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Le tri sélectif des ordures et autres cons - épisode 15

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15e épisode

Lapelouse cherche l'origine de ses problèmes. Et si c'était son passé qui se rappelait à lui ?
Petite visite à son ancien employeur.





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couverture
Sébastien GENDRON

Le tri sélectif des ordures et autres cons

15e épisode

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23

M. Paoletto

« Cassé. En deux endroits. Ici et ici, vous voyez ? » Le médecin des urgences du CHU de Toulouse est une femme, il est six heures trente du matin, je suis le dernier client d’une garde de quarante-huit heures. Le bord externe de ses paupières a une nette tendance à rejoindre les commissures de ses lèvres. D’ordinaire, ce doit être une belle femme. La fatigue est une maquilleuse infecte et rancunière. Un bouton, qui ne fleurira que dans quelques jours, boursoufle sa tempe droite, les cernes sous ses yeux donnent à son regard l’aspect implorant d’un masque de panda et son haleine révèle une santé buccodentaire provisoirement à l’abandon.

Ses nerfs dirigent de manière syncopée des gestes qu’elle a pourtant une habitude répétitive d’accomplir. Il lui faut trois tentatives pour réussir à glisser la planche translucide de ma radio sous la pince du tableau lumineux. Ses doigts me montrent les fractures, moi je ne vois que les peaux qu’elle a rongées et qui se tirebouchonnent de part et d’autre de ses ongles longs.

Plus tard, une infirmière me pose une attelle sur le nez qui s’applique comme une paire de lunettes. Dans le miroir qu’elle me tend comme si je sortais d’une rhinoplastie particulièrement banale, je vois mon visage pour la première fois depuis un siècle.

À la sortie de Toulouse, je glisse ma carte bleue dans l’un de ces hôtels de macadam où les fantômes de quelques femmes de ménages mal fagotées, humiliées, oubliées là, hantent les couloirs et vous dérangent au matin en s’excusant vaguement dans un sabir fatigué et usuel. Je m’endors comme on peut s’endormir dans un tel bordel. Je me réveille deux heures plus tard, un aspirateur fouraillant sous le lit, conduit comme une Formule 1 par une Sierra-léonaise qui prétend s’appeler Martine et à qui je tends un billet pour qu’elle repasse plus tard. Martine empoche le billet, finit la chambre et sort en claquant la porte. Je prends une douche en positionnant sur le trou d’évacuation un caillebotis en plastique vert. Puis je me défais de mes matières fécales en retirant du même trou le même caillebotis vert puisque telles sont les fonctions de cette cabine présomptueusement nommée « multifonctions ». Puis, je quitte la chambre sans avoir pu ouvrir la fenêtre, ni chasser mes odeurs par une salve d’hydrocarbure. Tendre Martine.

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