiller, quand le haut parleur annonça de
nouveau : « nous survolons l’Egypte en
direction du Caire veuillez vérifier et attacher
vos ceintures ! Nous atterrissons dans quelques
instants !… »
Il constata seulement qu’il avait laisser glisser
le magazine sur ses pieds. Il vérifia que sa
serviette était là à sa place. Satisfait, il tourna le
regard vers la fenêtre et put observer le
scintillement de la lumière qui jouait sur la
ville : « un véritable brasier, cette ville ! » Il
observa curieusement, au moment où ils
survolaient le Caire les tracés du Nil, comme un
ruisseau qui serpentait entre les cailloux, et de
part et d’autre, la ville lui parut immense. Son
voisin venait seulement de se réveiller. « Il
s’était assoupi comme un porc ce bourgeois ! »,
pensa Hubert.
Quand l’avion atterrit, le petit homme
continua ses bourrasques, infatigable. Il faisait
des grands gestes pour expliquer la ville à
23 Le Temple du triangle rouge
Hubert, tandis qu’ils marchaient sur le tarmac
de l’aéroport du Caire.
Bientôt, une grosse BMW bleue vint se
stationner de l’autre coté du parking, et deux
garçons bien battus y sortirent et vinrent à leur
rencontre. L’un était de toute évidence un
britannique, et l’autre un égyptien, à en juger
par son ton.
– Nous y voilà ! fit-il, on te dépose, si tu
veux ? proposa MacDonald.
– Non ! Merci, Jack vient me chercher.
– D’accord, n’oubliez pas notre conversation
et la proposition, on se rencontrera une autre
fois… (puis il lui tendit une carte de visite sur
laquelle se trouvaient ses numéros de
téléphone).
– Tu me rappelles au temps opportun,
comme cela, je pourrais te joindre… au revoir !
Les deux garçons saluèrent leur maître et
s’emparèrent des colis qui lui encombraient les
bras. Aussitôt, la voiture repartit.
Hubert jeta un coup d’œil à sa montre :
« nous ne sommes pas pourtant en avance sur
l’heure ! », pensa-t-il. Il semblait scruter les
environs quand un homme se présenta à lui ;
habillé en trois pièces d’un bleu qui tire sur le
noir, et portait une petite moustache traitée
avec soin.
– Bonjour Monsieur, vous êtes sans doute
M. Hubert ?
24 Le Temple du triangle rouge
L’autre fit oui de la tête.
– Je vous ai reconnu au premier abord grâce
à la description qu’on m’a faite de vous…
veuillez m’en excuser pour ce léger retard, j’ai
eu un petit problème d’embouteillage sur la
route. Je viens de la part de M. Jack, il est en
réunion d’affaires, il vous présente ses excuses.
Il l’aida à porter les bagages dans la voiture,
puis, ils s’engagèrent aussitôt sur la voie.
L’autoroute suintait après les averses de l’après
midi. Des colonnes entières de voitures
défilaient avec une rapidité inouïe.
« Le Caire n’a rien à envier à beaucoup de
villes européennes ! », observa Hubert.
Le chauffeur donna un coup de volant à
droite et s’engagea dans une autre direction. Il
tripota sa petite moustache avant de dire :
– Je m’appelle Gamair, je travail avec M. Jack
depuis plus de cinq ans maintenant ; je suis son
chauffeur particulier (et il accompagna cette
parole d’un petit sourire).
Il descellera, juste le temps qu’il faut pour
laisser passer un intrus qui ne s’annonça pas.
– Hiyat ! cria-t-il. Ils sont malades ces gens
là ! Ils provoquent la plupart des accidents dans
cette ville.
Il marqua une pause avant d’ajouter :
– Le patron me disait que vous êtes un ami
de longue date, et que vous venez pour passer
vos vacances.
25 Le Temple du triangle rouge
Hubert répondit seulement par des gestes et
pensa tout bas : « celui-ci ne va pas me ménager
aussi, il n’est pas moins bavard que l’autre ».
Il continua : « Vous verrez monsieur, vous
apprécierez votre séjour ici, j’en suis sûr ».
La voiture traversa une rue principale bordée
de grands arbres, s’engagea dans une allée, et
s’immobilisa après quelques instants.
Hubert descendit, et suivit le chauffeur
emportant sa serviette et sa valise. Ils
empruntèrent une allée couverte de gravillon
d’un brun éclatant. Un domestique avait apparu,
et il fut chargé de transporter le reste des
bagages. De la porte vitrée d’une grande villa,
une jeune femme apparut et s’empressa de les
accueillir.
