Le tri sélectif des ordures et autres cons - épisode 17

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17e épisode

Sonia et ses commanditaires ont obtenu gain de cause. À son corps défendant, Lapelouse exécute le contrat commandé.
Où l'on voit que faire disparaître un corps peut s'avérer épuisant, même pour un professionnel !





Publié le : jeudi 12 décembre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823811810
Nombre de pages : 13
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couverture
Sébastien GENDRON

Le tri sélectif des ordures et autres cons

17e épisode

Pocket

25

Beltrand

La place est vide. Nettoyée de son mobilier. La grande blonde m’a prévenu en me tendant deux nouveaux Post-it.

« Trois fois vous avez laissé passer votre chance. La difficulté s’est accrue, c’est normal.

— Pourquoi, c’est normal ?

— Monsieur Lapelouse, l’heure n’est plus aux questions mais à l’action. Nous espérons que vous serez au rendez-vous. Je suppose que vous avez compris que la disparition de M. Beltrand était pour nous d’une importance primordiale. Nous sommes capables de bien des choses pour que cet événement advienne.

— Pourquoi vous ne le faites pas vous-même ? »

Je ne faisais là que de la pure rhétorique. Sonia a gonflé les joues, n’a pas laissé d’argent et elle est partie sans répondre. Le truc, c’est de se contraindre, à un moment donné au moins, à baisser les bras. « Tu vas aller chez Beltrand, tu vas le faire disparaître de son appartement sans qu’il repasse par la porte, l’atomiser, le pulvériser, le vaporiser, tout dépendra du matos disponible sur place. » Point final !

Et sur place, il n’y a rien.

L’appartement de Beltrand est vide. Beltrand a déménagé. Beltrand est parti. Atomisé, pulvérisé, vaporisé avec son propre matos : une tête et deux jambes. Ça sent la fuite et la dissimulation, une équipe de repassage industriel est même venue remettre un grand coup de blanc sur les murs pour masquer l’absence des meubles. Dans la cuisine ne restent que les placards incrustés dans le mur porteur, l’évier et la poubelle, dans laquelle, pour une raison ou une autre, on a installé avant de partir un grand sac deux cents litres neuf. Dans le placard de gauche, un petit robot minute pour faire de la bouillie de bébé. Dans le tiroir à couverts, un couteau à pain. Dans mon dos, une voix :

« Qu’est-ce que vous faites là ? »

Beltrand est un type livide ou gris qui ne sera jamais pris au dépourvu par la stupeur. Il me considère avec ses yeux de goal de handball soulignés de vastes valises bleues telles que j’en arbore moi-même. Ce type a été rossé récemment, pommette gauche enflée, traces violettes dans le cou, hématomes maxillaires. Tellement amoché que je mets un certain temps à reconnaître mon messager. Le type que j’ai tabassé il y a moins d’une semaine parce qu’il était venu m’annoncer que ses commanditaires s’impatientaient. Il s’était d’abord placé stratégiquement dans l’entrée de la cuisine pour éviter ma fuite, et c’est précisément cet emplacement qui lui donne l’avantage. Il m’a reconnu au centième de seconde où son cerveau tirait la sonnette d’alarme et gueulait à ses jambes de fuir. Pas assez vite. J’ai le temps de lui shooter dans la cheville et il s’étale dans le couloir. Je n’ai jamais posé cette question à un contrat. Mais l’invraisemblance de la situation nécessite un minimum de risque. Un genou planté dans son plexus solaire, je demande :

« Vous êtes Beltrand ? »

Ce type est venu chez moi six jours plus tôt pour m’annoncer que ses employeurs s’impatientaient. Ses employeurs s’impatientaient parce que je ne l’avais toujours pas tué. Ce type s’est rendu compte trop tard de l’étendue de ce jeu de dupes et maintenant, il ne m’adresse qu’un signe de tête.

La lame du couteau à pain se fiche dans l’intestin grêle de Beltrand. C’était sans doute un type trouillard qui se terrait. Pas le type cool dont me parlait James avant-hier. Cafard, souris, cloporte, êtres unicellulaires : la peur est une mécanique de survie qui amène les espèces à évoluer. Qui sait si toute une partie de l’humanité ne développera pas, d’ici aux confins, une capacité de déplacement ultrarapide, une nervosité sensorielle extralucide ou bien, carrément, une sorte de don d’invisibilité réflexe. L’homme faible s’enfuyant face au plus fort. Redevenant une proie.

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