Le temps de la vengeance

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Parce que sa femme est morte dix ans plus tôt, à cause d’un accident provoqué par un chauffard, Alexandre, veuf inconsolable, décide qu’il est temps pour lui de se venger. Un mystérieux inconnu fera irruption pour tenter de le faire renoncer à son acte désespéré.

Publié le : mercredi 21 décembre 2011
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Yann Julien
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Le Temps de la Vengeance
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Image de couverture Willia Clifford, « Rubber Gun » August 3, 2007 via Flickr, Creative Commons Attribution (CC BY)
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Yann Julien
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Le Temps de la Vengeance
Ma vengeance est perdue s'il ignore en mourant que c'est moi qui le tue. Jean Racine, Andromaque
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Le Temps de la Vengeance
Alexandre était assis, enfoncé dans ce fauteuil depuis une demi-heure à présent. Il attendait le retour de son propriétaire, l’homme qui avait ruiné sa vie. Depuis 10 ans, sa femme adorée était morte. Diane. Alors heureux parents d’Emma, adolescente brillante, Alex et Diane l’avaient conduite pour l’inscription de son futur Lycée. A la rentrée suivante, elle quitterait le cocon familiale et ses parents prétextaient vouloir l’aider dans ses démarches pour passer plus de temps avec elle. C’est sur le chemin du retour, que ce chauffard avait provoqué cet accident. Si Alex et Emma s’en sortirent quasi indemnes, Diane était morte sur le coup. Cruelle ironie de la légende urbaine de la « place du mort ». Si Alex n’avait aucune séquelle physique, il avait conservé une haine féroce pour ce chauffard et, le destin dans son ironie, n’en avait pas fait un chauffard alcoolique, ce qui, à coup sûr, aurait forcé le bras vengeur d’Alex : le chauffard s’était « juste » assoupi quelques instants. « Quelques instants »…pour une vie brisée à jamais. La justice n’avait pas retenu l’homicide, même involontaire. Elle devait estimer que la culpabilité serait une sentence suffisante. Pas pour Alex. Si la présence de sa fille et le besoin immédiat d’assurer le rôle double des deux parents, l’avait détourné – temporairement – de son besoin de vengeance, la blessure se rouvrait plus béante encore, chaque fois qu’il la voyait heureuse et qu’il pensait à Diane qui manquait ces moments. Emma, malgré son chagrin, a su grandir et prendre la place rassurante qu’occupait sa mère auparavant. Elle tentait de redonner confiance à son père, de l’emmener, si ce n’est vers le pardon envers cet homme qui était la cause de leur malheur, au moins vers moins de cette haine qui pourrissait son cœur. Comme s’il n’avait pas voulu guérir de cette rancœur permanente, Alex la nourrissait, la cultivait, comme s’il eut voulu la conserver toute sa haine envers ce chauffard. De temps en temps, seul, il visionnait la vidéo de son mariage avec Diane, il la regardait, radieuse, souriante… Il s’isolait dans un rituel assez macabre où, sur fond de la 5ème Symphonie de Beethoven – la musique préférée de Diane, il consultait les photos de leur album, un montage qu’il jugeait kitch avant sa mort et qu’il vénérait à présent telle une relique, témoin de leur rencontre, de leurs premières vacances entre amis, puis tous les deux et enfin à trois avec Emma. Parfois, une photo de sa fille avec Diane lui décrochait un sourire, mais ravivait aussitôt sa colère contre celui qui avait mis un terme à ce bonheur, dont il n’acceptait qu’il appartint au passé. Emma avait grandi à présent, l’adolescente était devenue une femme accomplie, un diplôme de pharmacie en poche, elle avait profité de ses études pour rencontrer Nathan, un charmant jeune homme qui plaisait beaucoup à Alex et qui lui rappelait comment il était plus jeune. Sa mission de père n’était plus sa priorité et, bien malgré lui, il souhaitait se consacrer à cette vengeance qu’il avait méditée depuis dix ans à présent et qui ne demandait qu’à sexprimer.