– Bonsoir ! Je m’appelle Victoria, j’espère
que vous avez fait un bon voyage ?… et elle lui
tendit la main.
Il lui répondit par un sourire.
– Merci ! Tout c’est bien déroulé Jack m’a
beaucoup parlé de vous.
Ils s’engagèrent dans le salon ; elle la
première, avec son aspect d’une fille frêle. Elle
s’excusa :
– Jack est en réunion, il ne va pas tarder à
rentrer, on vous attendait un peu tôt…
– Vous savez, les formalités et les dispositifs
de sécurité maintenant, ça n’arrange pas
beaucoup les choses !…
26 Le Temple du triangle rouge
Jack passa par la porte de derrière en
rentrant, puis se dirigea tout droit au salon. Il
s’éclata à la vue de Hubert :
– Oh ! Quelle joie de te revoir Hubert ! je
n’ai pas eu le temps d’aller t’accueillir à
l’aéroport.
Ils s’empoignèrent avec faste et application.
– J’espère que tu as fait un bon voyage ? Il se
détourna ensuite pour donner un gros bizou à
Victoria :
– Ça va ma chérie ? J’espère que tu as passé
un bon après midi ?
Il se tourna de nouveau vers Hubert.
– Je te présente Victoria, je crois que vous
avez eu le temps de faire connaissance ?
Hubert répondit qu’il la trouvait très gentille
et très charmante. Elle répondit à ses
compliments par un sourire avant de prendre
congé d’eux pour reprendre la direction de sa
cuisine : elle se fait un point d’honneur à
soigner sa cuisine chaque fois qu’elle se trouve
présente à la maison. Elle ne se contente pas de
donner souvent des directives à sa bonne. Elle
ajoute certaines touches de son savoir faire
culinaire, et de plus Jack affectionne les mets
qu’elle prépare, et elle se plaisait à le rendre
heureux. Et raison de plus ce jour là de soigner
sa cuisine : ils avaient un invité de marque.
Hubert la regardait disparaître dans le couloir
au fond. Il avait peine à croire qu’une femme
27 Le Temple du triangle rouge
puisse abattre Jack à ce point – jusque là il ne
s’était jamais engagé avec une femme, il était
beaucoup plus porté vers des aventures sans
lendemain, et s’il déniche une de ce coté, il est
de l’autre coté le lendemain.
– Est ce que tout va bien à Paris ? lui
demanda l’homme d’affaires.
– Rien de grave en tout cas, tout semble aller
bien, et les affaires ?
– Pas trop mauvais, répliqua t-il ; le réseau
n’est pas toujours translucide, cependant,
j’arrive à tirer mon épingle du jeu : c’est une
question de tact.
– Le contraire m’aurait étonné, remarqua
Hubert en souriant.
Quelques instants après, le domestique se
présenta au salon.
– Bonsoir Monsieur, du courrier pour vous,
on vient de l’emmener, expliqua-t-il.
Jack prit la lettre. Il s’étonna qu’elle ne fût
pas passée à son bureau.
Il la décacheta aussitôt, non sans avoir prié
Hubert de lui accorder une petite minute.
Lorsqu’il eu déchiffré le contenu de la lettre,
l’expression de doute qui se lisait sur son visage
se changea. Ses traits se relâchèrent et il reparut
rayonnant.
– Un homme que j’ai rencontré à une
réception il y’a une semaine, expliqua t-il. On se
propose de s’associer pour une affaire
28 Le Temple du triangle rouge
importante ; il se trouve dans une organisation à
son avis noyautée par des charlatans, et il fait
usage souvent de discrétion pour échapper à
leurs griffes. J’hésite encore je n’aime pas trop
me mêler des choses qui sentent l’occultisme.
Les deux vieux copains discutaient encore
chaudement lorsque le couvert fut mis ; ils
entreprirent de dîner.
On servit du thé, des hors d’œuvres, et des
omelettes. Jack absorba une longue gorgée de
thé, et se sentit revigoré. Il déposa le verre sur
la table, et toisa son hôte qui grignotait un
morceau de bifteck. Il soupira et passa un coup
de mouchoir sur ses lèvres.
– Ça m’avait complètement passé par la tête,
confessa t-il. Que devient Albert ?
– Il jouit d’une santé de fer ce type, répondit
l’autre et ses affaires marchent bien.
L’évocation du nom d’Albert réveilla tous les
souvenirs d’enfance. On plaisanta et on se
raconta des anecdotes.

