Le Théorème de Worms

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Marchelli cherche la lumière de la Renaissance, Inès traque le boson de Higgs.

Cette quête du passé et du présent, de Florence à Gabès, est aussi intérieure qu’illusoire.

De rencontre en aventure, de la mort si proche et de l’amour impossible, l’inattendue singularité surgit. Elle transgresse les lois conventionnelles de la nature et de la physique, éclairant d’une autre lumière les phénomènes qui déterminent habituellement les conditions de nos accomplissements.

Le boson de Higgs, la « divine particule », se cache !

Le trésor de l’univers a fait son nid dans l’endroit mathématique où il y a le plus de combinaisons possibles…

Mais la Lumière Précieuse qui précède le Big-bang est toute autre.

Le théorème de Worms réussira-t-il à résoudre les mystères qui lient l’espace, la matière et le temps, dont nous sommes les prisonniers ?

Publié le : vendredi 18 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954649139
Nombre de pages : 216
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Prologue
Quelle lumière ne sera pas étouffée par les ténèbres ? Que ferai-je pour toi, alors que tu viens contre toute attente dans cet exil doré où les angelots planent dans le ciel raphaëlien de Florence ? J’exulterai ton corps, j’exalterai tes pensées. Mais l’essentiel n’est pas d’entrer en toi, d’aiguiser le plaisir, mais de te faire sortir de toutes tes habitudes, de te déposséder de ta chair, d’extirper ton âme pour voir de quelle lumière elle palpite. Est-ce une prétention absurde, un rêve présomptueux, de quoi sommes-nous faits pour rechercher cette lumière qui berce notre intérieur et nous laisse insatisfaits de ne pouvoir accéder aux mystères ? Chaque question nous propulse dans une quête compulsive où il faut se perdre pour mieux se trouver. Plus j’avance dans la profondeur de la vie, plus se complexi-fient les équations. La conscience de n’être qu’à la surface devient obsédante, conscience d’être témoin de ma propre insuffisance. Superficielle, presque inaccessible, la fine épais-seur de l’intelligence se résume à toutes nos sciences. Elle est le fin voile qui sépare le monde visible de l’invisible. Au bout du compte, après plus de seize milliards d’années, des milliers de galaxies, d’étoiles innombrables, dans un recoin de l’univers, la vie s’est faite chair, une fois de plus et toujours unique. Ce livre des secrets, ce parchemin vivant contient à
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lui seul un univers parsemé d’empreintes génétiques por-teuses des souvenirs des générations précédentes, et des empreintes digitales des mains qui, à force de toucher cette chair qui demande sans cesse d’être effeuillée, ne trouvent aucune réponse définitive. Cet incunable charnel ne livre pas les charmes les plus cachés, qu’il se nomme Adam ou Ève, ce message reste indéchiffrable. Ce génome n’a toujours pas livré le contenu caché de ce cœur morcelé. Il reste au fond de chacun de nous une fracture tumultueuse que nous rêvons d’éclairer afin de la guérir.
Florence
« La lumière n’est pas seulement le fruit de la technique, elle vient, par la main du peintre, transmettre ce que sa médi-tation lui révèle. Si vous ne faites pas taire vos autres sens, vos ruminations, vos peurs et vos inquiétudes, vous ne pourrez regarder la peinture qu’avec des yeux aveugles. La peinture ne doit pas inonder seulement votre rétine, son rayonnement coloré doit traverser tout votre être, vous radio-graphier pour vous révéler qui vous êtes vraiment, quel être chromatique repose en vous. En fonction de qui vous êtes, de ce que vous faites, la pein-ture ne vous donnera pas la même intuition sur votre identité. Vos yeux sont les prismes de votre esprit, l’acuité est le début du discernement. » Le 3 octobre 2011, Marchelli Worms, l’éminent professeur, termine le cours d’histoire de l’art, paisiblement, comme d’habitude, même si l’agacement, la colère intérieure l’animent. Ce sentiment aigre résulte de son emploi du temps. Ce planning abrège sa jubilation, ce temps moderne et libre l’emprisonne dans un créneau horaire, alors qu’il désirerait tout le rempart des heures et toute la forteresse des siècles. Dans l’amphi B plane un silence d’émerveillement, il sem-blerait que l’humanisme vient juste de naître. Il a crié, le beau e bébé duXVIsiècle, sa crise de croissance annonce un monde
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nouveau. Pour le moment, il paraît encore dormir dans les bras de son maître. Marchelli enseigne au Studium Generale. Cette univer-sité, initialement établie par la République florentine en 1321, est aujourd’hui ce lieu où les quelques étudiants chanceux qui ont choisi ce cursus sont entraînés à chaque mot, à chaque exposé, dans un monde parallèle : l’époque extraordinaire de la Renaissance. À la fin de ce cours, une étudiante interpelle le professeur Worms, cachée derrière ses grandes lunettes, couronnée de cheveux bouclés, bruns aux reflets auburn. Elle se distingue par un visage allongé qui s’esquive sur une nuque parfaite, un cou précieux entouré de grosses perles d’onyx vert et de malachite. Le regard ébloui et humide semble tout droit sortir d’un rêve ; transie, saisie, séduite, elle se lève pour demander : — Monsieur, comment devons-nous faire pour sortir in-demnes de votre machine merveilleuse à remonter le temps ? Marchelli lui répond sans s’émouvoir aucunement : — Allumez la télévision ou lisez un quotidien, vous revien-drez assurément et promptement à votre époque. — Et pour y rester ? Le professeur sent le piège, l’esprit de séduction, le mélange des genres entre l’affectif et le professionnel. Mais il répond calmement : — Trouvez, mademoiselle, un garçon bâti comme le Da-vid, il ne vous laisserait pas de marbre ; un garçon qui don-nerait aussi son or pour enluminer votre vie. Et enfin, deux ou trois angelots, nus si possible, qui vous décocheraient quelques flèches coquines. La jeune fille rougit, rires et applaudissements clôturent ce cours.