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Alex était donc là, plongé dans l’obscurité, dans le fauteuil de ce chauffard. Novembre était le mois parfait, la nuit tombant relativement tôt et le mauvais temps faisant fuir les passants, il avait pu s’introduire à son domicile en toute discrétion. Pour achever de se donner du courage, il s’était servi un verre de cognac pour dissiper les derniers doutes et tenait la bouteille à disposition sur la table à côté de lui. Il pianotait nerveusement sur sa jambe dans l’attente et regardait de temps en temps le révolver qu’il avait pu se procurer pour mettre sa vengeance à exécution. Une fois son acte accompli, il n’y aura plus de retour possible. Il réfléchissait à la peine – et la honte – qu’il infligerait à Emma, mais chassa ces pensées d’un revers de la main. Elle comprendra, se dit-il, je fais ça pour sa mère, pour elle. Soudain, une voix interrompit son raisonnement et il tressaillit. – Etes-vous sûr de ce que vous comptez faire ? dit la voix semblant provenir de la pénombre. – Qui est là ? Que faîtes-vous ici ? demanda Alex paniqué. Je vous préviens, je suis armé. Quelque intuition lui faisait sentir qu’il ne s’agissait pas de la personne qu’il attendait. L’homme avança en direction d’Alex et s’arrêta à la hauteur du bar, dans une zone éclaircie par la réflexion de l’éclairage public extérieur. C’était un homme sensiblement du même âge qu’Alex, un peu plus grand cependant. – Qui êtes-vous ? questionna Alex, une main posée sur le révolver.  – Je suis un ami, répondit l’homme. Il jeta un coup d’œil en direction de l’arme. Vous n’avez donc pas besoin de ça. Il se servit un verre de vodka. – Je n’ai plus d’ami, poursuivit sèchement Alex. Et si vous prétendez l’être, que pensez-vous savoir sur la raison de ma présence ici ? L’homme sourit et rangea la bouteille dans le bar. Et comment saviez-vous où se trouvait la boisson que vous cherchiez ? – Et vous ? interrogea l’homme. Vous vous introduisez comme ça, chez un inconnu, vous vous servez un cognac, votre boisson préférée, le plus naturellement du monde ? Alex déglutit avec peine et tenta de masquer son trouble. – Je suis qui vous voulez Alexandre, dit l’homme. En entendant son prénom, Alex se sentit défaillir. – La conscience, la douleur, le repentir, le pardon, la justice, voilà qui je suis. – Vous êtes flic ? demanda Alex. L’homme ne put retenir un éclat de rire. Bien que soulagé qu’il ne s’agît pas de la police, il était de plus en plus inquiet de l’identité de cet individu. – Vous permettez que je mette un peu de musique, dit-il en se dirigeant vers la chaîne hi-fi qui trônait au milieu du salon. Bon sang ! s’écria Alex. Allez-vous me dire qui vous êtes et ce que vous faîtes ici ? L’homme posa l’index sur ses lèvres pour lui indiquer le silence, tandis que de l’autre main, il glissait un disque dans le lecteur de la chaîne. Dès les premières notes, Alex reconnue cette musique. La 5ème Symphonie de Beethoven. – Putain, c’est quoi ce bordel ? éructa-til. – Vous n’aimez pas peut-être ? demanda son interlocuteur. Vous souhaitez un autre morceau ? Pourtant c’est la musique idéale, pour rendre justice…votre justice Alex. Alex pointa le révolver en direction de son interlocuteur. – Je vous préviens, je vais tirer, menaça-t-il. – Sur moi ? Sans défense. Je ne conduisais pas la voiture qui a tué votre femme. Ce ne serait pas raisonnable, vous irez en prison pour rien. – Je ne compte pas sur la prison. dit Alex entre ses dents.