Le lendemain, Jack l’amena faire un tour en
ville. Il la trouva plutôt jolie et tout à son goût.
Après une longue randonnée, ils s’arrêtèrent
dans un parc ou après le déjeuner Hubert
s’essaya au golf.
– Vous-vous passionnez pour ce sport !
observa Victoria.
29 Le Temple du triangle rouge
– Eh ! Je fais un peu de progrès, ça m’aide à
me détendre un peu ; juste un petit passe-
temps.
– Je vous vois plutôt bien, objecta-t-elle :
vous faite mieux qu’un amateur.
Sans répondre, il posa une balle surs le sol, et
d’un coup sec et précis, la frappa de sa crosse.
La balle s’élança dans la trajectoire voulue, et
atteignit l’objectif.
Victoria salua cet acte d’un cri de triomphe,
et applaudit :
– Je vous disais que vous êtes impeccable !
Lorsque Jack essaya à son tour, la balle prit
une trajectoire indescriptible et alla mourir très
loin dans un taillis.
– Oh ! soupira-t-il, je joue très mal.
– Tu joues à la hâte, observa Hubert : il faut
prendre un bon élan, tu arrêtes ta respiration et
hop ! Ça file vers l’objectif.
Au sortire du parc, Hubert se souvint de sa
rencontre pendant le voyage.
– Dis donc MacDonald, ça ne te dit rien ?
– MacDonald… MacDonald… hmm ! Pas
vraiment, pourquoi ?
– C’est un homme que j’ai rencontré pendant
le voyage ; on a discuté de pas mal de choses. Je
lui ai promis un coup de fil.

Dans le petit bureau, le jeune employé
déployait tous ses efforts pour dépouiller le
30 Le Temple du triangle rouge
courrier avec application, quand le téléphone
retentit. Il se précipita.
– Allô ! Vous voulez parler au patron ? Vous
êtes qui monsieur ? Qui ?…. un instant.
Il composa le code qui fait le lien.
– Allô ! patron.
– Oui ! Que est ce qui se passe ? demanda
MacDonald qui déjeunait.
– Quelqu’un désire vous joindre, un nommé
Hubert puis-je le passer ?
– Passez-le moi !
Il fit la manipulation nécessaire et les mit en
contact.
– Allô ! Monsieur Hubert, ravi d’apprendre
de vos nouvelles, je crois que la ville vous a fait
bonne impression ?
Une voix feutrée répondait de l’autre bout du
fil :
– Oui, merci !
– Tu es de quel coté de la ville ?…. oui ! La
situation par… parfait ! Voilà qui arrange les
choses nous ne sommes pas très loin l’un de
l’autre.
– Je t’invite à dîner pour le samedi au soir, si
ça ne te dérange pas ; le professeur Douglass
sera de la partie. Comme convenu j’arrangerais
votre rencontre… vous dites le numéro 127 ?…
Ok, j’enverrai un véhicule te chercher si tu
veux.
– D’accord.
31 Le Temple du triangle rouge
M. MacDonald habitait « X street ». Le
domestique ouvrit la porte adressa un salut bref,
mais respectueux de bienvenue et l’invita à le
suivre. Il le conduisit dans le grand salon de
l’appartement. Un homme était assis du coté de
la fenêtre ; il se leva et s’empressa de l’accueillir.
– Bonjour ! Monsieur Hubert.
Ils se serrèrent les mains.
– Asseyez-vous, je vous prie.
Hubert balaya la pièce d’un regard puis il
s’assit, les mains posées sur le dossier du
fauteuil. On lui servit à boire.
– Merci ! Monsieur MacDonald.
– C’est gentil de répondre à l’invitation, se
réjouit MacDonald.
Il fit signe à son domestique qui passait par
là. Ce dernier s’approcha.
– Vite mon costume ! dit-il… (Puis il se
tourna vers son hôte :) … On fait un petit tour
dans le jardin si ça ne te dérange pas, avant
l’arrivée des autres ; j’étouffe un peu ici.
L’autre approuva cette proposition.
Ils sortirent par le couloir qui mène au hall
par l’allée dallée qui bifurqua pour donner sur le
jardin. Un petit chien avait accouru pour venir
se flanquer contre son maître, agitant sa queue.
L’homme d’affaires lui caressa la tête, et il cessa
d’aboyer en direction de Hubert.
« C’est déjà un chien mur, remarqua l’homme
d’affaires avec une certaine fierté. »
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