Le temps des magnolias (Harlequin Prélud')

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Le temps des magnolias, Jean Brashear

Le parfum des magnolias... C'est l'unique souvenir qui revient à Bella quand elle se demande ce qu'était sa vie, avant l'accident qui lui a volé la mémoire — un accident survenu deux semaines plus tôt, très loin du Sud où il semble bien qu'elle soit née. Que faisait-elle à des milliers de kilomètres de chez elle ? Y a-t-il quelqu'un qui l'attende quelque part, là-bas ? Une famille, un homme ?... Mystère. Alors que Bella redoute déjà de ne jamais trouver de réponses à ses questions, l'incroyable se produit : son passé revient frapper à sa porte en la personne d'un certain James Parker qui lui affirme être. son mari. Bella ne voit en James qu'un séduisant étranger, mais elle est bouleversée. Ainsi, elle n'est pas seule au monde ! Apparemment aussi ému qu'elle, James lui parle de leur vie, de leur mariage, de leur foyer. Portée par un fol espoir, Bella ose presque croire à l'impossible. Mais soudain le doute s'immisce : car lorsqu'elle lui demande pourquoi, le jour de l'accident, elle se trouvait si loin du pays des magnolias — si loin de lui —, James se trouble inexplicablement.

Publié le : vendredi 1 mai 2009
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280274814
Nombre de pages : 352
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Le premier jour

Un chuchotement, un chatouillement. Une voix qui murmure, qui m’échappe. Je veux lui courir après. Mon pied remue, ne rencontre que la caresse d’un drap soyeux contre ma peau.

J’ouvre les yeux. Je ne connais pas cette pièce.

Une pièce inconnue dans une maison inconnue.

L’aube pointe, pâle et fragile. Dans le lointain, j’aperçois des montagnes. Par la fenêtre entrouverte, une brise légère pénètre, m’effleure, délicieuse.

Je suis tout à fait réveillée. Je me souviens.

Je me souviens que l’on m’appelle Jane Doe.

Et que je ne sais plus qui je suis.

Chapitre 1

Elle s’assit sur une des marches en bois du vieux porche qui grinça sous son poids, et se laissa aller lentement en arrière, goûtant pour la première fois un peu de sérénité depuis qu’elle avait émergé du coma dans la petite ville du Colorado qui, lui avait-on affirmé, s’appelait Lucky Draw.

Luck, la chance… Elle en aurait bien besoin.

Elle savait que pour le moment elle serait tranquille, que l’on ne lui poserait aucune question. Des questions, elle en avait tellement et non des moins angoissantes… Qui était-elle ? D’où était-elle venue ? Quelqu’un la cherchait-il ? Elle savait qu’elle pouvait, pour l’instant du moins, se reposer. Se contenter d’exister…

Tout autour d’elle n’était que verdure. Un vert reposant. Toutefois, quelque chose la tracassait. Toutes ces mauvaises herbes, ne devrait-elle pas les arracher ? Ne devrait-elle pas semer des cosmos, là, sous le…

Qu’est-ce que…? Etait-ce là un des morceaux du puzzle ? Jane Doe ? Serait-elle jardinière ? C’était un fil, délicat, fragile, un fil que pourtant elle ne devait pas lâcher. Encouragée, elle se pencha en avant, appuya les coudes sur ses genoux et posa son visage entre ses mains.

Plissant les yeux, elle essaya d’imaginer ce fouillis une fois nettoyé, une fois débarrassé principalement de ce sorgo d’Alep. Ce ne serait pas une mince affaire, c’était sûrement aussi difficile à éliminer que le kudzu, cette longue et vigoureuse liane aux tiges qui, tels des sarments de vigne, lui permettaient de s’accrocher partout, pouvant atteindre une croissance de vingt mètres par saison à la moyenne de trente centimètres par jour, et recouvrir des maisons entières en seulement quelques mois.

Elle retint son souffle. Le kudzu ! Où donc poussait le kudzu ?

Concentrant toute sa volonté, elle s’accrocha à cette image fugace, prête à s’échapper, à ce lambeau de souvenir, à cette ombre légère qui flottait dans un coin de sa conscience. Elle se souvenait vaguement… Un jardin, des grappes de fleurs bleues, portées par de longues tiges grimpantes…

Malgré tous ses efforts, la furtive vision s’enfuit rapidement, et elle resta tremblante, la peur au ventre, suspendue au bord du précipice au fond duquel coulait son désespoir.

Soudain, un léger bourdonnement attira son attention. Non loin d’elle, un colibri à gorge rubis voletait de fleur en fleur, son dos d’un vert luminescent, ses ailes vibrant si rapidement qu’elles en devenaient presque invisibles. Il sembla hésiter un instant, comme s’il se demandait si elle n’était pas une fleur elle aussi, sur laquelle il pourrait butiner.

Elle se sentit apaisée. Le petit oiseau était parvenu, sans le vouloir, à chasser sa peur.

— Merci, murmura-t-elle, envahie par un sentiment de gratitude.

Après tout, ceci n’était-il pas un moment de pure magie ? Alors, même si son passé n’était qu’un profond trou noir, une source d’angoisse et de questionnement, rien ne l’empêchait d’apprécier l’oiseau, la verdure, cette fraîche et belle matinée. Rien ne l’empêchait de faire un petit pas, tout petit et pourtant bien réel, dans cette nouvelle vie qu’il lui fallait créer de toutes pièces.

Gonflée d’espoir, elle se leva. Elle s’engagea dans la jungle verdoyante qui pourrait devenir un jardin lorsqu’elle aurait réglé son compte à ce sorgo envahissant. Comment allait-elle passer sa première journée au sein de ce petit village de trois cent cinquante-six habitants ? Sa première journée depuis sa sortie de l’hôpital dans l’appartement annexe que le Dr Sam Lincoln lui prêtait puisqu’elle n’avait ni argent ni foyer. Uniquement jusqu’à ce qu’elle recouvre la mémoire, avait-elle insisté.

Jusqu’à ce qu’elle retrouve sa route. Sa vie.

Le shérif avait pris ses empreintes digitales et sa photo, qu’il avait comparées avec celles du fichier des personnes disparues. En vain.

Etre isolée à ce point avait quelque chose de vertigineux.

Pourquoi ne la recherchait-on pas ? N’avait-elle donc aucune famille ? Aucun être sur terre pour s’inquiéter de son absence ?

Toutes ces questions la tourmentaient, et chaque fois, elle se retrouvait face à ce mur nu, ce silence. Elle ne savait rien, absolument rien.

Elle s’était longuement regardée dans le miroir, espérant découvrir un détail, un rien, un minuscule bout de fil qui lui aurait permis de dénouer cette pelote de questions sans réponses, d’apprivoiser ce trou noir. Mais rien. Elle avait juste constaté qu’elle avait des cheveux noirs et bouclés lui arrivant aux épaules, parsemés çà et là de quelques fils argentés. Elle était assez grande pour une femme, un mètre soixante-quinze lui avait-on dit. Elle n’était ni maigre ni grosse, juste normale. Elle devait avoir la cinquantaine, plus toute jeune mais loin d’être vieille. Elle n’avait jamais eu d’enfant, lui avait dit Sam Lincoln.

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