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– Quoi, vous feriez un massacre et finiriez par un suicide. Tellement classique, ironisa l’individu. – Je veux que justice soit faite, si vous m’empêchez de rendre la justice, je serai dans l’obligation de vous tuer. – Vous voulez vous rendre justice, c’est différent, argua son interlocuteur. Vous n’avez pas voulu accorder le pardon, à votre guise, mais cette blessure béante, purulente de haine vous ronge, et détruit votre âme et votre cœur. – Vous parlez comme un homme d’église à présent, rétorqua Alex, pas de chance pour vous, je suis athée. – Moi aussi. Pourtant, vous agissiez comme si vous étiez l’instrument d’une justice divine, puisque celle des hommes n’a pas reconnu de coupable. La justice ni ne pardonne, ni ne condamne…Elle est clémente, c’est tout ce qu’elle propose ! Et éteignez cette musique ! – Que pensera Emma de tout ça Alex ? Que pensera-t-elle de son père ? – Elle me voit souffrir, elle comprendra, répondit gravement Alex. – Ainsi vous ne pensez plus souffrir ensuite, quand ce sera fait ? ironisa l’homme. Ne pensez-vous pas que ce désir de vengeance entretien cette souffrance ? – Pff, se moqua Alex. Qu’est-ce que vous pouvez bien en savoir ? – On ne peut pardonner à celui qui refuse le pardon Alex, que vous évoque cette phrase ? avança l’individu. – Que je n’ai jamais eu aucune intention de lui pardonner à ce salaud, à ce qu’il a fait... Il a tué ma femme ! hurla Alex en se frappant la poitrine, près du cœur. – Pourtant Emma lui a pardonné, dit l’homme d’un ton légèrement interrogatif, comme s’il laissait à Alex le soin de répondre. – Arrêtez de parler de ma fille, ordonna Alex sous la plus grande colère. Qui vous a parlé d’elle ? – Mais c’est vous Alexandre, tout ce que je sais, c’est vous qui me l’avez dit, répondit calmement l’individu. – Menteur ! s’écria Alex. Pourtant, cette simple phrase venant de cet homme laissait planer un minuscule doute dans le coin de sa tête. Il ne voulait pas que fondît sa détermination vengeresse. L’expression du visage de son interlocuteur ne bougea pas d’un millimètre, mais son regard étincela comme s’il venait de détecter une faille dans l’obstination d’Alex. Furieux, il s’exprima avec une rage qui lui déformait la voix : – Allez-vous faire foutre ! Qui me dit que ce n’est pas vous qui avez tué ma femme ? – Vous ne savez même pas à quoi ressemble celui que vous voulez tuer ? dit l’homme, flegmatique. Vous vous rendez compte que vous pourriez descendre n’importe qui…Allons Alexandre, poursuivit-il marchant vers sa direction. Alexandre arma le révolver et le pointa en direction de l’homme. – Cette fois vous allez me dire qui vous êtes et comment vous savez tout ça ; il pressa son index contre la queue de détente de l’arme. Sinon je vous tue. Dans ce masque de colère, de tristesse et de haine, l’homme aperçu une détermination dans son acte et une résignation dans les conséquences que cela pourrait avoir. Il stoppa net. Je suis votre psychiatre Alexandre, dit-il posément. Je m’appelle Marc. Alexandre n’en croyait pas un mot et serrait les dents ; pourtant, il l’invita à poursuivre d’un mouvement du révolver. – Je vous suis depuis plusieurs années à présent. Votre fille Emma était avec vous lors de notre premier rendez-vous. Vous ne vous rappelez pas ?
