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couverture
Sébastien GENDRON

Le tri sélectif des ordures et autres cons

12e épisode

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19

Trois semaines

J’ai passé les trois semaines suivantes à ne pas me demander lequel des trois précédents intervenants était le messager. Je me suis enfermé pour panser mes plaies dans mon appartement de la Pelouse-de-Douet et me suis repris de passion pour mes blondes de Lichtenstein qui pleurent à chaudes larmes sur les quatre murs du salon.

Je voulais réfléchir à tout ça.

Un peu au moins, sans creuser bien loin de peur d’y trouver un petit être malingre et moqueur, sorte d’homoncule à mon image, riant de me voir si dépourvu, moi le fier-à-bras, l’homme sans arme qui trucide le contrevenant de mes contemporains moyennant rétribution calculée sur le quotient familial.

J’avais sans doute peur aussi et seulement. J’avais pris des peignées dans ma vie, quelques-unes m’avaient physiquement bien plus anéanti que celle-ci et il m’était même arrivé par deux fois de stopper des balles d’un calibre apte à me déposer sur la céramique fraîche d’un institut médicolégal. Mais là, quelque chose m’échappait tellement que si c’était le climax d’un scénario, alors l’histoire était bien montée et la mayonnaise prenait plutôt bien. Je n’aimais pas ça. Je me sentais brusquement comme le héros d’un roman sombre dont le narrateur parlerait à la troisième personne, présage d’une mort possible, menace diffuse de la conjugaison appliquée à la vie réelle qui se précise avec l’utilisation d’un imparfait proportionnel aux risques encourus. Est-ce que je courais des risques ? Des centaines. Tuer un homme comporte une série tout à fait exhaustive de risques. Les connaître, ce n’est pas les éliminer, seulement les limiter dans l’espace comme on s’écarte au préalable d’une gorge qu’on va trancher pour ne pas tacher ses chaussures.