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Les bancs de junipérus, vidés de leurs âmes, retrouvent ce calme où juste flotte l’odeur de l’admiration, le parfum ani-mal des étudiants, la sueur de la connaissance, de la recon-naissance. Leur fureur d’apprendre s’appelle, grâce à Worms, plaisir. Worms range son vieux cartable démodé en cuir ambré, brillant et patiné, un cartable de grand écolier, maniaque et méthodique. Comme un rituel, il se prépare à l’engloutis-sement dans la foule de Florence, épaisse, fiévreuse, impa-tiente. Il anticipe pour mieux résister aux crépitements des appareils photo qui enfanteront ces milliers de David et de palais, aux quatre coins de la Terre, pris aux pièges de ces petites boîtes noires et des puces SD. Les voleurs d’images pensent posséder enfin une partie du mystère, mais l’art ne se consomme pas, ne se possède pas, seul l’homme est pos-sédé, par lui. Au fond de l’amphi, une jeune femme l’attend, droite comme une caryatide, belle, un peu guindée, la trentaine éblouissante, tailleur impeccable, queue de cheval blonde en accroche-cœur. Son regard est aimanté par deux yeux d’un bleu rare. Elle attend poliment, mais son attitude trahit l’assurance simple et écrasante de ceux qui semblent avoir tout réussi. Elle respire la réussite sociale, comble de l’agacement pour monsieur le professeur. Marchelli, lui, la connaît, pas la réussite, non, cette jeune femme ! Il ne l’attendait plus depuis si longtemps. La réussite, il s’en moque, la raison obscure de cette moquerie chronique réclame une certaine discrétion. Il replie lentement ses documents, ferme avec une non-chalance volontaire, son pupitre, et dans un calme où bouil-
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lonne déjà une vieille querelle, se dirige vers elle. Au dernier moment, il relève son regard pour poser les yeux sur elle. — Inès, quelle surprise, je ne croyais plus aux fantômes ! Elle répond, faussement gênée et peu naturelle : — Moi si ! — Je blague ! Vous revoir, quelle surprise ! Et ici, aujour-d’hui ! Enfin n’importe quel autre jour eut été pareil. Quel bon vent vous amène à hanter dans Florence ? — Tu peux me tutoyer ! Je viens pour un petit voyage culturel, l’Italie, tu sais… le charme, le romantisme ! Je plai-sante, je viens vers toi pour un motif plus scientifique. J’avais réellement besoin de te rencontrer, pour régler une dette que j’ai envers toi. Sans être une spécialiste des petites his-toires du passé, il va bien falloir en finir avec nos dix-huit ans. — Nos dix-huit ans, mais c’était il y a plus de dix ans, qu’est-ce que tu viens me chanter là ? — Je suis embarrassée de t’embêter avec mes petites… Comment te dire ? Je me souviens que tu détestes les pro-blèmes de physique. — Je ne peux pas beaucoup t’aider, mais pour le physique, rien à redire, tu es toujours aussi lumineuse. — Arrête de faire l’idiot, tu sais bien que c’est de physique quantique dont je te parle. — J’aurais préféré le cantique des cantiques ! Marcelli la regarde avec admiration, il citerait bien « tes yeux, toute belle, sont des colombes. Tes lèvres sont un ruban d’écarlate. Tes deux seins sont deux faons mignons, les ju-meaux d’une gazelle. » Son regard de maître se pose sur elle, ses pupilles se dilatent comme si elles roulaient dans la galerie des Offices, pour faire un strike dans les bustes de marbre.
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Il y a de quoi, lui qui connaît chaque fresque, chaque rondeur de femme et les regards rieurs des angelots qui les entourent. Oh ! La profusion de ces angelots obèses et joufflus sonne faux, le regard alangui des femmes couvertes de drapés rouges et bleus ne lui semble plus que de la bande dessinée, rien de plus, au grand dam des connaisseurs. Si seulement ses élèves savaient à quel point il se ment à lui-même, à quel point aucun désespoir ne l’envahit devant ce mensonge qui l’accable et dans lequel il se complait ; comme s’il existait une plus grande épreuve à l’annihilation de tout cet art. Inès le ressort de sa rêverie : — Tu m’écoutes ? — Oui, quel est le sujet de ton embarras ? — Notre embarras, plutôt, parce que tu es la cause de mon problème. — Écoute, si je ne suis pas amnésique, je ne t’ai pas fait d’enfant, ni de dette, ni de regret. — Idiot, pire, tu n’es pas arrivé à m’embrasser une fois ! — J’essaye de ne pas me souvenir de mes échecs, ne par-lons plus du passé. Viens prendre un pot, tu te désembarras-seras bien un petit peu, éventuellement pour le bébé, on peut s’arranger, hein, entre gens civilisés, moi Tarzan, toi Jeanne… Ungawa ! — C’est ça, camarade Marchelli, trouve-toi une île déserte. Je te fournirai un singe et des bananes. — Merci pour ta délicate intention, je reconnais bien là ta délicatesse d’adolescente. C’est curieux, rumine-t-il, que l’on puisse garder cette naïveté, croire que le temps change les personnes, en bien évidemment, je ne parle pas des pre-mières rides. Inès fait la moue, pourtant quand elle sourit, elle a d’ado-rables fossettes.
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