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A l’évocation d’Emma, l’esprit d’Alex cherchait un soupçon de vérité dans ses souvenirs, mais n’en trouvant pas, son visage se rembrunit et l’arme, toujours dirigé vers l’homme, devint plus menaçante encore. – Vous ne vouliez pas parler…Pendant des semaines, mais vous veniez…pour Emma. Puis vous avez commencé à parler et nous avons compris ensemble ce qui n’allait pas. Vous y travailliez. – Je travaillais à quoi ? lâcha Alex écumant. – A la vérité. Vous aviez bâti une modalité défensive dans laquelle la représentation de la vérité était déformée. – Conneries…dit Alex en pressant sur la détente. Marc s’écroula. Au même moment, Alex entendit une voix féminine qu’il connaissait bien : Papa ! hurla cette voix. – Emma ? interrogea Alex, perdu dans ses pensées. Il était honteux qu’elle l’ait surpris dans ce qui ne devait appartenir qu’à lui. – Papa, qu’as-tu fait ? dit-elle en se précipitant sur l’homme à terre. Penaud, Alex fut blessé que sa fille ne vint pas vers lui immédiatement. – Ce n’est rien dit Marc en s’adressant à Emma, je suis juste blessé. Il se redressa vers Alex. – Alexandre, je vous en supplie, vous devez me croire. Vous êtes dans le déni. Nous l’avons déjà évoqué, vous vous êtes construit une représentation des faits, nous pouvons encore y travailler, ensemble, avec Emma. – Vous êtes ce salaud, dit Alex froidement, ce chauffard qui a ruiné notre vie, à ma fille, à moi. Sa voix se radoucit. Viens ma chérie, éloigne-toi, on va en finir. Emma tenait l’homme dans ses bras et regardait son père, d’un regard implorant et embué par les larmes. – Non papa, dit-elle. Cet homme n’est pas un chauffard, il est psychiatre. Crois-le. – Je…Je ne peux pas, balbutia dans un sanglot Alexandre en pointant de nouveau son arme vers l’homme allongé. Ecarte-toi ma chérie. – Il n’y a jamais eu de chauffard Papa, hurla-t-elle dans un cri désespéré, comme usant d’un dernier atout pour dénouer cette macabre situation. Tu as laissé un message sur le répondeur de Marc, tu voulais en finir, tu disais que tu allais venir le tuer, chez lui. Mais tu es ici, dans ta maison. Regarde, je suis rentrée avec mes clés… – Non, murmura le psychiatre qui allait en s’affaiblissant. Pas comme ça… – Nous étions tous seuls sur cette route ; tu conduisais et tu t’es endormi. Maman est morte, tu n’as jamais pu accepter que c’était toi au volant, tu t’en voulais tant ! A chaque élément prononcé par sa fille, Alex assimilait un souvenir comme un coup douloureux au plus profond de son être. Le déroulement des choses se mis petit à petit en place dans sa tête, et la vérité si cruelle refit surface comme un monstre marin craché par les flots, tandis que sa poitrine s’alourdissait à chaque instant. Je l’ai tuée, pensa-t-il, je l’ai tuée. Il revit mentalement les moments précédents l’accident, les photos de leur seule voiture enroulée autour d’un arbre, l’enterrement de Diane, dix années enfermées dans son propre mensonge. – Vous n’auriez pas dû…dit le Marc à bout de force. Il devait trouver la vérité tout seul. Emma regardait son père : toute forme d’expression avait disparu de son visage ; seule la responsabilité de la mort de sa femme avait pu venir à bout de sa détermination vengeresse et meurtrière. – Papa, papa, mon petit papa, je suis désolée… Le psychiatre émit un râle, Emma se pencha pour écouter sa respiration. Elle devait appeler les secours.
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Un coup de feu retentit, dont l’écho permit à Emma d’illustrer la vision d’horreur qui s’offrait à elle : son père s’était rendu justice et venait de tuer l’homme qui s’était endormi, tuant ainsi sa femme et la mère de son enfant.
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Les commentaires (1)
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mediter

Une nouvelle bien écrite, et l'idée est là, mais il y a un peu trop de dialogues par rapport au récit.

mercredi 21 décembre 2011 - 14:41
yannjulien

Merci pour cette critique constructive.

mercredi 21 décembre 2011 - 15:25

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